Le 22 janvier 2025, Amazon annonçait la fermeture prochaine de ses sept entrepôts au Québec et le licenciement de tous ses employé·e·s dans la province. Pour nous, il ne fait aucun doute que cela constituait une forme extrême de représailles antisyndicales. Évidemment, ce n’était pas le résultat que nous espérions lorsque nous avons commencé les démarches pour nous syndiquer. Nous nous sommes battus d’abord pour des conditions de travail dignes, tout simplement. Même si ce n’est pas ce que nous avons obtenu, nous sommes néanmoins parvenus à quelque chose de très précieux : des travailleuses et des travailleurs dotés d’une conscience de classe. La lutte syndicale contre Amazon ainsi que la lutte politique contre les fermetures qui s’en est suivie ont éprouvé les travailleurs actifs « sur le champ de bataille ». Ces luttes leur ont fait réaliser qu’ils appartiennent à la classe ouvrière et que devant eux se dresse une classe dirigeante qui leur est hostile. Par le présent article, nous proposons de retracer l’histoire de cette prise de conscience et d’expliquer comment elle s’est développée dans la pratique. Nous n’écrivons pas un article théorique, mais bien un compte rendu de comment nous, les travailleurs et travailleuses d’Amazon au Québec, avons évolué quant à nos idées et nos convictions depuis les débuts de la campagne syndicale en 2023. Pour bien expliquer cette évolution, nous devons d’abord brosser un portrait général de nos conditions de travail chez Amazon avant l’arrivée du syndicat[1].
Les conditions de travail dans un entrepôt d’Amazon non syndiqué
Le tableau de la situation dans les différents entrepôts d’Amazon était peu glorieux pour ceux et celles qui y travaillaient. C’était un environnement de travail manié avec précision par des algorithmes, dans le but de traduire dans toutes ses composantes un modèle d’organisation du travail qui exploitait abusivement les travailleuses et travailleurs. Plusieurs moyens étaient employés pour imposer un rythme de travail effréné et extraire un maximum de force de travail de la main-d’œuvre. La compagnie dépendait complètement des efforts physiques d’innombrables personnes humaines pour accomplir ses livraisons. Il apparaissait donc étrange de concevoir Amazon comme une entreprise à la fine pointe de la technologie et de l’innovation. Le travail dans un entrepôt d’Amazon était physiquement éprouvant et nous étions très, très loin d’une robotisation complète.
Examinons particulièrement l’entrepôt d’Amazon à Laval, l’entrepôt DXT4, où l’accréditation d’un syndicat a pu voir le jour et où nous avons eu le plaisir et le malheur de travailler. À l’automne 2023, l’installation d’un nouveau convoyeur automatique a donné un nouvel essor à une exploitation des travailleurs toujours plus agressive. Évidemment, Amazon a installé cette nouvelle machine pour accroitre la vitesse de production. Comparativement à la machine précédente où tous les colis étaient triés manuellement, le nouveau convoyeur a permis de passer de 50 000 colis traités en 24 heures à 75 000 traités dans la même période et avec le même nombre de travailleurs. La productivité a donc augmenté d’environ 50 %, mais cette augmentation s’est faite sur le dos des travailleuses et travailleurs. Plutôt que d’alléger et de faciliter notre travail, l’automatisation a entrainé son intensification ainsi que des répercussions pénibles pour les employé·e·s. La machine dictait un rythme infernal que nous devions suivre. À partir de ce moment-là, nous avons fréquemment constaté des cas de blessure au bas du dos, aux épaules, au niveau de la ceinture, à la colonne vertébrale, etc. Même lorsque nous réussissions à naviguer à travers la bureaucratie de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), nous pouvions compter sur Amazon pour contester au Tribunal administratif du travail la reconnaissance de notre accident de travail.
S’ajoutaient à ces problèmes déjà considérables, un favoritisme crasse et une discrimination complètement arbitraire qui régnaient dans l’entrepôt. Des gestionnaires réservaient les tâches les plus faciles pour leurs chouchous, les promotions étaient accordées exclusivement sur la base de relations personnelles, et rien n’empêchait un responsable d’agir selon ses préjugés lorsque bon lui semblait. La seule « protection » possible était une bonne relation avec les gestionnaires, et encore… car le pouvoir des gestionnaires était sévèrement limité par un algorithme principalement chargé de gérer nos horaires, nos congés, nos heures supplémentaires. Personne ne se sentait sincèrement écouté par la compagnie. Il ne faut pas oublier, bien sûr, les salaires très bas – 20 $/h à l’embauche, 22,50 $/h au maximum de l’échelle salariale – considérant les immenses profits d’Amazon. L’idée que nous étions, pour la multinationale, tous des numéros interchangeables était largement répandue.
