Une crise sans fond

Par Mis en ligne le 29 juillet 2011

Au moment de la rédac­tion de cet article, deux crises majeures ébranlent le capi­ta­lisme et font plon­ger les Bourses : crise de la dette sou­ve­raine en Europe, sus­pense sur le pla­fond de la dette aux Etats-Unis. Il est pro­bable que les gou­ver­ne­ments concer­nés arri­ve­ront à récu­pé­rer le coup, juste au bord du gouffre. Mais, trois ans après l’éclatement de la crise, ces ten­sions extrêmes montrent qu’elle est loin d’être ter­mi­née et que sa fac­ture, après avoir été trans­mise aux bud­gets publics, est aujourd’hui pré­sen­tée aux peuples. Le propos de cet article est de faire le point sur la tra­jec­toire récente du capi­ta­lisme et d’en exa­mi­ner ses impli­ca­tions sur la période ouverte par la crise.

Et pendant ce temps, le taux de profit…

Tout semble pour­tant aller mieux, si l’on prend le profit comme baro­mètre du capi­ta­lisme. Le taux de marge, autre­ment dit la part des pro­fits dans la valeur ajou­tée, se redresse. Aux Etats-Unis, où il avait plongé plus tôt [1], il a presque retrouvé aujourd’hui son niveau d’avant la crise. Dans la zone euro, la chute a été plus tar­dive, et le rat­tra­page est moins rapide : le taux de marge se retrouve à son niveau d’il y a dix ans, et l’augmentation sur la der­nière décen­nie est donc perdue, au moins pour l’instant (gra­phique 1). Mais les pro­fits sont orien­tés à la hausse.

C’est d’ailleurs l’un des traits les plus frap­pants de la conjonc­ture : alors que l’austérité se déploie, que le chô­mage reste élevé et que les salaires sont gelés voire bais­sés, la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion des grands groupes et des banques a été de recom­men­cer à dis­tri­buer divi­dendes et bonus.

Cependant la crois­sance livre des indi­ca­tions assez dif­fé­rentes. Or, il faut s’y faire : la crois­sance du PIB est aussi un indi­ca­teur utile quand il s’agit d’apprécier la bonne santé du capi­ta­lisme (le bien-être étant tout autre chose). Même si en fin de compte, c’est le taux de profit qui est le vrai cri­tère, son réta­blis­se­ment après la crise peut dif­fi­ci­le­ment être pro­longé si les débou­chés ne sont pas au rendez-vous. De ce point de vue, la grande ques­tion était de savoir si le creux de la réces­sion allait être effacé. On pou­vait a priori ima­gi­ner trois scé­na­rios : rat­tra­page de la ten­dance anté­rieure à la crise, perte durable ou même perte croissante.

Les der­nières don­nées dis­po­nibles montrent que de nom­breux pays se trouvent dans le cas de figure d’une perte durable [2]. Au pre­mier tri­mestre de 2011, cer­tains n’ont pas encore rat­trapé le niveau atteint par le PIB avant la crise : c’est le cas du Japon, du Royaume-Uni, de l’Espagne et de l’Italie. Les Etats-Unis, l’Allemagne et la Suède viennent juste de le faire, et la France n’en est pas loin. Mais retrou­ver le niveau de PIB d’avant la crise ne signi­fie pas que la perte sera effa­cée. Cette grille de lec­ture de la conjonc­ture permet d’en rele­ver les grandes tendances.

L’Europe éclate. Si la France, la Suède et l’Allemagne ont effacé le creux, ce n’est pas le cas de nom­breux autres pays : Espagne, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Portugal, Royaume-Uni, qui ont dura­ble­ment décro­ché ou peinent à redémarrer.

Les vieux pays capi­ta­listes sont à la traîne. Les Etats-Unis ont, pour l’instant, retrouvé leur rythme de crois­sance anté­rieur à la crise. L’Union euro­péenne, prise dans son ensemble, y réus­sit plus dif­fi­ci­le­ment et n’a pas comblé le trou. Enfin, le Japon en est loin, et son PIB repart à la baisse après la catas­trophe nucléaire. En revanche, la crois­sance des deux grands pays émer­gents (Chine et Inde) conti­nue sur sa lancée, et la crise ne les a pra­ti­que­ment pas affec­tés. D’autres (Brésil, Corée, Russie) ont subi un décro­chage plus marqué.

Le chô­mage s’incruste. Les Etats-Unis et l’Europe pré­sentent le même profil. La crois­sance repart, mais le taux de chô­mage ne redes­cend pas la marche d’escalier que la crise lui a fait fran­chir (gra­phique 2).

