Vers une alliance PQ-CAQ ?

Par Mis en ligne le 07 janvier 2015

Dans un texte d’avril 2013 qui pro­po­sait une ana­lyse gram­scienne du rôle des intel­lec­tuels et la recon­fi­gu­ra­tion idéo­lo­gique des partis, j’évoquais l’hypothèse d’une éven­tuelle conver­gence du Parti qué­bé­cois et de la Coalition Avenir Québec. Loin de repré­sen­ter une spé­cu­la­tion excen­trique, de nou­veaux signes sur la scène poli­tique qué­bé­coise com­mencent à cor­ro­bo­rer ce pro­nos­tic. Ce qui à l’époque demeu­rait un monde pos­sible loin­tain s’avère un scé­na­rio de plus en plus pro­bable qui pour­rait se concré­ti­ser dans un avenir rap­pro­ché. Cet article vise à faire la démons­tra­tion qu’une alliance entre le PQ et la CAQ est non seule­ment pos­sible, mais réa­li­sable, dans la conjonc­ture actuelle, notam­ment à cause du rôle clé de Pierre Karl Péladeau dans la créa­tion d’un nou­veau bloc his­to­rique. Comme le rap­pelle Simon-Pierre Savard-Tremblay (SPST), l’analyse des struc­tures socioé­co­no­miques ne doit éva­cuer la fonc­tion déter­mi­nante des acteurs dans les contextes de crise et de désar­roi idéo­lo­gique.

« Il est de bon ton de mar­te­ler que les indi­vi­dus ont un poids bien faible à l’échelle de l’histoire, contrai­re­ment aux fac­teurs lourds et aux déter­mi­nismes de toutes sortes à qui l’on prête des facul­tés démiur­giques. Pourtant, les acteurs s’investissent au sein de l’espace poli­tique pour en défi­nir les conte­nus et les contours. Chacun sou­haite défi­nir la pro­blé­ma­tique cen­trale de cet espace : c’est le propre même de la logique poli­tique que d’espérer y impo­ser les thèmes cen­traux de son agenda. Il est dès lors d’autant plus fon­da­men­tal d’étudier les acteurs au cours des périodes névral­giques où le para­digme poli­tique est en redé­fi­ni­tion. […] Il est trop tôt pour juger si Pierre Karl Péladeau bou­le­ver­sera le sys­tème poli­tique qué­bé­cois et mènera le Québec vers un nou­veau cycle. Il n’est cepen­dant pas ardu de consta­ter qu’il est en posi­tion pour le faire, qu’il peut poten­tiel­le­ment bou­le­ver­ser le jeu et que plu­sieurs en ont une peur bleue. S’il est impos­sible de pré­dire s’il s’agira d’un pétard mouillé, il est tout aussi impos­sible de pré­tendre avec cer­ti­tude que les struc­tures actuelles de l’espace public demeu­re­ront indemnes. » [1]

La caqui­sa­tion comme vec­teur du bloc his­to­rique

Avant d’entamer l’analyse pré­cise de la fonc­tion actuelle de PKP dans le pay­sage poli­tique qué­bé­cois, rap­pe­lons quelques objec­tifs stra­té­giques que pour­sui­vait le PQ en le nom­mant à la tête du conseil d’administration d’Hydro-Québec en avril 2013, puis en annon­çant sa can­di­da­ture lors cam­pagne élec­to­rale de 2014 : 1) assu­rer une cou­ver­ture média­tique favo­rable au PQ auprès des classes moyennes conser­va­trices grâce à la conver­gence média­tique, éco­no­mique et par­le­men­taire ; 2) percer le bas­tion de la ville de Québec en favo­ri­sant une arti­cu­la­tion orga­nique entre le maire Labeaume/​PKP/​PQ, dont le cœur est repré­senté par le nou­veau phare de l’industrie cultu­relle qué­bé­coise, l’amphithéâtre Quebecor ; 3) opérer la caqui­sa­tion du PQ, comme le sou­ligne Pierre Dubuc dans son article sur la « ber­lus­co­ni­sa­tion du Parti qué­bé­cois ».

« Dans les cercles sou­ve­rai­nistes et pro­gres­sistes, on attri­bue le fait que le gou­ver­ne­ment soit mino­ri­taire à la divi­sion du vote entre le Parti Québécois, Québec soli­daire et Option natio­nale, et on parle de “conver­gence natio­nale”, d’alliance élec­to­rale en vue du pro­chain scru­tin. Mais, dans l’entourage de la direc­tion du Parti Québécois, on entend un autre dis­cours. Le PQ est mino­ri­taire, dit-on, à cause de son virage à gauche, de son appui à la lutte étu­diante. Parlez aujourd’hui à un ministre péquiste et il vous expli­quera com­ment tous ses pro­jets de loi sont conçus pour aller cher­cher l’appui de la CAQ. Les poli­tiques du Parti Québécois ont d’ailleurs une forte odeur caquiste : pen­sons à l’objectif du défi­cit zéro, les com­pres­sions dans les com­mis­sions sco­laires, les sup­pres­sions de poste à Hydro-Québec, les cou­pures à l’aide sociale. Tout est conçu pour plaire à l’électorat caquiste. Avec la CAQ qui ne décolle pas dans les son­dages et le rap­pro­che­ment entre le PQ-PKP, il fau­drait peut-être envi­sa­ger la pos­si­bi­lité d’une alliance entre le PQ et la CAQ comme plus pro­bable qu’une alliance PQ-QS-ON ! » [2]

Ce n’est pas un hasard si le prin­ci­pal poten­tiel de crois­sance élec­to­rale du PQ est à droite de l’échiquier poli­tique (classes moyennes conser­va­trices et petite bour­geoi­sie natio­nale), comme l’a bien montré Philippe Brisson de la firme de conseil stra­té­gique STRATEGEUM lors de son dis­cours au congrès de la Convergence natio­nale en mai 2013. Un éven­tuel effon­dre­ment du PQ ou de la CAQ amè­nera une migra­tion de 30 % de l’électorat à la faveur de l’autre parti, ce qui explique pour­quoi le PQ conti­nue son virage à droite malgré la frus­tra­tion de sa frange mili­tante « pro­gres­siste et indé­pen­dan­tiste ». Ainsi, la stra­té­gie iden­ti­taire et le réali­gne­ment popu­liste du PQ auraient pour objec­tif de cour­ti­ser la base sociale et élec­to­rale de la CAQ, malgré les diver­gences idéo­lo­giques entre ces deux partis. Nous revien­drons sur la ten­sion entre sou­ve­rai­nisme et auto­no­misme, car la mise en place d’une vision com­mune pour­rait sur­mon­ter ces contra­dic­tions et favo­ri­ser la for­ma­tion d’un nou­veau bloc his­to­rique.