Ce sont des échanges et des discussions entre collègues concernant ces différents constats qui allaient nous amener à nous allier autour d’une cause commune, d’un projet concret, surtout dans la foulée du désastre que constituait le nouveau convoyeur automatique. Nous devions dénoncer ces mauvaises conditions de travail et les améliorer. Il fallait renverser la situation et rééquilibrer les rapports de pouvoir entre nous et la compagnie. Notre idée était simple et directe : nous étions trop faibles individuellement pour régler nos nombreux problèmes au travail, alors nous devions nous organiser dans un syndicat pour les régler collectivement.
Un objectif à la fois crucial et complexe
Mettre sur pied un syndicat ne pouvait se faire sans une conscience collective de la majorité des travailleuses et travailleurs de l’entrepôt de Laval. Le développement de cette conscience a été compliqué et considérablement ralenti par la division des travailleuses et travailleurs de DXT4 en groupes séparés, lesquels concevaient leurs conditions de travail de manières bien différentes. Parmi les catégories qu’il était possible d’établir dans l’entrepôt, nous avons pointé le statut migratoire comme le facteur le plus déterminant quant à son incidence sur la conscience des ouvriers et ouvrières.
D’abord, nous devions trouver et contacter les travailleuses et travailleurs immigrants, qu’ils soient détenteurs d’un permis de travail ouvert ou demandeurs d’asile au Canada. Comme nous l’avons mentionné plus haut, les gestionnaires pouvaient donner libre cours à leurs préjugés, notamment envers les travailleurs immigrants. Ceux-ci subissaient beaucoup de pression psychologique, allant parfois jusqu’à du harcèlement, et ils se voyaient souvent attribuer les tâches les plus difficiles. La précarité de leur statut leur fait craindre des possibilités de représailles de la part d’Amazon.
Les étudiantes et étudiants internationaux vivaient majoritairement les mêmes sévices que les travailleurs immigrants. Par contre, pour elles et eux, travailler pour Amazon constituait seulement un genre de passage obligé, une épreuve très temporaire. Un avenir professionnel prometteur les attendait. Ces étudiantes et étudiants n’avaient donc pas un grand besoin de s’impliquer dans une lutte visant à améliorer leurs conditions de travail.
Enfin, il y avait les citoyennes et citoyens ainsi que les résidentes et résidents permanents de longue date. Pour cette catégorie, il était incontestable que les conditions de travail ne répondaient pas aux normes attendues et que le salaire offert était misérable. Il était donc impératif pour certains de s’organiser entre collègues de manière à changer cette situation intolérable. Par contre, pour plusieurs autres, le confort relatif dû aux faveurs des gestionnaires suffisait à les maintenir dans un état passif. Ils n’étaient pas du tout enthousiasmés par l’idée de se joindre à une initiative qui allait renverser l’ordre des choses.
Cette division n’était pas superficielle. Les expériences et opinions différentes rendaient véritablement difficile la tâche de rassembler tout le monde dans le même projet collectif. Même si cette divergence de points de vue a compliqué la tâche des militants et militantes prosyndicat, nous étions tenaces. Nous avons maintes et maintes fois insisté auprès de nos collègues pour qu’ils prennent conscience de l’exploitation malveillante que la compagnie leur faisait subir au quotidien. Chaque obstacle était pour nous un défi à relever, un motif pour revoir nos stratégies et poursuivre notre chemin, munis de la confiance que nous atteindrions tôt ou tard notre objectif.
Ainsi, nous nous sommes rendu compte qu’il régnait une méfiance mutuelle au sein des travailleuses et travailleurs de l’entrepôt, alimentée par les divisions que nous venons d’exposer et par la discrimination exercée par certains gestionnaires. L’isolement et l’omerta constituaient nos principaux ennemis. Nous avons donc commencé à faire des rencontres ciblées pour briser cet isolement tout en garantissant la discrétion contre toute dénonciation à l’employeur. Petit à petit, nous avons bâti une confiance solide de la part des travailleuses et travailleurs de DXT4 envers les militantes et militants prosyndicat. Ce faisant, nous avons tranquillement supplanté la vision individualiste et fractionnelle par une vision solidaire et combative. Notre réussite dans cette phase de la lutte est que la majorité des employés de DXT4 ont réalisé que leurs propres intérêts étaient alignés avec ceux de leurs collègues, mais opposés aux intérêts des grands patrons d’Amazon. C’est ainsi qu’une majorité écrasante s’est ralliée à l’idée de former un syndicat à DXT4.