La fac­ture reste à payer. La perte de crois­sance semble donc irré­mé­diable. Cela veut dire que, même si les éco­no­mies états-uniennes et euro­péennes retrou­vaient leur rythme de croi­sière anté­rieur, le « manque à gagner » ne serait pas récu­péré. On peut en éva­luer le mon­tant, comme l’écart entre le PIB observé et celui qu’on aurait obtenu en pro­lon­geant sa ten­dance d’avant-crise. L’écart ainsi mesuré res­sort à 8 % pour la zone euro, et à 6 % pour les Etats-Unis. Le PIB des Etats-Unis est de l’ordre de 15000 mil­liards de dol­lars et celui de la zone euro de 9400 mil­liards d’euros (envi­ron 12000 mil­liards de dol­lars). Bref, dans les deux cas, le manque à gagner est de l’ordre de 900 mil­liards de dol­lars (750 mil­liards d’euros).

Cette perte de PIB se retrouve sous forme d’accroissement de la dette publique. Dans la zone euro, celle-ci a aug­menté de 980 mil­liards d’euros entre 2008 et 2010. Sur la même période, elle a aug­menté encore plus for­te­ment aux Etats-Unis, de 3200 mil­liards de dollars.

Le récit sim­pli­fié est fina­le­ment le sui­vant : la « perte de PIB » ris­quait d’entraîner l’effondrement de la mon­tagne d’endettement. Pour limi­ter les dégâts, les Etats ont pris à leur charge ce manque à gagner. Leur pro­blème est main­te­nant de savoir com­ment gérer cette dette, en cher­chant évi­dem­ment à trans­mettre la fac­ture à l’immense majo­rité de leurs citoyens. Mais ce projet se heurte à des obs­tacles de toutes sortes, et cette situa­tion incer­taine va peser dura­ble­ment en ren­dant encore plus impro­bable le retour à la crois­sance d’antan. Si rien n’est fait pour dénon­cer les dettes, leur amon­cel­le­ment risque de mettre autant de temps à se résor­ber qu’il en a mis à se consti­tuer. Et la crois­sance sera bridée, dans la même pro­por­tion où elle avait été arti­fi­ciel­le­ment dopée avant la crise. Mais il y a des rai­sons plus fon­da­men­tales pour faire l’hypothèse d’une crois­sance dura­ble­ment réduite dans les deux grands pôles de l’économie capi­ta­liste : le modèle US ne peut plus fonc­tion­ner comme avant, et la zone euro est plon­gée dans une crise struc­tu­relle durable.

Les limites du modèle US

Toute la logique du modèle US est résu­mée dans le gra­phique 3 ci-des­sous, qui permet de com­prendre pour­quoi ce modèle vient buter sur ses limites. Ce gra­phique com­pare deux courbes. La pre­mière est le taux d’épargne des ménages (en pour­cen­tage de leur revenu dis­po­nible) : il a baissé ten­dan­ciel­le­ment depuis le début des années 1980, jusqu’à l’éclatement de la crise. Cela veut dire que, durant toute cette période (un quart de siècle), les ménages (en moyenne) ont consommé une partie crois­sante de leur revenu.

Cette évo­lu­tion très mar­quée n’a pas vrai­ment d’équivalent ailleurs qu’aux Etats-Unis. Elle recou­vrait deux méca­nismes que les dif­fé­rentes caté­go­ries sociales uti­li­saient dans des pro­por­tions dif­fé­rentes. Le pre­mier est l’effet richesse : puisque mon patri­moine finan­cier ou immo­bi­lier prend de la valeur, j’ai moins besoin d’épargner, et je peux donc consom­mer plus en pro­por­tion de mon revenu. Le second est le sur­en­det­te­ment : mon revenu stagne, mais je m’endette pour pou­voir conti­nuer à consom­mer. Et cer­tains ménages riches pou­vaient d’ailleurs s’endetter pour jouer en Bourse ! Ce phé­no­mène a contri­bué de manière impor­tante à la crois­sance du PIB, tirée par ce sur­croît de consom­ma­tion [3]. Mais n’importe quel pays n’aurait pu adop­ter un tel modèle. Il conduit en effet à une dégra­da­tion du solde com­mer­cial, et c’est la deuxième courbe.

Poussée par la consom­ma­tion des ménages, la demande inté­rieure tend à aug­men­ter plus vite que la pro­duc­tion natio­nale, et la dif­fé­rence est cou­verte par un sur­croît d’importations qui creuse le défi­cit com­mer­cial. C’est seule­ment dans la mesure où le finan­ce­ment de ce défi­cit pou­vait être imposé au reste du monde, que ce modèle pou­vait fonc­tion­ner. Voilà pour­quoi les deux courbes du gra­phique ci-dessus (taux d’épargne et solde com­mer­cial) sont en phase sur toute la période 1980-2006.

Cette cor­ré­la­tion n’est pas le fait du hasard, mais résulte d’une éga­lité comp­table essen­tielle, que l’on pour­rait appe­ler la « règle d’équilibre des soldes » [4] qui s’écrit ainsi : Epargne privée + Solde bud­gé­taire = Solde commercial.

