Une superpuissance énergétique ?

Par Mis en ligne le 12 juillet 2014

En mai 2012, une fuite a été obser­vée dans un pipe­line au nord de l’Alberta, à 165 km exac­te­ment des Territoires du Nord-Ouest. Avant que la fuite ne soit col­ma­tée, 22 000 barils de pétrole se sont écou­lés sur une grande super­fi­cie de fon­drière de mousse – un bio­tope fra­gile – près de Rainbow Lake. L’entreprise pos­sé­dant ce pipe­line, Pace Oil & Gas, a pris connais­sance du pro­blème par hasard, grâce au constat fait par un pilote d’avion volant à basse atti­tude. On pour­rait penser que ces inci­dents sont rares et rela­ti­ve­ment contrô­lés par la tech­no­lo­gie. Mais est-ce le cas ? Un an plus tôt, un autre pipe­line avait libéré 28 000 barils de pétrole brut dans la forêt et la fon­drière de mousse près de Little Buffalo, une com­mu­nauté crie à 400 kilo­mètres au sud-est de Rainbow Lake. En réa­lité, les pro­blèmes sont graves. Les déver­se­ments acci­den­tels qui attirent géné­ra­le­ment beau­coup d’attention ne sont qu’une infime partie des dom­mages envi­ron­ne­men­taux causés par l’industrie pétro­lière et gazière. Cette indus­trie, on le sait, est en pleine crois­sance. Plus encore, elle dis­pose dans le gou­ver­ne­ment de Stephen Harper d’un puis­sant allié dont l’objectif est de déré­gle­men­ter cette indus­trie.

Une super­puis­sance du réchauf­fe­ment

Devant un audi­toire d’hommes d’affaires au Royaume-Uni peu après avoir été élu en 2006, Stephen Harper annon­çait que son gou­ver­ne­ment avait l’intention de faire du Canada une « super­puis­sance éner­gé­tique ». Le Canada, disait-il, est déjà le cin­quième plus gros pro­duc­teur d’énergie du monde. Il occupe le troi­sième rang pour la pro­duc­tion de gaz, le sep­tième pour le pétrole, et le pre­mier pour l’hydroélectricité et l’uranium. Harper van­tait les capa­ci­tés cana­diennes, d’autant plus que le pays abrite « un océan de sable impré­gné de pétrole sous les fon­drières de mousse du nord de l’Alberta » :

Les sables bitu­mi­neux sont le 2e gise­ment de pétrole au monde. C’est plus impor­tant que ce dont dis­posent l’Irak, l’Iran ou la Russie. Seule l’Arabie saou­dite en a plus. Extraire le bitume, en reti­rer le pétrole et le trans­for­mer en pétrole syn­thé­tique consti­tue un défi monu­men­tal, qui néces­site de grandes quan­ti­tés de capi­tal, une tech­no­lo­gie fara­mi­neuse et une armée de tra­vailleurs qua­li­fiés. Bref, il s’agit d’une entre­prise aux pro­por­tions épiques, ana­logue à la construc­tion des pyra­mides ou de la Grande Muraille de Chine. Mais en plus grand. En 2015, la pro­duc­tion cana­dienne de pétrole devrait atteindre près de 4 mil­lions de barils par jour[1].

Ce que Harper n’a pas dit pas à cette occa­sion- en fait, il ne l’a jamais dit – est que, contrai­re­ment à la construc­tion des pyra­mides ou de la Grande Muraille, l’extraction des sables bitu­mi­neux repré­sente une menace pour l’environnement. La pro­duc­tion d’un baril de pétrole brut à partir des sables bitu­mi­neux émet jusqu’à trois fois plus de gaz à effet de serre par baril que ce qui est le cas avec le pétrole brut clas­sique. Le pétrole des sables bitu­mi­neux est le plus pol­luant de la pla­nète, selon le cli­ma­to­logue James Hansen :