Selon Gramsci, chaque classe sociale pos­sède un seul parti qui repré­sente la conscience de cette classe, bien qu’il puisse y avoir plu­sieurs partis indé­pen­dants défen­dant les inté­rêts com­plé­men­taires d’une même classe. Ces der­niers peuvent être en com­pé­ti­tion, diver­ger sur des inté­rêts secon­daires et les moyens les plus aptes à les favo­ri­ser, mais il n’en demeure pas moins que ces diverses enti­tés forment en réa­lité une unité objec­tive. « La vérité théo­rique selon laquelle chaque classe a un seul parti, est démon­trée, dans les tour­nants déci­sifs, du fait que, les regrou­pe­ments divers qui tous se pré­sentent comme parti “indé­pen­dant”, se réunissent et forment un bloc unique. La mul­ti­pli­cité qui exis­tait aupa­ra­vant était uni­que­ment de carac­tère “réfor­miste”, c’est-à-dire qu’elle concer­nait des ques­tions par­tielles ; en un cer­tain sens, c’était une divi­sion du tra­vail poli­tique (utile, dans ses limites); mais cha­cune des par­ties pré­sup­po­sait l’autre, au point que dans les moments déci­sifs, c’est-à-dire pré­ci­sé­ment quand les ques­tions prin­ci­pales ont été mises en jeu, l’unité s’est formée, le bloc s’est réa­lisé » [3]

Si une coa­li­tion entre le PQ et la CAQ est logi­que­ment pos­sible, la ques­tion reste de savoir si elle est réel­le­ment acces­sible à court ou moyen terme, compte tenu de l’histoire, des écarts pro­gram­ma­tiques et des riva­li­tés pra­tiques entre ces deux orga­ni­sa­tions. Nul ne sait encore si le PQ et la CAQ fini­ront par s’unir pour former un seul parti de droite natio­na­liste, ou s’ils conti­nue­ront de s’entre-déchirer pour répondre aux inté­rêts contra­dic­toires d’une même base sociale. Il n’en demeure pas moins que les deux partis auraient objec­ti­ve­ment inté­rêt à s’allier en vue des élec­tions de 2018. Bien que l’élection de PKP à la tête du PQ pour­rait théo­ri­que­ment suf­fire à sup­plan­ter le Parti libé­ral du Québec [4], il n’en demeure pas qu’une coa­li­tion avec la CAQ per­met­trait d’obtenir une écra­sante majo­rité. Comme François Legault a déjà annoncé qu’il quit­te­rait la vie poli­tique s’il ne gagne pas en 2018, il aurait gran­de­ment avan­tage à envi­sa­ger une alliance s’il désire vrai­ment prendre le pou­voir et ne pas voir son parti mangé par le PQ revampé par l’effet PKP qui attire tous les regards [voir vidéo]. Le tandem entre les deux hommes d’affaires repré­sente-t-il une idée far­fe­lue ou une pos­si­bi­lité réelle ?

Gouvernement de coa­li­tion et sou­ve­rai­neté cultu­relle

Tout porte à croire qu’un tel scé­na­rio pour­rait bien­tôt voir le jour, d’autant plus qu’une alliance entre le PQ et la CAQ aurait pu sur­ve­nir il y a deux ans, bien avant l’arrivée de PKP. « Au len­de­main de l’élection du gou­ver­ne­ment mino­ri­taire de Pauline Marois en sep­tembre 2012, Jean-François Lisée a pro­posé la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion où François Legault et Jacques Duchesneau, de la Coalition avenir Québec, et Françoise David, de Québec soli­daire, auraient siégé au Conseil des ministres. […] Pour former ce gou­ver­ne­ment de coa­li­tion, Pauline Marois aurait offert le poste de ministre de l’Économie à François Legault — « il deman­de­rait aussi les Finances, on négo­cie­rait », avance l’auteur —, celui de ministre de l’Intégrité à Jacques Duchesneau et celui des Affaires sociales à Françoise David. De plus, un ou deux autres dépu­tés caquistes auraient obtenu un por­te­feuille. Renouvelable, l’entente se serait éten­due sur deux ans (ou deux bud­gets). En échange, « la CAQ s’engagerait à nous lais­ser l’initiative réfé­ren­daire » et à accep­ter la tenue d’un réfé­ren­dum, quitte à rejoindre le camp du Non. « Legault aurait-il accepté ? […] Difficile à dire. […] Mettre en balance des années d’opposition sté­rile à venir et le poste qu’il convoi­tait depuis 10 ans — ministre de l’Économie — l’aurait conduit à une réelle réflexion. Je pariais aussi que Duchesneau serait très favo­rable à un accès rapide au pou­voir. » [5]

Si l’invitation de Françoise David à par­ti­ci­per à ce gou­ver­ne­ment demeure sym­bo­lique, voire mépri­sante, celle-ci étant appe­lée à s’occuper des pauvres pen­dant que Legault aurait le volant sur l’économie ou les finances publiques, Lisée voyait dans cette coa­li­tion la pos­si­bi­lité de sur­mon­ter la faible popu­la­rité du PQ dans l’opinion publique en coop­tant les piliers de la CAQ. Or, la ques­tion déli­cate du réfé­ren­dum sur la sou­ve­rai­neté poli­tique du Québec aurait été un repous­soir pour la for­ma­tion auto­no­miste de Legault ; il fal­lait donc trou­ver un ter­rain d’entente, un cessez-le-feu sur cet enjeu pola­ri­sant, en met­tant de l’avant une pro­po­si­tion consen­suelle entre les deux partis. C’est ici que le deus ex machina fait son entrée : la sou­ve­rai­neté cultu­relle. Cette pièce stra­té­gique pré­co­ni­sée par plu­sieurs acteurs clés (Curzi, Lisée, Legault, Bock-Côté et PKP) repré­sente la pierre angu­laire d’une éven­tuelle coa­li­tion PQ-CAQ.

Quelques mois après son départ du PQ, l’ex-député Pierre Curzi cri­ti­qua la mol­lesse de la CAQ sur la ques­tion consti­tu­tion­nelle et fit quelques sug­ges­tions à M. Legault. « Si j’étais un vrai auto­no­miste et non un natio­na­liste très mou comme la plu­part des caquistes, je pro­po­se­rais aux Québécois un réfé­ren­dum sur les quelques points d’autonomie précis à aller arra­cher au gou­ver­ne­ment fédé­ral. […] Je deman­de­rais aussi aux Québécois s’ils veulent la sou­ve­rai­neté cultu­relle, c’est-à-dire tous les pou­voirs en matière de langue, d’immigration, de télé­com­mu­ni­ca­tions et de culture. Les son­dages nous disent que plus de 75 % des Québécois sont d’accord. Le Québec ferait inévi­ta­ble­ment des gains puisque le Canada serait obligé de négo­cier de bonne foi et aussi parce que le négo­cia­teur qué­bé­cois s’appuierait sur une majo­rité claire. » [6]

Un plus grand contrôle du Québec sur ces domaines névral­giques pour­rait ainsi être reven­di­qué à la fois par les auto­no­mistes et les sou­ve­rai­nistes, les pre­miers y voyant une manière de défendre le carac­tère dis­tinct de la société qué­bé­coise sans s’embourber dans les débats sur l’indépendance, les seconds y trou­vant une occa­sion de pro­vo­quer une nou­velle crise consti­tu­tion­nelle favo­rable à la remon­tée de l’option sou­ve­rai­niste dans l’opinion publique. Tel était l’objectif de la pro­po­si­tion avor­tée du gou­ver­ne­ment de coa­li­tion de Jean-François Lisée. « Le conseiller pré­co­ni­sait « un calen­drier d’action rapide » pour la tenue d’un réfé­ren­dum sec­to­riel sur la sou­ve­rai­neté cultu­relle. Lisée écrit qu’il est arrivé à la même conclu­sion que le son­deur du PQ, Pierre-Alain Cotnoir : « La seule approche sus­cep­tible d’avoir l’effet escompté, c’est-à-dire de faire tomber les masques et révé­ler le vrai visage du Canada, passe par des actions poli­tiques débou­chant sur un affron­te­ment avec Ottawa, par un moment de vérité, par une crise poli­tique dont nous aurions com­mandé les tenants et les abou­tis­sants. » [7]