L’épargne privée repré­sente le cumul de l’épargne des entre­prises et de celle des ménages. La pre­mière est en géné­ral néga­tive (les entre­prises s’endettent) et la seconde posi­tive (glo­ba­le­ment les ménages épargnent plus qu’ils ne s’endettent) mais la somme des deux peut être posi­tive ou néga­tive. Quant au solde bud­gé­taire, il est géné­ra­le­ment défi­ci­taire. L’équation exprime le fait que le solde com­mer­cial est égal à la somme de l’épargne privée et du solde bud­gé­taire. S’il est néga­tif, cela signi­fie que des entrées de capi­taux assurent l’équilibre de la balance des paie­ments. Autrement dit, c’est l’épargne du reste du monde qui vient cou­vrir le besoin d’épargne du pays consi­déré. En cas d’excédent com­mer­cial, c’est le contraire : le pays (Etat + ménages + entre­prises) dis­pose d’une épargne excé­den­taire qu’il peut donc expor­ter sous forme de sor­ties de capi­taux, contre­par­tie de son excé­dent commercial.

La baisse du taux d’épargne des ménages aux Etats-Unis s’accompagne donc natu­rel­le­ment d’une aug­men­ta­tion du solde com­mer­cial. Les autres élé­ments à prendre en consi­dé­ra­tion (endet­te­ment des entre­prises et défi­cit bud­gé­taire) jouent un rôle rela­ti­ve­ment secon­daire. Mais on peut aussi en retrou­ver la trace sur le gra­phique 3. Durant la décen­nie 90, on voit que le taux d’épargne des ménages pour­suit sa baisse, mais que le défi­cit com­mer­cial tend à se sta­bi­li­ser. La raison en est simple : au cours de cette période, le solde bud­gé­taire s’est consi­dé­ra­ble­ment amé­lioré. Il est passé d’un défi­cit de -5 % du PIB en 1992 à un excé­dent de 2,6 % en 2000, avant de plon­ger à nou­veau avec l’éclatement de la bulle Internet, les cadeaux fis­caux de Bush et les dépenses mili­taires. Avec la crise et les plans de relance, il s’enfonce dans l’abîme, puisque le défi­cit bud­gé­taire est aujourd’hui de l’ordre de 10 % du PIB.

La rela­tion comp­table uti­li­sée est tou­jours véri­fiée, mais cela ne dit rien sur les moda­li­tés de sa réa­li­sa­tion. Il n’y a pas un fac­teur auquel les autres s’ajusteraient : chacun rétro­agit avec les autres. Mais le plus impor­tant est que l’ajustement n’est pas com­pa­tible avec n’importe quel taux de crois­sance. Dans le cas des Etats-Unis, la réa­li­sa­tion de cet équi­libre ne peut se faire qu’à un taux de crois­sance infé­rieur à son niveau d’avant la crise.

On peut pour­tant repé­rer (tou­jours sur le gra­phique 3) l’amorce d’un cercle ver­tueux sur la période récente. Après l’entrée en crise, le taux d’épargne des ménages a en effet cessé de bais­ser ; il a même gagné 4 points de PIB. L’effet sur le solde com­mer­cial a été immé­diat et pra­ti­que­ment du même ordre. C’est à pre­mière vue une bonne chose, puisque cela implique un moindre recours de l’économie des Etats-Unis aux capi­taux étran­gers. Mais la contra­dic­tion est alors la sui­vante : puisque la baisse du taux d’épargne a été l’un des moteurs de la crois­sance aux Etats-Unis, le fait qu’il aug­mente signi­fie qu’il ne faut plus comp­ter sur ce coup de pouce.

Il faut ensuite prendre en compte le creu­se­ment du défi­cit bud­gé­taire. Son ampleur (envi­ron 10 % du PIB) est sans équi­valent depuis un demi-siècle, et il n’est donc pas éton­nant que la poli­tique bud­gé­taire soit aujourd’hui le prin­ci­pal point d’achoppement poli­tique entre Démocrates et Républicains. On tombe ici sur une nou­velle contra­dic­tion : le besoin d’épargne, qu’il émane du sec­teur privé ou du défi­cit public, aura de plus en plus de mal à être cou­vert par des entrées de capitaux.

Là encore, le point d’équilibre se trouve à un niveau de crois­sance réduit, avec son lot de pro­blèmes poli­tiques et sociaux liés notam­ment à l’incrustation du taux de chô­mage à un niveau lui aussi his­to­rique, et qui ne redes­cend que len­te­ment. Il a même recom­mencé à aug­men­ter, pas­sant de 8,8 % en mars à 9,2 % en juin. Si l’on y inclut les deman­deurs d’emploi décou­ra­gés et les sala­riés à temps par­tiel à la recherche d’un emploi à plein temps, le chô­mage concerne aujourd’hui un tra­vailleur sur six.