Les sables bitu­mi­neux du Canada contiennent deux fois la quan­tité de dioxyde de car­bone émise du fait de l’utilisation mon­diale de pétrole au cours de toute notre his­toire. Si nous devions exploi­ter plei­ne­ment cette source nou­velle de pétrole, et conti­nuer à brûler le pétrole conven­tion­nel, le gaz et les réserves de char­bon, la concen­tra­tion atmo­sphé­rique en dioxyde de car­bone fini­rait par dépas­ser ses niveaux du Pliocène, il y a plus de 2,5 mil­lions d’années, quand le niveau de la mer était supé­rieur d’au moins quinze mètres à ce qu’il est actuel­le­ment. Une telle concen­tra­tion en gaz à effet de serre entraî­ne­rait à coup sûr une accé­lé­ra­tion incon­trô­lable de la dés­in­té­gra­tion des calottes gla­ciaires. Le niveau des mers aug­men­te­rait et détrui­rait les villes côtières. Les tem­pé­ra­tures mon­diales devien­draient into­lé­rables. Vingt à cin­quante pour cent des espèces de la pla­nète seraient vouées à l’extinction. La civi­li­sa­tion serait en danger[2].

Ce n’est pas le pro­blème de Stephen Harper pour qui la pro­tec­tion de l’environnement passe après les pro­fits de l’industrie pétro­lière.

Un agenda pro-pétro­lier et anti-envi­ron­ne­men­tal

Les Conservateurs ne sont pas le pre­mier parti par­venu au pou­voir qui fait passer la pro­duc­tion pétro­lière avant la pro­tec­tion de l’environnement.

Entre 1993 à 2006, les gou­ver­ne­ments du Parti libé­ral ont rati­fié le Protocole de Kyoto et annoncé une série de pro­grammes à conso­nance verte, mais en pra­tique, ils ont sou­tenu des pro­jets qui fai­saient en sorte qu’aucun de leurs objec­tifs affi­chés en matière d’émissions ne pou­vaient être atteints.

Bien avant Harper, les gou­ver­ne­ments Chrétien et Martin ont acti­ve­ment promu l’exploitation accrue des sables bitu­mi­neux de l’Alberta. En 1995, un groupe de tra­vail conjoint fédé­ral-pro­vin­cial affir­mait qu’on pour­rait tri­pler la pro­duc­tion d’ici 2020 – un objec­tif qui fut effec­ti­ve­ment dépassé en moins d’une décen­nie. Alors ministre de l’Environnement de Chrétien, Stéphane Dion décla­rait à des jour­na­listes amé­ri­cains en 2005 qu’aucun ministre de l’environnement ne pou­vait empê­cher le déve­lop­pe­ment des sables bitu­mi­neux. Tout au long du règne des libé­raux, les émis­sions cana­diennes de gaz à effet de serre ont aug­menté de plus de 27 %, le pire bilan de tous les pays indus­tria­li­sés.

Une fois dit cela, il faut consta­ter que les Conservateurs vont plus loin, aban­don­nant même toute appa­rence de pré­oc­cu­pa­tion envi­ron­ne­men­tale. Leur objec­tif pri­mor­dial est d’accélérer le temps d’approbation et de réduire l’examen public des pro­jets poten­tiel­le­ment dom­ma­geables. Les études d’impact envi­ron­ne­men­tal n’étaient peut-être qu’une for­ma­lité sous les gou­ver­ne­ments libé­raux, n’empêche que l’industrie les consi­dé­rait comme de fas­ti­dieuses tra­cas­se­ries. Harper et sa bande veulent ras­su­rer les inves­tis­seurs sur le fait que les audiences ou les exa­mens seront rapides et les conclu­sions pré­dé­ter­mi­nées.

Pendant que Stephen Harper attaque les poli­tiques envi­ron­ne­men­tales sur plu­sieurs ter­rains (y com­pris dans le domaine scien­ti­fique), sa prio­rité est d’éliminer les pro­grammes gou­ver­ne­men­taux sus­cep­tibles d’interférer avec l’expansion rapide de l’extraction éner­gé­tique et de l’exportation. Lors du Forum éco­no­mique mon­dial de Davos en jan­vier 2012, Harper a promis que les pro­jets éner­gé­tiques et miniers ne seraient plus soumis à des délais régle­men­taires « inutiles »[3].

