Y aura-t-il un accord sur le climat ? Un nouvel emballage pour Copenhague

Par Mis en ligne le 16 décembre 2009

L’analogie trou­blante sou­le­vée par les mili­tants inter­na­tio­naux entre la confé­rence sur le climat de Copenhague et la réunion de l’OMC à Seattle (en novembre 1999) pour­rait se révé­ler bien plus per­ti­nente que ce que la plu­part des mili­tants éco­lo­gistes n’aurait pu imaginer.

À la veille du sommet des Nations Unies sur le climat tant attendu, les repré­sen­tants offi­ciels met­taient tout en œuvre pour faire passer la confé­rence pour un succès, quoi qu’il arrive. L’annonce par Barack Obama de son rapide pas­sage à Copenhague a fait la une des jour­naux, tout comme la pro­messe de la Chine de réduire « l’intensité car­bone » de son éco­no­mie, abais­sant sim­ple­ment le taux d’augmentation de ses émis­sions de gaz à effet de serre. Certains pro­clament les avan­tages d’un accord « poli­tique » ou « opé­ra­tion­nel » non contrai­gnant comme un pas ame­nant une réduc­tion gra­duelle des émis­sions au niveau mon­dial. D’autres sont pré­oc­cu­pés par le scan­dale orches­tré ayant pour ori­gine les cour­riels volés à cer­tains cher­cheurs du Royaume Uni sur le climat (voir, en anglais, ce lien). C’est à des années lumière de ce qui avait été promis, à savoir la mise en place d’un nou­veau traité mon­dial et contrai­gnant pour contrer des chan­ge­ments cli­ma­tiques catastrophiques.

Ce n’était pas prévu ainsi. Depuis plu­sieurs années, les pro­tec­teurs de l’environnement d’Amérique du Nord, d’Europe et du monde entier ont décrit ce moment comme étant déci­sif dans l’histoire de la crise mon­diale du climat. Depuis l’approbation du Protocole de Kyoto en 1997, les signa­taires du pro­to­cole et ceux de la conven­tion-cadre des Nations Unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques (CCNUCC) ont mis sur pieds des confé­rences bis­an­nuelles très impor­tantes pour faire avan­cer la réa­li­sa­tion de ces docu­ments. La pre­mière période dite « d’adhésion » à Kyoto étant prévue pour se ter­mi­ner en 2012, la ren­contre de Copenhague a long­temps été pré­sen­tée comme le moment cru­cial pour prendre de vitesse des déran­ge­ments cli­ma­tiques tou­jours plus incontrôlables.

Cela fait main­te­nant bien plus d’une année que les éco­lo­gistes pla­ni­fient des évè­ne­ments, rédigent des rap­ports et coor­donnent leurs plans d’action en phase avec la confé­rence de Copenhague. Les évè­ne­ments du 24 octobre – « 350​.org », plus de 5000 acti­vi­tés recen­sées dans 181 pays et dra­ma­ti­sant le besoin de réduire le taux de dioxyde de car­bone dans l’atmosphère à moins de 350 ppm – avaient été pro­gram­més pour influen­cer sur Copenhague. Jusqu’à la mi-novembre, l’agenda pour faire passer la légis­la­tion « Action du Congrès sur le climat » aux États-Unis était éga­le­ment par­tiel­le­ment des­tiné à l’audience inter­na­tio­nale. Les spé­cu­la­tions sur la par­ti­ci­pa­tion d’Obama à la confé­rence ont fait l’objet d’innombrables articles de jour­naux, blogs et argu­men­ta­tions pas­sion­nées de Greenpeace et d’autres orga­ni­sa­tions bien connues.

Pourtant, pen­dant une grande partie de l’automne, la plu­part des décla­ra­tions faites aussi bien par des repré­sen­tants offi­ciels éta­su­niens que par ceux des Nations Unies ont tendu à faire dimi­nuer les attentes. Depuis des mois, les négo­cia­teurs éta­su­niens sont éva­sifs au sujet des enga­ge­ments qu’ils vont ou ne vont pas appor­ter à la table des négo­cia­tions. À mi-novembre, les comi­tés du Sénat ont com­mencé à éli­mi­ner la loi sur le climat de leur calen­drier de fin d’année, après qu’un boy­cott répu­bli­cain des audi­tions du Sénateur Boxer n’ait amené qu’une pas­sa­tion pour la forme par le Comité pour l’environnement et les tra­vaux publics qu’elle pré­side d’une loi hau­te­ment lacu­naire. Auparavant, le Secrétaire exé­cu­tif de la CCNUCC avait com­mencé à refor­mu­ler ses décla­ra­tions publiques, par­lant plutôt de « la mesure du possible ».

