Valleyfield, mémoires et résistances

Une classe ouvrière qui résiste

Les enjeux pour le mouvement populaire

Par Mis en ligne le 13 mars 2020

Tout au long de son his­toire, Salaberry-de-Valleyfield a été mar­quée par une com­ba­ti­vité ouvrière hors du commun. Une des pre­mières grèves au Canada a été déclen­chée en 1843 par les ouvriers irlan­dais qui tra­vaillaient à la construc­tion du canal de Beauharnois. Réprimés par l’armée, ils occu­pèrent pen­dant 22 jours la ville de Saint-Timothée qui fait aujourd’hui partie du ter­ri­toire de Valleyfield. Au moins 18 ouvriers, qui récla­maient de meilleures condi­tions de tra­vail, ont péri sous les balles des sol­dats anglais lors de ce sou­lè­ve­ment[1]. L’usine de tex­tile Montreal Cotton éta­blie en 1875 a été le théâtre de plu­sieurs grèves, dont l’importante grève de 1946[2].

Dans cet article, nous nous attar­de­rons à l’activité syn­di­cale plus récente de trois syn­di­cats qui illustre l’exceptionnelle tra­di­tion de luttes qui a marqué l’histoire de la ville : à la General Dynamics, der­nier pro­prié­taire de l’usine mieux connue sous le nom d’Expro, à la Goodyear et à la CEZinc. Nous conclu­rons en signa­lant l’action de la coa­li­tion inter­syn­di­cale COTON 46.

Expro : oser lutter, oser vaincre

C’est dans le contexte de la Deuxième Guerre mon­diale que s’établit la DIL, la Defence Industries Limited, sur un ter­ri­toire de 4,3 km carrés, véri­table parc indus­triel com­por­tant 150 bâti­ments. Encore aujourd’hui, on y pro­duit des poudres explo­sives, prin­ci­pa­le­ment pour usage mili­taire. Jusqu’aux années 2000, les tech­niques de pro­duc­tion demeu­raient très archaïques et néces­si­taient beau­coup d’opérations manuelles avec des règles de sécu­rité très défi­cientes, au plus grand mépris de la vie et de la santé des tra­vailleurs. Ainsi en 1980, une explo­sion cause la mort de trois tra­vailleurs. En 1983, un autre tra­vailleur meurt par intoxi­ca­tion. En 1993, une défla­gra­tion coûte la vie à deux tra­vailleurs. Et c’est sans comp­ter des dizaines d’autres inci­dents à la suite d’explosions et d’incendies. Pour tout dire, le tra­vail dans cette usine se fai­sait au risque de sa vie et de sa santé. Tout au long, les patrons n’ont eu d’autres pré­oc­cu­pa­tions que les pro­fits de l’entreprise.

Cependant les choses changent à partir de 1976. Le Syndicat natio­nal des pro­duits chi­miques de Valleyfield affi­lié à la Confédération des syn­di­cats natio­naux (CSN) déclenche une grève de sept mois et gagne la mise en place d’un comité pari­taire de santé-sécu­rité. Profitant de l’embauche de 300 nou­veaux tra­vailleurs, une dizaine de mili­tants du Parti com­mu­niste ouvrier (PCO) sont employés. Le syn­di­cat qui a tou­jours été par­ti­cu­liè­re­ment com­ba­tif connaît un nouvel essor. En misant sur l’éducation, la mobi­li­sa­tion et l’action directe, la lutte s’intensifie et on réus­sit à gagner plus de liberté d’action syn­di­cale avec la libé­ra­tion à temps plein du pré­sident, d’un agent de grief et d’un res­pon­sable à la santé-sécu­rité. Le jour­nal syn­di­cal, publié sur une base régu­lière, fait l’analyse des pro­blèmes, met de l’avant des solu­tions, décor­tique le rap­port de force et fait la pro­mo­tion des tac­tiques à mettre de l’avant. Ce tra­vail d’information est doublé par des tracts et des séances de dis­cus­sion pen­dant les heures de dîner.

