Une liberté nommée Mandela

Par , Mis en ligne le 08 décembre 2013

Un parc en face du métro Plamondon porte son nom. Nelson Mandela. C’est un parc à la gloire de la liberté, bien nommée Mandela. Madiba.

À Soweto, dans tout l’Afrique du sud, on danse depuis hier pour Madiba. Parce que Mandela n’est pas mort, il est vivant. À Jamais. Et aujourd’hui plus que jamais.

Comme tant d’ « ancêtres de l’avenir », pour reprendre les mots d’Aziz Salmon Fall, un ex-coor­don­na­teur du mou­ve­ment anti-apar­theid dans les années 80, comme tant d’ « ancêtres de l’avenir » assas­si­nés ou morts autre­ment, il sera parmi nous, à jamais vivant. Madiba a sacri­fié sa liberté pour la liberté de son peuple. Et tant de gens ont lutté pour la liberté de Mandela. Et bien Mandela est vivant parce que la liberté ne meurt jamais.

Et puisqu’on parle de ceux qui ont œuvré pour la libé­ra­tion de Mandela et ainsi accé­léré et faci­lité la lutte du peuple Sud-afri­cain pour son éman­ci­pa­tion poli­tique, on ne peut oublier le rôle déter­mi­nant du petit gars de Baie-Comeau, Brian Mulroney. Celui qui a su se hisser à la hau­teur d’un grand homme de sta­ture inter­na­tio­nale, et conduire le Canada à jouer le rôle le plus déter­mi­nant que le Canada n’ait jamais joué sur la scène mon­diale. En effet c’est un Québécois, c’est Monsieur Mulroney, qui a réussi à manœu­vrer pour forcer la Grande-Bretagne et les États-Unis à se ranger du côté de la jus­tice et du désir de chan­ge­ment des peuples. Et on connaît la suite. Merci Monsieur Mulroney !

Et on connaît la recon­nais­sance de Mandela envers Mulroney. Tant est si bien qu’il a visité le Québec. Il a visité Montréal en 1990 peu de temps après sa libé­ra­tion. Parce que des mili­tants anti-apar­theid d’ici comme Aziz Fall et Pierre Beaudet et tant d’autres femmes et hommes du Québec dont le cœur a battu au rythme de la marche de l’Afrique du sud vers sa libé­ra­tion, avaient réussi à convaincre l’administration de Jean Doré de décla­rer Montréal ville anti-apar­theid et à bannir les rela­tions com­mer­ciales avec les four­nis­seurs sud-afri­cains. Et nommer le parc à la sortie du métro Plamondon.

Ceux qui ont planté un érable en l’honneur de Madiba et des résis­tants dans le Parc Mandela auraient tant de choses à dire aujourd’hui pour hono­rer avec le libéré et le libé­ra­teur. Sur la for­ma­tion du réseau contre l’apartheid dans le monde, au Canada et au Québec. Pour dire com­ment, après le sommet du Commonwealth de Nassau, des hommes de prin­cipe, les Conservateurs Joe Clark et Brian Mulroney – Merci ! M.Clarck – ont été convain­cus par ce réseau d’adopter la pla­te­forme contre l’apartheid qui fera leur renom­mée et l’adoption des sanc­tions qui ont fait plier la supré­ma­tie blanche. Un régime qui garan­tis­sait les pri­vi­lèges inouïs d’une mino­rité appuyé par les sec­teurs d’affaires notam­ment de l’industrie minière.

Madiba, ce jeune prince de l’aristocratie Xhosa a pris conscience de l’humiliation de son peuple par la dis­cri­mi­na­tion raciale et par l’injustice éco­no­mique infli­gée par ce sys­tème. Avocat, résis­tant, révo­lu­tion­naire, il forge sa conscience poli­tique, résiste contre l’apartheid d’abord par la déso­béis­sance civile. Mais la vio­lence de la répres­sion l’entraîne à orga­ni­ser avec l’ANC la lutte armée d’autodéfense, impo­sée par le régime d’apartheid. Cela le mènera à subir 27 ans de prison.

Aujourd’hui, comme lui, son peuple a fait tomber les bar­reaux de la prison poli­tique de l’apartheid. Le combat du peuple Sud-Africain fut si glo­rieux, et la force, les qua­li­tés, le cha­risme de son leader, si pro­di­gieux qu’aujourd’hui tout le monde se réclame de Mandela. Mandela, un des plus grands per­son­nages du ving­tième siècle, sinon le plus grand, mérite très cer­tai­ne­ment cette recon­nais­sance.

Mais ceux qui seraient tentés de le récu­pé­rer trop abu­si­ve­ment, ne doivent pas oublier que Mandela, un ami loyal du Yasser Arafat, a regretté jusqu’à la fin de sa vie que le peuple pales­ti­nien ne jouisse pas encore du même appui et de la même recon­nais­sance que le peuple Sud-Africain que nous avons tous sou­tenu pour de nobles rai­sons et prin­cipes, pour recon­naître la dou­leur et la dis­cri­mi­na­tion subie par le peuple pales­ti­nien.

Je vous ai cité Aziz Fall. Je vou­drai ter­mi­ner en citant un autre des ex-coor­don­na­teur du mou­ve­ment anti-apar­theid au Québec, Pierre Beaudet :

« Il n’y aura pas d’autres Mandela… Il s’est tenu droit. Il a dit non à la capi­tu­la­tion et au racisme, et en même temps, il a dit oui à l’unité et à la démo­cra­tie. Il n’a pas tout réussi, mais… dans cette Afrique du Sud encore meur­trie, la flamme de la résis­tance brille tou­jours. De nou­veau contin­gents de jeunes s’organisent contre le néo-apar­theid », l’injustice éco­no­mique qui mar­gi­na­lise la grande majo­rité des Noirs.

Mandela, tu dan­sais pour célé­brer la liberté. Mandela, nous dan­se­rons dans nos cœurs et de tout notre corps, pour célé­brer ton nom, syno­nyme de liberté.

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