CSN

Vers un renouveau de la pratique syndicale

30 avril 2016 | Claude Lafleur - Collaborateur | Emploi

Mis en ligne le 03 mai 2016

Photo : Annik MH de Carufel Le DevoirJacques Létourneau Ce texte fait partie d’un cahier spé­cial. Pour le chef de la Centrale des syn­di­cats natio­naux (CSN), le syn­di­ca­lisme se porte bien au Québec, de mieux en mieux même. Et au terme de « longues mais fruc­tueuses » négo­cia­tions avec le gou­ver­ne­ment, il se montre opti­miste quant à l’avenir.

C’est vrai que le syn­di­ca­lisme a été mal­mené ces der­nières années et, par le fait même, la classe des tra­vailleurs et des tra­vailleuses, dit-il. Non seule­ment il y a eu d’énormes chan­ge­ments dans le monde du tra­vail — mon­dia­li­sa­tion, délo­ca­li­sa­tion, fer­me­tures d’entreprises —, « mais on est rendus à peu près à la hui­tième réforme de l’État qué­bé­cois ! » lance Jacques Létourneau. Tout cela se réper­cute for­cé­ment sur les condi­tions de tra­vail et dans la conduite des négo­cia­tions. « On ne négo­cie plus des aug­men­ta­tions de salaire de 5, 6 ou 7 %, ce qui vient un peu ternir le syn­di­ca­lisme », admet le chef syn­di­cal.

Par contre, on observe à pré­sent un « retour du balan­cier » puisque, un peu par­tout dans la société qué­bé­coise, on assiste à une prise de conscience col­lec­tive. « En fait, si on conti­nuait dans la voie de l’individualisation du tra­vail, du tra­vail auto­nome, et que chacun dans son coin ne comp­tait que sur sa for­ma­tion, ses com­pé­tences per­son­nelles, etc., à un moment donné, on se ren­drait compte que ce n’est pas suf­fi­sant, explique M. Létourneau. On est donc obli­gés de se regrou­per entre col­lègues de tra­vail pour par­ve­nir à amé­lio­rer nos condi­tions géné­rales de vie et de tra­vail. »

Jacques Létourneau estime en consé­quence que « nous sommes allés jusqu’au bout d’une cer­taine logique et, main­te­nant, il y a un retour de balan­cier ».

Jeunes

Il se réjouit par­ti­cu­liè­re­ment d’une remon­tée de l’engagement social et du mili­tan­tisme chez les jeunes. « Il y a un renou­veau de la pra­tique mili­tante, ce qui se réper­cute for­cé­ment sur le mou­ve­ment syn­di­cal, dit-il, puisque ce sont ces jeunes-là qui, demain, vont entrer dans les syn­di­cats. »

Pour lui, il ne fait aucun doute que si un jour les syn­di­cats devaient dis­pa­raître, ceux-ci seraient néces­sai­re­ment rem­pla­cés par d’autres formes de regrou­pe­ments col­lec­tifs. Mais selon Jacques Létourneau, le syn­di­ca­lisme au Québec a encore de beaux jours devant lui.

Dur de négo­cier !

À preuve, se réjouit le pré­sident de la CSN, les négo­cia­tions col­lec­tives qui se sont sol­dées par des ententes.

Même si les aug­men­ta­tions de salaire qui ont été obte­nues ne sont pas « fara­mi­neuses », indique M. Létourneau, « il n’en reste pas moins qu’entre le point de départ de la négo­cia­tion et ce qu’on a obtenu au final — être en mesure de faire sortir le gou­ver­ne­ment de son cadre finan­cier —, nous pou­vons dire qu’on a mené une belle bataille et que ça a donné des résul­tats ».

Mais ce n’est pas la négo­cia­tion du siècle, concède-t-il. « N’oublions pas tou­te­fois que, depuis vingt ou trente ans, c’est dur en tabar­nouche de négo­cier dans le sec­teur public ! » déclare-t-il.

Il sou­ligne en fait que ses col­lègues et lui butent tou­jours contre la même logique du défi­cit zéro, du rem­bour­se­ment de la dette, de la crise des finances publiques, etc. « Mais cette fois-ci, observe-t-il, on a fait des gains sur un cer­tain nombre de points, notam­ment avec la mise en place d’une restruc­tu­ra­tion sala­riale dans le sec­teur public qui pro­fi­tera aux caté­go­ries d’emplois qui n’ont pas béné­fi­cié de l’équité sala­riale. »

Mais, pour M. Létourneau, la plus grande vic­toire a été d’avoir renou­velé la mobi­li­sa­tion syn­di­cale. « Ça fai­sait long­temps qu’on n’avait pas eu autant de tra­vailleurs et de tra­vailleuses mobi­li­sés, dit-il. Et mener une négo­cia­tion d’un bout à l’autre en front commun, ce n’est pas arrivé sou­vent, ça ! Globalement, je suis très satis­fait. »

Assez des com­pres­sions

Il est de tra­di­tion, à l’occasion de la fête des Travailleurs, que les repré­sen­tants syn­di­caux ren­contrent le pre­mier ministre du Québec. Jacques Létourneau appré­cie d’ailleurs Philippe Couillard.

« Lors de notre pre­mière ren­contre du 1er mai,M. Couillard nous avait dit : “On n’a abso­lu­ment pas l’intention de modi­fier le Code du tra­vail”, ni de mettre en place des mesures simi­laires à celles que le gou­ver­ne­ment conser­va­teur met­tait en avant à Ottawa, raconte le chef syn­di­cal. Donc, même si au Québec on a un gou­ver­ne­ment qu’on peut qua­li­fier d’austère et de néo­li­bé­ral, celui-ci com­prend tout de même qu’il y a un inté­rêt à s’entendre avec les syn­di­cats. »

À l’occasion de la ren­contre de cette année, le pré­sident de la CSN a l’intention de faire valoir que les mesures d’austérité impo­sées par le gou­ver­ne­ment Couillard « ont fait très mal, sur­tout aux femmes, puisque ce sont sou­vent elles qui se trouvent dans la pré­ca­rité. Nous défen­dons donc l’idée que le gou­ver­ne­ment doit réin­ves­tir, et pas uni­que­ment dans les ser­vices et les pro­grammes, mais éga­le­ment pour sti­mu­ler l’activité éco­no­mique », dit-il.

Toutefois, Jacques Létourneau déplore d’avoir affaire à un gou­ver­ne­ment qui n’est pas porté à réunir les par­te­naires sociaux afin que tous réflé­chissent ensemble à la mise en oeuvre de stra­té­gies de déve­lop­pe­ment éco­no­mique. « Nous allons donc inter­pel­ler le pre­mier ministre là-dessus », annonce-t-il.

Concrètement, les repré­sen­tants syn­di­caux cherchent à mettre l’accent sur la hausse du salaire mini­mum et sur l’instauration de régimes de retraite pour ceux et celles qui n’en ont pas… « Bref, essayer de voir com­ment on peut amé­lio­rer le sort de ceux et celles qui ne sont pas néces­sai­re­ment choyés, indique M. Létourneau. Chose cer­taine, nous consi­dé­rons que les com­pres­sions bud­gé­taires, c’est assez ! »

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