Le sac­cage

Ce que Harper vou­lait dire à Davos est devenu évident avec la loi C-38 votée par la Chambre des com­munes en juin [2012]. Cette loi com­prend 150 pages de modi­fi­ca­tions appor­tées aux règle­men­ta­tions envi­ron­ne­men­tales, toutes conçues pour affai­blir les pro­tec­tions envi­ron­ne­men­tales et limi­ter la par­ti­ci­pa­tion publique dans l’étude et l’approbation des pro­jets. Selon la pré­si­dente du Parti Vert, Elizabeth May, cette loi devrait être appe­lée la « Loi sur la des­truc­tion de l’environnement ».

Ces chan­ge­ments radi­caux ont amené Maurice Strong, le diplo­mate cana­dien qui fut le secré­taire géné­ral du célèbre Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, à décla­rer que le gou­ver­ne­ment fédé­ral actuel est « le plus anti-envi­ron­ne­men­tal que nous ayons jamais eu, et l’un des plus anti-envi­ron­ne­men­taux du monde[4] ». Selon un ancien employé d’Environnement Canada, « le Canada repré­sente la deuxième plus grande masse de terre au monde. Bien que la popu­la­tion soit limi­tée, vous pouvez être sûrs que, lorsqu’un pays couvre 7 % des terres émer­gées et dis­pose du plus long lit­to­ral du monde dit « va te faire foutre » à la pro­tec­tion de l’environnement, cela aura d’énormes réper­cus­sions mon­diales[5]. »

Contre Kyoto

L’offensive anti-envi­ron­ne­men­tale de Harper ne se limite pas au Canada. Les Conservateurs agissent éga­le­ment pour blo­quer tout accord inter­na­tio­nal sur la réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre, car un tel accord aurait une inci­dence directe sur la pro­duc­tion cana­dienne, mais plus encore, pour­rait mener d’autres pays à réduire leurs impor­ta­tions en pro­ve­nance de la nou­velle « super­puis­sance éner­gé­tique ».

En 2002, avant qu’il ne devienne pre­mier ministre, Stephen sol­li­ci­tait des dona­teurs pour une cam­pagne contre l’Accord de Kyoto, « tueur d’emplois et des­truc­teur de l’économie », « un com­plot socia­liste pour sou­ti­rer de l’argent aux nations pro­duc­trices de richesse et para­ly­ser l’industrie du pétrole et du gaz[6]. »

Une fois au pou­voir, le gou­ver­ne­ment Harper a été l’un des lea­ders mon­diaux dans la lutte contre le projet d’accord. Pendant cinq années, les éco­lo­gistes du monde entier ont élu le Canada comme le pays qui fai­sait le plus pour « retar­der, blo­quer et per­tur­ber » les négo­cia­tions visant à réduire les émis­sions de gaz à effet de serre. Au cours de la confé­rence de l’ONU sur le climat à Copenhague en 2009, 400 orga­ni­sa­tions non-gou­ver­ne­men­tales ont déclaré que, de tous les pays indus­tria­li­sés, le Canada est celui qui pré­sente le pire bilan en matière de contrôle des émis­sions, du fait qu’il a « [sys­té­ma­ti­que­ment] refusé d’adopter un cadre régle­men­taire pour réduire les émis­sions, notam­ment dans le sec­teur en crois­sance rapide des sables bitu­mi­neux[7] ».

En décembre 2011, quelques jours après avoir réussi à blo­quer tout plan concret de réduc­tion des émis­sions lors des négo­cia­tions inter­na­tio­nales sur le climat à Durban en Afrique du Sud, le ministre de l’Environnement Peter Kent a annoncé que le Canada se reti­rait du Protocole de Kyoto – deve­nant ainsi le pre­mier et jusqu’à pré­sent le seul pays à répu­dier for­mel­le­ment ce traité mon­dial sur le chan­ge­ment cli­ma­tique. En février, Kent déclara à la Chambre Calgary du Congrès que sortir de Kyoto était « son cadeau de Noël au Canada ».

Construire des pipe­lines

Aujourd’hui, les expor­ta­tions cana­diennes de pétrole sont des­ti­nées à plus de 99 % aux États-Unis, mais il y un doute crois­sant sur la fia­bi­lité des USA comme client. Entre-temps, la pro­duc­tion cana­dienne de pétrole conven­tion­nel décline : entre 1990 et 2005, elle est passée de 1200 à 1050 mil­liers de barils par jour (elle devrait encore dimi­nuer à moins de 600 barils par jour d’ici à 2020). En consé­quence, la crois­sance de la pro­duc­tion pro­vient des sables bitu­mi­neux. Dès lors, les cam­pagnes des éco­lo­gistes amé­ri­cains contre le pétrole sale menacent direc­te­ment les pro­fits pétro­liers du Canada. La déci­sion du gou­ver­ne­ment Obama de retar­der le pipe­line Keystone, qui doit ache­mi­ner le pétrole des sables bitu­mi­neux vers le sud des États-Unis, confirme le malaise des Conservateurs quant au fait de miser sur les mar­chés amé­ri­cains.

