La "guerre juste" d’Obama et du "faucon" Hillary Clinton

Une imposture criminelle

Par Mis en ligne le 23 mars 2011
Même une lec­ture rapide de la réso­lu­tion 1973 du 17 mars, avec laquelle a été déci­dée la « no-fly zone » contre la Libye, suffit pour trou­ver une vio­la­tion gra­vis­sime de la Charte des Nations Unies, outre celle du droit inter­na­tio­nal géné­ral.

Le vent de révolte qui souffle sur les pays du Maghreb et du Mashrek, de la Tunisie à la Libye, à l’Egypte, au Yémen et au Bahrein, n’annonce pas un nou­veau prin­temps des popu­la­tions arabo-musul­manes. La liberté, la démo­cra­tie, la jus­tice, un mini­mum de bien-être sont un rêve encore très loin­tain. Leurs enne­mis sont puis­sants. La guerre qu’ont déclen­chée, avant-hier, les alliés euro­péens, France et Grande-Bretagne avec les Etats-Unis contre la Libye, est la preuve de leur volonté de mettre sous leur contrôle l’aire médi­ter­ra­néenne, tout le Golfe et, en pers­pec­tive, l’Afrique.

L’exaltation des droits humains, la garan­tie de la sécu­rité et de la paix sont pure rhé­to­rique, une énième san­gui­naire impos­ture après les agres­sions tra­giques contre l’Irak et l’Afghanistan, et après les mas­sacres que l’Etat d’Israël -allié très étroit des USA- a accom­pli et conti­nue d’accomplir contre le peuple pales­ti­nien.

Les Etats-Unis, cette fois dans une confu­sion ouverte avec leurs alliés et pro­ba­ble­ment à l’intérieur de leur propre admi­nis­tra­tion, essaient à grand peine de cacher leur voca­tion néo-colo­niale et néo-impé­riale sous l’habit de l’énième huma­ni­ta­rian inter­ven­tion. La vio­la­tion désin­volte de la Charte des Nations Unies et l’utilisation oppor­tu­niste du Conseil de sécu­rité des Nations Unies font la preuve, à la fin, de leur irré­pres­sible volonté de puis­sance. Se répète à la lettre le modèle de l’agression cri­mi­nelle de l’OTAN contre la Serbie de 1999, voulue par le pré­sident Clinton pour la « libé­ra­tion » du Kosovo. Il s’est agi là d’une inter­ven­tion « huma­ni­taire » qui a mas­sa­cré, du ciel, des mil­liers de per­sonnes inno­centes. Même une lec­ture rapide de la réso­lu­tion 1973 du 17 mars, avec laquelle a été déci­dée la « no-fly zone » contre la Libye, suffit pour trou­ver une vio­la­tion gra­vis­sime de la Charte des Nations Unies, outre celle du droit inter­na­tio­nal géné­ral. La vio­la­tion de la Charte est évi­dente si l’on pense que le comma 7 de l’article 2 sti­pule que « aucune dis­po­si­tion du pré­sent Statut n’autorise les Nations Unies à inter­ve­nir dans des ques­tions qui appar­tiennent à la com­pé­tence interne d’un Etat ». Il est donc indis­cu­table que la « guerre civile » de com­pé­tence interne à la Libye n’est pas un évé­ne­ment dont puisse s’occuper mili­tai­re­ment le Conseil de sécu­rité.

