Ce qui est en jeu à Rio + 20

Mis en ligne le 28 mai 2012

Communiqué du Groupe d’articulation inter­na­tio­nal du Sommet des peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale, pour l’unité et la mobi­li­sa­tion des peuples pour la vie et les biens com­muns, contre la mar­chan­di­sa­tion de la nature et l' »éco­no­mie verte ».

A un mois de la confé­rence des Nations Unies Rio+20, les peuples du monde ne constatent aucunes avan­cées posi­tives dans le pro­ces­sus de négo­cia­tion qui se déroule au sein de la confé­rence offi­cielle. En effet, on ne parle ni du bilan des accords conclus à Rio 92, ni des moyens pour agir sur les causes de la crise. Les dis­cus­sions se foca­lisent sur un ensemble de pro­po­si­tions trom­peuses appelé “éco­no­mie verte” et l’instauration d’un nou­veau sys­tème de gou­ver­nance envi­ron­ne­men­tale inter­na­tio­nal, qui faci­li­te­rait leur mise en place.

La véri­table cause struc­tu­relle des mul­tiples crises est le capi­ta­lisme, sous ses formes clas­siques et nou­velles de domi­na­tion, qui concentre la richesse et pro­duit les inéga­li­tés sociales, le chô­mage, la vio­lence contre le peuple, la cri­mi­na­li­sa­tion de ceux qui le dénoncent. Le sys­tème de pro­duc­tion et de consom­ma­tion actuel – dont les grandes mul­ti­na­tio­nales, les mar­chés finan­ciers et les gou­ver­ne­ments sont les garants – pro­duit et accé­lère le réchauf­fe­ment et la crise cli­ma­tique inter­na­tio­nale, la faim et la mal­nu­tri­tion, la dis­pa­ri­tion des forêts et de la diver­sité bio­lo­gique et socio­cul­tu­relle, la pol­lu­tion chi­mique, l’épuisement de l’eau potable, la déser­ti­fi­ca­tion crois­sante des sols, l’acidification des mers, l’accaparement des terres et la mar­chan­di­sa­tion de tous les domaines de la vie dans les villes et les cam­pagnes.

L’”économie verte”, contrai­re­ment à ce que son nom sug­gère, n’est qu’une autre étape d’accumulation capi­ta­liste. Rien dans l’”économie verte” ne remet en ques­tion ou ne rem­place l’économie basée sur l’extraction de com­bus­tibles fos­siles, ou ses modèles de consom­ma­tion et de pro­duc­tion indus­trielle. Au contraire cette éco­no­mie ouvre de nou­veaux ter­ri­toires à l’économie qui exploite les per­sonnes et l’environnement, ali­men­tant ainsi le mythe que la crois­sance éco­no­mique infi­nie est pos­sible.

Le modèle éco­no­mique qui a échoué, que l’on déguise aujourd’hui en vert, cherche à sou­mettre tous les cycles vitaux de la nature aux règles du marché et à la domi­na­tion de la tech­no­lo­gie, de la pri­va­ti­sa­tion et de la mar­chan­di­sa­tion de la nature et de ses fonc­tions, ainsi que les savoirs tra­di­tion­nels, en ren­for­çant les mar­chés finan­ciers spé­cu­la­tifs grâce aux mar­chés du car­bone, aux ser­vices envi­ron­ne­men­taux, aux com­pen­sa­tions pour la bio­di­ver­sité et au méca­nisme REDD+ (Réduction des émis­sions de CO2 pro­ve­nant de la défo­res­ta­tion et de la dégra­da­tion fores­tière).

Les trans­gé­niques, les agro-toxiques, la tech­no­lo­gie Terminator, les agro-com­bus­tibles, les nano­tech­no­lo­gies, la bio­lo­gie syn­thé­tique, la vie arti­fi­cielle, la géo-ingé­nieu­rie et l’énergie nucléaire, entre autres, sont pré­sen­tés comme des “solu­tions tech­no­lo­giques” aux limites natu­relles de la pla­nète et aux mul­tiples crises, alors qu’elles ne répondent pas aux véri­tables causes qui les pro­voquent.

De plus, on pro­meut l’expansion du sys­tème ali­men­taire agro-indus­triel, l’une des causes les plus impor­tantes des crises cli­ma­tiques, envi­ron­ne­men­tales, éco­no­miques et sociales, appro­fon­dis­sant la spé­cu­la­tion sur les ali­ments, et favo­ri­sant les inté­rêts des mul­ti­na­tio­nales de l’agro-industrie, au détri­ment de la pro­duc­tion locale, pay­sanne, fami­liale, des peuples indi­gènes et des popu­la­tions autoch­tones, affec­tant ainsi la santé de tous.

La stra­té­gie de négo­cia­tion au sein de la Conférence Rio+20, consiste pour cer­tains gou­ver­ne­ments des pays riches à pro­po­ser une régres­sion par rap­port aux prin­cipes déci­dés à Rio 92, tels que le prin­cipe de res­pon­sa­bi­lité com­mune et dif­fé­ren­ciée, le prin­cipe de pré­cau­tion, le droit à l’information et à la par­ti­ci­pa­tion. Ils menacent des droits déjà acquis, tels que le droit des peuples indi­gènes, le droit des popu­la­tions et nations autoch­tones et pay­sannes, le droit à l’eau, les droits des tra­vailleurs et des tra­vailleuses, les droits des migrants, le droit à l’alimentation, au loge­ment, à la ville, les droits des jeunes et des femmes, le droit à la santé en matière de sexua­lité et de repro­duc­tion, à l’éducation et les droits cultu­rels.