Un conseil syn­di­cal de plus de 25 membres se réunit régu­liè­re­ment et on tient un mini­mum de deux assem­blées géné­rales par année où l’on favo­rise des débats ouverts sur les enjeux. Entre temps, le comité syn­di­cal de santé-sécu­rité se ren­contre aux deux semaines. Le slogan mis de l’avant par le syn­di­cat est « Non au tra­vail qui tue ». On exerce de fré­quents « droits de refus » plus ou moins spon­ta­nés où on accepte de reprendre le tra­vail à la condi­tion que le pro­blème sou­levé soit réglé. Entre 1974 et 2001, huit conflits majeurs éclatent, des grèves ou des lock-out d’une durée de deux jours à sept mois, et d’importants gains sont arra­chés par les tra­vailleurs. Durant ces périodes de lutte plus intenses, l’assemblée géné­rale se réunit une fois par semaine. Les conjointes sont invi­tées à y par­ti­ci­per. Lors des grèves, un comité de 30 à 40 conjointes s’active à sus­ci­ter des appuis auprès des com­mer­çants de la région.

Au-delà des arrêts de tra­vail, la lutte ne s’arrête pas. À la suite d’une explo­sion en 1983, quelques cen­taines de tra­vailleurs sont mis à pied. Le syn­di­cat orga­nise alors l’occupation pen­dant près d’une semaine du bureau du député du Parti qué­bé­cois pour exiger du gou­ver­ne­ment que l’article 187 de la Loi sur la santé et la sécu­rité au tra­vail soit pro­mul­gué1. À l’occasion d’une nou­velle vague de mises à pied, le syn­di­cat occupe le poste de radio local pour infor­mer la popu­la­tion et faire pres­sion pour le déblo­cage d’un contrat de la part du gou­ver­ne­ment fédé­ral. Dans ses luttes, le syn­di­cat est conti­nuel­le­ment pré­oc­cupé de sus­ci­ter l’appui de la popu­la­tion régio­nale. Au cours d’une grève de deux mois en 1985, le syn­di­cat orga­nise une soirée de soli­da­rité qui a mobi­lisé plus de mille per­sonnes et rempli l’aréna local.

À la suite des enquêtes et des luttes pour appli­quer les recom­man­da­tions qui en ont résulté, l’usine est aujourd’hui beau­coup plus sécu­ri­taire[3]. L’action indé­pen­dante du comité syn­di­cal de santé-sécu­rité entre­tient la pra­tique du « droit de refus » indi­vi­duel et syn­di­cal. Les dures batailles du passé ont fait com­prendre à la com­pa­gnie qu’il est pré­fé­rable de tenir compte des avis du syn­di­cat. Les der­nières années ont été beau­coup plus calmes. Les tra­vailleurs et leur syn­di­cat se tiennent pour l’instant un peu plus en repli. On ne peut pas être conti­nuel­le­ment sur la ligne de feu après avoir fait des gains impor­tants. Mais l’expérience du passé est enre­gis­trée et il ne fau­drait pas grand-chose pour que ce volcan sorte de sa dor­mance.

Treize mois sur le piquet de grève à la Goodyear

En 1964, Goodyear ins­talle à Salaberry-de-Valleyfield une usine de pro­duc­tion de pneus qui embauche jusqu’à 1700 tra­vailleurs. Les tra­vailleurs s’organisent dans deux syn­di­cats, l’un regrou­pant les ouvriers de la pro­duc­tion, l’autre, les tech­ni­ciens et employé-e-s de bureau. Les deux syn­di­cats se mobi­lisent rapi­de­ment pour amé­lio­rer les condi­tions de salaire et de tra­vail avec quelques grèves mineures au cours des années 1970. En 1976, ils par­ti­cipent comme la majo­rité des syn­di­cats de la région à la grève géné­rale contre la Loi sur les mesures de contrôle des prix et des salaires de Pierre Elliott Trudeau.

Les « walk-out » y sont une pra­tique cou­rante. Il s’agit d’arrêts de tra­vail déci­dés sur le tas pour répondre à des condi­tions de cha­leur insup­por­tables, à une déci­sion injuste d’un contre­maître, à la sus­pen­sion d’un mili­tant syn­di­cal. On uti­lise bien sûr la pro­cé­dure de grief, mais on pri­vi­lé­gie l’occupation de la café­té­ria jusqu’à ce que le pro­blème soit réglé, ce qui s’avère beau­coup plus effi­cace. En 1985, la volonté de la com­pa­gnie d’établir un horaire jour-nuit de sept jours par semaine amène les deux syn­di­cats à déclen­cher la grève.

