La nature est un bien commun, pas une marchandise

Non à leur « économie verte » !

Par Mis en ligne le 14 juin 2012
D’aucuns parlent de l’« éco­no­mie verte » comme d’une « ges­tion durable » de la nature et de la pla­nète. Elle se résume en réa­lité à une vision de la nature comme capi­tal à gérer de la manière la plus effi­ciente et comme un patri­moine à faire fruc­ti­fier, ce qui pré­sente de nom­breux dan­gers pour les peuples et l’environnement.

Du 20 au 22 juin 2012 se tien­dra à Rio de Janeiro la pro­chaine Conférence des Nations unies pour un déve­lop­pe­ment durable. Vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio en 1992, la dégra­da­tion éco­lo­gique s’est accé­lé­rée, les inéga­li­tés se sont creu­sées et la crise actuelle, à la fois finan­cière et éco­no­mique, cli­ma­tique, éco­lo­gique, sociale mine les démo­cra­ties. Mais loin de faire le bilan, le projet de décla­ra­tion de cette Conférence, inti­tulé « Le futur que nous vou­lons », entend faire la pro­mo­tion de « l’économie verte » pré­sen­tée comme la solu­tion aux mul­tiples dimen­sions de la crise et à la mise en œuvre des objec­tifs de déve­lop­pe­ment durable. 

Cette « éco­no­mie verte » n’est qu’un pro­lon­ge­ment du modèle actuel et ne fera qu’approfondir les crises au lieu de les résoudre. Ça suffit ! Mobilisons-nous tous ensemble pour faire entendre nos voix et faire valoir nos alter­na­tives ! C’est pour­quoi, nous, asso­cia­tions, mou­ve­ments sociaux et éco­lo­gistes, syn­di­cats, étu­diant-e-s, citoyen-ne-s indi­gné-e-s,… par­ti­ci­pe­rons au Sommet des peuples orga­nisé au même moment à Rio de Janeiro (15–23 juin), ainsi qu’aux mobi­li­sa­tions citoyennes pré­vues dans de nom­breux pays. Nous vou­lons déci­der de notre futur !

UNE « ECONOMIE VERTE » DANS UN CONTEXTE DE CRISES

Deux thèmes sont à l’agenda des dis­cus­sions des États à Rio : « une éco­no­mie verte dans le contexte du déve­lop­pe­ment durable et de l’éradication de la pau­vreté » ; « un nou­veau cadre ins­ti­tu­tion­nel pour le déve­lop­pe­ment durable ». Alors que le concept de déve­lop­pe­ment durable vou­lait être un com­pro­mis entre les exi­gences éco­lo­giques de dura­bi­lité, celles de jus­tice sociale et celles du déve­lop­pe­ment, com­pro­mis qui s’est avéré inte­nable dans le monde actuel, la pro­mo­tion de cette « éco­no­mie verte » pri­vi­lé­gie les logiques éco­no­miques et finan­cières de ren­ta­bi­lité, au détri­ment des choix poli­tiques, de la jus­tice sociale et de la dura­bi­lité.

Les pro­po­si­tions actuel­le­ment dis­cu­tées sur la gou­ver­nance mon­diale montrent que les Nations unies ont renoncé à assu­mer leur rôle poli­tique visant à assu­rer une coopé­ra­tion inter­na­tio­nale au ser­vice des peuples, construite autour d’objectifs clairs et contrai­gnants. Leur « gou­ver­nance » se réduit à la mise en place d’un cadre ins­ti­tu­tion­nel et juri­dique dont ont besoin les acteurs éco­no­miques et finan­ciers pour faci­li­ter et sécu­ri­ser leurs inves­tis­se­ments et leur pro­fi­ta­bi­lité dans l’« éco­no­mie verte ».

Le pou­voir gran­dis­sant des mul­ti­na­tio­nales et des groupes de pres­sions indus­triels fait craindre leur plus grande immix­tion dans les déci­sions onu­siennes, à l’image du Forum Mondial de l’Eau dont Suez et Véolia sont à l’initiative. Dans ce cadre, on peut douter de la per­ti­nence de la pro­po­si­tion de cer­tains pays, dont la France, de doter l’ONU d’une Organisation mon­diale de l’environnement (OME), alors que cette der­nière n’aura ni moyens ni pos­si­bi­lité de faire du droit de l’environnement un droit supé­rieur au droit com­mer­cial et finan­cier.

En outre, les pro­mo­teurs de cette « éco­no­mie verte » affirment vou­loir dis­so­cier la crois­sance éco­no­mique de la dété­rio­ra­tion de l’environnement. Au nom de la conser­va­tion de la bio­di­ver­sité, de la puri­fi­ca­tion de l’eau (fil­trage), de la pol­li­ni­sa­tion des plantes, de la pro­tec­tion des forêts et de la régu­la­tion du climat (sto­ckage du car­bone), ils consi­dèrent comme essen­tiel de donner un prix aux fonc­tions éco­lo­giques qu’assurent les plantes, les ani­maux et les éco­sys­tèmes et de les trans­for­mer en « ser­vices » com­par­ti­men­tés, moné­ta­ri­sés et échan­geables sur les mar­chés. Cela sup­pose la créa­tion de nou­veaux droits de pro­priété sur les biens natu­rels et l’instauration de nou­veaux mar­chés et ins­tru­ments finan­ciers (appe­lés « finan­ce­ments inno­vants »), sup­po­sés assu­rer la régu­la­tion des éco­sys­tèmes.