La stra­té­gie de la sou­ve­rai­neté cultu­relle n’est pas propre à cer­tains ténors péquistes, car elle vient récem­ment d’être inté­grée à la vision offi­cielle de la CAQ. À pre­mière vue, Legault semble réité­rer le mantra du natio­na­lisme auto­no­miste de la défunte ADQ, refor­mulé sous l’expression de « natio­na­lisme d’affirmation ou d’ouverture », cher­chant une troi­sième voie entre le « fédé­ra­lisme mou » du PLQ et le « pays ima­gi­naire » du PQ. Il s’agit de sur­mon­ter le cli­vage sur la ques­tion natio­nale en misant sur le redres­se­ment éco­no­mique, la réso­lu­tion de la ques­tion consti­tu­tion­nelle étant repous­sée aux calendes grecques. Or, si Legault répète qu’il « n’y aura jamais de réfé­ren­dum sur la sou­ve­rai­neté avec un gou­ver­ne­ment de la CAQ », il rompt avec l’attentisme de son parti sur la ques­tion cultu­relle en ouvrant la porte à la reven­di­ca­tion de nou­velles com­pé­tences

« Dans l’incapacité de négo­cier “quoi que ce soit” avec Ottawa sur le ter­rain consti­tu­tion­nel, le gou­ver­ne­ment du Québec devrait à ses yeux se battre sur deux fronts : la langue et l’immigration. Il doit déte­nir les “pleins pou­voirs” dans ces deux champs. “M. Couillard n’a fait aucune demande concer­nant entre autres la langue et l’immigration”, mais “il a déjà évoqué à quelques reprises […] la pos­si­bi­lité de signer la Constitution cana­dienne”. “Si demain matin, on dit le Québec — parce qu’il est le seul État qui repré­sente une majo­rité de fran­co­phones en Amérique du Nord — a tous les pou­voirs en matière de langue, a tous les pou­voirs en matière d’immigration, je pense que ça vient asseoir notre nation sur du solide”, a-t-il sou­li­gné aux jour­na­listes. Le gou­ver­ne­ment du Québec doit avoir en main “tous les pou­voirs” en matière de sélec­tion des immi­grants afin de “pro­té­ger” le “carac­tère dis­tinct” de la société qué­bé­coise, a sou­tenu M. Legault à l’occasion du dis­cours de clô­ture du 1er congrès de la CAQ, dimanche midi, dans un centre des congrès de Trois-Rivières. » [8]

Ce repo­si­tion­ne­ment idéo­lo­gique plaît évi­dem­ment à cer­tains adeptes du natio­na­lisme conser­va­teur comme Mathieu Bock-Côté, qui y voit l’occasion de rani­mer le débat iden­ti­taire en cou­pant les ponts pour de bon avec le « folk­lore gau­chiste radi­cal » de Québec soli­daire et la « social-démo­cra­tie en déroute ». En écar­tant l’option de l’alliance à gauche, l’impasse du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste l’oblige à emprun­ter la seconde voie, celle d’un « vrai virage natio­na­liste. Mais, dans ce cas, parler de sou­ve­rai­neté avec un haut-par­leur ne suf­fira pas. Il faudra miser sur l’identité ! Au pro­gramme : langue, laï­cité, immi­gra­tion, ensei­gne­ment de l’histoire et démo­cra­tie. Par exemple, il doit faire de la lutte pour la fran­ci­sa­tion de Montréal une prio­rité. De même, il doit se poser comme l’adversaire des accom­mo­de­ments rai­son­nables mul­ti­cul­tu­ra­listes. Et pro­po­ser une charte de la laï­cité qui ne cen­sure pas notre héri­tage catho­lique. Il devrait aussi rajus­ter les seuils d’immigration selon nos capa­ci­tés d’intégration. Elles ne sont pas infi­nies. Les curés de la rec­ti­tude poli­tique l’insulteront ? La majo­rité silen­cieuse, elle, applau­dira. » [9]

Si la forme ini­tiale de la charte des valeurs qué­bé­coises montra ses limites et l’échec stra­té­gique de la « catho-laï­cité », Bernard Drainville a annoncé qu’il pré­sen­te­rait une nou­velle mou­ture « plus souple et plus consen­suelle » de sa charte au début de l’année 2015, laquelle « res­sem­blera à ce qu’il aurait pro­posé après dis­cus­sion avec la CAQ s’il n’y avait pas eu une élec­tion au prin­temps » [10]. Cette conver­gence sur une charte 2.0 sera elle-même insé­rée dans une pers­pec­tive plus large sur la langue et l’immigration, d’autant plus que PKP appuie tou­jours le projet de la charte et demeure proche des milieux natio­na­listes conser­va­teurs. Par ailleurs, le pro­prié­taire de l’empire Quebecor sera par­ti­cu­liè­re­ment bien posi­tionné pour dis­cu­ter des autres enjeux de la sou­ve­rai­neté cultu­relle comme la ques­tion sen­sible des télé­com­mu­ni­ca­tions. À l’heure du déman­tè­le­ment de Radio-Canada, le rôle névral­gique de Quebecor dans l’industrie cultu­relle et l’espace média­tique qué­bé­cois lui per­met­tra d’obtenir un rap­port de force vis-à-vis Ottawa afin de rapa­trier les pou­voirs du CRTC au Québec. Après tout, nous pou­vons refor­mu­ler le célèbre adage de Charles Erwin Wilson (ancien pré­sident de General Motors) : « What is good for Quebecor is good for Quebec and vice versa ».

Le post-sou­ve­rai­nisme Legault-PKP

Nous assis­tons pré­sen­te­ment à l’épuisement idéo­lo­gi­que­ment de l’option sou­ve­rai­niste. Élaboré comme une stra­té­gie habile per­met­tant de réunir le natio­na­lisme auto­no­miste et l’indépendantisme, la gauche réfor­miste et la droite éco­no­mique dans un même parti, le sou­ve­rai­nisme appar­tient main­te­nant au rêve d’une autre époque. Il ne s’agit pas d’affirmer que l’indépendance du Québec devient un objec­tif super­flu ou uto­pique, bien au contraire ; mais elle ne peut plus être portée par l’ancienne vision du monde qui la vu naître et son prin­ci­pal véhi­cule poli­tique qui a atteint sa fin de vie utile. Cela ne veut pas dire non plus que le PQ dis­pa­raî­tra de la scène poli­tique, mais il devra chan­ger de forme et de dis­cours pour aspi­rer au pou­voir. Ce constat n’est pas seule­ment par­tagé par la gauche radi­cale, mais par Mathieu Bock-Côté qui y voit l’occasion d’une refon­da­tion idéo­lo­gique du natio­na­lisme qui pour­rait rece­voir une nou­velle tra­duc­tion poli­tique. Il porte à ce titre une atten­tion par­ti­cu­lière sur la nou­velle stra­té­gie de Legault qui défi­nit un natio­na­lisme post-sou­ve­rai­niste.