Après plu­sieurs mois de négo­cia­tion, le syn­di­cat des tech­ni­ciens et employé-e-s de bureau se voit tou­jours refu­ser des avan­tages consen­tis au syn­di­cat de la pro­duc­tion. Il devient clair qu’on s’achemine vers un affron­te­ment, et face à cette situa­tion, le syn­di­cat four­bit ses armes : infor­ma­tions par le jour­nal syn­di­cal qui est publié aux deux semaines, infor­ma­tion et dis­cus­sion sur les heures de lunch, tour­née heb­do­ma­daire des membres de l’exécutif dans chacun des dépar­te­ments de l’usine, hausse de la coti­sa­tion syn­di­cale pour consti­tuer un fonds de lutte, assem­blée géné­rale aux deux mois, mise en place d’une chaîne télé­pho­nique.

En avril 2000, la grève est déclen­chée et dure 13 mois. Pour tenir le coup pen­dant une grève aussi longue, il faut d’abord comp­ter sur la mobi­li­sa­tion et la déter­mi­na­tion des gré­vistes, mais éga­le­ment orga­ni­ser l’appui de la com­mu­nauté. Ce qui se fait par la sol­li­ci­ta­tion d’une tren­taine de com­mer­çants de la région pour obte­nir entre 10 et 30 % de rabais pour les gré­vistes, l’organisation de soi­rées de soli­da­rité avec la col­la­bo­ra­tion de l’ensemble des syn­di­cats de la région, la pré­sence pla­ni­fiée de mili­tants et mili­tantes des autres syn­di­cats de la région sur le piquet de grève, la visite de Madeleine Parent qui vient encou­ra­ger les gré­vistes. Malgré huit mois de grève sans déblo­cage sur les points liti­gieux, on obtient en assem­blée géné­rale le renou­vel­le­ment du mandat de grève à 85 %, une claire indi­ca­tion de la déter­mi­na­tion des tra­vailleurs. Ce n’est qu’après avoir gagné sur toute la ligne que l’on a mis fin à 13 mois de grève.

Véritable com­mo­tion en 2007 : Goodyear démé­nage une partie impor­tante de sa pro­duc­tion en Chine et met à pied 850 tra­vailleurs de son usine de Salaberry-de-Valleyfield. Aujourd’hui, il ne reste plus que 171 tra­vailleurs affec­tés à la pro­duc­tion de caou­tchouc des­tiné à l’usine de Napanee en Ontario. En 2011, à la suite de l’offensive de Goodyear pour impo­ser des reculs sur le régime de pen­sion, les syn­di­cats de l’usine de Salaberry-de-Valleyfield, pas­sa­ble­ment affai­blis, ont bien tenté de résis­ter, mais comme ce fut le cas pour la tota­lité des autres syn­di­cats nord-amé­ri­cains de la com­pa­gnie, ils ont dû aban­don­ner.

Un an dehors à la CEZinc

C’est en 1963 que la com­pa­gnie Noranda, consi­dé­rant l’accès à l’eau, à l’électricité et au trans­port fer­ro­viaire, ins­talle à Salaberry-de-Valleyfield la Canadian Electrolic Zinc com­mu­né­ment appe­lée la CEZinc. Les condi­tions de tra­vail, de santé et de sécu­rité y sont par­ti­cu­liè­re­ment défi­cientes. Les brû­lures, cou­pures et autres acci­dents sont très fré­quents. En 1975, un déver­se­ment entraine la mort de deux tra­vailleurs et fait plu­sieurs bles­sés. Un autre décès a lieu en 1989. Très rapi­de­ment après l’implantation de l’usine, les tra­vailleurs décident de faire échec à un syn­di­cat de bou­tique[4] pour adhé­rer au syn­di­cat des Métallos. Entre 1963 et 1986, il y a eu quatre conflits majeurs avec des grèves qui ont duré entre deux et quatre mois et qui met­taient en cause les règles de santé et de sécu­rité et les condi­tions de tra­vail par­ti­cu­liè­re­ment dures. Compte tenu de ces condi­tions très dif­fi­ciles, le syn­di­cat a moins mis l’accent sur l’augmentation sala­riale afin de gagner un régime de retraite plus avan­ta­geux.

En 2013, l’usine passe aux mains de Glencore qui emploie 155 000 tra­vailleurs dans une cin­quan­taine de pays et contrôle 60 % de la pro­duc­tion mon­diale du zinc. C’est à cette com­pa­gnie que la Public Eye Awards a décerné en 2008 le « prix » de la mul­ti­na­tio­nale la plus irres­pon­sable en termes de vio­la­tion des droits humains et d’atteintes à l’environnement.