Il n’y a que deux voies qui per­met­traient de des­ser­rer ce sys­tème de contraintes. La pre­mière consis­te­rait à favo­ri­ser la crois­sance des expor­ta­tions US, ce qui per­met­trait d’obtenir un sup­plé­ment de crois­sance sans creu­se­ment du défi­cit com­mer­cial. Cet objec­tif pour­rait être atteint par un effort d’investissement et d’innovation mais, dans la conjonc­ture actuelle, l’investissement est peu dyna­mique et les firmes trans­na­tio­nales, tant qu’à faire, pri­vi­lé­gient l’investissement à l’étranger. Ne reste plus que la baisse conti­nue du dollar qui ren­drait les pro­duits US plus com­pé­ti­tifs. Mais cette ten­dance risque d’atteindre sa limite et de sus­ci­ter des doutes sur le cours du dollar et à une raré­fac­tion des finan­ce­ments exté­rieurs néces­saires pour cou­vrir les défi­cits. Cette voie est donc assor­tie d’incertitudes fondamentales.

Enfin, une autre solu­tion pour­rait passer par un chan­ge­ment sub­stan­tiel dans la répar­ti­tion des reve­nus. Depuis le début des années 1980, le sup­plé­ment de revenu pro­curé par la crois­sance est en effet capté par une frac­tion très réduite de la popu­la­tion. Ainsi, entre 1982 et 2007, le revenu moyen a aug­menté de 18900 dol­lars. Mais les 10 % les plus riches se sont acca­pa­rés 81 % de ce sup­plé­ment de revenu ! [5] Une moindre crois­sance pour­rait alors être admis­sible si elle était mieux répar­tie, en fai­sant en sorte que le salaire évolue comme la pro­duc­ti­vité du tra­vail. Dans l’immédiat, une réforme fis­cale radi­cale per­met­trait de réduire le défi­cit en met­tant à contri­bu­tion les béné­fi­ciaires de ce quart de siècle d’inégalités. Manifestement, le rap­port de forces social n’est pas suf­fi­sant pour impo­ser une telle solu­tion. Dans ces condi­tions, il est pro­bable que les Etats-Unis vont cher­cher à impo­ser au reste du monde la péren­nité de leur pros­pé­rité. Mais c’est encore une fois une tâche impos­sible, parce qu’elle ne peut que se heur­ter au ralen­tis­se­ment des capi­taux dis­po­sés à finan­cer le défi­cit exté­rieur des Etats-Unis. La Chine et une bonne partie des pays émer­gents vont par ailleurs voir leurs excé­dents se réduire à mesure que leurs éco­no­mies vont se recen­trer sur leur marché inté­rieur et que vont s’intensifier les échanges qu’ils entre­tiennent entre eux.

La crise de la gouvernance bourgeoise en Europe

La logique aurait voulu que la crise pro­fite poli­ti­que­ment aux cri­tiques du capi­ta­lisme. La réa­lité est mal­heu­reu­se­ment bien dif­fé­rente : la gauche radi­cale ne pro­gresse pas vrai­ment, la social-démo­cra­tie et la droite alternent au gré des élec­tions, tandis que la droite natio­na­liste marque des points un peu par­tout. Il faut com­prendre les racines de cette situa­tion qui ren­voient à la nature sys­té­mique de la crise, qui se com­bine en Europe avec les contra­dic­tions spé­ci­fiques d’une construc­tion tronquée.

On peut parler ici d’un effet boo­me­rang du mode néo­li­bé­ral de construc­tion de l’Europe et du choix de la mon­naie unique. Celle-ci était prin­ci­pa­le­ment conçue comme un ins­tru­ment de dis­ci­pline sala­riale : dans l’impossibilité de faire jouer le taux de change, le salaire deve­nait la seule variable d’ajustement per­met­tant de faire coha­bi­ter plu­sieurs éco­no­mies natio­nales dans une même zone moné­taire. Mais ce sys­tème n’était pas cohé­rent et com­pre­nait deux variables de fuite. Qui dit mon­naie unique dit conver­gence nomi­nale des taux d’intérêt, en l’occurrence vers le bas. L’effet per­vers était alors le sui­vant : un pays qui contrôle mal ses prix béné­fi­cie d’un taux d’intérêt réel encore plus faible, et ceci favo­rise le déve­lop­pe­ment d’une crois­sance fondée sur l’endettement. De plus, la mon­naie unique fait par défi­ni­tion dis­pa­raître l’effet en retour d’un défi­cit com­mer­cial sur la mon­naie d’un pays. L’Espagne a béné­fi­cié de ces deux effets et enre­gis­tré une crois­sance forte, qui avait conduit à un recul spec­ta­cu­laire du chô­mage. Mais cette crois­sance était fondée sur un boom immo­bi­lier incon­trôlé et sur un défi­cit com­mer­cial impressionnant.