Ce qui pour­rait bien avoir été la rup­ture déci­sive s’est pro­duit lors de dis­cus­sions à Bangkok de mi-octobre, des­ti­nées à fina­li­ser la conven­tion cadre pour un accord à Copenhague. Pour la pre­mière fois, les repré­sen­tants de l’Union euro­péenne se sont ral­liés au refus éta­su­nien de s’engager à l’avenir dans le cadre de la conven­tion éta­blie par le Protocole de Kyoto. Alors que des réunions pré­cé­dentes sur le climat ont été favo­ri­sées par l’insistance des Européens sur des émis­sions scien­ti­fi­que­ment ciblées, ce chan­ge­ment de posi­tion – résul­tant peut-être de la diplo­ma­tie « amé­lio­rée » d’Obama – a sen­si­ble­ment déplacé le centre de gra­vité des dis­cus­sions et élevé tou­jours plus le degré de dis­sen­sions. Un mois plus tard, des délé­gués afri­cains sont sortis d’une réunion de suivi à Barcelone et on menacé d’en faire autant à Copenhague si les pays riches refu­saient de s’engager pour des réduc­tions d’émissions ayant un sens. Finalement, à mi-novembre, au cours d’un petit-déjeu­ner de tra­vail lors du sommet de l’APEC (Coopération éco­no­mique pour l’Asie – Pacifique) à Singapour, Obama et le pre­mier ministre danois Rasmussen ont annoncé défi­ni­ti­ve­ment que la négo­cia­tion d’un traité sur le climat juri­di­que­ment obli­ga­toire pren­drait au moins encore une année. Comment et pour­quoi le monde en est-il arrivé là ? Les défauts inhé­rents au Protocole de Kyoto en sont par­tiel­le­ment res­pon­sables, mais les déci­deurs éta­su­niens qui tra­vaillent depuis long­temps dans les cou­lisses à sabo­ter Copenhague sont les plus à blâmer. Les négo­cia­teurs des dif­fé­rents côtés ont des opi­nions contra­dic­toires en ce qui concerne la signi­fi­ca­tion du Protocole de Kyoto et le niveau auquel il devrait aider à défi­nir les termes d’accords futurs, ce qui com­plique encore les choses.

D’une cer­taine façon, le Protocole de Kyoto a repré­senté une percée cru­ciale dans le pro­ces­sus en cours de la CCNUCC. Pour la pre­mière fois, des pays se sont mis d’accord sur un pro­gramme ciblé et contrai­gnant pour réduire les émis­sions de gaz de serre et sur les moyens d’y arri­ver. La res­pon­sa­bi­lité la plus impor­tante pour des réduc­tions incom­bait aux pays les plus riches, le reste du monde accep­tant des « res­pon­sa­bi­li­tés com­munes mais dif­fé­ren­ciées » pour atté­nuer une crise cli­ma­tique poten­tielle. Le diable, comme c’est tou­jours le cas, s’est caché dans les détails, et ces détails pro­ve­naient prin­ci­pa­le­ment des inter­ven­tions à Kyoto de celui qui était alors le vice-pré­sident Al Gore.