Dans le cadre de la der­nière négo­cia­tion, CEZinc-Glencore tient par­ti­cu­liè­re­ment à impo­ser des reculs sur le régime de retraite. Or, les tra­vailleurs tiennent mor­di­cus à l’intégralité du régime qu’ils ont gagné de dure lutte. Le syn­di­cat est conscient qu’un affron­te­ment majeur se pro­file à l’horizon. Pour se pré­pa­rer, les membres de l’exécutif ren­contrent indi­vi­duel­le­ment chacun des tra­vailleurs de l’usine pour éla­bo­rer le cahier de négo­cia­tion. Le jour­nal du syn­di­cat et des tracts tiennent régu­liè­re­ment les membres au cou­rant de l’évolution des négo­cia­tions. On est sou­cieux de par­ta­ger l’information sur une base per­ma­nente. Le bouche-à-oreille est doublé d’une page Facebook réser­vée aux membres. L’exécutif et le comité de négo­cia­tion font régu­liè­re­ment des tour­nées dans chacun des dépar­te­ments. À mesure que la situa­tion évolue et pour bien faire sentir à la direc­tion la déter­mi­na­tion et l’unité des tra­vailleurs, un sys­tème de bras­sards est mis en place. À leur entrée à l’usine, le babillard syn­di­cal affiche une cou­leur verte, jaune ou rouge et chaque tra­vailleur est invité à porter un bras­sard de la cou­leur du jour avant de se rendre à son poste de tra­vail.

Après avoir suivi au jour le jour le dérou­le­ment de la négo­cia­tion et devant l’intransigeance de la com­pa­gnie, c’est en pleine connais­sance de cause que les tra­vailleurs déclenchent la grève votée à 96 % en plein hiver. Trois piquets de grève sont mis en place et on se pré­pare à un long affron­te­ment. La coa­li­tion inter­syn­di­cale du Suroît, COTON 46, en plus de contri­buer finan­ciè­re­ment au fonds de grève, vient prêter main-forte sur les piquets de grève avec des repré­sen­tants et des repré­sen­tantes des dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions syn­di­cales de la région. Le 29 mars, un mili­tant qui a été actif à COTON 46 et qui est membre de l’exécutif de la Fédération de l’industrie manu­fac­tu­rière (FIM-CSN) accom­pagne un auto­bus de tra­vailleurs du syn­di­cat CSN de la fon­de­rie Horne de Rouyn-Noranda, pro­priété de Glencore, pour par­ti­ci­per à une mani­fes­ta­tion qui ras­semble plus de 500 per­sonnes dans les rues de Salaberry-de-Valleyfield. Deux auto­bus de gré­vistes de la CEZinc se rendent mani­fes­ter à l’assemblée des action­naires de Glencore à Toronto. Des gré­vistes se rendent à Bogota en Colombie pour expli­quer leur conflit à une cin­quan­taine d’officiers syn­di­caux repré­sen­tant l’ensemble des sala­rié-e-s de Glencore de par le monde.

Pensant avoir épuisé les gré­vistes après huit mois de grève, la com­pa­gnie pro­pose une offre de règle­ment qui main­tient des reculs sur le régime de retraite. C’est dans une pro­por­tion de 97 % que les tra­vailleurs rejettent l’offre et votent la pour­suite de la grève. Ce résul­tat illustre d’abord et avant tout la déter­mi­na­tion et la com­ba­ti­vité des tra­vailleurs. Mais il est éga­le­ment impor­tant de men­tion­ner le sou­tien de la popu­la­tion de Salaberry-de-Valleyfield comme en témoigne la décla­ra­tion au jour­nal local de Luc Julien, repré­sen­tant syn­di­cal des Métallos : « Nous tenons à saluer l’appui extra­or­di­naire de la com­mu­nauté de Salaberry-de-Valleyfield à notre lutte. Du coup de klaxon en pas­sant par la livrai­son de café le matin, de sau­cisses à cuire pour le bar­be­cue ou encore de dons de bois de chauf­fage, les Campivallensiens nous sou­tiennent et ça fait chaud au cœur ». Finalement, devant un vote aussi massif et de guerre lasse, Glencore baisse pavillon : les tra­vailleurs gagnent sur toute la ligne la pro­tec­tion de leur régime de retraite.

Le bilan des gré­vistes

Nous devons remer­cier la com­pa­gnie de nous avoir aidés à nous mobi­li­ser. Avant la grève, chacun tra­vaillait dans son coin. Pendant la grève, nous étions 371, ensemble. Nous sommes sortis ensemble et nous sommes ren­trés ensemble. Quand on a cette unité, cette soli­da­rité, on peut passer au tra­vers de n’importe quoi.