La transformation de la conscience des travailleuses et travailleurs par la lutte syndicale
L’année 2024 a été marquée par l’accréditation du syndicat à DXT4 – le premier entrepôt d’Amazon syndiqué au Canada – et par la lutte pour négocier une première convention collective entre la compagnie et le syndicat. D’une diversité de regards et d’expériences due aux différents statuts, nous avons pu construire une conscience commune à travers la lutte. Et c’est vraiment l’opposition acharnée d’Amazon qui a forgé cet « esprit de corps » chez nous.
Une fois passée sa surprise initiale, la direction s’est ressaisie et a retrouvé ses ardeurs antisyndicales. Rapidement, Amazon a déployé une campagne de propagande à DXT4 et dans tous ses autres entrepôts du Québec. Des affiches visant à semer la crainte et la confusion tapissaient les aires communes, des « experts en relations avec les employés » rôdaient pour enquêter sur le syndicat ; les gestionnaires multipliaient les interventions pour « conscientiser » les travailleurs sur les prétendus risques associés à la syndicalisation. Amazon n’en était clairement pas à son premier « rodéo ». En parallèle à cette campagne de peur, la compagnie nous offrait les classiques pizza partys et autres petites concessions. Un nouveau chariot détesté par l’ensemble des collègues a été retiré. L’entreprise tentait de prouver qu’elle était à l’écoute de ses employé·e·s. Par contre, certaines « concessions » relevaient davantage d’un délire managérial : les patrons ont fait grand bruit, par exemple, d’une remise à neuf de la peinture sur les murs de l’entrepôt. Bref, Amazon s’activait avec frénésie avec un étrange mélange de séduction et d’intimidation pour briser le syndicat.
Mais rien n’y faisait, nous étions entêtés dans notre objectif d’améliorer nos conditions de travail. Consternés par notre refus, inexplicable selon eux, d’accepter les miettes qu’ils nous offraient, les cadres d’Amazon ont fini par recourir à des mesures plus draconiennes. La compagnie a mis à la porte des dizaines de « badges blancs », nos collègues qui étaient embauchés sur des contrats « saisonniers ». Avec le recul, nous en sommes venus à comprendre que c’était la première vague de licenciements stratégiques pour réduire au strict minimum le nombre de salarié·e·s avant les fermetures complètes. Mais à l’époque, ces renvois déguisés avaient aussi clairement pour but de miner la crédibilité du syndicat et de terroriser les collègues.
Malgré tous ces efforts et malgré tout l’argent dépensé dans cette campagne antisyndicale, les travailleuses et travailleurs de DXT4 ont maintenu leur solidarité et leur volonté de se battre. Les campagnes de syndicalisation dans les autres entrepôts progressaient. C’est que l’agressivité d’Amazon nous mettait dans une situation très simple : se diviser et accepter de se faire écraser, ou rester ensemble et mener le combat jusqu’au bout. Les travailleurs et travailleuses ont choisi la solidarité.
Tout au long de l’année, les activités syndicales (assemblées, manifestations, actions de visibilité, discussions en petits groupes, etc.) ont contribué à la construction d’un sentiment d’appartenance parmi nos collègues. Au fur et à mesure de la lutte syndicale, ils s’affirmaient de plus en plus et avaient de moins en moins peur d’afficher leurs convictions. C’était le début d’une conscience collective fondée sur notre réalité partagée en tant que travailleurs et travailleuses. Nous avons clairement vu qu’il y avait une grande force à puiser dans la solidarité. Nous avons aussi clairement vu que cette force était nécessaire pour résister aux attaques de l’employeur. Nous avons trouvé cette résistance en cours de route ; il fallait montrer à Amazon que nous n’allions pas nous laisser écraser. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes convaincus que c’est précisément cette ténacité qui a conduit la multinationale dans ses derniers retranchements et à finalement recourir à l’option « nucléaire ».
La cristallisation de la conscience de classe à la suite des fermetures
L’annonce de la fermeture massive des entrepôts au Québec a été un moment traumatisant pour plusieurs travailleurs et travailleuses. La violence du geste, la surprise, le choc et le profond sentiment d’injustice étaient largement ressentis. Pour plusieurs, c’est le défaitisme qui a pris le dessus. S’ils avaient eu un certain espoir d’améliorer leur sort au cours de la lutte pour la convention collective, cet espoir a été réduit à néant quand ils ont réalisé qu’ils allaient perdre leur emploi.
