COMMUNIQUÉ

Une violence inacceptable et une enquête publique et indépendante exigée

Par Mis en ligne le 10 mai 2012

En confé­rence de presse, la Coalition oppo­sée à la tari­fi­ca­tion et à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics, qui a orga­nisé la grande mani­fes­ta­tion uni­taire à Victoriaville le 4 mai der­nier en marge du Conseil géné­ral du Parti libé­ral du Québec, a tenu à faire connaître à la presse cer­tains faits majeurs, et incon­nus, concer­nant les abus poli­ciers qui ont eu lieu dans le cadre de cette mani­fes­ta­tion. « On recense envi­ron 400 bles­sures mineures trai­tées par des médics, dont des plaies ouvertes (cer­taines néces­si­tant des points de suture), des brû­lures aux yeux, des ecchy­moses cau­sées par des pro­jec­tiles, des dif­fi­cul­tés res­pi­ra­toires dues aux gaz, des che­villes fou­lées. C’est ça le mes­sage de dia­logue que veut lancer le gou­ver­ne­ment ? », s’exclame Johanne Nasstrom, de la Coalition des Tables Régionales d’Organismes Communautaires (CTROC) et co-porte-parole de la Coalition oppo­sée à la tari­fi­ca­tion et à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics.

Récapitulation de cer­tains faits

La mani­fes­ta­tion du 4 mai à Victoriaville réunis­sait des mil­liers d’étudiants et d’étudiantes, mais aussi des tra­vailleurs et des tra­vailleuses de tous les âges, des per­sonnes âgées et des familles avec de jeunes enfants. C’est sans aver­tis­se­ment ni ordre de dis­per­sion, que les poli­ciers de la Sûreté du Québec ont com­mencé à bom­bar­der l’ensemble des mani­fes­tants et des mani­fes­tantes de gaz irri­tants, une dizaine minutes seule­ment après l’arrivée des manifestantEs devant l’hôtel où avait lieu le Conseil géné­ral du PLQ. Une fois les gaz irri­tants lancés, la mani­fes­ta­tion s’est dis­lo­quée, la grande majo­rité des manifestantEs fuyant l’afflux dan­ge­reux de gaz. Afin de faire recu­ler encore davan­tage les manifestantEs, les poli­ciers ont gazé à outrance pen­dant deux heures et ont uti­lisé des balles de plas­tique, cau­sant des bles­sures majeures chez cer­taines per­sonnes par­ti­ci­pant à la mani­fes­ta­tion.

De nom­breuses per­sonnes ont été bles­sées par les pro­jec­tiles poli­ciers, dont cer­taines très sérieu­se­ment. Un jeune homme, atteint à l’œil, a subi une frac­ture du crâne et a perdu l’usage de son œil. Il a dû subir d’importantes chi­rur­gies, est tou­jours hos­pi­ta­lisé aux soins inten­sifs, même si son état, d’abord jugé pré­caire, s’est sta­bi­lisé. Un autre jeune homme a subi un trau­ma­tisme crâ­nien et une contu­sion céré­brale. Il est demeuré quatre jours en unité d’observation. Une jeune fille a subi une frac­ture de la mâchoire et la perte de plu­sieurs dents. Elle a dû être hos­pi­ta­li­sée pen­dant quatre jours et subir une impor­tante chi­rur­gie.

Une force poli­cière exces­sive et dan­ge­reuse pour la sécu­rité des manifestantEs

« Aujourd’hui, nous tenons à dénon­cer la ges­tion du conflit étu­diant par Jean Charest et les stra­té­gies d’intervention des forces poli­cières. Depuis main­te­nant trois mois, cette ges­tion scan­da­leuse sus­cite une colère gran­dis­sante chez les étudiantEs et les mou­ve­ments sociaux. Et en réponse à cette grogne mon­tante, causée par la mau­vaise foi du gou­ver­ne­ment dans ce dos­sier, nous avons été témoins, à Victoriaville, de l’escalade de la répres­sion uti­li­sée par les forces poli­cières, répres­sion qui a failli coûter la vie à un mani­fes­tant ! La res­pon­sa­bi­lité de ces déra­pages incombe à Jean Charest. » conti­nue Madame Nasstrom.