« François Legault veut désor­mais fédé­rer le vote natio­na­liste et relé­guer l’indépendantisme dans les marges de la vie poli­tique, où il serait condamné au statut de tiers parti. Le natio­na­lisme qué­bé­cois s’est défini prin­ci­pa­le­ment comme sou­ve­rai­nisme depuis qua­rante ans. Il vou­drait le redé­fi­nir comme auto­no­misme. Quoi qu’on en pense, c’est un pari tenable. Il s’agit d’un posi­tion­ne­ment opti­mal pour Legault, qui occupe ainsi le cré­neau poli­tique domi­nant au Québec : le natio­na­lisme non sou­ve­rai­niste (ce qui ne veut pas dire fédé­ra­liste) de centre droit. J’avais constaté l’émergence de ce cou­rant poli­tique dans Fin de cycle, sur­tout dans les deux pre­miers cha­pitres. J’y mon­trais com­ment cette sen­si­bi­lité était pro­ba­ble­ment majo­ri­taire au Québec, mais ne par­ve­nait pas à se tra­duire poli­ti­que­ment. Son émer­gence poli­tique dépend en fait de la liqui­da­tion du cli­vage sou­ve­rai­niste-fédé­ra­liste. […] Le natio­na­lisme post-sou­ve­rai­niste à la Legault s’inscrit moins dans une logique d’adhésion sen­ti­men­tale au Canada que de consen­te­ment à une situa­tion his­to­rique où l’idéal d’indépendance entre peut-être en dor­mance. […] Chose cer­taine, ce repo­si­tion­ne­ment stra­té­gique sera inté­res­sant à suivre. » [11]

Si l’émergence poli­tique du natio­na­lisme post-sou­ve­rai­niste à la Legault-Bock-Côté sup­pose la liqui­da­tion de l’antagonisme sou­ve­rai­niste-fédé­ra­liste, la figure PKP asso­ciée au poing levé indé­pen­dan­tiste ne vien­drait-elle pas entra­ver cette stra­té­gie ? Cette donnée com­pro­met­tante doit être prise en compte, d’autant plus que l’appui à l’indépendance n’a pas le vent dans les voiles et que le cli­vage sur la ques­tion natio­nale nuit for­te­ment à Legault. « Après avoir béné­fi­cié d’un buzz lié au réfé­ren­dum écos­sais, selon M. Rivest, les inten­tions de vote en faveur du Oui sont pas­sées de 41 % le mois passé à 32 % ce mois-ci. Cette pola­ri­sa­tion entre fédé­ra­listes et sou­ve­rai­nistes est ce qui nui­rait le plus à la Coalition avenir Québec (CAQ) et à François Legault avec une vic­toire de M. Péladeau à la chef­fe­rie. Bien avant la sta­ture éco­no­mique du député de Saint-Jérôme, sou­tient M. Rivest. Lorsque l’enjeu réfé­ren­daire refait sur­face, la CAQ est sou­vent éclip­sée. » [12]

On constate éga­le­ment que l’arrivée sur­prise de PKP lors de la der­nière cam­pagne élec­to­rale et l’improvisation autour de la ques­tion réfé­ren­daire a direc­te­ment nui au PQ et favo­risé l’élection du PLQ. L’angoisse exis­ten­tielle du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste vis-à-vis la stra­té­gie réfé­ren­daire l’empêcherait-il pour tou­jours de rede­ve­nir une force poli­tique ? Est-on sur le point de dépas­ser cette phobie décou­lant des deux trau­ma­tismes réfé­ren­daires afin de repar­ler de natio­na­lisme et de sou­ve­rai­neté dans de nou­veaux termes ? Toute la ques­tion est là : l’énigme de la course à la chef­fe­rie du PQ ne consiste pas à savoir qui arri­vera pre­mier (tout le monde le sait depuis le début), mais de décou­vrir com­ment se posi­tion­nera le nou­veau chef par rap­port au réfé­ren­dum. Celui-ci aura-t-il lieu à la pre­mière, deuxième, troi­sième année d’un pre­mier mandat, en 2022, au moment oppor­tun ? La stra­té­gie de PKP est exem­plaire à cet égard : ne vou­lant pas jouer toutes ses cartes immé­dia­te­ment, il crée un sus­pense afin de ral­lier les indé­pen­dan­tistes durs et les moins pres­sés en lais­sant planer le doute sur son inten­tion de passer à l’action. Il pré­fère plutôt opter pour la péda­go­gie et mettre entre paren­thèses les moda­li­tés réfé­ren­daires pour ne pas donner de muni­tions à ses adver­saires :

« J’ai l’intention de parler de sou­ve­rai­neté [prin­ci­pa­le­ment]. D’avoir une approche péda­go­gique, didac­tique, d’expliquer… Le réfé­ren­dum est une moda­lité, la sou­ve­rai­neté est essen­tielle. » […] Contrairement à plu­sieurs de ses col­lègues-adver­saires, M. Péladeau n’entend pas dire à quel moment il sou­hai­te­rait tenir un réfé­ren­dum. Du moins, pas pour le moment. « À la veille de l’élection [de 2018], je pense qu’on va être en mesure de faire en sorte de déter­mi­ner ma posi­tion sur le réfé­ren­dum », a-t-il indi­qué. Le PQ a « quatre années pour faire un exer­cice d’explications qui va rap­pro­cher les citoyens de la poli­tique, a men­tionné Pierre Karl Péladeau. Les gens vont être en mesure de mieux appré­cier en quoi la sou­ve­rai­neté consiste et éviter qu’il y ait cette adé­qua­tion entre sou­ve­rai­neté et réfé­ren­dum — comme ça s’est mal­heu­reu­se­ment pro­duit durant la der­nière cam­pagne élec­to­rale. » [13]

Il est inté­res­sant de noter que PKP reprend l’idée de SPST selon lequel il fau­drait dis­so­cier le mythe du Grand Soir réfé­ren­daire et la construc­tion pra­tique de l’État-nation par une série de gestes concrets. « Le réfé­ren­dum pola­rise autour du pays ima­gi­naire – et se solde par son rejet – plutôt que d’inaugurer une série d’actes d’État édi­fiant le pays réel. » [14] Dans sa cri­tique du « réfé­ren­disme » qui condamne le mou­ve­ment sou­ve­rai­niste à l’attentisme et au pro­vin­cia­lisme, SPST pré­co­nise de forger une « doc­trine de l’intérêt natio­nal » qui ne s’embourbe plus dans les tac­tiques poli­ti­ciennes, mais vise la réa­li­sa­tion d’une sou­ve­rai­neté de facto.