Cette « éco­no­mie verte » est affi­chée comme une « ges­tion durable » de la nature et de la pla­nète. Mais elle se résume en réa­lité à une vision de la nature comme capi­tal à gérer de la manière la plus effi­ciente et comme un patri­moine à faire fruc­ti­fier, ce qui pré­sente de nom­breux dan­gers pour les peuples et l’environnement. En pleine crise finan­cière, cette « éco­no­mie verte » n’est pas seule­ment une opé­ra­tion de green­wa­shing, (1) mais une volonté d’étendre le modèle éco­no­mique néo­li­bé­ral capi­ta­liste à de nou­veaux domaines.

C’est une nou­velle étape dans la mar­chan­di­sa­tion et finan­cia­ri­sa­tion de la vie en incluant la nature et ses fonc­tions dans le cycle du capi­tal. Les popu­la­tions locales subi­ront de plein fouet les impacts sociaux et envi­ron­ne­men­taux de cette nou­velle offen­sive d’appropriation des biens com­muns natu­rels. Leur « éco­no­mie verte » aban­donne, à ces logiques éco­no­miques d’exploitation du « capi­tal natu­rel », tout objec­tif social de créa­tion d’emplois et de choix d’investissement dans les ser­vices publics et l’accès aux biens com­muns.

Cette « éco­no­mie verte » est déjà à l’œuvre et a déjà montré son échec et ses méfaits : mar­chés du car­bone, agro­car­bu­rants, bio­pi­ra­te­rie, (2) etc. Elle ne résou­dra fon­da­men­ta­le­ment aucune des mul­tiples crises du monde actuel, ne répon­dra pas aux causes struc­tu­relles des inéga­li­tés et de la pau­vreté, ni au chaos cli­ma­tique et à la des­truc­tion de la bio­di­ver­sité. Au contraire, elle les aggra­vera en per­pé­tuant le modèle pro­duc­ti­viste, construit sur la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources natu­relles, et qui bafoue les droits humains. Elle détourne la science et la recherche, et déva­lo­rise les alter­na­tives fon­dées sur les expé­riences et les savoirs locaux. Cette vision nour­rit la croyance en des méca­nismes de marché et des outils techno-scien­ti­fiques (bio­tech­no­lo­gies, tech­no­lo­gies de syn­thèse et géo-ingé­nie­rie) pour assu­rer une crois­sance illi­mi­tée. Alors que les crises finan­cières et éco­no­miques font des ravages, les popu­la­tions sont pri­vées des pos­si­bi­li­tés et capa­ci­tés de prendre les déci­sions néces­saires pour s’engager sur un chemin de tran­si­tion démo­cra­ti­que­ment défini, juste socia­le­ment et sou­te­nable sur le plan éco­lo­gique.

LE FUTUR QUE NOUS VOULONS

Partout sur la pla­nète, des résis­tances sociales et envi­ron­ne­men­tales et des expé­riences de tran­si­tion inter­rogent et mettent à mal ces logiques, tout en pré­fi­gu­rant l’alternative : réap­pro­pria­tion des biens com­muns (ex : luttes pour le droit à l’eau et à l’assainissement pour tous ; accès aux savoirs) ; expé­riences de tran­si­tion éner­gé­tique avec une consom­ma­tion sobre et effi­cace cor­res­pon­dant aux réels besoins et un aban­don de l’énergie nucléaire ; relo­ca­li­sa­tion d’activités prio­ri­tai­re­ment à usage local et cir­cuits courts de dis­tri­bu­tion et dif­fu­sion ; sou­ve­rai­neté ali­men­taire et pra­tiques agroé­co­lo­giques ; mon­naies locales,…

Pour étendre et géné­ra­li­ser ces pra­tiques, et plus géné­ra­le­ment finan­cer la tran­si­tion éco­lo­gique et sociale au Nord comme au Sud, il n’y a pas d’autres solu­tions que de s’affranchir du pou­voir des mul­ti­na­tio­nales et des sec­teurs finan­ciers. C’est pour­quoi nous affir­mons que les biens natu­rels, tels que l’eau, les sols, l’air, etc. ne sont pas des mar­chan­dises et encore moins des actifs finan­ciers. Ce sont des biens com­muns !