Manon Castonguay, pré­si­dente de la sec­tion locale 6486[5]

Une coalition intersyndicale inédite : COTON 46

Ce qui est mar­quant dans le cas de ces deux longs conflits, c’est d’abord la déter­mi­na­tion et la com­ba­ti­vité des tra­vailleurs et des tra­vailleuses. Mais l’appui de l’ensemble des syn­di­cats de la région et le large sou­tien de la com­mu­nauté s’avère éga­le­ment des atouts pré­cieux. Cet appui et ce sou­tien se sont mani­fes­tés en 2000 dans le cas de la Goodyear et ont repris à nou­veau en 2017 dans le cas de la CEZinc. Le tra­vail de la coa­li­tion inter­syn­di­cale COTON 46 n’y est pas étran­ger.

En 1993, les repré­sen­tantes et repré­sen­tants régio­naux des syn­di­cats de la CSN, de la FTQ[6], du SFPQ, de la FIQ et du Syndicat de Champlain, per­son­nel ensei­gnant et de sou­tien (affi­lié à la CSQ), décident de struc­tu­rer la soli­da­rité inter­syn­di­cale sous la forme d’un orga­nisme à but non lucra­tif (OBNL). Ils choi­sissent le nom de COTON 46 pour per­pé­tuer le cou­rage et la déter­mi­na­tion des ouvrières et des ouvriers du tex­tile qui ont mené l’historique grève de 1946[7] contre la Montreal Cotton. S’y ajoutent par la suite les repré­sen­tantes et repré­sen­tants de l’Association des retraité-e-s de l’enseignement (AREQ-Suroît), de l’Alliance du per­son­nel pro­fes­sion­nel et tech­nique de la santé et des ser­vices sociaux (APTS) et de l’Association géné­rale étu­diante du Collège de Valleyfield.

Au-delà des dif­fé­rentes affi­lia­tions syn­di­cales, ce projet pour­suit trois objec­tifs : encou­ra­ger les contacts entre mili­tantes et mili­tants des dif­fé­rents syn­di­cats de la région, orga­ni­ser la soli­da­rité de tous pour celles et ceux qui sont en lutte et contri­buer au déve­lop­pe­ment éco­no­mique, social et cultu­rel de la région.

Depuis, cette inter­syn­di­cale orga­nise chaque année le ras­sem­ble­ment du 1er mai autour d’un 5 à 7 avec inter­ven­tions de cha­cune des orga­ni­sa­tions membres. On a écrit et monté en 2000 et 2001 deux pièces de théâtre en s’assurant que l’on recrute au moins une comé­dienne ou un comé­dien dans chaque syn­di­cat. Les repré­sen­ta­tions ont ras­sem­blé plu­sieurs cen­taines de spec­ta­teurs et spec­ta­trices. On a aussi orga­nisé une vaste cam­pagne de finan­ce­ment au niveau local et natio­nal pour ériger au cœur de la ville un monu­ment qui rend hom­mage aux gré­vistes de 1946. Par ailleurs, en 2014, COTON 46 réus­sit à mobi­li­ser six auto­bus pour par­ti­ci­per à la mani­fes­ta­tion natio­nale contre les mesures d’austérité du gou­ver­ne­ment qué­bé­cois. L’année sui­vante, tou­jours avec la par­ti­ci­pa­tion des membres de COTON 46, on réa­lise et dis­tri­bue à plus de mille exem­plaires un jour­nal de quatre pages illus­trant les consé­quences des poli­tiques d’austérité. Et à l’occasion du 1er mai 2015, Valleyfield est la scène d’une mani­fes­ta­tion regrou­pant plus de mille per­sonnes pro­ve­nant des sous-régions d’une partie de la Montérégie.

