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Art, culture et politique
Dada et avant-garde russe : sur les liens entre l’art, la politique et la révolution…
5 février 2017
Chantiers théoriques

1916. Il y a un peu plus d’un siècle, voyait le jour en Suisse le mou­ve­ment Dada. Ce mou­ve­ment artis­ti­que a été créé lors de la Grande Guerre de 1914-1918. À cette occa­sion, des artis­tes sor­tent de leur iso­le­ment et déci­dent de pren­dre posi­tion contre ce grand car­nage humain qui déchire les pays civi­li­sés d’Europe. Certains mem­bres de ce groupe ten­te­ront, à l’instar du cou­rant artis­ti­que de l’Avant-garde russe, de jouer un rôle pivot impor­tant dans la défi­ni­tion des liens à créer entre l’art, la poli­ti­que et la révo­lu­tion. Je vous pro­pose, dans les lignes qui sui­vent, une réflexion cri­ti­que autour des notions sui­van­tes : « Dada », « Avant-garde russe », art, poli­ti­que et révo­lu­tion.

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Article 4
Un Octobre pour nous, pour la Russie et pour le monde entier
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


Appel lancé par dix-sept intel­lec­tuels et artis­tes russes, dont Alexander Buzgalin*

(…)

Une révolution sociale

La révo­lu­tion d’octobre n’a pas été le fait de conspi­ra­teurs ou d’agents secrets au ser­vice de l’étranger. Elle fut un trem­ble­ment de terre, un oura­gan, un tsu­nami que per­sonne n’aurait pu pro­vo­quer par un simple appel. La révo­lu­tion naquit de la logi­que interne des évé­ne­ments quand les sour­ces mul­ti­ples du mécon­ten­te­ment popu­laire ont convergé en un seul tor­rent tout-puis­sant. L’interpréter comme le pro­duit d’une conspi­ra­tion est pour le moins étrange : à sup­po­ser que cela soit vrai, com­ment expli­quer la mise en place rapide d’un gou­ver­ne­ment cen­tral dans un pays immense et le sou­tien du peuple russe qui le défen­dit par les armes pen­dant la guerre civile ?

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ATTENTAT DE QUÉBEC
Le terreau fertile d’une extrême droite bien de chez nous
1 février 2017
Conjonctures et actualités

Sous le choc de l’émotion quant au carac­tère indi­ci­ble de la tra­gé­die, il nous faudra sans doute du temps pour rendre celle-ci intel­li­gi­ble et sur­mon­ter la ten­ta­tion de la réduire trop faci­le­ment à une dérive patho­lo­gi­que décon­tex­tua­li­sée. Comment un enfant de bonne famille ayant grandi dans un pays dont l’identité fon­da­men­tale repose sur la « diver­sité » et la tolé­rance en vient-il à tirer sur d’innocentes vic­ti­mes dont le seul crime est de prier leur Dieu dans un temple censé les pro­té­ger contre l’horreur et la bêtise du monde ?

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Les populismes, la presse et Trump
25 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Le phé­no­mène popu­liste a été lar­ge­ment décrit et étudié en Amérique latine. On a sou­vent affirmé que les lea­ders popu­lis­tes étaient pro­pres aux cultu­res et tra­di­tions lati­nes, mais voilà que le monde et les États-Unis en par­ti­cu­lier décou­vrent qu’ils sont sur­tout le propre d’un contexte, de cer­tai­nes condi­tions socia­les qui le favo­ri­sent. C’est la société elle-même qui rend légi­time et accepte le leader popu­liste, ainsi que son excen­tri­cité et son éthi­que dou­teuse. Les auto­ri­ta­ris­mes sont une construc­tion sociale.

Une stra­té­gie poli­ti­que

S’il est vrai que les atta­ques contre la presse sont appa­rues au cours de la cam­pa­gne élec­to­rale, le nou­veau pré­si­dent amé­ri­cain a très tôt mis en évi­dence une appro­che popu­liste sem­bla­ble à ce que nous connais­sons en Amérique latine. Pour les popu­lis­tes, la prio­rité est l’établissement d’un lien direct avec la popu­la­tion, sans la média­tion des partis poli­ti­ques, de leurs idéo­lo­gies ou pro­gram­mes. Seule compte la parole du leader.