Tout ceci pou­vait fonc­tion­ner tant bien que mal, mais la crise est venue révé­ler bru­ta­le­ment ces inco­hé­rences du modèle néo­li­bé­ral euro­péen. Au-delà des bri­co­lages au jour le jour, l’Europe est à la croi­sée des che­mins : soit un pas en avant vers un fédé­ra­lisme per­met­tant dans l’immédiat de mutua­li­ser les dettes, soit l’éclatement de la zone euro. Comme les bour­geoi­sies euro­péennes ne sont pas dis­po­sées à assu­mer l’une ou l’autre de ces issues, il en résulte une crise très pro­fonde, d’autant plus qu’on ne peut vrai­ment parler d’une bour­geoi­sie euro­péenne uni­fiée, parce qu’il n’existe ni capi­tal euro­péen, ni Etat européen.

Il faut dis­tin­guer, pour sim­pli­fier, quatre « acteurs » : les grands groupes trans­na­tio­naux, les banques, la finance, et les repré­sen­tants gou­ver­ne­men­taux des classes domi­nantes. Sur toute une série de ques­tions, il existe évi­dem­ment un accord pro­fond, quand il s’agit des inté­rêts de classe essen­tiels : dans la conjonc­ture actuelle, la pers­pec­tive com­mune consiste à retour­ner la situa­tion en pro­fi­tant de la crise pour appli­quer une thé­ra­pie de choc. La crise est l’occasion d’aller plus loin encore dans la régres­sion sociale : baisse des dépenses publiques, gel des salaires, contre-réformes des retraites, etc.

Mais cette com­mu­nauté d’intérêt n’empêche pas qu’elle soit sou­mise à des contra­dic­tions internes, que la crise vient accen­tuer. Elles peuvent être ana­ly­sées selon deux axes qui opposent, d’une part, les Etats et les capi­taux et, d’autre part, la finance aux autres frac­tions du capi­ta­lisme. La situa­tion actuelle est mar­quée, du point de vue des classes domi­nantes, par une inca­pa­cité crois­sante à gérer ces contradictions.

La crise des dettes sou­ve­raines est le révé­la­teur de la pre­mière contra­dic­tion. Le capi­tal en géné­ral ne se pré­oc­cupe plus de la conjonc­ture dans tel ou tel pays, car sa pré­oc­cu­pa­tion domi­nante porte sur sa ren­ta­bi­lité et ses parts de marché. Or, ni les débou­chés ni les chaînes de pro­duc­tion ne lient les groupes trans­na­tio­naux à un ter­ri­toire par­ti­cu­lier, même si, en cas de dif­fi­cul­tés, ils se retournent vers leur Etat de réfé­rence. Dans le capi­ta­lisme mon­dia­lisé, le rôle de l’Etat se réduit de plus en plus à celui d’assurer les condi­tions géné­rales de la ren­ta­bi­lité. Ainsi, Carlos Ghosn, le PDG de Renault, peut décla­rer au Financial Times (2 juin 2010) que « Renault n’est plus un construc­teur fran­çais», mais il nuance aus­si­tôt le propos en rap­pe­lant que « Renault est fran­çais, Renault a sa base en France » (Europe 1, le 13 juin 2010) [6]. Et, en effet, c’est l’Etat fran­çais qui a avancé à ses construc­teurs auto­mo­biles les fonds néces­saires quand ils étaient dans une passe dif­fi­cile. Nous ne sommes plus dans le capi­ta­lisme mon­dial décrit il y a près d’un siècle par Boukharine[7], quand il était pos­sible de super­po­ser Etats et capitaux.

La grande nou­veauté est que l’horizon des groupes trans­na­tio­naux est mon­dial et ne se limite pas à l’espace natio­nal, ni même euro­péen. Boukharine par­lait à l’époque d’un « pro­tec­tion­nisme supé­rieur » qui était pour lui « la for­mule éta­tique de la poli­tique éco­no­mique des car­tels ». Les choses ont changé et l’on ne peut lui faire grief de n’avoir pas anti­cipé les trans­for­ma­tions du capi­ta­lisme. Il n’en va pas de même avec les tenants de la « démon­dia­li­sa­tion » qui pro­posent un pro­tec­tion­nisme com­mer­cial, comme si la mon­dia­li­sa­tion pro­duc­tive n’existait pas. Cette situa­tion nou­velle crée une asy­mé­trie pro­fonde : les Etats sont au ser­vice de « leurs » capi­taux, mais ceux-ci se sont affran­chis de la néces­sité d’un marché inté­rieur dyna­mique. Pendant ce temps, les Etats doivent malgré tout conti­nuer à gérer les rap­ports de classe à l’intérieur de chaque pays. C’est notam­ment à eux que revient aujourd’hui la res­pon­sa­bi­lité de faire payer la crise à leurs citoyens.