Deux infir­mières membres de l’équipe de secou­ristes sur les lieux ont témoi­gné : « J’ai dû inter­ve­nir en urgence auprès de deux mani­fes­tants griè­ve­ment bles­sés à la tête par des pro­jec­tiles. Le pre­mier a été atteint à l’oreille, pré­sen­tait une lacé­ra­tion et un sai­gne­ment impor­tant de l’oreille et des signes de trau­ma­tisme crâ­nien puisqu’il avait chuté. Le second était sévè­re­ment atteint à l’œil, il pré­sen­tait un sai­gne­ment impor­tant du même œil et des signes d’atteintes crâ­niennes sous-jacentes. Les jeunes, qui étaient dans une condi­tion pré­caire, ont dû être dépla­cés à plu­sieurs reprises, trois fois pour le pre­mier blessé et une fois pour le deuxième. Ces dépla­ce­ments ont été effec­tués afin d’éviter les gaz irri­tants, les balles de plas­tique et le pié­ti­ne­ment par les manifestantEs qui fuyaient au-devant des forces de l’ordre. Ces entraves à nos soins auraient pu être fatales pour les bles­sés en ques­tion si ce n’avait été de la vigi­lance des manifestantEs et secou­ristes qui pro­té­geaient l’équipe de soins », rap­porte Karoline Demers. Corroborant ses dires, Sophie Vallée-Desbiens, autre infir­mière secou­riste pré­sente sur les lieux, enchaîne : « J’ai été sol­li­ci­tée à plu­sieurs reprises au cours de la soirée de ven­dredi afin d’intervenir auprès de per­sonnes pré­sen­tant des bles­sures dont la gra­vité dépas­sait lar­ge­ment les moyens dont je dis­po­sais, et qui néces­si­taient des trans­ports d’urgence dans des centres médi­caux. Les délais encou­rus avant leur prise en charge médi­cale par les auto­ri­tés com­pé­tentes ont poten­tiel­le­ment contri­bué à l’aggravation de leur état ».

Le gou­ver­ne­ment doit recon­naître ses res­pon­sa­bi­li­tés et dénon­cer la vio­lence poli­cière

« Alors que le gou­ver­ne­ment a demandé aux représentantEs étudiantEs de condam­ner la vio­lence, nous ne voyons pas Jean Charest dénon­cer les vio­lences abu­sives dont font preuve les forces de l’ordre dans le cadre de mani­fes­ta­tions citoyennes. Quand des poli­ciers tirent des balles de caou­tchouc et de plas­tique on est en droit de se deman­der de qui la vio­lence est l’oeuvre. Le Premier ministre du Québec, plutôt que de faire des blagues de mau­vais goût devant cer­tains inves­tis­seurs, devrait dénon­cer la bru­ta­lité poli­cière. » de conti­nuer, Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE.

« Ce que nous avons vu à Victoriaville est une vraie tra­gé­die » ajoute Marie Blais, de la Fédération natio­nale des ensei­gnantes et ensei­gnants du Québec (FNEEQ-CSN) et co-porte-parole de la Coalition oppo­sée à la tari­fi­ca­tion et à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics. « Après la mani­fes­ta­tion, les gens étaient cho­qués, sonnés. Personne ne pen­sait que ce genre d’opération poli­cière puisse se pro­duire au Québec », rap­porte-t-elle. La Coalition a d’ailleurs reçu de nom­breux témoi­gnages dans les der­niers jours, autant de per­sonnes pré­sentes que de parents d’étudiantes et d’étudiants aba­sour­dis. « On ne peut pas, comme société ou comme gou­ver­ne­ment défendre la liberté d’expression seule­ment quand ça fait notre affaire, les droits sont là pour être pro­té­gés jus­te­ment quand ils sont mena­cés, et cela, c’est la res­pon­sa­bi­lité du gou­ver­ne­ment » conclut Madame Blais.

Une enquête publique et indé­pen­dante urgente

La Coalition condamne les vio­la­tions aux droits de mani­fes­ter, à la liberté d’expression dont nous avons été témoins depuis le début de la grève étu­diante. Il s’agit de droits fon­da­men­taux garan­tis, tant par la Charte des droits et liber­tés du Québec que par la Charte cana­dienne des droits et liber­tés. C’est pour­quoi la Coalition demande une enquête publique et indé­pen­dante. « Le nombre de bles­sés et la gra­vité des bles­sures occa­sion­nées par le recours aux balles de plas­tique pour contrô­ler la foule à Victoriaville méritent à eux seuls qu’une enquête publique indé­pen­dante soit tenue. Cependant, la Ligue des droits et liber­tés a col­ligé, depuis le début de la grève étu­diante, un ensemble d’éléments qui jus­ti­fie que l’enquête porte plus lar­ge­ment sur les plans stra­té­giques des forces de l’ordre uti­li­sés depuis le début de la grève étu­diante, notam­ment l’utilisation d’armes diverses, les arres­ta­tions mas­sives et pré­ven­tives, les condi­tions de déten­tion des per­sonnes arrê­tées de même que les condi­tions de libé­ra­tion. De plus, la Ligue demande l’arrêt immé­diat de l’utilisation des balles de plas­tique et de toute autre arme simi­laire comme tech­nique de contrôle des foules », ter­mine Dominique Peschard, pré­sident de la Ligue des droits et liber­tés.

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Renseignements :
Renaud Poirier St-Pierre, atta­ché de presse, CLASSE, 514-835-9780
Marie-José Béliveau, Ligue des droits et liber­tés : 514-715-7727
France Desaulniers, FNEEQ-CSN : 515-219-2947

www​.nonaux​hausses​.org

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