Face à la crise mul­ti­di­men­sion­nelle que nous vivons, dans un contexte d’extrêmes inéga­li­tés et de poli­tiques d’austérité des­truc­trices, nous vou­lons un chan­ge­ment pro­fond de nos modes de pro­duc­tion, de nos modes de vie basé sur la sur­con­som­ma­tion, et de notre rela­tion à la pla­nète. Nous vou­lons une réelle tran­si­tion pour des socié­tés sou­te­nables, qui assurent la jus­tice sociale et éco­lo­gique, qui rem­placent la course effré­née à la crois­sance par le bien vivre et la sobriété, qui redonnent du sens au tra­vail et assurent la créa­tion d’emplois décents, qui retrouvent une agri­cul­ture pay­sanne et la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, au lieu de socié­tés qui se livrent une guerre sans fin pour l’accès et pour le contrôle des biens natu­rels. Nous affir­me­rons à Rio de Janeiro que le futur que nous vou­lons doit être celui d’une société des biens com­muns, fondée sur la recon­nais­sance des droits, le prin­cipe de par­tage et don­nant prio­rité à la vie.

UN SOMMET DES PEUPLES A RIO, UNE JOURNEE MONDIALE D’ACTIONS, DES MOBILISATIONS EN FRANCE

Une vaste coa­li­tion de près de 400 orga­ni­sa­tions bré­si­liennes ras­sem­blées dans un comité bré­si­lien de la société civile orga­nise un « Sommet des peuples pour la jus­tice sociale et éco­lo­gique, contre la mar­chan­di­sa­tion de la vie et pour la défense des biens com­muns », paral­lè­le­ment à la confé­rence offi­cielle, à Rio de Janeiro, du 15 au 23 juin. Le 20 juin, à l’occasion de l’ouverture de la Conférence des Nations unies, sera une jour­née mon­diale d’actions décen­tra­li­sées.

Nous appe­lons toutes les orga­ni­sa­tions, asso­cia­tions, col­lec­tifs citoyens, à contri­buer à la réus­site de ces ini­tia­tives. Nous appe­lons à la mul­ti­pli­ca­tion des ini­tia­tives et dyna­miques citoyennes en amont et en écho à ce Sommet des peuples, pour décons­truire le dis­cours sur l’ « éco­no­mie verte », aler­ter sur les enjeux de la Conférence et mon­trer qu’un autre futur est pos­sible !

Dans cette pers­pec­tive, nous lan­çons en France une cam­pagne pour affir­mer haut et fort que la nature n’est pas une mar­chan­dise, pour par­ta­ger nos ana­lyses et pour décryp­ter cette « éco­no­mie verte ». Nous le ferons à partir des luttes actuelles, telles que les mobi­li­sa­tions contre les gaz et huiles de schistes, les grands pro­jets inutiles, le nucléaire, l’agro-industrie, et pour la jus­tice sociale et éco­lo­gique, etc. A leur « éco­no­mie verte », nous oppo­se­rons nos pro­po­si­tions et expé­riences alter­na­tives pour d’autres pro­jets de socié­tés fondés sur le par­tage et les soli­da­ri­tés. Nous appe­lons l’ensemble de la popu­la­tion à se saisir de ces enjeux et à par­ti­ci­per à ces ini­tia­tives.
Cette ini­tia­tive, qui s’inscrit dans le cadre d’une cam­pagne inter­na­tio­nale contre l’ « éco­no­mie verte »3 lancée lors du Forum social thé­ma­tique de Porto Alegre, appelle à une large mobi­li­sa­tion dans toute la France le 20 juin 2012.

(…) Leur « éco­no­mie verte » est un futur dont nous ne vou­lons pas. La nature n’est pas une mar­chan­dise, c’est un bien commun. Pour nos droits et les droits de la nature, pour la jus­tice sociale et éco­lo­gique, d’autres mondes sont pos­sibles et néces­saires, réin­ven­tons-les ici et main­te­nant, à Rio de Janeiro et ailleurs !

Pour rejoindre cette ini­tia­tive et signer ce texte, envoyer la signa­ture de votre orga­ni­sa­tion à cette adresse : nogreeneconomy@​gmail.​com

NOTES

  1. « Eco-blan­chi­ment » ou « mas­ca­rade éco­lo­gique », c’est-à-dire se donner une image éco­lo­gique à tra­vers le mar­ke­ting – sans rien chan­ger
  2. Biopiraterie : vol des bio­lo­giques et des connais­sances des com­mu­nau­tés indi­gènes et tra­di­tion­nelles par les firmes pri­vées via le dépôt de bre­vets.

Organisations et collectifs signataires :

  • Adéquations
  • Agir pour l’environnement
  • Aitec-Ipam
  • Artisans du Monde
  • Attac-France
  • Bizi !
  • Confédération pay­sanne
  • CRID
  • Developpement Local et Synergies
  • Emmaüs International
  • FAIR (Forum pour d’autres indi­ca­teurs de richesse)
  • Fondation Copernic
  • Fondation Femmes Africaines
  • Fondation Sciences Citoyennes 
  • France Libertés
  • Fédération Syndicale Unitaire
  • Les Amis de la Terre
  • Mémoire des luttes
  • Réseau Féministe « Ruptures »
  • Réseau « Sortir du nucléaire »
  • Ritimo
  • Union syn­di­cale soli­daires
  • Université Nomade
  • Vecam

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