Gore est arrivé à Kyoto vers la fin de la confé­rence, à un moment où le refus des États-Unis de signer pour des dimi­nu­tions obli­ga­toires des émis­sions mena­çait de faire dérailler tout le pro­ces­sus. On accorda à Gore le crédit d’avoir sauvé le situa­tion ; plus pré­ci­sé­ment, il a pro­posé que les États-Unis signent le Protocole de Kyoto à deux condi­tions : pre­miè­re­ment, les réduc­tions deman­dées des émis­sions devaient être limi­tées à envi­ron la moitié de celles pro­po­sées à l’origine, et deuxiè­me­ment les réduc­tions d’émissions devraient être réa­li­sées par l’échange com­mer­cial de « permis de pol­luer » entre dif­fé­rentes entre­prises et entre pays. Ce fut le début du marché du car­bone (plus connu sous le nom de « Cap and Trade », « pla­fon­ne­ment et échange ») comme ins­tru­ment de poli­tique inter­na­tio­nale. Alors que, bien sûr, les États-Unis n’ont jamais rati­fié le traité de Kyoto, le reste du monde doit en sup­por­ter les consé­quences, à savoir un sys­tème de marché des permis d’émission qui a tota­le­ment échoué dans sa mis­sion de réduc­tion de la pol­lu­tion, et un plan injuste pour per­mettre à des entre­prises de com­pen­ser leurs émis­sions en inves­tis­sant dans des projet à basse émis­sion de dioxyde de car­bone dans le Sud (voir aussi, en anglaishttp://​coun​ter​punch​.org/​t​o​k​a​r​0​70220… et http://​sto​ryof​stuff​.com/​c​a​p​a​n​d​t​rade/ sur le sujet des échanges et des compensations). 

Dix ans plus tard, le tableau le projet dit « Plan Action Bali » résul­tant du sommet sur le climat des Nations Unies de 2007 est venu com­pli­qué un peu plus le tableau. Ce plan per­met­tait aux négo­cia­tions en vue de Copenhague d’avancer sur deux pistes, l’une conti­nuant le pro­ces­sus éla­boré à Kyoto et l’autre retour­nant pour l’essentiel à la rédac­tion de la conven­tion sur le climat d’origine datant de 1992. Alors que Kyoto demeure un traité léga­le­ment contrai­gnant, des repré­sen­tants des pays en déve­lop­pe­ment craignent que cette seconde piste ne soit uti­li­sée pour fabri­quer un accord de sub­sti­tu­tion qui, en fait, ren­drait caducs les maigres avan­tages obte­nus à Kyoto par les pays pauvres. La Chine a été parmi les par­ti­sans les plus élo­quents du main­tien de la conven­tion cadre de Kyoto et de son absence notable de dis­tinc­tion entre des nations au déve­lop­pe­ment rapide comme la Chine et les pays les plus pauvres du monde, alors que les États-Unis cherchent depuis long­temps à mettre la faute sur la Chine et l’Inde pour l’augmentation rapide des niveaux de CO2. Le groupe de pays pauvres G77 et l’Alliance des petits états insu­laires – qui ont le plus à perdre si l’accord de Copenhague ne se fait pas et si le rythme d’élévation du niveau des mers conti­nue à aug­men­ter – se sont tous ali­gnés pour sou­te­nir le main­tien de Kyoto et conti­nuer à rendre res­pon­sables les pays riches de leur contri­bu­tion his­to­rique à la désta­bi­li­sa­tion du climat.

Les fonds de trans­fert tech­no­lo­gique ont été une autre pierre d’achoppement lors des dis­cus­sions pré­cé­dant Copenhague. L’argument est le sui­vant : si les pays plus pauvres doivent à terme dimi­nuer leurs émis­sions et simul­ta­né­ment sortir leurs popu­la­tions de la pau­vreté, les pays du Nord vont devoir tenir les pro­messes faites à Kyoto et accé­lé­rer le déploie­ment de tech­no­lo­gies d’énergies renou­ve­lables dans le Sud, sans entra­ver son déve­lop­pe­ment éco­no­mique. Alors que cette stra­té­gie est sou­vent perçue comme une simple ques­tion de richesse rela­tive et d’équité glo­bale, cer­tains repré­sen­tants des peuples indi­gènes, comme Anastasia Pinto de CORE (Congress of Racial Equality), basée dans les Himalaya de l’Est de l’Inde, trouvent que ces argu­ments de « déve­lop­pe­ment durable » vont prin­ci­pa­le­ment être au béné­fice des élites du Sud, qui veulent conti­nuer s’enrichir au détri­ment des pauvres comme de l’environnement. Lors d’un récent voyage aux États-Unis, Pinto décri­vait le fossé éco­no­mique gran­dis­sant comme étant la véri­table clé du refus du gou­ver­ne­ment de prendre en consi­dé­ra­tion toute mesure des­ti­née à réduire la contri­bu­tion de l’Inde à la crise du climat. 