La seconde contra­dic­tion oppose la finance, les banques et les Etats. Elle s’exprime avec une force par­ti­cu­lière aujourd’hui où la finance spé­cule contre les dettes sou­ve­raines et risque, par rico­chet, de mettre les banques en faillite, puisque celles-ci détiennent une grande partie de ces dettes. Les contours entre ces trois acteurs (banques, finances, Etats) sont évi­dem­ment flous et sur­tout d’une grande opa­cité. Mais ce sont bien ces conflits d’intérêts qui sont à la source d’une situa­tion extrê­me­ment instable. Les débats qui ont lieu au sein des bour­geoi­sies euro­péennes illus­trent cette crise pro­fonde de la « gou­ver­nance » bour­geoise, qui pro­vient de la crainte, voire de la panique, face aux réper­cus­sions pos­sibles d’un défaut de la dette grecque. Les gou­ver­ne­ments naviguent à vue entre deux objec­tifs : faire payer la fac­ture de la crise à leurs peuples, mais aussi empê­cher la faillite de leurs banques.

Le risque encouru est à double détente. L’inévitable défaut sur la dette grecque menace les banques de pertes qu’elles ont d’ailleurs du mal à éva­luer. Aujourd’hui, une bonne partie des éco­no­mistes de banque tra­vaillent en interne sur des stress tests plus réa­listes que les simu­la­tions offi­cielles qui ne sont là que pour amuser la gale­rie. Les résul­tats sont suf­fi­sam­ment inquié­tants pour qu’un cer­tain nombre de banques aient choisi d’anticiper le choc en accep­tant une restruc­tu­ra­tion maî­tri­sée de la dette grecque, jusqu’à la pro­chaine échéance. Mais un autre point de vue, défendu par la BCE, refuse abso­lu­ment une telle pers­pec­tive. Sa crainte est l’extension à d’autres pays fra­gi­li­sés, pour des encours bien supé­rieurs à la dette grecque. La posi­tion dog­ma­tique est sur­tout des­ti­née à gagner du temps, afin de « ras­su­rer les mar­chés finan­ciers», en espé­rant que la situa­tion dans les pays en dif­fi­culté pourra s’améliorer.

Une chose est sûre en effet : per­sonne ne peut croire un ins­tant à la pos­si­bi­lité que la Grèce puisse payer sa dette. C’est ce que sou­ligne l’éditorialiste de Bloomberg[8]: « Même si la Grèce obte­nait un nou­veau plan de sau­ve­tage et si son éco­no­mie redé­mar­rait, le gou­ver­ne­ment devrait déga­ger un excé­dent pri­maire – hors ser­vice de la dette – de 5 % du PIB pen­dant au moins trois décen­nies pour rame­ner la dette au maxi­mum de 60 % du PIB auto­risé par les règles de la zone euro. Un tel exploit fiscal est extrê­me­ment rare, même sur 5 ans, et c’est encore plus vrai dans le cas de la Grèce.»[9] Le der­nier plan de sau­ve­tage ne modi­fie ce constat qu’à la marge.

L’impasse social-démocrate

Dans un pre­mier temps au moins, la crise a donné une nou­velle jeu­nesse aux thé­ma­tiques social-démo­crates : key­né­sia­nisme, régu­la­tion de la finance, des banques et du capi­ta­lisme en géné­ral, retour de l’intervention de l’Etat, rôle de l’Etat social dans l’amortissement de la réces­sion, appel à une plus grande jus­tice dans la répar­ti­tion des reve­nus et dans la fis­ca­lité, etc. La crise sem­blait ouvrir un bou­le­vard à la social- démo­cra­tie, et il est impor­tant de savoir pour­quoi son espace poli­tique ne s’est pas élargi, quand il ne s’est pas rétréci.

Les dis­cours n’engagent que ceux qui les écoutent, et le Président fran­çais est tout à fait capable de tenir des propos quasi alter­mon­dia­listes. Il faut que les actes suivent et ce n’est évi­dem­ment pas le cas. La social-démo­cra­tie euro­péenne a été, elle aussi, sou­mise à des stress tests et elle n’a pas bien passé l’épreuve. Le pro­to­type est Papandreou, le pre­mier ministre socia­liste grec, qui a affronté la crise de manière abso­lu­ment lamen­table. Il aurait pu enta­mer un bras de fer en disant : « La Grèce ne peut pas payer, il faut donc dis­cu­ter. » C’est ce qu’avait fait l’Argentine en sus­pen­dant sa dette en 2001 et en obte­nant une rené­go­cia­tion de sa dette. Mais Papandreou s’est au contraire lit­té­ra­le­ment couché et a accepté sans dis­cu­ter toutes les exi­gences de la « troïka » (BCE, FMI, Union européenne).