« La muta­tion de cette éven­tuelle doc­trine en poli­tiques concrètes pour­rait se décli­ner en mesures tout aussi diverses que l’établissement d’une nou­velle Charte de la langue fran­çaise, la créa­tion d’un régime qué­bé­cois d’assurance-emploi, l’intégration du minis­tère des Relations inter­gou­ver­ne­men­tales au sein d’un nou­veau minis­tère des Affaires inter­na­tio­nales, la mise en place d’un rap­port d’impôt unique, d’un Conseil de la radio­dif­fu­sion et des télé­com­mu­ni­ca­tions du Québec, etc. Des réformes auda­cieuses des modes de pro­duc­tion indus­trielle pour­raient faire de lui un chef de file dans un Occident qui peine à gérer sa démon­dia­li­sa­tion. Le tout serait pré­cédé d’une consti­tu­tion et d’une citoyen­neté qué­bé­coises qui fixe­raient le cadre de légi­ti­mité d’action de l’État qué­bé­cois. » [15]

Dans une confé­rence donnée devant des étu­diants de l’Université de Montréal le 28 novembre 2014 [16], PKP fait la pro­mo­tion de l’accessibilité des études supé­rieures, de l’électrification des trans­ports comme projet struc­tu­rant de l’économie qué­bé­coise, et réfé­ren­dums mul­tiples pour consul­ter davan­tage la popu­la­tion sur une foule de ques­tions. La stra­té­gie de la sou­ve­rai­neté cultu­relle vien­drait évi­dem­ment jouer un rôle clé sur ce plan (langue, laï­cité, télé­com­mu­ni­ca­tions, culture), bien que l’immigration reste un thème absent du dis­cours de PKP pour l’instant. La péda­go­gie post-sou­ve­rai­niste risque donc d’être pré­sen­tée par une série d’exemples de « gestes de recon­quête ou de rup­ture », nou­veau terme à la mode dans les milieux natio­na­listes qui essaient de dépas­ser l’opposition entre élec­tion réfé­ren­daire et éta­pisme.

Virage iden­ti­taire et natio­na­lisme auto­ri­taire

La stra­té­gie de la « sou­ve­rai­neté cultu­relle » s’inscrit donc dans une refor­mu­la­tion idéo­lo­gique du virage iden­ti­taire et du natio­na­lisme d’affirmation post-sou­ve­rai­niste, qui entend refon­der l’État-nation sur la réap­pro­pria­tion des pou­voirs per­met­tant de pro­té­ger la culture de la « majo­rité his­to­rique ». Autrement dit, l’alliance PQ-CAQ cata­ly­sée par la direc­tion hégé­mo­nique de PKP per­met­trait la réa­li­sa­tion pra­tique du projet poli­tique exprimé par les écrits de Mathieu Bock-Côté et le mani­feste du groupe Génération natio­nale. « L’idée natio­nale doit pré­va­loir comme hori­zon de pensée. Génération Nationale réaf­firme la légi­ti­mité même de la majo­rité his­to­rique de se défi­nir comme réfé­rence cultu­relle. Notre statut de “petite nation” – dont l’existence même n’est aucu­ne­ment garan­tie à long terme – exige pré­ci­sé­ment une fer­meté accrue en matière d’affirmation iden­ti­taire. La nation se doit d’être le cadre de soli­da­rité et de pro­tec­tion de ses com­po­santes, sur­tout à l’ère de la mon­dia­li­sa­tion soi-disant immuable. » [17]

Contrairement aux appa­rences, le projet de charte des valeurs n’est pas mort et enterré par le der­nier échec élec­to­ral du PQ ; il repré­sente plutôt le pré­lude d’une stra­té­gie géné­rale basée sur une doc­trine jaco­bine de l’intérêt natio­nal. Dans un texte d’un col­lec­tif d’auteurs réunis­sant SPST, Louise Mailloux, Tania Longpré et d’autres pro­ta­go­nistes de cette mou­vance, la laï­cité repré­sen­tait clai­re­ment un ins­tru­ment de réaf­fir­ma­tion cultu­relle. Notons que l’idée de « fer­meté » est encore au rendez-vous : « La mise en place d’une charte ferme, mais juste, vise la cohé­sion sociale par la cohé­rence ins­ti­tu­tion­nelle, soit par la trans­for­ma­tion de l’identité en doc­trine d’État, pla­çant la culture de la majo­rité his­to­rique fran­çaise au centre de l’action gou­ver­ne­men­tale — comme la loi 101 en a jadis été un jalon majeur. Nos ins­ti­tu­tions doivent donc relayer ce qui unit l’ensemble des com­po­santes de la société, tout en consti­tuant un lieu de conver­gence par rap­port à ce qui nous dis­tingue et nous divise. » [18]

Cette vision de l’action poli­tique, fondée sur le rôle pré­do­mi­nant des acteurs et d’une volonté forte capable de redé­fi­nir les règles du jeu, amène une cer­taine fas­ci­na­tion pour le pou­voir et les grandes figures de l’histoire : Jules César, Charles de Gaulle, Jacques Parizeau, Pierre Karl Péladeau, et même… Stephen Harper. SPST en fait même l’éloge en pro­po­sant au mou­ve­ment sou­ve­rai­niste de s’en ins­pi­rer direc­te­ment, non pas au niveau du contenu, mais de la forme. « Le PQ sera pos­si­ble­ment appelé à former le pro­chain gou­ver­ne­ment. Une chose est cer­taine – et la der­nière année nous l’a confirmé : aucun parti ne peut tenir pour acquise sa vic­toire pro­chaine. Pour par­ve­nir à prendre le pou­voir, Pauline Marois, dont la force de carac­tère et la déter­mi­na­tion ne sont plus à prou­ver, devra s’inspirer des meilleurs, de ceux qui par­viennent à gagner. L’exemple le plus proche de nous est Stephen Harper. Je ne puis penser, en Occident, à un meilleur exemple pour les sou­ve­rai­nistes. Non pas qu’il faille cal­quer inté­gra­le­ment le conser­va­tisme cana­dien-anglais et le réfor­misme alber­tain, non plus qu’il soit pro­duc­tif de trai­ter notre mino­rité anglo­phone avec le mépris dont les qué­bé­cois sont vic­times sous la gou­verne du PCC. Mais Stephen Harper est un homme d’État et a le sens de l’État. Harper com­prend comme nul autre la poli­tique. Le pre­mier ministre du Canada est passé de régio­na­liste de l’Ouest à “nation buil­der cana­dian”. Tacticien et stra­tège hors pair, Harper tient ses pro­messes, et rebâ­tit le vieux Canada anglais floué par les libé­raux de Trudeau, un Canada qui n’a pas peur d’embrasser toute sa dimen­sion iden­ti­taire, his­to­rique, bri­tan­nique et même monar­chique malgré le maré­cage du mul­ti­cul­tu­ra­lisme imposé par les tru­deauistes. » [19]

Dans un texte ana­ly­sant le rôle sym­bo­lique de Lucien Bouchard et l’émergence du popu­lisme auto­ri­taire en sol qué­bé­cois [20], le concept gram­scien de « césa­risme » ser­vait à expli­quer l’arrivée de figures poli­tico-média­tiques. Dans un contexte de crise (du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste) et d’équilibre des forces (entre le PQ et la CAQ), la fonc­tion mythique de PKP s’exprime par le fait qu’il est le seul à pou­voir incar­ner ce rôle tra­gico-comique de cette situa­tion his­to­rique. « Dresser un cata­logue des évé­ne­ments his­to­riques qui ont culminé dans une grande per­son­na­lité “héroïque”. On peut dire que le césa­risme exprime une situa­tion dans laquelle les forces en lutte s’équilibrent de façon catas­tro­phique, c’est-à-dire s’équilibrent de telle façon que la pour­suite de la lutte ne peut abou­tir qu’à leur des­truc­tion réci­proque. Quand la force pro­gres­siste A lutte contre la force régres­sive B, il peut se faire non seule­ment que A l’emporte sur B ou B sur A, mais aussi que ni A ni B ne l’emportent, mais qu’ils s’épuisent réci­pro­que­ment et qu’une troi­sième force C inter­vienne de l’extérieur et s’assujettisse à ce qui reste de A et de B. […] Mais si le césa­risme exprime tou­jours la solu­tion par “arbi­trage”, confiée à une grande per­son­na­lité, d’une situa­tion his­to­rico-poli­tique carac­té­ri­sée par un équi­libre des forces annon­cia­teur de catas­trophes, il n’a pas tou­jours la même signi­fi­ca­tion his­to­rique. Il peut y avoir un césa­risme pro­gres­sif et un césa­risme régres­sif et, en der­nière ana­lyse, ce n’est pas un schéma socio­lo­gique, mais l’histoire concrète qui peut éta­blir la signi­fi­ca­tion exacte de chaque forme de césa­risme. » [21]