Dans une com­mu­ni­ca­tion récente, Lim Li Lin, du Third World Network (http://​www​.twn​side​.org​.sg/), a résumé l’un des aspects du blo­cage par rap­port à Kyoto comme suit : « Le régime de sou­mis­sion inter­na­tio­nale selon le Protocole de Kyoto … a devant lui un avenir incer­tain. Alors qu’il peut encore être amé­lioré, on risque main­te­nant de ne plus avoir de sys­tème de sou­mis­sion inter­na­tio­nale du tout. » L’argument le plus fort en faveur de Kyoto est peut-être le coût bien trop élevé pour l’environnement que repré­sen­te­rait à long terme une ten­ta­tive d’élaborer un traité sur le climat en repar­tant à zéro, sur­tout si le pire élé­ment de Kyoto – à savoir le sys­tème éco­no­mique « Cap and Trade » – était main­tenu de toutes façons. Alors que l’avenir du Protocole de Kyoto croule sous le poids de la com­plexité des poli­tiques Nord – Sud, la résis­tance per­ma­nente des États-Unis à l’établissement de limites contrai­gnantes à la pol­lu­tion pro­vo­quant le réchauf­fe­ment global amène des ques­tions encore plus fon­da­men­tales. Existe-t-il une alter­na­tive à un effort mutuel­le­ment consenti de réduire au niveau mon­dial les émis­sions de gaz à effet de serre ? Qu’amènent les États-Unis à la table de négo­cia­tions de Copenhague, si ce n’est une vague pro­messe de réduire leurs émis­sions d’ici à 2020 à des niveaux encore très éloi­gnés de ceux consen­tis par d’autres pays, à l’horizon 2012, dans le cadre du Protocole de Kyoto ? (La récente décla­ra­tion d’Obama annon­çant que les États-Unis rédui­ront leurs émis­sions d’environ 17% par rap­port aux niveaux de 2005 d’ici à 2020, dans la droite ligne de la réso­lu­tion prise par le Congrès en juin, ne repré­sente en fait qu’une réduc­tion de 4 à 5% des niveaux de 1990, la donnée de base éta­blie à Kyoto, en contraste avec l’accord des pays de l’Union Européenne de réduire leurs émis­sions de 8% par rap­port à 1990 d’ici à 2012). 

Un article du numéro de Septembre/​Octobre de la revue Foreign Affairs pour­rait bien appor­ter des indi­ca­tions impor­tantes sur ce que nous devrions nous attendre à voir à Copenhague. Foreign Affairs est l’organe offi­ciel du Conseil des Relations Étrangères (Council on Foreign Relations), qui a long­temps été consi­déré à la fois comme une girouette et comme un arbitre impor­tant de l’opinion des élites amé­ri­caines. Parmi ses membres, on trouve les pré­si­dents les plus récents, ainsi que de nom­breux autres hauts fonc­tion­naires. Dans un article inti­tulé « Copenhague, une vérité qui dérange » (NDT : une allu­sion au film d’Al Gore), le cher­cheur émé­rite Michael Levi a brossé le contour de que pour­rait être la stra­té­gie de long-terme du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain pour Copenhague.

« Les chances de signer un traité com­plet en Décembre sont réduites au mini­mum », écri­vait Levi l’été der­nier, à temps pour la paru­tion du numéro de début sep­tembre, exhor­tant même ceux qui sont concer­nés par le pro­blème cli­ma­tique à « repen­ser leur stra­té­gie et leurs attentes » vis-à-vis de Copenhague. La pro­po­si­tion alter­na­tive de Levi est, pour l’essentiel, de rem­pla­cer les stan­dards inter­na­tio­naux d’émissions par un patch­work de poli­tiques natio­nales spé­ci­fiques, avec l’ambition modeste et insuf­fi­sante, de réduire les émis­sions mon­diales de dioxyde de car­bone de moitié, « dans l’idéal par rap­port au niveau de 1990, en 2050 ». Dans le sce­na­rio de Levi, la Chine allaient inten­si­fier ses inves­tis­se­ments dans les éner­gies renou­ve­lables et dans des « cen­trales à char­bon conven­tion­nelles ultra-effi­caces » ; l’Inde devien­drait pion­nère dans les réseaux intel­li­gents de dis­tri­bu­tion d’électricité ; et les pays dont les émis­sions pro­viennent prin­ci­pa­le­ment des défo­res­ta­tions (par­ti­cu­liè­re­ment l’Indonésie et le Brésil), se ver­raient pro­po­ser des inci­ta­tions à pro­té­ger les forêts et à déve­lop­per la pro­duc­ti­vité agri­cole. La prin­ci­pale contri­bu­tion des Etats-Unis, serait de pous­ser à un accord détaillé sur les « mesures, l’audit et la véri­fi­ca­tion », l’un des rares domaines dans lequel les tech­no­lo­gies amé­ri­caines pour­rait conser­ver leur avance.

