Le Canada et l’intervention en Libye

Une unanimité qui contraste avec les élections

Par Mis en ligne le 05 avril 2011

Les élec­tions fédé­rales déclen­chées, les partis se dis­putent les votes de la popu­la­tion qué­bé­coise et cana­dienne. Les procès d’intentions fusent, les dis­cours se font viru­lent. Pourtant en cou­lisse, les quatre partis repré­sen­tés à Ottawa s’entendent comme lar­rons en foire pour appuyer l’intervention impé­ria­liste en Libye.

Le gou­ver­ne­ment cana­dien, appuyé par les trois partis d’opposition, s’est ins­crit dans l’opération inter­na­tio­nale qui vise à ralen­tir ou stop­per les opé­ra­tions mili­taires du gou­ver­ne­ment Kadhafi en Libye sous l’inspiration de la réso­lu­tion 1973 du conseil de sécu­rité de l’ONU.

Le ministre des Affaires exté­rieures Peter McKay cherche sa légi­ti­mité dans la par­ti­ci­pa­tion cana­dienne dans le conflit au Kosovo : « Nous deman­dons à tous les partis repré­sen­tés à la Chambre d’appuyer les forces cana­diennes dans leur mis­sion et de nous aider à prendre toutes les mesures néces­saires pour que cette crise puisse être réglée rapi­de­ment. […] » On sait main­te­nant que les conser­va­teurs tenaient le même dis­cours pour l’Afghanistan et que l’armée cana­dienne s’y trouve tou­jours.

Le libé­ral Bob Rae trouve son récon­fort dans la légi­ti­mité de plus en plus approu­vée parmi les cercles diri­geants du prin­cipe d’intervention pré­ven­tive. « La soi-disant conven­tion de 1648, la conven­tion de Westphalie, qui sti­pule que la sou­ve­rai­neté prime le reste, que les gou­ver­ne­ments natio­naux sont l’objectif ultime et que la raison d’État l’emporte sur toute autre consi­dé­ra­tion, n’est plus une loi adé­quate. » Ainsi cou­vert par des prin­cipes huma­nistes de la pro­tec­tion des popu­la­tions contre les dic­ta­teurs, le libé­ral trouve une légi­ti­mité dans l’intervention mili­taire dite pré­ven­tive en Libye.

Le cri­tique blo­quiste en matière de rela­tions exté­rieures Jean Dorion ne voit rien de mau­vais dans cette inter­ven­tion dans la mesure où elle est approu­vée par l’ONU. « Le Bloc qué­bé­cois est favo­rable à cette par­ti­ci­pa­tion armée cana­dienne à l’intervention mul­ti­la­té­rale en Libye. Nous appuyons les mili­taires qui sont appe­lés à y par­ti­ci­per. C’est une opé­ra­tion par­fai­te­ment légi­time puisqu’elle est faite dans un cadre mul­ti­la­té­ral et qu’elle vise à pro­té­ger les popu­la­tions civiles », a t-il déclaré lorsqu’interrogé sur la contra­dic­tion entre le paci­fisme de la popu­la­tion qué­bé­coise et l’appui de son parti à l’intervention.

Le NPD enfin ajoute une touche d’aide huma­ni­taire dans sa posi­tion : « Le 26 février, nous avons accueilli favo­ra­ble­ment les sanc­tions impo­sées au régime Kadhafi, mais nous étions aussi très inquiets – et nous le sommes tou­jours – au sujet de l’inaction du gou­ver­ne­ment du Canada en matière d’évacuation et d’aide huma­ni­taire. Au cours du débat sur cette motion, nous devons nous rap­pe­ler qu’il ne s’agit pas sim­ple­ment d’un enga­ge­ment mili­taire. Nous croyons qu’une aide huma­ni­taire doit aussi être appor­tée. Nous exi­ge­rons du gou­ver­ne­ment qu’il rende des compte sur le res­pect des points sui­vants : la mis­sion n’a pas pour but de déployer des troupes ter­restres, mais d’aider à faire res­pec­ter la zone d’exclusion aérienne, et le gou­ver­ne­ment ne doit pas envi­sa­ger le déploie­ment ter­restre de troupes. Une dis­po­si­tion porte sur les efforts huma­ni­taires et de secours, ce qui a été men­tionné et qui va de soi, comme on peut le com­prendre. »

Pourquoi la Libye ?