On tente d’instaurer les­dits Objectifs de déve­lop­pe­ment durable (ODS) qui seront uti­li­sés pour pro­mou­voir l’”économie verte”, fra­gi­li­sant encore plus les Objectifs du mil­lé­naire pour le déve­lop­pe­ment (OMD), déjà insuf­fi­sants.

Le pro­ces­sus offi­ciel pro­pose d’établir des formes de gou­ver­nance envi­ron­ne­men­tale mon­diale, qui auraient pour rôle d’administrer et faci­li­ter cette “éco­no­mie verte”, à tra­vers la Banque Mondiale et d’autres ins­ti­tu­tions finan­cières publiques ou pri­vées, natio­nales et inter­na­tio­nales, ce qui pro­vo­que­rait un nou­veau cycle d’endettement et d’ajustements struc­tu­rels dégui­sés en vert. Il ne peut exis­ter de gou­ver­nance démo­cra­tique mon­diale sans en finir avec la domi­na­tion exer­cée par les mul­ti­na­tio­nales sur les Nations Unies.

Nous refu­sons ce pro­ces­sus et fai­sons appel à tous pour venir ren­for­cer les mani­fes­ta­tions et les construc­tions d’alternatives dans le monde entier.
Nous lut­tons pour un chan­ge­ment radi­cal du modèle actuel de pro­duc­tion et de consom­ma­tion, en ren­for­çant notre droit à nous déve­lop­per en s’appuyant sur les modèles alter­na­tifs basés sur des réa­li­tés mul­tiples vécues par les peuples, réel­le­ment démo­cra­tiques, res­pec­tant les droits humains et col­lec­tifs, en har­mo­nie avec la nature et la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale.

Nous affir­mons la construc­tion col­lec­tive de nou­veaux para­digmes basés sur la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, l’agroécologie et l’économie soli­daire, sur la lutte pour la vie et les biens com­muns, sur l’affirmation de tous les droits mena­cés tels que le droit à la terre et au ter­ri­toire, le droit à la ville, les droits de la nature et des géné­ra­tions futures, et sur l’élimination de toute forme de colo­nia­lisme et d’impérialisme.

Nous fai­sons appel à tous les peuples du monde pour appuyer la lutte du peuple bré­si­lien contre la des­truc­tion de l’un des plus impor­tants cadres légaux de pro­tec­tion des forêts (Code Forestier), qui ouvre la porte à une défo­res­ta­tion accrue au profit des inté­rêts de l’agro-industrie et au ren­for­ce­ment de la mono­cul­ture ; appuyer éga­le­ment la lutte contre la mise en place du méga-projet hydrau­lique de Belo Monte, qui affecte la survie et la vie des peuples de la forêt ainsi que la bio­di­ver­sité ama­zo­nienne.

Nous renou­ve­lons notre invi­ta­tion à par­ti­ci­per au Sommet des Peuples qui aura lieu du 15 au 23 Juin à Rio de Janeiro. C’est une étape impor­tante des luttes mon­diales pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale que nous construi­sons depuis Rio 92, notam­ment à partir de Seattle, du FSM, de Cochabamba, où se sont ampli­fiées les luttes contre l’OMC et l’ALCA, pour la jus­tice cli­ma­tique et contre le G20. Nous inté­grons éga­le­ment les mobi­li­sa­tions de masse et luttes popu­laires comme Occupy, les indi­gnés, la lutte des étu­diants chi­liens et le prin­temps arabe.

Nous fai­sons appel à tous pour les mobi­li­sa­tions mon­diales du 5 juin (Journée inter­na­tio­nale de l’environnement), du 18 juin contre le G20 (qui cette fois sera axé sur la “crois­sance verte”) et du 20 juin pour la marche du Sommet des peuples à Rio de Janeiro et dans le monde entier, pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale, contre l’”économie verte”, la mar­chan­di­sa­tion de la vie et de la nature et pour les biens com­muns et les droits des peuples.

Rio de Janeiro, 12 mai 2012

Le Groupe d’articulation inter­na­tio­nal du Sommet des peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tal*

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* Le Groupe d’articulation (GA) inter­na­tio­nal du Comité de faci­li­ta­tion pour la Société civile à Rio+20 (CFSC) au Sommet des peuples est consti­tué de 35 réseaux, orga­ni­sa­tions et mou­ve­ments sociaux de 13 pays dif­fé­rents. Ses repré­sen­tants tra­vaillent ensemble au GA natio­nal (avec 40 réseaux repré­sen­tés) pour la coor­di­na­tion métho­do­lo­gique et poli­tique du Sommet des peuples, évé­ne­ment paral­lèle et cri­tique de Rio+20, qui réunira des mil­lions de per­sonnes à l’ « Aterro do Flamengo », du 15 au 23 juin.

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