Par contre, nous pouvons être fiers de la résistance démontrée par un grand nombre de collègues à la suite de l’annonce. Plusieurs ont maintenu leur foi dans le projet collectif que nous avions passé toute l’année précédente à construire. Plusieurs voulaient toujours se battre. À DXT4, nous pouvions délimiter trois groupes selon leur attitude par rapport à la lutte : environ 40 % appuyaient toujours le syndicat et la lutte, 50 % étaient devenus apathiques et se résignaient à leur sort, et 10 % seulement étaient devenus antisyndicaux. Des 40 % qui disaient toujours appuyer la lutte, ce sont quelques dizaines qui ont vraiment participé à la bataille contre les fermetures. Tous étaient des travailleurs et travailleuses qui avaient participé, de près ou de loin, aux activités du syndicat en 2024.
Dans les autres entrepôts du Grand Montréal, la situation était un peu différente. Ceux qui ont effectivement participé à la campagne contre les fermetures étaient en majorité ceux déjà impliqués dans la campagne pour syndiquer leur propre entrepôt. Comme ces entrepôts n’étaient pas encore parvenus à l’étape de l’accréditation et de la construction ouverte du syndicat, on y trouvait donc un bassin plus restreint d’ouvriers familiers avec l’action collective. Par conséquent, moins de travailleurs et travailleuses de DXT5, DXT6, YUL2, YUL5 et YUL9 ont participé à la campagne contre les fermetures. Nous devons toutefois souligner que même si la quantité n’était pas au rendez-vous, la qualité l’était absolument pour les quelques travailleurs et travailleuses des autres entrepôts qui ont pleinement participé à la campagne.
En bref, nous constatons que les fermetures ont cristallisé la conscience de classe naissante chez les travailleurs prosyndicat d’Amazon. Ils ont réalisé de plein fouet que leur combat pour le respect et la dignité n’était pas tolérable pour la compagnie. La multinationale ne reculerait devant rien pour assurer l’exploitation maximale de ses employé·e·s. Seuls les profits comptent pour elle. Amazon leur est apparue non pas comme la compagnie qui leur offre un gagne-pain, mais comme leur ennemi juré. Des dizaines, des centaines de travailleuses et travailleurs d’Amazon au Québec se sont retrouvés brutalement confrontés à cette réalité. C’est cette prise de conscience qui va garder les troupes motivées dans le combat des mois à venir.
Le pouvoir politique des patrons
La lutte contre les fermetures d’Amazon n’était pas strictement un combat entre les licencié·e·s et la multinationale. En fait, elle s’est transformée en une lutte politique entre les licencié·e·s et leurs alliés d’un côté, et le gouvernement du Québec et Amazon de l’autre. En effet, le gouvernement provincial s’est bel et bien fait le complice de la multinationale. Pourtant les demandes des travailleurs étaient simples : que Québec se range fermement de notre côté, qu’il coupe ses liens avec Amazon et qu’il nous soutienne dans nos démarches pour obtenir une compensation d’Amazon. La réponse du gouvernement demeure la même jusqu’à ce jour : « Désolé, on ne peut rien faire ». Évidemment, ce n’est pas vrai : on a vu ce que le gouvernement pouvait faire pour soutenir des travailleuses et travailleurs au chômage durant la pandémie. « L’impuissance du gouvernement » n’est qu’une excuse.
Comme la stratégie du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) était d’ignorer nos demandes, nous avons tenté à quelques reprises de briser ce silence avec des coups d’éclat. Nous avons réalisé ces actions conjointement avec des groupes militants (Ici, on boycotte Amazon, Alliance Ouvrière, Centre des travailleurs et travailleuses immigrants) qui ont compris, comme nous, que l’attaque d’Amazon touche la classe ouvrière dans son ensemble. Citons trois actions militantes pour illustrer cette dynamique.
La première est une arrivée impromptue à une conférence corporative donnée par le ministre du Travail Jean Boulet au Château Frontenac[2]. Ayant réussi à pénétrer dans la salle de bal, nous avons présenté un ultimatum aux agents du ministre : une manifestation bruyante ou une rencontre avec le ministre. Monsieur Boulet a fait le choix éclairé de nous rencontrer, mais seulement pour nous dire qu’il n’avait aucun pouvoir sur la situation et qu’il fallait s’en remettre aux tribunaux, même s’il était « d’accord avec nos revendications ». De quoi nous rendre perplexes : si le gouvernement nous appuie en privé, pourquoi ne pas nous appuyer publiquement, avec des gestes en plus des paroles ?