Les médias, por­teurs d’une diver­sité d´opinons et d’analyses basées sur les faits, peu­vent rapi­de­ment deve­nir un obs­ta­cle à cette rela­tion. La stra­té­gie est alors de les contour­ner. D’abord, en condam­nant le jour­na­lisme cri­ti­que, en cher­chant à lui faire perdre sa légi­ti­mité, en l’accusant de par­tia­lité et de manque d’objectivité. Ensuite, en ren­for­çant tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion per­met­tant un lien direct avec les « masses ano­ny­mes ». Pour le moment, Donald Trump pri­vi­lé­gie l’usage de Twitter, mais peut-être arri­vera-t-il à mul­ti­plier les moyens de com­mu­ni­ca­tion directe. Par exem­ple, une chaîne de nou­vel­les telle que Fox News pour­rait éven­tuel­le­ment relayer ses posi­tions sans filtre cri­ti­que. En Amérique latine, les pré­si­dents Chavez et Correa (Venezuela et Équateur) ont trans­formé des médias publics en médias « offi­ciels ».

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Article 3
L’État et la révolution
1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


De Marx à 1917

La seule « cor­rec­tion » que Marx ait jugée néces­saire d’apporter au Manifeste com­mu­niste, il la fit en s’inspirant de l’expérience révo­lu­tion­naire des com­mu­nards pari­siens. La der­nière pré­face à une nou­velle édi­tion alle­mande du Manifeste com­mu­niste, signée de ses deux auteurs, est datée du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y décla­rent que le pro­gramme du Manifeste com­mu­niste « est aujourd’hui vieilli sur cer­tains points ». La Commune a démon­tré que la classe ouvrière ne peut pas se conten­ter de pren­dre la machine de l’État toute prête et de la faire fonc­tion­ner pour son propre compte.

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Appel de Porto Alegre pour la solidarité mondiale des peuples
22 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Nous, mem­bres du Conseil inter­na­tio­nal du FSM, réunis à Porto Alegre à l’occasion du Forum social des résis­tan­ces, affir­mons notre soli­da­rité avec les mil­lions de per­son­nes qui ont répondu, à Washington et dans plus 600 villes du monde, à l’appel de la marche des femmes contre Trump et le trum­pisme.

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Article 2
Octobre 1917 à l’épreuve de l’histoire
1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


La révo­lu­tion d’Octobre a pro­fon­dé­ment marqué l’histoire du XXe siècle (1). Elle a sus­cité de nom­breu­ses polé­mi­ques, des jus­ti­fi­ca­tions et des pro­cla­ma­tions idéo­lo­gi­ques, des images d’Épinal et des condam­na­tions sans appel qui se confon­dent, pour de nom­breux obser­va­teurs, avec la réa­lité. La per­pé­tua­tion de ces repré­sen­ta­tions ancrées dans l’événement fon­da­teur que fut la prise du Palais d’hiver contri­bue à mas­quer, dans l’esprit de beau­coup, la réa­lité. Ainsi, en 1917, ce qui pré­do­mi­nait était le bou­le­ver­se­ment géné­ral (armée, police, appa­reil d’État, milieux éco­no­mi­ques, opi­nions et per­cep­tion de la vie poli­ti­que) et un chaos qui allait pro­fon­dé­ment peser sur les choix des bol­che­viks. À plu­sieurs repri­ses d’ailleurs, ce qui se joue sur la scène sovié­ti­que n’a pas de rap­port avec le décor et les dis­cours. Conséquence : une his­toire pleine de sur­pri­ses car elle a pour cadre un espace por­teur de crises, où les fac­teurs de décom­po­si­tion ont agi avec une vio­lence par­ti­cu­lière et où les fac­teurs de recom­po­si­tion ont pris des formes sur­pre­nan­tes. Tout sys­tème, pré­sent ou passé, doit être ana­lysé du point de vue de ses forces vives, de sa capa­cité ou non à se réfor­mer, et donc à trou­ver une nou­velle vita­lité en aban­don­nant une orien­ta­tion dan­ge­reuse. Les idéo­lo­gies sont sou­vent aveu­glan­tes, car elles pra­ti­quent l’autocélébration : elles amè­nent les êtres humains à oublier que le régime sous lequel ils vivent et qu’ils consi­dè­rent comme plus sou­hai­ta­ble a com­mencé à fonc­tion­ner selon d’autres règles, sous l’action de fac­teurs éco­no­mi­ques et sociaux dis­sol­vants, capa­bles de le vider de sa sub­stance et de n’en lais­ser sub­sis­ter que les appa­ren­ces. Une telle situa­tion peut être com­pa­rée à un théâ­tre où le décor et l’action n’ont rien à voir. Le décor est celui d’une autre pièce, appar­te­nant à une autre époque ; quant à l’action qui se joue, elle mène tout à fait ailleurs.