L’article de Levi accuse ouver­te­ment les pays en déve­lop­pe­ment d’être res­pon­sables de l’incapacité du monde à se mettre d’accord sur une limi­ta­tion signi­fi­ca­tive des émis­sions. Il explique pour cela que les Chinois, parmi d’autres, insistent constam­ment sur des niveaux moins contrai­gnants que ce qui serait fai­sable, qu’ils n’ont les capa­ci­tés à contrô­ler leurs émis­sions de manière effi­cace, et igno­re­raient sim­ple­ment tout pla­fond d’émissions qu’ils ne seraient pas capables de res­pec­ter. Malheureusement, cela res­semble comme deux gouttes d’eau à la manière dont les pays du Nord se sont com­por­tés depuis Kyoto ; Levi cite même le Canada comme l’exemple typique d’un État qui dépasse lar­ge­ment les limites fixées par Kyoto et qui pour autant n’a subi aucune sanc­tion. C’est pour cela, d’après Levi que les efforts pour conce­voir des objec­tifs contrai­gnants pour les pays en déve­lop­pe­ment ne sont qu’une « perte de temps ». 

L’un des défis majeurs pour les États-Unis à Copenhague sera, pour Levi, d’éviter des « reproches exces­sifs » si la confé­rence est perçue comme un échec. Plutôt que d’attendre qu’un accord com­plet sorte de Copenhague, il explique que la confé­rence devrait au contraire être vue de la même manière que le démar­rage d’un cycle de dis­cus­sions sur le contrôle des armes ou le com­merce mon­dial, des pro­ces­sus qui néces­sitent imman­qua­ble­ment des années avant d’aboutir. « Ce ‘cycle de Copenhague’, » explique-t-il, en emprun­tant le lan­gage propre à l’OMC, « res­sem­ble­rait bien plus à une négo­cia­tion com­mer­ciale pro­lon­gée, qu’à un pro­ces­sus clas­sique de traité envi­ron­ne­men­tal ». Insistant sur le fait qu’un accord sub­stan­tiel, bien qu’insuffisant, ait été signé à Kyoto, il sou­ligne que sept années sup­plé­men­taires de négo­cia­tions ont été néces­saires avant que le traité ne puisse être mis en œuvre. 

Si c’est ce que le monde doit attendre de ces deux semaines à Copenhague, quelles en seraient les impli­ca­tions ? Les scien­ti­fiques qui tra­vaillent sur le climat s’accordent géné­ra­le­ment pour dire que le temps est plus que compté avant de bas­cu­ler dans un point de non retour dans la désta­bi­li­sa­tion du climat de la pla­nète. Les ten­dances actuelles des émis­sions de CO2 dépassent dès-à-pré­sent les pires des sce­na­rios basés sur le « busi­ness-as-usual » du rap­port de 2007 du GIEC, et les agences comme le Bureau Météorologique Britannique pré­voient désor­mais une aug­men­ta­tion moyenne de 10 degrés ou plus dans dif­fé­rentes régions du monde avant la fin de ce siècle. Ceci signi­fie­rait une dis­pa­ri­tion défi­ni­tive de la glace arc­tique, des périodes d’inondation et de séche­resses inédites, des menaces sur la moitié des res­sources pla­né­taires en eau potable, et l’effondrement d‘écosystèmes majeurs, ainsi que de nom­breuses et impor­tantes régions agricoles. 

