Valleyfield, mémoires et résistances

Valleyfield 2019 : un militantisme en mutation

Valleyfield, un enjeu québécois

Par Mis en ligne le 08 avril 2020

Au terme de l’enquête sur Valleyfield, il nous a semblé impor­tant de prendre un pas de côté et de réflé­chir à tout ce qui a été réuni à tra­vers l’ensemble des dis­cus­sions, enquêtes et entre­vues. Vous l’aurez lu dans les pages pré­cé­dentes, ce riche maté­riel four­nit un bon por­trait de la région, de ses luttes et résis­tances, de son état éco­no­mique et social, et de divers débats qui tra­versent les géné­ra­tions mili­tantes.

Bien évi­dem­ment, le but de l’exercice était et demeure d’outiller les per­sonnes qui font bouger des choses à Valleyfield, qui sont à l’œuvre, la plu­part du temps dans l’ombre, dans les asso­cia­tions, les syn­di­cats, les pro­jets éco­lo­gistes et par­tout ailleurs où on sait que, pour para­phra­ser Naomi Klein, « tout doit chan­ger » !

En même temps, notre ambi­tion a éga­le­ment été d’ouvrir les yeux de l’ensemble du Québec sur les réa­li­tés com­plexes et diverses de ce qu’on appelle, à Montréal, les « régions », qui sont loin de pré­sen­ter une réa­lité uni­forme et homo­gène, mais où se trouvent des tra­di­tions et des pra­tiques mili­tantes inno­vantes qui devraient ins­pi­rer tout le monde.

Le fait de cen­trer notre réflexion sur Valleyfield est bien sûr venu du fait que cette ville, et la région du Suroît en géné­ral, a consti­tué une sorte de labo­ra­toire social à partir des grandes luttes ouvrières pas­sées et récentes, ce qui est resté dans l’imaginaire des per­sonnes de gauche.

Bref, si on a tra­vaillé sur ce dos­sier, ce n’était pas sur­tout pour racon­ter une « his­toire », mais pour com­prendre, d’un point de vue pro­gres­siste, ce qui peut être pensé et fait à Valleyfield et dans le Suroît, une région à la fois fra­gi­li­sée et résis­tante, avec, si on peut dire, son « lan­gage » poli­tique, ses réseaux, ses uto­pies. En somme, on avait pensé – notre enquête l’a d’ailleurs conclu – que Valleyfield demeu­rait un des sites impor­tants de cette « deuxième révo­lu­tion tran­quille » qui semble urgente et néces­saire. C’est ce que pour­rez com­prendre dans le texte qui suit.

À l’origine : résister

Valleyfield a connu ces der­nières années de grandes trans­for­ma­tions. « C’était, nous ont dit plu­sieurs mili­tantes et mili­tants, une sorte d’enclave, de gros vil­lage, où on nais­sait, on tra­vaillait, on fon­dait une famille, et où on décé­dait. » Au cœur de la com­mu­nauté était le monde des usines, et notam­ment des grandes usines, à com­men­cer par la Montreal Cotton où des géné­ra­tions se sont retrou­vées dans l’engrenage du des­po­tisme d’usine jusqu’à ce qu’on décide de se tenir debout. C’est cette tra­di­tion qui s’est per­pé­tuée jusque dans les années 1970-1980, d’où la force remar­quable du syn­di­ca­lisme, un syn­di­ca­lisme convergent, capable d’assumer la résis­tance de tout un chacun, au-delà des affi­lia­tions. C’est un constat, non seule­ment à Valleyfield mais aussi ailleurs, là où on s’intéresse au syn­di­ca­lisme ; il y a très peu d’endroits au Québec où on a pu déve­lop­per une telle soli­da­rité inter­syn­di­cale. Il faut aussi noter que cette soli­da­rité ouvrière a tou­jours été asso­ciée à un projet indé­pen­dan­tiste pro­gres­siste dont le socle était le mariage entre l’émancipation sociale et l’émancipation natio­nale.