La deuxième action, une suggestion d’un travailleur de la base à DXT4, est une intervention dans l’élection partielle à Terrebonne. Comme la CAQ est cynique, elle pouvait se permettre de nous ignorer puisque la majorité des licencié·e·s, étant des immigrants, n’avaient pas le droit de vote. Nous devions donc exposer l’inaction du gouvernement auprès de la population afin de mettre de la pression électorale sur la CAQ. Nous avons donc rendu visite au candidat caquiste à Terrebonne à son bureau d’élection[3]. Malgré la promesse du candidat de faire remonter nos demandes aux boss du parti, aucun retour n’a été fait. Nous avons frappé un autre mur.
Finalement, exaspérés par des mois de tentatives formelles et informelles d’entrer en contact avec le gouvernement, nous avons organisé une manifestation devant la résidence de Jean Boulet avec des groupes alliés[4]. Sans surprise, le gouvernement a dénoncé « l’extrémisme » d’une manifestation pacifique, mais il a complètement évité de parler des licenciements massifs d’Amazon. Il a plutôt blâmé les contestations des centrales syndicales par la manifestation.
Que le gouvernement continuait d’ignorer notre cause même après ces trois actions d’éclat a causé une grande frustration chez les travailleuses et travailleurs licenciés. Ce comportement du gouvernement est insensé pour une institution qui prétend être un arbitre impartial dans les conflits sociaux. Par contre, il est tout à fait approprié pour les valets de l’oligarchie. C’est cette leçon que nous finirons par retenir : le gouvernement nous barrait la route parce que l’État capitaliste et les monopoles sont intimement liés. Dans leur combat pour la justice, les travailleurs et travailleuses ont réellement dû se battre contre l’oligarchie. Le gouvernement pourrait tenter de remettre son masque à l’avenir, mais nous n’oublierons pas son vrai visage.
L’organisation ouvrière, la clé de la victoire
Nous voulons conclure sur ce point : la nécessité pour les travailleurs et travailleuses d’organiser leur lutte pour un monde meilleur. Les travailleurs qui ont une conscience de classe savent reconnaitre leurs amis et leurs ennemis. Ils savent que leur combat pour la justice doit s’appuyer sur une forte organisation parce que nos opposants sont extrêmement bien organisés. Les travailleuses et travailleurs séparés dans leurs milieux de travail doivent s’unir. Les multinationales présument que la classe ouvrière n’est pas capable de s’opposer à leur exploitation. Mais l’organisation des travailleurs nous a bel et bien permis d’imposer une défaite à Amazon par leur syndicalisation. La leçon à tirer de cette histoire est que nos défaites sont une question d’échelle. Pour gagner à l’avenir, nous devons reproduire les succès de l’organisation démocratique des travailleurs, mais à une échelle toujours plus grande.
Comme la lutte syndicale chez Amazon a connu des pas en avant et des pas en arrière, la conscience de classe connait aussi des hauts et des bas. Nous ne pouvons pas toujours éviter le défaitisme et les défaites. Nous devons toutefois apprendre de nos erreurs et continuer d’avancer vers la victoire. Les meilleurs moments de la lutte contre Amazon étaient les moments d’intense solidarité et de confiance mutuelle entre les travailleuses et travailleurs. Nous allons continuer de travailler pour recréer ces moments. L’organisation de la classe ouvrière est essentielle pour nous qui désirons une société harmonieuse, équilibrée et fondée sur le bien-être du peuple.
Par Jean-Baptiste Uguelin et Félix Trudeau, licenciés d’Amazon
- Félix Trudeau a été président du Syndicat des travailleuses et travailleurs d’Amazon Laval (STTAL-CSN) et Jean-Baptiste Uguelin a fait partie du comité de mobilisation du même syndicat. ↑
- Rédaction Laval, « Les travailleurs licenciés d’Amazon manifestent à Québec », Courrier Laval, 20 février 2025 ; Comité de Montréal, « Des militants et travailleurs d’Amazon perturbent le dîner huppé d’un ministre », L’Étoile du Nord, 20 février 2025.↑
- Nicholas Pereira, « Les travailleurs d’Amazon manifestent à Terrebonne », Courrier Laval, 13 mars 2025 ; Syndicat des travailleuses et travailleurs d’Amazon Laval (STTAL-CSN), « Partielle de Terrebonne : les travailleurs d’Amazon dénoncent le silence complice de la CAQ et de son candidat », Presse-toi à gauche !, 18 mars 2025. ↑
- Amélie Simard-Blouin et Sophie Bernier, « Jean Boulet croit que sa vie privée a été brimée par une manifestation devant sa résidence », Radio-Canada, 27 avril 2025.↑





