Vers un renouveau de la pratique syndicale

Photo: Annik MH de Carufel Le DevoirJacques Létourneau Ce texte fait partie d’un cahier spécial. Pour le chef de la Centrale des syndicats nationaux (CSN), le syndicalisme se porte bien au Québec, de mieux en mieux même. Et au terme de « longues mais fructueuses » négociations avec le gouvernement, il se montre optimiste quant à l’avenir.

C’est vrai que le syndicalisme a été malmené ces dernières années et, par le fait même, la classe des travailleurs et des travailleuses, dit-il. Non seulement il y a eu d’énormes changements dans le monde du travail — mondialisation, délocalisation, fermetures d’entreprises —, « mais on est rendus à peu près à la huitième réforme de l’État québécois ! » lance Jacques Létourneau. Tout cela se répercute forcément sur les conditions de travail et dans la conduite des négociations. « On ne négocie plus des augmentations de salaire de 5, 6 ou 7 %, ce qui vient un peu ternir le syndicalisme », admet le chef syndical.

Par contre, on observe à présent un « retour du balancier » puisque, un peu partout dans la société québécoise, on assiste à une prise de conscience collective. « En fait, si on continuait dans la voie de l’individualisation du travail, du travail autonome, et que chacun dans son coin ne comptait que sur sa formation, ses compétences personnelles, etc., à un moment donné, on se rendrait compte que ce n’est pas suffisant, explique M. Létourneau. On est donc obligés de se regrouper entre collègues de travail pour parvenir à améliorer nos conditions générales de vie et de travail. »

Jacques Létourneau estime en conséquence que « nous sommes allés jusqu’au bout d’une certaine logique et, maintenant, il y a un retour de balancier ».

Jeunes

Il se réjouit particulièrement d’une remontée de l’engagement social et du militantisme chez les jeunes. « Il y a un renouveau de la pratique militante, ce qui se répercute forcément sur le mouvement syndical, dit-il, puisque ce sont ces jeunes-là qui, demain, vont entrer dans les syndicats. »

Pour lui, il ne fait aucun doute que si un jour les syndicats devaient disparaître, ceux-ci seraient nécessairement remplacés par d’autres formes de regroupements collectifs. Mais selon Jacques Létourneau, le syndicalisme au Québec a encore de beaux jours devant lui.

Dur de négocier !

À preuve, se réjouit le président de la CSN, les négociations collectives qui se sont soldées par des ententes.

Même si les augmentations de salaire qui ont été obtenues ne sont pas « faramineuses », indique M. Létourneau, « il n’en reste pas moins qu’entre le point de départ de la négociation et ce qu’on a obtenu au final — être en mesure de faire sortir le gouvernement de son cadre financier —, nous pouvons dire qu’on a mené une belle bataille et que ça a donné des résultats ».

Mais ce n’est pas la négociation du siècle, concède-t-il. « N’oublions pas toutefois que, depuis vingt ou trente ans, c’est dur en tabarnouche de négocier dans le secteur public ! » déclare-t-il.

Il souligne en fait que ses collègues et lui butent toujours contre la même logique du déficit zéro, du remboursement de la dette, de la crise des finances publiques, etc. « Mais cette fois-ci, observe-t-il, on a fait des gains sur un certain nombre de points, notamment avec la mise en place d’une restructuration salariale dans le secteur public qui profitera aux catégories d’emplois qui n’ont pas bénéficié de l’équité salariale. »

Mais, pour M. Létourneau, la plus grande victoire a été d’avoir renouvelé la mobilisation syndicale. « Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu autant de travailleurs et de travailleuses mobilisés, dit-il. Et mener une négociation d’un bout à l’autre en front commun, ce n’est pas arrivé souvent, ça ! Globalement, je suis très satisfait. »

Assez des compressions

Il est de tradition, à l’occasion de la fête des Travailleurs, que les représentants syndicaux rencontrent le premier ministre du Québec. Jacques Létourneau apprécie d’ailleurs Philippe Couillard.

« Lors de notre première rencontre du 1er mai,M. Couillard nous avait dit : “On n’a absolument pas l’intention de modifier le Code du travail”, ni de mettre en place des mesures similaires à celles que le gouvernement conservateur mettait en avant à Ottawa, raconte le chef syndical. Donc, même si au Québec on a un gouvernement qu’on peut qualifier d’austère et de néolibéral, celui-ci comprend tout de même qu’il y a un intérêt à s’entendre avec les syndicats. »

À l’occasion de la rencontre de cette année, le président de la CSN a l’intention de faire valoir que les mesures d’austérité imposées par le gouvernement Couillard « ont fait très mal, surtout aux femmes, puisque ce sont souvent elles qui se trouvent dans la précarité. Nous défendons donc l’idée que le gouvernement doit réinvestir, et pas uniquement dans les services et les programmes, mais également pour stimuler l’activité économique », dit-il.

Toutefois, Jacques Létourneau déplore d’avoir affaire à un gouvernement qui n’est pas porté à réunir les partenaires sociaux afin que tous réfléchissent ensemble à la mise en oeuvre de stratégies de développement économique. « Nous allons donc interpeller le premier ministre là-dessus », annonce-t-il.

Concrètement, les représentants syndicaux cherchent à mettre l’accent sur la hausse du salaire minimum et sur l’instauration de régimes de retraite pour ceux et celles qui n’en ont pas… « Bref, essayer de voir comment on peut améliorer le sort de ceux et celles qui ne sont pas nécessairement choyés, indique M. Létourneau. Chose certaine, nous considérons que les compressions budgétaires, c’est assez ! »