Le virage

Au tour­nant des années 1990, beau­coup de choses ont changé. De manière géné­rale, à Valleyfield et dans le Suroît, le résul­tat du réfé­ren­dum de 1995, kid­nappé par l’État fédé­ral, a porté un dur coup. Des mili­tants nous ont raconté : « On a perdu pied, pour ne pas dire, l’espoir. On s’est repliés sur nous-mêmes, avec un sen­ti­ment frus­trant que le Québec ne pou­vait pas chan­ger ». Par la suite, la flamme indé­pen­dan­tiste est restée allu­mée, mais sans l’éclat qu’elle avait aupa­ra­vant. On votait Parti qué­bé­cois (PQ) ou Bloc qué­bé­cois (BQ), sans grand enthou­siasme. Pour les jeunes, la dis­tance s’est creu­sée davan­tage : « Plusieurs jeunes mili­tants n’ont plus un “grand” projet col­lec­tif comme il exis­tait à l’époque ». À l’échelle plus per­son­nelle, on note que la société « tri­co­tée serrée » qui liait ce monde ouvrier et popu­laire s’est en partie déli­tée, mais elle n’a pas été tota­le­ment détruite. Dans l’imaginaire d’aujourd’hui, le « je » prend une grande place. Mais ce n’est pas uni­la­té­ral selon plu­sieurs per­sonnes qui ont par­ti­cipé à notre enquête : « Il y a un autre “nous” qui surgit, même s’il est plus éclaté qu’avant. Il y a beau­coup de jeunes allu­més, hyper mobi­li­sés, avec des opi­nions et des ambi­tions diver­si­fiées ».

Passage des générations

L’évolution du Québec, à Valleyfield comme ailleurs, a pris un sens qui a bou­le­versé la société. Le tour­nant vers la droite, on ne peut le nier, a péné­tré pro­fon­dé­ment, au-delà même de l’évolution des prin­ci­paux partis poli­tiques, dans les consciences, dans les com­por­te­ments, minant la soli­da­rité. Par ailleurs, le virage réac­tion­naire pour­rait avoir des effets posi­tifs : « Cela peut avoir un effet fédé­ra­teur pour ce qui est des diverses résis­tances popu­laires, car devant l’adversité, il faut se regrou­per encore plus ».

Se regrou­per, oui c’est une bonne idée. Mais com­ment ? Le monde des grandes usines où on occu­pait un emploi qua­si­ment à vie est en déclin. Il y a éga­le­ment beau­coup plus de mobi­lité, dans la région même et au-delà, en partie à cause des infra­struc­tures de com­mu­ni­ca­tion qui « rap­prochent » Valleyfield, phy­si­que­ment et vir­tuel­le­ment, du reste du monde. Néanmoins, on voit le tra­vail asso­cia­tif, sur le plan syn­di­cal notam­ment, conti­nuer, sortir des grandes usines, aller dans le monde des PME, du pré­ca­riat, des condi­tions de tra­vail plus dif­fi­ciles. On nous l’a dit, « à Valleyfield, la den­sité syn­di­cale n’a pra­ti­que­ment pas dimi­nué, malgré les licen­cie­ments mas­sifs dans les grandes entre­prises ».

Et alors appa­raît un autre grand et « nouvel » enjeu. Il n’est pas tout à fait nou­veau, car à Valleyfield, cela fait long­temps qu’on se bat pour pro­té­ger l’environnement et les condi­tions de vie de la popu­la­tion qui vit dans la région. On n’a qu’à étu­dier les luttes impor­tantes dans le passé, notam­ment celle contre le projet de cen­trale ther­mique au gaz[1]. Aussi, à l’échelle locale, les syn­di­cats ont mené des batailles épiques dans le domaine de la santé et de la sécu­rité au tra­vail, qui consti­tuaient, en sub­stance, des luttes pour assai­nir l’environnement.

Aujourd’hui est lar­ge­ment par­ta­gée cette conscience qu’on ne peut pas vivre cor­rec­te­ment seule­ment si on se concentre sur la lutte pour obte­nir des salaires décents. Dans les syn­di­cats, à la fois pour défendre leurs condi­tions de tra­vail et pour faire face au défi envi­ron­ne­men­tal, des jeunes s’impliquent : ils sont encore plus sen­sibles et atten­tifs aux pro­blèmes comme l’utilisation de pro­duits dan­ge­reux, les déver­se­ments et les acci­dents de tra­vail qui sont rare­ment des « acci­dents », mais des résul­tats de pra­tiques inadé­quates.