Le gou­ver­ne­ment Harper fait acti­ve­ment pres­sion pour que les poli­ti­ciens états-uniens donnent le feu vert à Keystone. Il leur demande de blo­quer les lois qui pour­raient être dis­cri­mi­na­toires à l’égard du pétrole sale du nord. Parallèlement, il cherche des clients moins scru­pu­leux face aux sables bitu­mi­neux. Comme l’a dit Harper à Davos en jan­vier, « assu­rer une capa­cité d’exporter nos pro­duits éner­gé­tiques au-delà des États-Unis et plus par­ti­cu­liè­re­ment vers l’Asie est une prio­rité natio­nale[8] ». Pour cela, le gou­ver­ne­ment Harper mise sur le Northern Gateway, un projet de pipe­line mis de l’avant par l’entreprise Enbridge, pour trans­por­ter le pétrole des sables bitu­mi­neux vers l’océan Pacifique. Ce projet com­porte d’importantes menaces, selon des études réa­li­sées par le Conseil natio­nal de défense des res­sources natu­relles, l’Institut Pembina et la Living Oceans Society :

Le projet de pipe­line Gateway Nord trans­por­te­rait du bitume dilué for­te­ment acide et cor­ro­sif depuis les sables bitu­mi­neux de l’Alberta jusqu’à Kitimat, sur la côte nord de la Colombie-Britannique, à tra­vers 1200 kilo­mètres de pay­sages sau­vages et instables. Le pipe­line des­ser­vi­rait chaque année plus de 220 super­tan­kers emprun­tant les voies mari­times de la côte Nord de la Colombie-Britannique, d’où les navires géants ont été exclus par crainte qu’une marée noire détruise de pré­cieuses res­sources natu­relles côtières[9].

Confrontations

Le tracé pro­posé pour le pipe­line tra­verse les ter­ri­toires des Premières nations, qui n’ont jamais été cédés au Canada ou à la Colombie-Britannique. Ces com­mu­nau­tés sont pra­ti­que­ment una­nimes pour s’opposer au projet, malgré les ten­ta­tives de les sou­doyer avec des pro­messes d’emplois ou d’argent. Signée par soixante-six Premières Nations, la Déclaration pour le sau­ve­tage du Fraser affirme :

Une menace pour le fleuve Fraser et sa source est une menace pour tous ceux qui dépendent de son état de santé. Nous ne per­met­trons pas que notre pois­son, nos ani­maux, nos plantes, notre peuple et notre mode de vie soient mis en danger. Le projet de pipe­line Northern Gateway d’Enbridge et le pro­ces­sus fédé­ral pour l’approuver, violent nos lois, tra­di­tions, valeurs et droits inhé­rents en tant que peuples autoch­tones, recon­nus par le droit inter­na­tio­nal. Nous sommes unis pour exer­cer notre Titre inhé­rent, nos droits, et notre res­pon­sa­bi­lité à l’égard de nous-mêmes, de nos ancêtres, de nos des­cen­dants et des peuples du monde, pour défendre ces terres et les eaux[10].

Devant cette résis­tance, les Conservateurs ont entre­pris une croi­sade contre ce que le Ministre Joe Oliver a qua­li­fié d’« agi­ta­teurs finan­cés par l’étranger ». Une séna­trice conser­va­trice, Nicole Eaton, demande une enquête fédé­rale contre le fait que « des mil­lions de dol­lars fran­chissent les fron­tières cana­diennes sous cou­vert de fon­da­tions de bien­fai­sance pour ali­men­ter les comptes ban­caires d’organismes par­fois fan­tômes[11] ».