Il n’est donc pas éton­nant que les natio­na­listes soient sus­cep­tibles de cher­cher cette per­son­na­lité héroïque. Ce que SPST affir­mait à propos de Pauline Marois vaut a for­tiori pour PKP, qui repré­sente son dau­phin et le pro­lon­ga­teur tout dési­gné du virage iden­ti­taire entamé par le PQ dès la crise des accom­mo­de­ments rai­son­nables et l’arrivée en scène de Jacques Beauchemin en 2007 [22]. Il n’est pas non plus éton­nant que la stra­té­gie de PKP s’inscrive dans la logique de la « gou­ver­nance sou­ve­rai­niste », mais dans une ver­sion plus affir­mée que sa pré­de­ces­seure qui l’enferma dans le pro­vin­cia­lisme. « Dans un Québec en manque en crise poli­tique et en recherche de direc­tion, la Dame de Béton a déjà prouvé sa valeur per­son­nelle, mais elle n’a abso­lu­ment rien à perdre à faire le pari de l’audace. Le mou­ve­ment sou­ve­rai­niste a déjà gas­pillé assez de conjonc­tures et d’occasions de sortir le Québec de sa tor­peur. Pour être tout sim­ple­ment dif­fé­rent, il doit pro­mettre autre chose que de la ges­tion à la petite semaine. La “gou­ver­nance sou­ve­rai­niste” a déjà le mérite de rompre avec le fata­lisme du “grand soir”, mais elle serait futile si elle ne savait s’inscrire que dans l’espace de la ges­tion pro­vin­cia­liste. Contrairement au gou­ver­ne­ment libé­ral, qui a reculé devant le pou­voir de la rue chaque fois qu’il a avancé une timide réforme, un gou­ver­ne­ment péquiste ne devrait pas avoir peur des son­dages, car il pui­se­rait sa légi­ti­mité des urnes. » [23]

Cet accent mis sur une per­son­na­lité forte appuyée direc­te­ment sur les masses par le biais de son­dages d’opinion et de consul­ta­tions popu­laires est l’un des traits du gaul­lisme, qui asso­cie cen­tra­li­sa­tion et démo­cra­tie plé­bis­ci­taire. S’il peut être de gauche comme de droite en théo­rie, cette forme par­ti­cu­lière de popu­lisme a ten­dance à prendre des traits conser­va­teurs lorsqu’il s’inscrit d’emblée dans une stra­té­gie iden­ti­taire et un natio­na­lisme qui renonce à la sou­ve­rai­neté réelle (indé­pen­dance) pour se recro­que­viller sur la sou­ve­rai­neté cultu­relle (sphère sym­bo­lique de la majo­rité his­to­rique). C’est pour­quoi nous assis­tons à la trans­for­ma­tion du péquisme en pé (k) pisme pre­nant la forme d’une doc­trine d’État fondée sur le natio­nal-popu­lisme auto­ri­taire.

Bouchard et le parti du 357c

Pour reve­nir au sujet prin­ci­pal de l’article qui consiste à démon­trer la ratio­na­lité poli­tique d’une alliance entre le PQ et la CAQ dans le contexte des années 2010, nous devons retra­cer le rôle d’un acteur sou­ter­rain qui pour­rait expli­quer en partie l’émergence du parti de François Legault et cer­taines recon­fi­gu­ra­tions de l’espace idéo­lo­gique qué­bé­cois. Si PKP repré­sente le visage sen­sible de cette nou­velle syn­thèse poten­tielle, le père du natio­na­lisme « lucide », Lucien Bouchard, aurait direc­te­ment fomenté la créa­tion de la CAQ dans les cou­lisses du célèbre club privé 357c, selon un article de deux jour­na­listes du Globe and Mail en 2011 qui semble cor­ro­boré par un article d’Alec Castonguay dans l’édition de mai 2012 du maga­zine L’Actualité.

« In early 2010, at an exclu­sive pri­vate club in Old Montreal, Lucien Bouchard met with his former prize recruit, François Legault, to talk poli­tics and the need for a new party in Quebec. The club, named 357c for its 200-year-old address on rue de la Commune, bills itself as a place where crea­tive thin­king can be conduc­ted in “the utmost com­fort and dis­cre­tion.” This occa­sion called for pri­vacy. Mr. Bouchard, a former Parti Québécois pre­mier and an ins­pi­ra­tio­nal figure for pro-inde­pen­dence forces in the 1995 refe­ren­dum, had been out of poli­tics for almost a decade and was deter­mi­ned to stay out of the fray. Mr. Legault, a former minis­ter recrui­ted by Mr. Bouchard in 1998, had resi­gned from the PQ just a few months ear­lier. Experience drove them to the same conclu­sion : Quebec sove­rei­gnty was an impos­sible dream and the PQ, while lea­ding in the polls at the time, was defen­ding an option that was obso­lete.

“I met Mr. Bouchard a few times over the past few years, and we dis­cus­sed a lot of things,” Mr. Legault recal­led in an inter­view. “For a few years now I wit­nes­sed a poli­ti­cal vacuum in Quebec. It was only by default that the PQ [in 2010] was ahead in the polls. … But I sensed that people had no desire to decide bet­ween sove­rei­gnty and Canadian fede­ra­lism.” Nearly two years later, Mr. Legault leads an ups­tart party called the Coalition Avenir Québec that swal­lo­wed up its right-of-centre rival this week. The new party was far in the lead in recent polls – thanks, in part, to a pro­mise to put sove­rei­gnty on the shelf. The PQ is coming apart at the seams with constant lea­der­ship crises, while the Bloc Québécois is a rump. Support for Quebec inde­pen­dence has slip­ped as low as 33 per cent, below the 40 per cent long held as a floor. » [24]

Il faut noter qu’après son départ de la vie poli­tique « active » ou « offi­cielle », Lucien Bouchard conti­nua d’influencer l’espace public qué­bé­cois, non seule­ment par son rôle cen­tral dans la filière des gaz de schiste, mais pour mani­gan­cer les courses à la chef­fe­rie du PQ et la for­ma­tion d’autres partis poli­tiques. Comme le sou­ligne Pierre Dubuc, « Lors de la course à la direc­tion du Parti Québécois de 2005, il s’est asso­cié à onze autres per­son­na­li­tés pour publier le mani­feste Pour un Québec lucide, dans le but d’influencer le cours des débats et favo­ri­ser la can­di­da­ture d’André Boisclair. Dès l’annonce de la démis­sion de François Legault des rangs péquistes, le 24 juin 2009, il se pré­ci­pi­tait sur le télé­phone pour le joindre dans sa voi­ture durant le trajet Québec-Montréal afin de l’inciter à créer un nou­veau parti poli­tique, comme nous l’apprenait le jour­na­liste Alec Castonguay dans l’édition de mai 2012 du maga­zine L’Actualité.