Heureusement, alors que les diplo­mates sou­hai­te­raient faire dis­pa­raître le pro­blème comme d’un coup de baguette magique, même s’ils devisent de méca­nismes tou­jours plus com­plexes et moins effi­caces pour allé­ger le chaos cli­ma­tique – des peuples du monde entier com­mencent à prendre la mesure de l’ampleur de la crise cli­ma­tique. 
Les mili­tants de la Justice Climatique en Europe, dans les com­mu­nau­tés indi­gènes et les petites com­mu­nau­tés pay­sannes de par le monde, y com­pris en Amérique du Nord, com­mencent à contes­ter les inéga­li­tés qui sous-tendent les poli­tiques cli­ma­tiques actuelles, et exigent de vraies solu­tions. Ils mettent évi­dence les voix des com­mu­nau­tés les plus affec­tées par les chan­ge­ments cli­ma­tiques actuel­le­ment en cours, et s’opposent aux fausses solu­tions qui favo­risent les inté­rêts des mul­ti­na­tio­nales, du marché et de la com­pen­sa­tion car­bone au mythe du « char­bon propre », de l’énergie nucléaire et de l’invasion des plan­ta­tions de bio­car­bu­rants indus­triels (ou plus pré­ci­sé­ment d’« agro-car­bu­rants »). Dans le même temps, ils s’attaquent à la domi­na­tion crois­sante des inté­rêts des mul­ti­na­tio­nales dans le pro­ces­sus des Nations-Unies lui-même, un phé­no­mène qui avait amené un par­ti­ci­pant de la confé­rence des Nations Unies de 2007 à Bali à la décrire comme « un spec­tacle com­mer­cial géant de mar­chan­di­sa­tion de la pla­nète, du ciel et des droits des pauvres ». 

Le mou­ve­ment de Justice Climatique en Amérique du Nord a orga­nisé sa pre­mière jour­née d’action à l’échelle conti­nen­tale le lundi 30 novembre der­nier, pour le dixième anni­ver­saire des mani­fes­ta­tions mas­sives contre l’Organisation Mondiale du Commerce à Seattle. Des cen­taines de per­sonnes ont mani­festé et rejoint le mou­ve­ment, des dizaines d’entre elles ont été arrê­tées dans des endroits comme la Bank of America de San Francisco ou le quar­tier géné­ral du Chicago Climate Exchange, le siège du plus grand marché d’échange volon­taire de cré­dits d’émissions. Des mili­tants en Caroline du Sud ont bloqué la livrai­son d’un géné­ra­teur dans une nou­velle cen­trale à char­bon, des cana­diens ont occupé le bureau de leur ministre des finances – l’un des ini­tia­teurs du projet hau­te­ment des­truc­teur d’extraction de pétrole brut dans les sables bitu­meux du centre de l’Alberta – et les new-yor­kais ont défilé du bureau local de la Bank of America aux bureaux du Conseil de Défense des Ressources Naturelles, l’un plus fer­vents avo­cats du marché car­bone. (Pour en savoir plus sur les actions du 30 novembre, voir http://​act​for​cli​ma​te​jus​tice​.org).

Dans le même temps, en Europe, des mil­liers de mili­tants ont défilé à Genève au début de la pre­mière Conférence minis­té­rielle de l’OMC depuis quatre ans. La dyna­mique prend rapi­de­ment, per­met­tant de pré­sa­ger d’actions de masse dans les rues de Copenhague, où les mili­tants exi­ge­ront le main­tien dans le sol des éner­gies fos­siles, le res­pect des droits des peuples indi­gènes et des forêts ainsi que des répa­ra­tions pour la dette éco­lo­gique et cli­ma­tique contrac­tée par les pays riches et que ces der­niers devraient payer aux pays les plus affec­tés par l’extraction des res­sources et les catas­trophes liées au climat. Pour cer­tains des orga­ni­sa­teurs, Copenhague a fini par sym­bo­li­ser la der­nière ten­ta­tive du capi­ta­lisme pour venir à bout de la crise cli­ma­tique. Avec les délé­gués afri­cains qui menacent de quit­ter une nou­velle fois la table des négo­cia­tions,, et les USA qui poussent uni­que­ment sur le papier à un accord, l’analogie trou­blante sou­le­vée par les mili­tants inter­na­tio­naux entre la confé­rence sur le climat de Copenhague et la réunion de l’OMC à Seattle (en novembre 1999) pour­rait se révé­ler bien plus per­ti­nente que ce que la plu­part des mili­tants éco­lo­gistes n’aurait pu imaginer.

Traduction Andrée Durand et Nicolas Haeringer, révi­sée par Hélène Cabioc’h, dans le cadre du projetwww​.​m​-​e​-dium​.net

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