Entre-temps, une chasse aux sor­cières est en cours par le gou­ver­ne­ment fédé­ral pour soi-disant contrô­ler les finances des ONG dis­po­sant d’un statut d’organisme de cha­rité et qui selon le gou­ver­ne­ment conser­va­teur, tra­hissent leur mis­sion. En réa­lité selon la loi, les ONG sont auto­ri­sés à dépen­ser 10 % de leur budget pour des acti­vi­tés de plai­doyer et d’éducation, mais par des pra­tiques d’intimidation, le gou­ver­ne­ment conser­va­teur espère forcer des ONG à res­treindre leur tra­vail et sur­tout à cesser de s’opposer aux poli­tiques des­truc­trices de Stephen Harper.

Ces mesures sont d’autant plus ques­tion­nables que les think tanks de droite tels que l’Institut Fraser orga­nisent de puis­santes cam­pagnes de dés­in­for­ma­tion avec des moyens finan­ciers pro­ve­nant des entre­prises pétro­lières et des mil­liar­daires états-uniens de droite tels Charles et David Koch. L’interférence de ces puis­sances finan­cières états-uniennes dans le débat est bien sûr liée au fait que plus de 70 % de la pro­duc­tion des sables bitu­mi­neux est aux mains de socié­tés et d’individus basés dans d’autres pays[12].

Pour ne pas conclure

Pour les conser­va­teurs, la vraie ques­tion n’est pas et n’a jamais été de s’opposer à la mani­pu­la­tion des affaires inté­rieures du Canada par des inté­rêts étran­gers, mais de pro­té­ger les pro­fits de l’industrie pétro­lière et de punir les cri­tiques de l’industrie. La poli­tique de Harper visant à faire du Canada une « super­puis­sance éner­gé­tique » est intrin­sè­que­ment anti-envi­ron­ne­men­tale. Selon James Hansen, « nous sommes confron­tés à la néces­sité de réa­li­ser des réduc­tions rapides des émis­sions mon­diales de com­bus­tibles fos­siles et de sup­pri­mer pro­gres­si­ve­ment presque toute émis­sion par les com­bus­tibles fos­siles, d’ici le milieu du siècle[13] ». Au lieu de contri­buer à ce pro­ces­sus, le gou­ver­ne­ment Harper pro­meut acti­ve­ment la pro­duc­tion accrue de com­bus­tibles fos­siles. Et pas n’importe quel com­bus­tible fos­sile – le plus sale de tous les pétroles, un pro­duit dont l’impact sur le climat et l’environnement en géné­ral est beau­coup plus dom­ma­geable que celui du pétrole conven­tion­nel.

Contrairement aux vœux pieux de l’opposition néo-démo­crate, libé­rale et verte, il n’y a pas moyen de rendre l’exploitation des sables bitu­mi­neux « sou­te­nables ». Des cen­taines de kilo­mètres carrés de forêt et de fon­drières de mousse dans le nord de l’Alberta ont déjà subi des dom­mages irré­pa­rables : aucun pro­gramme de res­tau­ra­tion ne pourra remettre ces éco­sys­tèmes dans leur état ori­gi­nal ou dans un état appro­chant. Même si le pro­ces­sus d’extraction et de pro­duc­tion pou­vait être rendu un peu plus propre, aucun niveau de pro­duc­tion pétro­lière ne pour­rait être consi­déré comme sûr vu que la concen­tra­tion atmo­sphé­rique en CO2 est proche (et peut-être déjà au-delà) du seuil à partir duquel un chan­ge­ment cli­ma­tique catas­tro­phique devient inévi­table. La volonté de Harper de dou­bler la pro­duc­tion d’ici à 2020 est tout à fait irres­pon­sable, un crime contre la pla­nète et l’humanité.

Un gou­ver­ne­ment vrai­ment pré­oc­cupé de l’avenir de l’humanité ces­se­rait toute expan­sion des sables bitu­mi­neux immé­dia­te­ment et pla­ni­fie­rait rapi­de­ment la fin de la pro­duc­tion actuelle, tout en four­nis­sant des emplois ou des reve­nus équi­va­lents à tous les tra­vailleurs dépla­cés. Mais les popu­la­tions ne sont pas prio­ri­taires pour le gou­ver­ne­ment Harper. Terres rui­nées, rivières empoi­son­nées, chan­ge­ment cli­ma­tique incon­trô­lable – pour lui, ces dom­mages col­la­té­raux sont un petit prix à payer pour maxi­mi­ser les pro­fits de l’industrie pétro­lière au 21e siècle.