Papandreou n’est pas un cas isolé. Il y a aussi Zapatero, il y a aussi, par exemple, les dépu­tés euro­péens qui viennent d’approuver, avec les Verts et les libé­raux, un rap­port de la dépu­tée socia­liste fran­çaise Pervenche Berès[10]. Parmi les recom­man­da­tions dont il est assorti, on peut extraire ce flo­ri­lège : le rap­port demande « que soient adop­tées des mesures per­met­tant de sur­mon­ter le manque actuel de com­pé­ti­ti­vité au moyen de réformes struc­tu­relles » (…) « se féli­cite du prin­cipe du semestre euro­péen de coor­di­na­tion des poli­tiques éco­no­miques » (…) « demande le déman­tè­le­ment des bar­rières com­mer­ciales » (…) « sou­ligne la néces­sité de l’ouverture des mar­chés publics sur une base trans­pa­rente et réciproque ».

Il fau­drait tout citer. Ainsi, pour le rap­port, « la concur­rence fis­cale est accep­table dans la mesure où elle ne met pas en péril la capa­cité des États membres de per­ce­voir les recettes qu’ils sont rai­son­na­ble­ment en droit d’attendre et rap­pelle que des solu­tions doivent être conçues pour réduire au maxi­mum la concur­rence fis­cale dom­ma­geable ». Ce nou­veau concept de concur­rence fis­cale dom­ma­geable fera assu­ré­ment date.

Le risque de pau­vreté qui concerne par­ti­cu­liè­re­ment les femmes, est bien signalé ; mais, curieu­se­ment, la conclu­sion est un appel aux « orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales exis­tantes ». Face aux coupes dans les bud­gets sociaux, le rap­port se borne à écrire qu’il « pour­rait éga­le­ment être sou­hai­table de sau­ve­gar­der les ser­vices du sec­teur public et de main­te­nir, par consé­quent, les niveaux exis­tants de pro­tec­tion sociale » même si, évi­dem­ment, il est « néces­saire de conso­li­der les finances publiques ». L’emploi du condi­tion­nel («il pour­rait être sou­hai­table») résume tout. On trouve bien quelques pistes inté­res­santes, mais elles sont avan­cées avec une tou­chante timi­dité ; ainsi le rap­port exerce une ter­rible pres­sion sur la Commission en lui deman­dant qu’elle « réflé­chisse à un futur sys­tème d’euro-obligations ».

En France, les deux prin­ci­paux can­di­dats à la can­di­da­ture pour le PS s’alignent sur l’austérité. François Hollande le fait très clai­re­ment : « il faut rééqui­li­brer nos comptes publics dès 2013 (…) Je ne le dis pas pour céder à je ne sais quelle pres­sion des mar­chés ou des agences de nota­tion mais parce que c’est la condi­tion pour que notre pays retrouve confiance en lui ». Martine Aubry lui emboîte le pas et s’engage elle aussi sur les « 3% en 2013, puisque c’est la règle aujourd’hui»[11]. Cette ter­rible for­mule («puisque c’est la règle aujourd’hui») en dit long et donne la clé de l’impasse dans laquelle se trouve la social-démo­cra­tie. Elle peut se résu­mer ainsi : tout pro­gramme authen­ti­que­ment social-démo­crate impli­que­rait un degré élevé d’affrontement avec la bour­geoi­sie, que la social-démo­cra­tie n’est pas prête à assumer.

Face à la crise, les poli­tiques éco­no­miques et sociales ne s’élaborent pas en chambre, à partir de modèles et de théo­ries. Il existe par exemple une école dite post- keynésienne[12] qui démontre qu’un par­tage des reve­nus plus favo­rable aux sala­riés, assorti d’un moindre pou­voir des action­naires, aurait des effets posi­tifs sur la crois­sance et l’emploi. Si ces apports sont très utiles pour poin­ter cor­rec­te­ment les causes de la crise actuelle, ils en sous-estiment la nature sys­té­mique. En par­ti­cu­lier, ils passent à côté de l’écart crois­sant entre les besoins sociaux et les cri­tères du capi­ta­lisme, même débar­rassé de la finance.

La réa­lité actuelle est que toute issue pro­gres­siste à la crise sup­po­se­rait un affron­te­ment direct avec la logique du Capital, donc un niveau très élevé de conflic­tua­lité. Les exemples qu’on vient de rap­pe­ler montrent au fond qu’en deçà d’un seuil mini­mum de radi­ca­lité qu’ils se refusent à atteindre, les pro­grammes social- démo­crates ne se dis­tinguent que très mar­gi­na­le­ment de la logique néo-libérale.

Un horizon bouché

Toute réces­sion crée des ten­sions et des contra­dic­tions qui se mani­festent dans le pilo­tage de la poli­tique éco­no­mique visant à renouer avec la crois­sance. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai dans le cas de la récente « grande réces­sion», mais cette der­nière est aussi le symp­tôme d’une crise sys­té­mique : le capi­ta­lisme ne peut plus fonc­tion­ner comme avant. Le retour au busi­ness as usual ou au capi­ta­lisme régulé des « Trente glo­rieuses » est impossible.