Cela dit, ce renou­vel­le­ment du syn­di­ca­lisme pose plu­sieurs pro­blèmes, d’autant plus que l’effectif ouvrier est en train de chan­ger. Par exemple, à General Dynamics, 50 % des employés vont partir d’ici cinq ans. Par ailleurs, la tra­di­tion­nelle culture syn­di­cale est moins accep­tée parmi les jeunes qui y voient pas­sa­ble­ment de hié­rar­chie, voire de lour­deur. On nous a dit : « Beaucoup de jeunes hésitent avant de s’investir ».

Cependant, ce n’est pas pour dire que cela ne se fait pas. Par exemple, dans le cas de la puis­sante grève (presque un an) de la CEZinc, la lutte a été prise en main en partie par une nou­velle géné­ra­tion mili­tante, notam­ment par des femmes. Cela a fonc­tionné, d’autant plus que la soli­da­rité de la popu­la­tion a été admi­rable, tant chez les têtes grises que chez les jeunes. « On a pu contrer, nous disent des mili­tants, le dis­cours patro­nal, repris par les médias, vou­lant que les syn­di­cats soient trop puis­sants, que les “vieux” syn­di­qués soient trop gâtés ». Cela n’a pas passé et ne pou­vait pas passer dans un syn­di­cat très conscient des enjeux et qui a mis au pre­mier plan des reven­di­ca­tions la défense des droits des jeunes tra­vailleurs, notam­ment sur la ques­tion du régime de retraite.

De l’enjeu écologique à la bataille pour la ville

Il est indé­niable que les ques­tions éco­lo­giques, à com­men­cer par le défi cli­ma­tique, consti­tuent ce dont les jeunes se pré­oc­cupent : « C’est expli­cite chez eux. Ils ne voient pas cela comme un enjeu “tech­nique”, c’est un choix qui concerne toute notre société, notre mode de vie, voire notre mode de pensée ». Avec le tra­vail pré­cur­seur de mili­tantes et mili­tants éco­lo­gistes, les liens ont été éta­blis entre les pra­tiques pol­luantes des entre­prises, l’étalement urbain et la suru­ti­li­sa­tion des voi­tures indi­vi­duelles, sans comp­ter la déper­di­tion des habi­tats natu­rels : « L’enjeu éco­lo­gique à Valleyfield devient rapi­de­ment un enjeu de l’aménagement global, de ce qu’on fait avec notre ter­ri­toire, les zones humides, les réseaux et les infra­struc­tures ».

Ce virage vert coïn­cide avec une autre muta­tion. En partie du fait que les grands pro­jets de trans­for­ma­tion de la société semblent éloi­gnés, en partie à cause d’autres pers­pec­tives qui mettent l’accent sur ce qu’on peut faire à l’échelle de tout le monde, « il y a plus d’intérêt de s’investir dans le local, sur les ques­tions de proxi­mité sur les­quelles on peut avoir un impact ». D’où les efforts de cer­tains mili­tants pour redy­na­mi­ser des regrou­pe­ments et des luttes par quar­tier. Ces mili­tants sont tou­te­fois réa­listes : « Ce n’est pas évident par­tout, dans le contexte de sous-régions, où pré­do­minent la consom­ma­tion à outrance, le culte du gros char et de la grosse maison ».

Ce tour­nant vers le local est han­di­capé éga­le­ment par des trans­for­ma­tions à l’échelle du Sud-Ouest du Québec. Ainsi, Valleyfield pour­rait voir son statut de capi­tale du Suroît érodé par la crois­sance d’autres pôles, Vaudreuil en par­ti­cu­lier, et de ce qui devient une nou­velle et gigan­tesque ban­lieue de Montréal : « Le gou­ver­ne­ment parle de nous faire perdre des gros mor­ceaux comme l’hôpital régio­nal qui pour­rait être trans­formé en une sorte de mégaCHSLD ». Il appert donc que, pour le moment, les batailles sont sur­tout défen­sives : « On se bat pour garder les ser­vices qu’on a, pas pour en déve­lop­per d’autres ».

Par ailleurs, il y a plein de pro­jets et d’initiatives. Un mili­tant observe : « Il faut regar­der où on était il y a à peine quelques années, où l’idée d’installer des pistes cyclables appa­rais­sait comme tota­le­ment far­fe­lue ». De nou­veaux arri­vés veulent s’installer à Valleyfield, il y a une cer­taine crois­sance éco­no­mique, même si elle n’est plus sur le mode anté­rieur, avec les grandes entre­prises.