Ian Angus est rédac­teur en chef de la revue éco­so­cia­liste en ligne Climate and Capitalism. Il est co-auteur, avec Simon Butler, de Too Many People ? Population, Immigration, and the Environmental (Haymarket Books, 2011).

[1] Discours du pre­mier ministre à la Chambre cana­dienne de com­merce, 14 juillet 2006.

http://​pm​.gc​.ca/​e​n​g​/​m​e​d​i​a​.​a​s​p​?​c​a​t​e​g​o​r​y​=​2​&​p​a​g​e​I​d​=​4​6​&​i​d​=1247
.

[2] « Game Over for the Climate », New York Times, May 9, 2012.

http://​www​.nytimes​.com/​2​0​1​2​/​0​5​/​1​0​/​o​p​i​n​i​o​n​/​g​a​m​e​-​o​v​e​r​-​f​o​r​-​t​h​e​-​c​l​i​m​a​t​e​.​h​t​m​l​?_r=1
.

[3] Intervention de Stephen Harper au Forum éco­no­mique mon­dial de Davos, en Suisse, 26 jan­vier 2012.

http://​www​.pm​.gc​.ca/​e​n​g​/​m​e​d​i​a​.​a​s​p​?​c​a​t​e​g​o​r​y​=​2​&​p​a​g​e​I​d​=​4​6​&​i​d​=4606

[4] Les Conservateurs accu­sés d’être un des gou­ver­ne­ments les plus anti-envi­ron­ne­men­taux du monde.
http://​oka​na​gan​shus​wap​.libe​ral​.ca/​m​u​s​t​-​r​e​a​d​s​/​t​o​r​i​e​s​-​a​c​cused…

[5] Lettre ouverte au monde concer­nant la des­truc­tion envi­ron­ne­men­tale par le gou­ver­ne­ment cana­dien.
http://​uncloa​ked​.word​press​.com/​2​0​1​2​/​0​5​/​1​8​/​a​n​-​o​p​e​n​-​l​etter…

[6] Harper dénonce le com­plot socia­liste.
http://​www​.cbc​.ca/​n​e​w​s​/​c​a​n​a​d​a​/​s​t​o​r​y​/​2​0​0​7​/​0​1/30/…

[7] Le Canada gagne le prix fos­sile de Copenhague. http://​www​.straight​.com/​n​e​w​s​/​c​a​n​a​d​a​-​t​a​k​e​s​-​f​o​s​s​i​l​-​award…

[8] Stephen Harper, inter­ven­tion au Forum éco­no­mique mon­dial de Davos en Suisse, 26 jan­vier 2012. http://​www​.pm​.gc​.ca/​e​n​g​/​m​e​d​i​a​.​a​s​p​?​c​a​t​e​g​o​r​y​=​2​&​p​a​g​e​I​d​=​4​6​&​i​d​=4606

[9] Rapport sur les dan­gers du projet de pipe­line en Colombie bri­tan­nique.
http://​www​.nrdc​.org/​m​e​d​i​a​/​2​0​1​1​/​1​1​1​1​2​9.asp

[10] Déclaration pour sauver le fleuve Fraser.
http://​yin​ka​dene​.ca/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​r​e​s​o​u​r​c​e​s​/​s​a​v​e​_​t​h​e​_​f​raser…

[11] Sur l’implication des fon­da­tions étran­gères au Canada.
http://​parl​.gc​.ca/​C​o​n​t​e​n​t​/​S​e​n​/​C​h​a​m​b​e​r​/​4​1​1​/​D​e​b​a​t​e​s​/​0​5​4​d​b​_​2​0​1​2​-​0​2​-​2​8​-​e​.​h​tm#70

[12] Bloomberg révèle que 71 % de a pro­duc­tion des sables bitu­mi­neux appar­tient a des inté­rêts étran­gers.
http://​www​.fores​te​thics​.org/​n​e​w​s​/​d​a​t​a​-​b​l​o​o​mberg…

[13] James Hansen, Storms of my Grandchildren, Bloomsbury, 2009, p. 184.

Nouveaux Cahiers du Socialisme, n° 9, hiver 2013.

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