La période ouverte par la crise est donc carac­té­ri­sée par de pro­fondes incer­ti­tudes. Dans son projet d’en sortir à sa manière, le capi­ta­lisme est confronté aux obs­tacles sui­vants, bap­ti­sés « dilemmes » dans un pré­cé­dent article [13]:

1. dilemme de la répar­ti­tion : le réta­blis­se­ment du profit s’oppose à la reprise de la crois­sance et tend à renouer avec un par­tage des richesses inéga­li­taire qui est pour­tant l’une des causes pro­fondes de la crise.

2. dilemme bud­gé­taire : la résorp­tion des défi­cits publics implique une réduc­tion des dépenses publiques qui, sans parler de ses effets sociaux, ne peut qu’aggraver les ten­dances réces­sion­nistes. « L’austérité bud­gé­taire ris­que­rait de décé­lé­rer davan­tage la reprise», note un rap­port récent de l’ONU[14].

3. dilemme euro­péen : le triple refus – d’une mutua­li­sa­tion des dettes publiques, d’une réelle contri­bu­tion des banques et d’une mise au pas de la finance – ne permet pas d’exclure un écla­te­ment de la zone euro, à la suite de défauts en chaîne.

4. dilemme de la mon­dia­li­sa­tion : la résorp­tion des dés­équi­libres ne peut se faire qu’au prix d’un ralen­tis­se­ment de la crois­sance mon­diale. Le rap­port de l’ONU déjà cité note que « la reprise mon­diale a été frei­née par les éco­no­mies déve­lop­pées » et sou­ligne le risque d’un « rééqui­li­brage non-coor­donné de l’économie mondiale ».

Ces quatre dilemmes sont étroi­te­ment imbri­qués. Ils des­sinent une « régu­la­tion chao­tique » du capi­ta­lisme, dura­ble­ment inca­pable de des­si­ner une tra­jec­toire de sortie de crise com­pa­tible avec des inté­rêts pro­fon­dé­ment contra­dic­toires. Seules les mobi­li­sa­tions sociales peuvent empê­cher que le capi­ta­lisme cherche à sortir de cette impasse en appro­fon­dis­sant encore la régres­sion sociale et en pous­sant à l’extrême les ten­sions entre pays. Mais cela sup­pose aussi que ces mobi­li­sa­tions prennent appui sur des pers­pec­tives alter­na­tives. Comme celles-ci impliquent un degré élevé d’affrontement, la tâche his­to­rique est aujourd’hui de réa­li­ser l’unité des forces de la gauche radi­cale autour d’un pro­gramme jetant un pont entre la résis­tance à l’austérité et des objec­tifs de rup­ture avec la logique d’un sys­tème à la dérive.

* Cet article va paraître dans Inprecor.
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[1] Voir « La baisse de la pro­fi­ta­bi­lité des entre­prises a pré­cédé la crise finan­cière »note hus­so­net n°8, sep­tembre 2009.
[2] Pour plus de détails, voir : « Pertes de Pib et fac­ture de crise», note hus­so­net n°35, juillet 2011, surhttp://​hus​so​net​.free​.fr/​c​h​r​o​n​i​k.htm.
[3] Pour une ana­lyse plus détaillée du modèle US, voir Michel Husson, « Etats-Unis : la fin d’un modèle »La Brèche n°3, 2008, et : « Chine-USA. Les len­de­mains incer­tains de la crise »Nouveaux Cahiers Socialistes n°2, Montréal, 2009.
[4] Voir « Les limites (comp­tables) du modèle US», note hus­so­net n°36, juillet 2011, surhttp://​hus​so​net​.free​.fr/​c​h​r​o​n​i​k.htm.
[5] Source : When Incomes Grows, Who gains ?, Economic Policy Institute.
[6] Cité par Claude Jacquin dans un remar­quable article : « Crise indus­trielle : de quoi parle-t-on ?», LesTemps Nouveaux n°3, 2011.
[7] Nicolas Boukharine, L’économie mon­diale et l’impérialisme, 1917, extraits ; ou en anglais : Imperia­lism and World Economy.
[8] Bloomberg, 29 juin 2011.
[9] Voir « Pertes de Pib et fac­ture de crise», note hus­so­net n°35, juillet 2011, surhttp://​hus​so​net​.free​.fr/​c​h​r​o​n​i​k.htm.
[10] Rapport sur la crise finan­cière, éco­no­mique et sociale : recommandations concer­nant les mesures et ini­tia­tives à prendre.
[11] Laurent Mauduit, « Adieu Keynes ! Vive Raymond Barre !», Mediapart, 19 juillet 2011.
[12]Parce qu’elle se situe dans la lignée d’auteurs comme Michat Kalecki, Joan Robinson ou Luigi Pasinetti.
[13] Michel Husson, « La nou­velle phase de la crise »ContreTemps n°9, 2011.
[14] Situation et pers­pec­tives de l’économie mon­diale, ONU, 2011. Les cita­tions pro­viennent toutes du résumé en fran­çais de ce rapport.

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