On constate donc que les choses changent et qu’il faut main­te­nant s’occuper davan­tage des enjeux locaux, voire muni­ci­paux, ce qui a été tra­duit par une muta­tion de l’équipe muni­ci­pale en poste actuel­le­ment à Valleyfield : « On doit miser sur le renou­vel­le­ment muni­ci­pal, même si cela ne répond pas à l’ensemble des pro­blé­ma­tiques. On a un espace, on peut et on doit l’occuper, et faire quelque chose de signi­fi­ca­tif pour chan­ger la vie, ici et main­te­nant ».

Valleyfield au Québec, le Québec dans Valleyfield

À tra­vers ses grandes luttes syn­di­cales et par l’adhésion d’une très grande partie de la popu­la­tion au projet d’indépendance, Valleyfield a été un lieu où se créait et se recréait une iden­tité mili­tante assez sin­gu­lière. Après tout, c’est ici que s’est voté le pre­mier mandat des cégeps pour la grève étu­diante de 2012 et ce n’était pro­ba­ble­ment pas un hasard. La grande soli­da­rité autour des conflits ouvriers, comme celui récent de la CEZinc, conti­nue et per­siste, ce qu’on ne voit pas trop ailleurs. On se pose donc la ques­tion : cette tra­di­tion peut-elle per­sis­ter et même se ren­for­cer en ces temps incer­tains ?

Il est mani­feste, par exemple, que la ques­tion natio­nale se pose d’une manière dif­fé­rente pour les géné­ra­tions qui n’ont pas vécu, dans leur chair, les espoirs et les défaites des décen­nies pré­cé­dentes. Plusieurs jeunes s’interrogent : « Qu’est-ce qui reste de l’urgence de l’indépendance au moment où, en appa­rence du moins, la ques­tion lin­guis­tique a été en bonne partie réglée par la loi 101 ? » Le Québec pola­risé d’antan, celui du « speak white » et du racisme plus ou moins dis­cret de la grande bour­geoi­sie anglo-cana­dienne, semble une réa­lité dépas­sée, du fait des avan­cées de la société qué­bé­coise et des per­mu­ta­tions au sein des élites (on pense à Québec inc.).

Cela vient aussi d’une conscience aigüe des effets d’une mon­dia­li­sa­tion qui à la fois dépasse les États et impose à tout le monde les affres de l’inégalité et de la des­truc­tion de l’environnement. Il n’est pas rare d’entendre chez de jeunes mili­tantes et mili­tants qu’il faut main­te­nant « se battre encore plus qu’avant, à l’échelle du monde ». Face au projet sou­ve­rai­niste ou indé­pen­dan­tiste, beau­coup ne se sentent pas tel­le­ment concer­nés. Ils ne voient pas que la per­sis­tance de la domi­na­tion de l’État fédé­ral reste un obs­tacle impor­tant contre l’avancement de leurs uto­pies. Chez les autres géné­ra­tions, y com­pris dans les milieux syn­di­caux, « la majo­rité des gens vote­rait Oui demain matin, mais en même temps, ils pensent que cela ne sur­vien­dra pas, du moins pas dans ce qu’ils voient devant eux ».

Un autre fac­teur entre ici en jeu ; il a rap­port au lent mais appa­rem­ment irré­sis­tible déclin du Parti qué­bé­cois. On peut tout pré­voir, sauf l’avenir, selon l’expression consa­crée, mais à Valleyfield et de plus en plus par­tout au Québec, peu de gens pensent que ce parti peut être réanimé. Pour des mili­tantes et des mili­tants, les défaites dont le réfé­ren­dum de 1995 ont illus­tré que le PQ a raté la cible : « Il a fait de la ques­tion de la sou­ve­rai­neté une ques­tion de méca­nique, avec l’obsession du réfé­ren­dum ». « Pour les diri­geants du PQ, on ne vou­lait pas com­prendre qu’il fau­drait une bataille épique, de longue haleine, contre tout un sys­tème ». « On a cher­ché des moyens faciles, des solu­tions miracles, avec un lan­gage naïf sur le rap­port de force qu’un tel chan­ge­ment impli­quait ». Et plus tard, le parti s’est recen­tré vers le néo­li­bé­ra­lisme en accep­tant la pensée unique du tout au marché, tout en étant très négligent sur les enjeux envi­ron­ne­men­taux.

Que faire et comment faire ?

