Vers une convergence des forces militantes du Québec et hors Québec

Les 5 et 6 juin derniers, une quarantaine de militants et militantes provenant d’une dizaine de groupes sociaux et organisations politiques du Canada et du Québec se sont réunis à Halifax dans le cadre d’une conférence-débat organisée par le groupe Solidarity Halifax. J’ai eu le privilège de représenter Québec solidaire qui y avait été invité.

Cette conférence était le résultat d’un travail amorcé il y a quelques années et qui a trouvé son point culminant au Forum social des peuples l’été dernier. Une série d’appels-conférences avaient été organisés pour donner suite aux travaux du Forum social. Parallèlement des militants et militantes du Québec, membres de QS avaient amorcé une initiative similaire qui avait donné lieu à une première rencontre à Toronto en février, organisée conjointement avec Socialist Project, à laquelle avaient participé soit sur place ou par Internet une trentaine de militants et militantes. Plus récemment, le 2 juin dernier, les Nouveaux Cahiers du Socialisme et Canadian Dimension organisaient un panel qui présentait la perspective d’alliance politique de la gauche au niveau pan canadien dans le cadre des Socialist Studies à l’Université d’Ottawa.

La conférence de Solidarity Halifax a permis de faire le point sur la situation politique au moyen de six discussions thématiques :

Construire des organisations locales efficaces

À partir de l’expérience de Solidarity Halifax, Solidarity Against Austerity Ottawa et We are Oshawa, comment peut-on construire des organisations locales capables de jouer un rôle significatif dans la vie politique de leur municipalité? Quels sont les bons coups à retenir et les écueils à éviter?

Notre histoire et l’identité politique/Pluralisme et non sectarisme

La gauche fait souvent une distinction entre la lutte de classe et les différentes luttes contre l’oppression. Comment peut-on les faire converger et comment prendre une approche pluraliste?

À quoi pourrait ressembler un réseau pan-canadien? /Quelles relations avec la gauche du Québec?

Comment les organisations progressistes au Canada peuvent-elles coopérer à l’échelle nationale? Quels sont les prérequis idéologiques et matériels à une future coopération? Comment relier les organisations locales à de plus larges campagnes et à un dialogue à travers le pays? Que pouvons-nous retenir des succès de nos camarades au Québec?

Le Parti – Possibilités et problèmes (Syriza, Podemos, Die Linke, le NPD, etc.)

Au niveau international de nouvelles formations de gauche ont émergé à travers l’Europe. Qu’est-ce que cela veut dire pour la gauche au Canada? Comment nous situons-nous face à la question des partis sociaux-démocrates comme le NPD? À quoi pourrait ressembler un parti anti-capitaliste ou socialiste de gauche au Canada?

Construire et renforcer les mouvements sociaux

Le développement des organisations anticapitalistes est directement lié au développement et à la force des différents mouvements sociaux. Que pouvons-nous faire afin d’aider à construire et renforcer ces mouvements? Quel doit être la relation entre les mouvements sociaux et les organisations anticapitalistes?

Comment communiquer et travailler ensemble

Au-delà des téléconférences et des assemblées, quelles sont les prochaines étapes pour construire l’unité de la gauche à travers le pays? Comment devrions-nous communiquer entre nous, avec les mouvements sociaux, avec le public? Sur quelles campagnes et actions pouvons-nous coordonner nos efforts?

La question de la politique fédérale y a été abordée de même que le cadre d’intervention par rapport au NPD. Les rapports entre la gauche du Québec et le reste du Canada ont aussi fait l’objet de discussions intéressantes. Les intervenantEs du Québec du Réseau écosocialiste et de Québec solidaire ont expliqué la nature dynamique du processus de souveraineté inévitablement lié au changement social. Ce changement ne pourrait être que dans l’intérêt du mouvement ouvrier et populaire du reste du Canada. Cette idée, déjà présentée lors d’autres forums dont les Socialists Studies et dans la revue Canadian Dimension, fait maintenant son chemin et permet pour les progressistes du reste du Canada de voir la souveraineté d’une autre façon et qu’il faut aller plus loin que le simple droit à l’autodétermination.

Cela représentait un pas en avant pour Québec solidaire qui avait adopté une résolution à son dernier conseil national de décembre à l’effet de mettre les énergies nécessaires afin de développer des relations avec les progressistes du reste du Canada. En ce moment, nous sommes le seul parti politique se réclamant de la souveraineté à comprendre l’importance de gagner le soutien du mouvement ouvrier du ROC et à travailler dans ce sens. Il y va de notre intérêt, mais également du leur. La mobilisation citoyenne qui luttera pour la souveraineté au Québec le fera pour reprendre le contrôle de ses ressources, de sa vie démocratique, de son environnement et de son économie. Cela ne sera pas sans impact dans l’avancement de la lutte dans le reste du Canada qui nous sera en retour bénéfique.

Même si tous s’entendent pour dire qu’il y a une situation asymétrique entre la situation politique au Canada et au Québec, cette conférence a représenté le plus important pas en avant à ce jour dans la construction d’une alternative politique pancanadienne ou à tout le moins pour l’instant d’un réseau pancanadien en ce qu’elle a permis d’ouvrir la perspective réelle de convergence de la gauche politique du Reste du Canada, et d’une combinaison des dynamiques avec la gauche du Québec.

Le prochain rendez-vous aura lieu lors de l’université populaire des Nouveaux Cahiers du Socialisme et de Canadian Dimension du 20 au 23 août à l’UQAM. La grande plénière du 21 août à 16 h 30 poursuivra cette discussion avec la présence des panélistes : Lesley Thompson et Kyle Buott de Solidarity Halifax, Dave Bush de Toronto, Jessica Squires du réseau écosocialiste Gatineau, et Jérémie Bédard-Wien de Montréal.