En plus de cela, l’article 39 de la Charte des Nations Unies pré­voit que le Conseil de sécu­rité peut auto­ri­ser l’usage de la force mili­taire seule­ment après avoir asserté l’existence d’une menace inter­na­tio­nale de la paix, d’une vio­la­tion de la paix ou d’un acte d’agression (de la part d’un Etat contre un autre Etat). C’est donc ici une seconde et abso­lue raison qui rend cri­mi­nel le mas­sacre de per­sonnes inno­centes que les volon­ta­ristes alliés euro­péens et les Etats-Unis s’apprêtent à faire en Libye. Et couvre de honte le gou­ver­ne­ment ita­lien engagé avec ses bases et ses avions mili­taires à contri­buer à répandre le sang d’un peuple dont il se décla­rait empha­ti­que­ment ami jusqu’à ces der­nières semaines. Cela n’a non plus aucun sens de se servir – comme le fait à plu­sieurs reprises la réso­lu­tion 1973 du Conseil de sécu­rité – de la dite « res­pon­sa­bi­lité de pro­té­ger » (Responsibility to pro­tect). Il s’agit de la très contes­tée réso­lu­tion 1674 du 28 avril 2006 du Conseil de sécu­rité. En cas de vio­la­tion grave asser­tée des droits humains de la part d’un Etat, le Conseil de sécu­rité -sou­tient-on- peut décla­rer qu’il s’agit d’une menace de la paix et de la sécu­rité inter­na­tio­nale. Et peut ainsi adop­ter toutes les mesures mili­taires qu’il juge oppor­tunes. Point n’est besoin de dépen­ser de nom­breuses paroles pour argu­men­ter que le Conseil de sécu­rité n’est pas com­pé­tent pour émaner de nou­velles normes de droit inter­na­tio­nal. Et il est aussi évident que la « guerre civile » interne à la Libye ne repré­sen­tait pas et ne repré­sente tou­jours pas une menace de la paix et de la sécu­rité inter­na­tio­nale, comme du reste bien cinq membres du Conseil de sécu­rité (Allemagne, Russie, Inde, Chine et Brésil) l’ont impli­ci­te­ment sou­tenu en refu­sant de voter en faveur de la réso­lu­tion. De plus, ceux-ci ont déploré l’agression que France, Angleterre et Etats-Unis ont déclen­chée contre la popu­la­tion libyenne au nom de la vigi­lance sur les droits humains.Tout comme la Ligue arabe a sou­tenu que, de toutes façons, son objec­tif est de « sauver les civils pas d’en tuer d’autres ». Il est désor­mais évident que d’autres voies pou­vaient être prises pour la recherche d’une média­tion et pour une solu­tion du conflit.

Jusqu’il y a peu de temps nous étions convain­cus que les Etats-Unis avaient changé de visage grâce au nou­veau pré­sident Barack Obama. Mais nous sommes à pré­sent cer­tains que le visage ne suffit pas et qu’il peut même servir de masque, comme le montrent la conti­nuité de la guerre en Afghanistan, le silence consen­tant sur le désastre du peuple pales­ti­nien, le fer­me­ture man­quée – autant que pro­mise- de Guantanamo. A propos de droits humains.

Rien n’a changé dans la stra­té­gie hégé­mo­nique des Etats-Unis et cela aura des consé­quences très graves jus­te­ment à l’égard du peuple libyen qu’on fait sem­blant de vou­loir sauver de la vio­lence d’un dic­ta­teur. Il est facile de pré­voir que la guerre ne ces­sera pas tant que Kadhafi ne sera pas fait pri­son­nier ou tué (tout comme le leader ira­kien Saddam Hussein fût pendu par la volonté du pré­sident des Etats-Unis George W. Bush). Et il est tout aussi facile de pré­voir que, la guerre finie, les Etats-Unis exer­ce­ront leur pou­voir pour se garan­tir le contrôle de la Libye -ou de la Cyrénaïque « Etat », comme ils contrôlent aujourd’hui mili­tai­re­ment et stra­té­gi­que­ment le Kosovo- pour en exploi­ter les très riches res­sources éner­gé­tiques, comme cela s’est pro­duit en Irak.

C’est, et ce sera, la « guerre juste » de la Méditerranée de Barack Obama et du « faucon » Hillary Clinton.

Danilo Zolo est pro­fes­seur de phi­lo­so­phie du droit inter­na­tio­nal à l’Université de Florence et direc­teur du Jura Gentium Journal, Rivista di filo­so­fia del diritto inter­na­zio­nale e della poli­tica glo­bale

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Edition de mardi 22 mars 2011 de il mani­festo

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Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

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