C’est une ques­tion qui revient sou­vent dans l’histoire ! On a une société en muta­tion. Des milieux mili­tants qui changent, d’où plu­sieurs contra­dic­tions com­plexes. Par exemple, même si pour les jeunes, « la lutte est à fois locale et glo­bale », com­ment, alors, occu­per tous les éche­lons, celui de la proxi­mité dans son quar­tier et sa ville, comme celui du monde contre l’empire des mul­ti­na­tio­nales, sans comp­ter le sys­tème de domi­na­tion mis en place par l’État cana­dien ?

C’est une ques­tion à 64 mil­lions de dol­lars !

Il y a six décen­nies de cela, Valleyfield a été trans­for­mée par la géné­ra­tion des baby-boo­mers. Ces hommes et ces femmes avaient appris de leurs ancêtres, mais en même temps, ils ont construit leur propre ter­rain, essen­tiel­le­ment celui de l’indépendantisme de gauche et du syn­di­ca­lisme de combat. Ce monde mili­tant qui est encore très pré­sent, les « jeunes de cœur », on peut le dire ainsi, ont répondu, à leur manière et à tra­vers les débats de l’époque, à cette ques­tion à 64 mil­lions.

Aujourd’hui, on l’a vu, la donne a changé. Entre-temps, d’autres enjeux semblent plus urgents, dont, évi­dem­ment, celui des chan­ge­ments cli­ma­tiques. Des mili­tants observent : « C’est plus un ensemble d’enjeux qu’un enjeu comme tel. Par exemple, ce qui est en cause dans tout cela, c’est notre sécu­rité ali­men­taire. C’est beau­coup plus grave que ce qui était perçu dans une époque récente, à savoir que l’environnement était une ques­tion d’améliorer notre cadre de vie ». Il nous semble évident qu’il se crée autour de cela de nou­velles coa­li­tions, de nou­velles mixi­tés, inter­classes et inter­gé­né­ra­tion­nelles.

Cependant, il faudra lais­ser du temps au temps. Ce n’est pas pour demain que sur­gira de manière large, pour ne pas dire hégé­mo­nique, un autre « grand projet ». On peut dire qu’il est déjà là, en ges­ta­tion. À tra­vers ces mul­tiples luttes et ini­tia­tives locales. Il est pré­sent éga­le­ment dans l’embryonnaire projet de Québec soli­daire, qui com­mence à sortir de sa bulle – essen­tiel­le­ment parmi la jeu­nesse sco­la­ri­sée – mais qui a encore à prou­ver qu’il a le poten­tiel de faire conver­ger les résis­tances et les espoirs.

Le monde tel que restruc­turé actuel­le­ment par un capi­ta­lisme mon­dia­lisé et pré­da­teur, dont une des formes ascen­dantes est le mili­ta­risme et ce que l’ancien pré­sident George Bush a appelé « la guerre sans fin », glisse vers l’abîme. Sommes-nous dans une sorte de mégaTitanic ? Certes, les résis­tances pro­gressent éga­le­ment, avec de nou­veaux lan­gages, de nou­velles mani­fes­ta­tions, de nou­velles archi­tec­tures, redé­fi­nis­sant l’épopée de l’émancipation sociale et natio­nale.

Nous sommes alors un peu confron­tés à ce que Gramsci appe­lait « l’optimisme de la volonté et le pes­si­misme de l’intelligence ». Et en tenant le coup, on se rap­pelle aussi une autre phrase célèbre de Bertolt Brecht, « celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas est sûr de perdre ».

Pierre LaGrenade et Pierre Beaudet, res­pec­ti­ve­ment ani­ma­teur de la coa­li­tion inter­syn­di­cale COTON 46 à Salaberry-de-Valleyfield et pro­fes­seur asso­cié à l’Université du Québec en Outaouais.


  1. Voir l’entrevue avec Marc Laviolette dans ce dos­sier : « La grande bataille du Suroît contre la cen­trale ther­mique » par Pierre Beaudet.

Vous appré­ciez cet article ? Soutenez-nous en vous abon­nant au NCS ou en fai­sant un don.

Vous pouvez nous faire par­ve­nir vos com­men­taires par cour­riel ou à notre adresse pos­tale :

cap@​cahiersdusocialisme.​org

Collectif d’analyse poli­tique
CP 35062 Fleury
Montréal
H2C 3K4

Les commentaires sont fermés.