Outre les ques­tions qu’une telle déci­sion sou­lève, pour­quoi en Libye et non pas au Sri Lanka, en Palestine ou au Pakistan, cette una­ni­mité montre qu’au-delà des confron­ta­tions élec­to­rales, les 4 partis pré­sents à Ottawa se rangent tous der­rière la stra­té­gie impé­ria­liste qui consiste à se posi­tion­ner favo­ra­ble­ment pour les len­de­mains de la crise libyenne. Pétrole et res­sources natu­relles à la ligne…

Pourquoi les gou­ver­ne­ments qui se pré­tendent sen­sibles aux souf­frances du peuple libyen se découvrent-il des sen­ti­ments huma­ni­taires aujourd’hui après avoir louangé le tour­nant dans l’appui à Kadhafi dans les années 90. Autrefois consi­déré comme le plus voyou des voyous. Le diri­geant libyen s’était trouvé une niche de res­pec­ta­bi­lité auprès des grands de ce monde au cours des récentes années. Il fut reçu avec panache par la plu­part des diri­geants qui veulent aujourd’hui sa tête. Même ses voi­sins de la Ligue arabe ont timi­de­ment appuyé l’intervention, non sans pro­cé­der dans leur propre cours à la répres­sion des mou­ve­ments démo­cra­tiques. Pensons à l’Arabie Saoudite qui déploie des troupes au Bahreïn pour écra­ser l’opposition.

Une des pires atro­ci­tés se déroule actuel­le­ment au Yemen là où le régime en place réprime dans le sang les mani­fes­ta­tions. Y aura t-il inter­ven­tion de la coa­li­tion dans ce pays ? Bien sûr que non. Les régimes de la pénin­sule du Golfe et les res­sources natu­relles sur les­quelles ils sont assis sont trop impor­tants pour heur­ter leur sus­cep­ti­bi­li­tés. Sans parler de leur rôle de chiens de garde des inté­rêts impé­ria­listes dans la région. Peut-on ajou­ter qu’Israël s’est aussi démar­qué par ses mul­tiples affronts à toutes les réso­lu­tions de l’ONU qui concernent la Palestine et les droits de la per­sonne sans que per­sonne de cette coa­li­tion ne lève le petit doigt.

N’y aurait-il pas eu lieu d’utiliser des moyens comme le gel des avoirs à l’étranger pour faire pres­sion sur Kadhafi plutôt que la solu­tion mili­taire ? Cette der­nière a démon­tré son carac­tère absurde en Afghanistan et en Irak où le sort des popu­la­tions locales et le déve­lop­pe­ment d’institutions démo­cra­tiques ne semblent pas peser lourd dans les déci­sions des occu­pants. Or, geler les avoirs de Kadhafi peut deve­nir un pré­cé­dent qui peut rapi­de­ment se retour­ner contre plu­sieurs des par­ti­ci­pants à cette coa­li­tion. De plus, c’est agir contre le sacro-saint prin­cipe du secret ban­caire. On com­prend le peu d’empressement des gou­ver­ne­ments à aller en ce sens même si cette hypo­thèse a été évo­quée.

Des fis­sures com­mencent à appa­raître dans le bel édi­fice de cette nou­velle agres­sion qui vise à passer par dessus la tête du peuple et d’imposer une solu­tion qui convien­dra aux puis­sants de ce monde. La Turquie met des réserves sur l’intervention. La Ligue arabe appuie du bout des lèvres et sans enthou­siasme. Les peuples mobi­li­sés dans la région dénoncent cette inter­ven­tion mili­taire.

Il appa­raît que le peuple libyen ne peut comp­ter que sur ses propres forces de mobi­li­sa­tion et d’auto-défense ainsi que sur la soli­da­rité inter­na­tio­nale pour vaincre à la fois le dic­ta­teur Kadhafi et les vau­tours qui tournent autour afin de s’approprier le butin.


