Fractionnement des revenus familiaux

Une proposition conservatrice pour inciter les femmes à rester à la maison

Par Mis en ligne le 30 mars 2011

Montréal, le 29 mars 2011 – La Fédération des femmes du Québec (FFQ), le Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au tra­vail (CIAFT), la Fédération des asso­cia­tions de familles mono­pa­ren­tales et recom­po­sées du Québec (FAFMRQ) ainsi que le Mouvement RebELLEs réagissent for­te­ment à l’annonce conser­va­trice de mise sur pied de mesures per­met­tant aux familles de frac­tion­ner leurs reve­nus aux fins des cal­culs d’impôt. « Cette mesure aura pour effet de décou­ra­ger le tra­vail rému­néré des femmes et de ren­for­cer leur dépen­dance à l’endroit de leur conjoint » de dénon­cer Alexa Conradi, pré­si­dente de la FFQ. « En l’absence d’un sys­tème acces­sible et de qua­lité de ser­vices de garde au Canada, de nom­breuses femmes vont se sentir obli­gées d’abandonner leur par­ti­ci­pa­tion au marché du tra­vail au profit des baisses d’impôts pro­mises par le frac­tion­ne­ment des reve­nus » s’est indi­gnée Ruth Rose, pré­si­dente du CIAFT. Par ailleurs, il s’agit d’une autre réduc­tion d’impôt pour les familles aisées, qui prive l’État cana­dien de moyens pour inves­tir dans un pro­gramme natio­nal de ser­vices de garde au béné­fice de l’ensemble des enfants.

Prenons l’exemple d’un couple où le conjoint gagne 40 000$ par année et où la conjointe tra­vaille à temps par­tiel pour un revenu annuel de 15 000$. Avec deux enfants dans un ser­vice de garde hors Québec, un couple peut aisé­ment y consa­crer 12 000$ par année. Avec la réduc­tion d’impôt pro­mise par le PCC, le couple pour­rait conclure que la conjointe devrait cesser de tra­vailler afin de dépen­ser moins en ser­vices de garde et, comme le revenu fami­lial serait divisé par deux (20 000$ chaque), de béné­fi­cier d’un retour d’impôt supplémentaire.

Cela fait en sorte que la conjointe devient ainsi éco­no­mi­que­ment dépen­dante de son conjoint. En se reti­rant du marché du tra­vail, elle se pri­vera d’un revenu auto­nome et de la pos­si­bi­lité de gravir les éche­lons et d’obtenir un poste plus payant. Nous savons qu’il est dif­fi­cile pour une femme de réin­té­grer le marché du tra­vail après plu­sieurs années d’absence, car on peine à recon­naître les com­pé­tences des femmes ayant consa­cré leur temps au tra­vail à la maison. Par ailleurs, en ne contri­buant plus au régime public de retraite, ces femmes risquent d’être plus pauvres à la retraite. En somme, cette mesure va à l’encontre de l’objectif de favo­ri­ser l’autonomie éco­no­mique des femmes, une condi­tion essen­tielle pour atteindre l’égalité qui est au cœur de la lutte fémi­niste depuis plus de 40 ans.

« Les femmes ayant passé peu de temps sur le marché du tra­vail notam­ment en raison de mesures comme celle pro­po­sée par le PCC, sont par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables à la pau­vreté lors d’une sépa­ra­tion. N’oublions pas que bon nombre de couples finissent par se sépa­rer, » s’inquiète Sylvie Lévesque, coor­don­na­trice de la FAFMRQ. « Cette mesure ne ferait que faire miroi­ter aux femmes une meilleure conci­lia­tion tra­vail-famille, mais il n’en est rien, » de dénon­cer Barbara Legault, coor­don­na­trice Mouvement RebELLEs, un réseau pan-cana­dien de jeunes fémi­nistes « Alors que nous nageons en plein baby-boom, ce sont des cen­taines de mil­liers de jeunes femmes avec enfants qui seront péna­li­sées et qui s’appauvriront davan­tage avec cette mesure », ajoute-t-elle.

Si le Parti conser­va­teur veut aider les familles, il devrait finan­cer les pro­vinces et ter­ri­toires qui s’engagent à bâtir un sys­tème uni­ver­sel­le­ment acces­sible de ser­vices de garde publics, sans but lucra­tif et de qua­lité, avec com­pen­sa­tion rai­son­nable pour le Québec.

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Pour infor­ma­tion : Fédération des femmes du Québec : 514-876-0166, poste 1501 ; cel­lu­laire 514-717-4847 ; www​.ffq​.qc​.ca.

Source : Fédération des femmes du Québec (FFQ), le Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au tra­vail (CIAFT), la Fédération des asso­cia­tions de familles mono­pa­ren­tales et recom­po­sées du Québec (FAFMRQ) et le Mouvement RebELLEs.

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