Aujourd’hui, à la veille du déclen­che­ment d’une nou­velle course à la direc­tion du Parti Québécois, Lucien Bouchard reprend du ser­vice. Il est au centre d’une nébu­leuse où on retrouve, entre autres, la famille Bédard du Saguenay, d’où Bouchard est ori­gi­naire, et Pierre-Karl Péladeau avec tout son réseau d’influence. Quel est l’objectif de cette nébu­leuse ? En astro­no­mie, on dit que les nébu­leuses jouent un rôle clef dans la for­ma­tion des étoiles. Dans quel projet poli­tique se cris­tal­li­sera notre nébu­leuse ? Identifions sur la carte du ciel quelques-uns de ses élé­ments. Rappelons d’abord que les médias de Québecor et la maison de son­dages Léger Marketing ont joué un rôle clef dans l’ascension poli­tique ful­gu­rante de François Legault après son départ du PQ. Des photos bien léchées de Legault et des résul­tats de son­dage favo­rables publiés à la Une du Journal de Montréal et du Journal de Québec le cata­pul­taient pre­mier ministre avant même qu’il ait créé son parti ! Aujourd’hui, le son­deur Jean-Marc Léger confie à ceux qui veulent l’entendre qu’il est favo­rable à une fusion de la CAQ et du Parti Québécois. Le pro­gramme commun pour­rait s’articuler autour des thèmes déjà mis de l’avant par la CAQ : natio­na­lisme éco­no­mique et cultu­rel, assai­nis­se­ment des finances publiques du “Québec dans le rouge”, et enga­ge­ment à ne pas tenir de réfé­ren­dum sur la sou­ve­rai­neté au cours des 10 pro­chaines années. » [25]

Qui plus est, l’alliance PQ-CAQ repro­duit un scé­na­rio qui a déjà reçu un appui popu­laire dans le passé, comme en témoigne un son­dage Léger Marketing datant de mai 2006 mon­trant qu’un parti dirigé par Lucien Bouchard et Mario Dumont écra­se­rait le PQ et le PLQ. Autrement dit, le tandem PKP-Legault pour­rait réa­li­ser pra­ti­que­ment dix ans plus tard le duo vir­tuel Bouchard-Dumont. « La moitié des Québécois sou­haitent le retour de Lucien Bouchard en poli­tique. Ils seraient même prêts à l’appuyer mas­si­ve­ment s’il for­mait avec l’actuel chef de l’Action démo­cra­tique, Mario Dumont, un nou­veau parti poli­tique, lais­sant loin der­rière péquistes et libé­raux. […] La domi­na­tion de ce nou­veau parti poli­tique se serait sur­tout fait sentir dans le centre de la pro­vince (58 %) et dans la grande région de Québec (48 %), là où le Parti conser­va­teur de Stephen Harper a marqué des points lors des élec­tions fédé­rales de jan­vier der­nier. Selon le son­deur Jean-Marc Léger, il faut y voir l’émergence, dans le sillage de M. Harper, d’une éven­tuelle troi­sième voix au Québec. “Les gens cherchent ailleurs. La voie alter­na­tive d’un parti conser­va­teur qué­bé­cois incarné par Lucien Bouchard et Mario Dumont a de l’effet. C’est le cou­rant natio­na­liste de la droite modé­rée que, seul, Mario Dumont ne réus­sit pas à incar­ner. Mais avec Lucien Bouchard, le tandem ramasse le Québec au com­plet”, fait valoir M. Léger. » [26]

Le culte de Bouchard repré­sente la nos­tal­gie d’un césa­risme qué­bé­cois dis­paru qui pour­rait revivre à tra­vers la figure d’un nouvel homme fort capable de remettre le Québec sur ses rails. Et le plus drôle de cette his­toire est que l’alliance poten­tielle entre le PQ et la CAQ, qui pour­rait même donner nais­sance à un éven­tuel parti natio­na­liste hégé­mo­nique sous la direc­tion de PKP, ras­semble une constel­la­tion étroi­te­ment asso­ciée au club 357c : Bouchard, Legault, Marois, Lisée. Bien que ce lieu soit éga­le­ment fré­quenté par des libé­raux, hommes d’affaires et maf­fioso comme Jean-Marc Fournier, Line Beauchamp, Pierre Moreau, Tony Tomassi ou Paolo Catania [27], il n’en demeure pas moins que ce club sélect réunit une clique de poli­ti­ciens et d’élites éco­no­miques qui décident en secret de l’avenir du Québec.

C’est pour­quoi cette « caste » doit être nommée et iden­ti­fiée comme l’adversaire prin­ci­pal du peuple, sans quoi celui-ci serait peut-être prêt à pac­ti­ser avec ceux qui l’exploitent et le dominent. Nous pou­vons nommer pro­vi­soi­re­ment « parti du 357c » l’ensemble de classe poli­tique qui ras­semble le PLQ, le PQ et la CAQ, ou plus pro­vi­soi­re­ment le sys­tème d’alternance qui oppo­sera bien­tôt les libé­raux à une éven­tuelle alliance sous la ban­nière du pé (k) pisme. Étant donné que le cli­vage sou­ve­rai­niste-fédé­ra­liste sera liquidé dans les pro­chaines années, il nous res­tera l’alternative entre l’austérité libé­rale et le natio­nal-popu­lisme auto­ri­taire… à moins que les forces pro­gres­sistes et indé­pen­dan­tistes prennent en consi­dé­ra­tion cette recon­fi­gu­ra­tion his­to­rique en pro­po­sant une troi­sième voie anti-sys­tème qui pourra tirer parti de cette nou­velle donne.

Samedi 27 décembre 2014

[1] Simon-Pierre Savard-Tremblay, Vers une « révo­lu­tion PKP » ?, Argument, 7 décembre 2014. http://​www​.revuear​gu​ment​.ca/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​4​-​1​2​-​1​6​/​6​2​3​-​v​e​r​s​-​u​n​e​-​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​-​p​k​p​.html [2] Pierre-Dubuc, Nomination de PKP à HQ : vers la ber­lus­co­ni­sa­tion du Parti Québécois?, L’Aut » jour­nal, 19 avril 2013. http://​www​.laut​jour​nal​.info/​d​e​f​a​u​l​t​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​3​&​N​e​w​s​I​d​=4583 [3] Antonio Gramsci, Œuvres choi­sies, Éd. Sociales, Paris, 1959, p.218 [4] Guillaume Bourgault-Côté, Péladeau ferait gagner le PQ, Le Devoir, 15 novembre 2014.

http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​4​2​4​0​2​9​/​s​o​n​d​a​g​e​-​l​e​g​e​r​-​p​e​l​a​d​e​a​u​-​f​e​r​a​i​t​-​g​a​g​n​e​r​-​le-pq