Une réponse à “Une unanimité qui contraste avec les élections”

  1. Jean Guernon dit :

    Même les Verts étaient pour, c’est la raison pour laquelle je ne me pré­sente pas. Il faut un nou­veau parti au Québec, non-indé­pen­dan­tiste (non-répu­bli­cain) tant que le Canada demeure une monar­chie consti­tu­tion­nelle, qui soit de gauche, le Parti de la Nation (du Québec au pro­vin­cial et Québécoise au fédé­ral) qui repré­sente vrai­ment les gens avec hon­neur. Ce n’est pas la reine qu’il faut blâmer, elle n’a rien vir­tuel­le­ment décrété en 50 ans, c’est un sym­bole, un sys­tème qui permet au Canada de se dis­tin­guer, mais les poli­ti­cien qui uti­lisent ce sys­tème, eux se font mani­pu­ler par les groupes d’intérêt parce qu’il n’y a pas jus­te­ment une voca­tion claire à cause des chi­canes consti­tu­tion­nelles. Il faut un parti qui repré­sente la Nation réelle main­te­nant qu’on est reconnu comme tel, fière de son his­toire, qui ras­semble les forces vives dans une quête com­mune pour le bien de son destin. Les répu­bli­cains, on voit ce que ça donne aux États, et les répu­blique c’est pas mieux, là on a tout réglé la base ici, l’assurance mala­die, le sup­port social, avant que ça soit tout démoli par des arri­vistes qui dirigent les partis au pou­voir, ou par des répu­bli­cains, il faut créer une coa­li­tion. Bien sûr, si le canada deve­nait une répu­blique, le Québec devrait impé­ra­ti­ve­ment se sépa­rer, chaque « état » aban­don­ne­rait le bilin­guisme, et le Français serait plus menacé. Actuellement il faut pro­fi­ter du fait qu’on est une nation et diri­ger selon nos inté­rêt dans la struc­ture actuelle, pas avoir comme pré­texte la chi­cane consti­tu­tion­nelle pour léser le peuple, comme le fait le PLQ ou le PCC et les partis d’opposition. Cette incroyable una­ni­mité au sujet de la Libye est un symp­tôme de la mala­die de ces gens-là.

    Bien sûr, le pro­blème va bien au-delà, il est impen­sable que le Conseil de Sécurité ait ignoré la loi inter­na­tio­nale de la Convention de Genève et sa voca­tion, ait auto­risé la force contre un pays qui n’en a atta­qué aucun autre, alors qu’avec l’Irak, tout était par­fai­te­ment dans les règles il y avait eu consen­sus una­nime avant que des membres du Conseil de Sécurité remettent en ques­tion leur propre signa­ture, et pré­tendu que le véto d’une pro­po­si­tion visant à ren­ver­ser la levée du cessez-le-feu (la force fut auto­ri­sée par 678, est deve­nue condi­tion­nelle avec 687 et le destin de l’Irak fina­li­sée avec 1441) par un chan­ge­ment de régime a sim­ple­ment laissé la loi intacte. Les gens qui remet­taient en ques­tion cela étaient dans le champs alors qu’ici, avec la Libye, c’est vrai­ment une auto­ri­sa­tion aux rebelles du monde entier d’assassiner les employés de l’état, c’est le second sceau de l’apocalypse, l’autorisation de faire la guerre, un pré­cé­dent dans la loi inter­na­tio­nale sans pré­cé­dent, et l’ineptie est telle que même à 35 il n’y en a pas un seul des membres per­ma­nents qui ait opposé son véto, c’est inouï. Mais bref, l’ineptie à cause des groupes d’intérêt est telle qu’il faut vrai­ment que l’on fasse autre chose. Ici, ça doit com­men­cer main­te­nant si c’est pour conti­nuer, je suis seul de mon parti depuis une couple de semaines, mais cela ne durera pas, je veux tout le Québec, que le ROC fasse son parti lui aussi si ça lui chante. Let’s rock’n roll ! Le parti de la Nation est parti, qui veut m’aider ?