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Retour en force de la droite et questions pour la gauche !
13 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Un peu par­tout en Amérique latine, les gou­ver­ne­ments de gauche élus au cours de la der­nière décen­nie sont en dif­fi­culté, devant une droite qui s’organise. Comment com­pren­dre ce retour en force dans plu­sieurs pays ?

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Éloge de la manifestation
12 janvier 2017
Conjonctures et actualités

Romancier et cri­ti­que d’art mar­xiste, John Berger est mort tout récem­ment. Ce texte est paru ini­tia­le­ment, en anglais, dans New Society le 23 mai 1968. Il a été repro­duit sur le site de la revue Contre-Temps. La tra­duc­tion est de Sylvestre Jaffard

Il y a 70 ans (le 6 mai 1898) des tra­vailleurs, hommes et femmes, ont mani­festé en masse dans le centre de Milan. Il serait trop long de rela­ter ici les évé­ne­ments qui les y avaient menés. La mani­fes­ta­tion fut atta­quée et dis­per­sée par l’armée com­man­dée par le géné­ral Beccaris. À midi, la cava­le­rie char­gea dans la foule ; les ouvriers sans armes essayè­rent de construire des bar­ri­ca­des ; la loi mar­tiale fut décla­rée et, pen­dant trois jours, l’armée com­bat­tit des gens désar­més. Les chif­fres offi­ciels des vic­ti­mes indi­què­rent que 100 ouvriers avaient été tués et 450 bles­sés. Un poli­cier avait été tué acci­den­tel­le­ment par un soldat. Il n’y avait pas de vic­ti­mes parmi les mili­tai­res. (Deux ans plus tard Umberto Ier fut assas­siné parce qu’il avait féli­cité publi­que­ment le géné­ral Beccaris, le « bou­cher de Milan », après le mas­sa­cre). J’ai essayé de com­pren­dre cer­tains aspects de la mani­fes­ta­tion du Corso Venezia du 6 mai, pour une nou­velle que je suis en train d’écrire. Ce fai­sant, je suis par­venu à cer­tai­nes conclu­sions à propos des mani­fes­ta­tions qui sont peut-être sus­cep­ti­bles de s’appliquer de façon plus géné­rale.

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Article 1
Relire la révolution russe
1917-2017 : Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


En 1917, les gran­des puis­san­ces se dres­sent les unes contre les autres dans une foire d’empoigne inter impé­ria­liste. Dans les tran­chées, c’est une véri­ta­ble bou­che­rie où cou­lent des flots de sang pro­lé­taire et popu­laire écla­bous­sant un corps social pour­ris­sant. Pourtant pres­que par­tout, l’opinion popu­laire est pro guerre, empor­tée par une fer­veur natio­na­liste mani­pu­lée par la droite et l’extrême droit. Pire encore, ce patrio­tisme mal placé est endossé par les prin­ci­paux mou­ve­ments socia­lis­tes. Certes, il y a des excep­tions : ici et là, des mou­ve­ments, des intel­lec­tuels, quel­ques partis de gauche, rechi­gnent, mais sans grand impact. Sauf en Russie.

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