[5] Robert Dutrizac, Lisée a pro­posé un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion avec la CAQ, Le Devoir, 1er novembre 2014. http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​4​2​2​7​3​6​/​l​i​s​e​e​-​a​-​p​r​o​p​o​s​e​-​u​n​-​g​o​u​v​e​r​n​e​m​e​n​t​-​d​e​-​c​o​a​l​i​t​i​o​n​-​a​v​e​c​-​l​a-caq [6] Pierre Curzi, Le natio­na­lisme mou de la CAQ, La Presse, 26 jan­vier 2012. http://​www​.lapresse​.ca/​d​e​b​a​t​s​/​v​o​t​r​e​-​o​p​i​n​i​o​n​/​2​0​1​2​0​1​/​2​5​/​0​1​-​4​4​8​9​4​0​7​-​l​e​-​n​a​t​i​o​n​a​l​i​s​m​e​-​m​o​u​-​d​e​-​l​a​-​c​a​q.php [7] http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​4​2​2​7​3​6​/​l​i​s​e​e​-​a​-​p​r​o​p​o​s​e​-​u​n​-​g​o​u​v​e​r​n​e​m​e​n​t​-​d​e​-​c​o​a​l​i​t​i​o​n​-​a​v​e​c​-​l​a-caq [8] Marco Bélair Cirino, Le Québec devra signer la Constitution la tête haute, dit Legault, Le Devoir, 2 novembre 2014. http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​4​2​2​7​5​8​/​c​o​n​g​r​e​s​-​d​e​-​l​a​-​c​a​q​-​l​e​-​n​a​t​i​o​n​a​l​i​s​m​e​-​d​-​a​f​f​i​r​m​a​t​i​o​n​-​p​o​u​r​-​s​e​-​g​l​i​s​s​e​r​-​e​n​t​r​e​-​l​e​-​p​l​q​-​e​t​-​le-pq [9] Mathieu Bock-Côté, SOS PQ, Le Journal de Montréal, 19 jan­vier 2012. http://​www​.jour​nal​de​mon​treal​.com/​2​0​1​2​/​0​1​/​1​8​/​s​os-pq [10] Simon Boivin, Une nou­velle mou­ture de la Charte début 2015, Le Soleil, 15 décembre 2014. http://​www​.lapresse​.ca/​l​e​-​s​o​l​e​i​l​/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​2​0​1​4​1​2​/​1​5​/​0​1​-​4​8​2​8​4​5​9​-​u​n​e​-​n​o​u​v​e​l​l​e​-​m​o​u​t​u​r​e​-​d​e​-​l​a​-​c​h​a​r​t​e​-​d​e​b​u​t​-​2​0​1​5.php [11] Mathieu Bock-Côté, La CAQ, une nou­velle Union natio­nale ?, Le Journal de Montréal, 11 avril 2014. http://www.journaldemontreal.com/2014/04/11/la-caq–une-nouvelle-union-nationale [12] Simon Boivin, Sondage CROP-Le Soleil-La Presse : PKP, favori des sou­ve­rai­nistes, Le Soleil, 26 octobre 2014. http://​www​.lapresse​.ca/​l​e​-​s​o​l​e​i​l​/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​2​0​1​4​1​0​/​2​6​/​0​1​-​4​8​1​2​6​9​5​-​s​o​n​d​a​g​e​-​c​r​o​p​-​l​e​-​s​o​l​e​i​l​-​l​a​-​p​r​e​s​s​e​-​p​k​p​-​f​a​v​o​r​i​-​d​e​s​-​s​o​u​v​e​r​a​i​n​i​s​t​e​s.php [13] Guillaume Bourgault-Côté, PKP par­lera sou­ve­rai­neté, Le Devoir, 28 novembre 2014. http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​4​2​5​2​7​7​/​p​e​l​a​d​e​a​u​-​p​a​r​l​e​r​a​-​s​o​u​v​e​r​a​inete [14] Simon-Pierre Savard-Tremblay, Le sou­ve­rai­nisme de pro­vince, Boréal, 2014, p.139-140 [15] Ibid., p.220-221 [16] https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​8​Y​m​m​V​r​Np-uc [17] Manifeste de Génération natio­nale, http://​gene​ra​tion​-natio​nale​.org/​2​0​1​3​/​0​1​/​l​e​-​m​a​n​i​f​este/ [18] Collectif d’auteurs, Identité – La Charte des valeurs, étape cru­ciale de notre réaf­fir­ma­tion cultu­relle, Le Devoir, 5 sep­tembre 2013. http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​3​8​6​6​3​6​/​l​a​-​c​h​a​r​t​e​-​d​e​s​-​v​a​l​e​u​r​s​-​e​t​a​p​e​-​c​r​u​c​i​a​l​e​-​d​e​-​n​o​t​r​e​-​r​e​a​f​f​i​r​m​a​t​i​o​n​-​c​u​l​t​u​relle [19] Simon-Pierre Savard-Tremblay, Redéfinir l’indépendantisme, Vigile, 27 avril 2012. http://​www​.vigile​.net/​R​e​d​e​f​i​n​i​r​-​l​-​i​n​d​e​p​e​n​d​a​n​tisme [20] Enquête sur le bou­cha­risme, 17 juin 2013. http://​eko​po​li​tica​.blog​spot​.ca/​2​0​1​3​/​0​6​/​e​n​q​u​e​t​e​-​s​u​r​-​l​e​-​b​o​u​c​h​a​r​d​i​s​m​e​.html [21] Antonio Gramsci, Cahiers de prison, livre 13, §27 [22] Antoine Robitaille, L’entrevue – Le « nous » c’est lui, Le Devoir, 23 sep­tembre 2007. http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​1​5​8​0​8​5​/​l​-​e​n​t​r​e​v​u​e​-​l​e​-​n​o​u​s​-​c​-​e​s​t-lui [23] Ibid. [24] Rhéal Séguin, Les Perraux, Sovereignty losing around in Quebec, The Globe and Mail, 16 décembre 2011. http://​www​.the​glo​beand​mail​.com/​n​e​w​s​/​p​o​l​i​t​i​c​s​/​s​o​v​e​r​e​i​g​n​t​y​-​l​o​s​i​n​g​-​g​r​o​u​n​d​-​i​n​-​q​u​e​b​e​c​/​a​r​t​i​c​l​e​5​3​4309/ [25] Pierre Dubuc, C’est la ren­trée poli­tique, et quelle ren­trée ! L’Aut » Journal, 29 août 2014. http://​laut​jour​nal​.info/​d​e​f​a​u​l​t​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​3​&​N​e​w​s​I​d​=5464 [26] Kathleen Lévesque, Sondage Léger Marketing — Les Québécois veulent Bouchard, Le Devoir, 6 mai 2006. http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​1​0​8​5​8​2​/​s​o​n​d​a​g​e​-​l​e​g​e​r​-​m​a​r​k​e​t​i​n​g​-​l​e​s​-​q​u​e​b​e​c​o​i​s​-​v​e​u​l​e​n​t​-​b​o​u​chard [27] Isabelle Richer, Le club 357c popu­laire chez les poli­ti­ciens, Radio-Canada, 28 novembre 2012. http://​ici​.radio​-canada​.ca/​n​o​u​v​e​l​l​e​s​/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​2​0​1​2​/​1​1​/​2​8​/​0​0​4​-​c​l​u​b​-​p​r​i​v​e​-​p​o​l​i​t​i​c​i​e​n​s​.​shtml

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