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À chaque année depuis 1993, COTON 46 orga­nise une levée de fonds qui permet de faire un don de 5000 dol­lars à des OBNL qui d’une manière ou de l’autre contri­buent au déve­lop­pe­ment de la région. C’est ainsi que l’on a sub­ven­tionné la construc­tion d’une halte inti­tu­lée la « Pause syn­di­cale » sur le réseau cyclable du canal de Beauharnois, le démar­rage de l’école-entreprise Surbois et d’une recy­cle­rie de maté­riel infor­ma­tique, le finan­ce­ment de l’exposition per­ma­nente du musée de Valleyfield appelé Musée de société des Deux-Rives (le MUSO) sur l’histoire de la Montreal Cotton, le démar­rage du café socio­cul­tu­rel La Factrie et plu­sieurs autres pro­jets et réa­li­sa­tions. Pour y arri­ver, dans un pre­mier temps, on a orga­nisé chaque année un immense bazar qui emplis­sait les classes et la salle d’une école. Un camion-remorque sta­tion­nait quelques jours près de cha­cune des entre­prises syn­di­quées et on deman­dait aux membres d’y appor­ter les objets dont ils ne se ser­vaient plus. Ayant vidé les caves de nos membres, on a mis fin à cette pra­tique au bout d’une dizaine d’années pour la rem­pla­cer par l’organisation d’un rallye auto­mo­bile qui per­met­tait de décou­vrir les coins pit­to­resques et les petits pro­duc­teurs de la région. Ces dif­fé­rentes acti­vi­tés mobi­lisent chaque année plu­sieurs dizaines de mili­tantes et de mili­tants de cha­cune des orga­ni­sa­tions syn­di­cales et contri­buent à main­te­nir et à déve­lop­per la répu­ta­tion du mou­ve­ment syn­di­cal dans la région.

Par ailleurs, les syn­di­cats affi­liés à la FTQ sont regrou­pés dans le Conseil régio­nal FTQ du Suroît et se ren­contrent sur une base régu­lière pour échan­ger sur les pro­blèmes qui confrontent le monde ouvrier. Du côté de la CSN, la fer­me­ture il y a une ving­taine d’années du Conseil cen­tral du Sud-Ouest à Valleyfield pour donner lieu à la créa­tion du Conseil cen­tral de la Montérégie, avec des locaux à Brossard, a entrainé la fin des contacts entre les syn­di­cats CSN du Suroît, ce qui a affai­bli la pré­sence de cette cen­trale dans la région.

Les nouveaux défis

La majo­rité des usines de Valleyfield sont syn­di­quées et affi­liées à la FTQ et quelques-unes à la CSN. Des entre­prises ne sont pas syn­di­quées, mais dans ces cas, les patrons consentent géné­ra­le­ment des salaires et des condi­tions de tra­vail équi­va­lentes à ce qu’on retrouve dans les usines syn­di­quées, essen­tiel­le­ment pour éviter la syn­di­ca­li­sa­tion.

Cependant, connais­sant la répu­ta­tion du mou­ve­ment syn­di­cal dans la région, les patrons des nou­velles entre­prises éta­blies au cours des der­nières années ont raf­finé leurs tac­tiques. Dans un cas, on a minu­tieu­se­ment filtré les embauches et, dans l’autre, on a ins­tallé au départ un syn­di­cat de bou­tique. Ces deux entre­prises sont aujourd’hui dans la mire du mou­ve­ment syn­di­cal.

Le mou­ve­ment syn­di­cal, comme on vient de le démon­trer, est bien pré­sent dans la région et il béné­fi­cie dans la popu­la­tion d’une répu­ta­tion qui lui est géné­ra­le­ment favo­rable. Les défis sont nom­breux, mais de jeunes mili­tantes et mili­tants syn­di­caux sont en posi­tion pour les rele­ver.

Pierre LaGrenade est ani­ma­teur de la coa­li­tion inter­syn­di­cale COTON 46 à Salaberry-de-Valleyfield


  1. Roland Viau, Saint-Timothée revi­sité, célé­bré et raconté, album sou­ve­nir, 175e anni­ver­saire, 2004, p. 34.
  2. Cette grève fait l’objet de l’article « Valleyfield 1946 » par Andrée Lévesque et Pierre LaGrenade dans ce numéro.
  3. Selon la conven­tion col­lec­tive, pen­dant la durée d’une sus­pen­sion des tra­vaux ou une fer­me­ture liée à un acci­dent, les tra­vailleurs sont répu­tés être au tra­vail et ont ainsi droit à leur salaire et aux avan­tages liés à leur emploi.
  4. Syndicat indé­pen­dant géné­ra­le­ment très proche de l’employeur. (NdR)
  5. Le Métallo, maga­zine du Syndicat des Métallos, prin­temps 2018.
  6. FTQ : Fédération des tra­vailleurs et tra­vailleuses du Québec ; SFPQ : Syndicat de la fonc­tion publique et para­pu­blique du Québec ; FIQ : Fédération inter­pro­fes­sion­nelle de la santé du Québec ; CSQ : Centrale des syn­di­cats du Québec.
  7. Voir dans ce numéro l’article « Valleyfield 1946 », d’Andrée Lévesque et Pierre LaGrenade.

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