63e congrès de la CSN

Un vent de changement à la CSN ?

Par Mis en ligne le 17 mai 2011

On a beau affir­mer d’une manière péremp­toire que le gou­ver­ne­ment libé­ral a perdu toute cré­di­bi­lité comme l’a dit la pré­si­dente de la CSN, il faut quand même consta­ter que le capi­ta­lisme est en mesure d’utiliser un arse­nal de moyens idéo­lo­giques, poli­tiques et orga­ni­sa­tion­nels pour cher­cher à muse­ler le mou­ve­ment syn­di­cal.

Dimanche le 15 mai der­nier, le coup d’envoi était donné pour le 63e congrès de la CSN. Le thème du congrès situe les enjeux sur la néces­sité d’un renou­vel­le­ment sur le plan syn­di­cal. On parle de se renou­ve­ler, de se réin­ven­ter, de réin­ves­tir, de reva­lo­ri­ser, de rever­dir etc. Non seule­ment, on invite les délé­gué-es à réflé­chir sur les enjeux de renou­vel­le­ment syn­di­cal mais à la tête de l’exécutif, des chan­ge­ments impor­tants vont s’opérer dans les pro­chains jours. Rappelons que trois membres de l’exécutif ont annoncé leurs départs : Roger Valois et Lise Poulin ainsi que la pré­si­dente Claudette Carbonneau.

À l’ouverture du congrès, Claudette Carbonneau a fait un dis­cours bien senti. Un dis­cours axé sur l’avenir du syn­di­ca­lisme devant des défis immenses qu’il devra affron­ter : réus­sir des luttes en faveur de la syn­di­ca­li­sa­tion, garder la tête haute dans un contexte de crise finan­cière, renou­ve­ler le modèle de déve­lop­pe­ment durable, réduire les inéga­li­tés sociales et lutter contre la montée de la droite au Québec et au Canada.

Cette ques­tion cru­ciale et actuelle de la montée de la droite a été au cœur des dis­cours du pré­sident du Conseil cen­tral du Montréal Métropolitain, Gaétan Chateauneuf ainsi que ceux des pré­si­dents de la FTQ et de la CSQ, Michel Arsenault et Réjean Parent qui ont tous deux salué Claudette Carbonneau comme ayant été une grande dame du syn­di­ca­lisme, en réponse directe à la bêtise pro­non­cée par Jean Charest, il y a plu­sieurs années.

Un passé récent dif­fi­cile !

En écou­tant l’ensemble de ces dis­cours, on ne peut que faire le constat sui­vant : la néces­sité de renou­ve­ler le syn­di­ca­lisme est déter­miné par un bilan peu relui­sant en matière de lutte pour la défense des droits des tra­vailleurs syn­di­qué-es. Force est de consta­ter que des attaques idéo­lo­giques s’intensifient contre la raison même du syn­di­ca­lisme comme on l’a entendu par les décla­ra­tions du chef de l’ADQ. Dans la même foulée, on constate que sur le ter­rain des luttes, on assiste tout autant à une inten­si­fi­ca­tion des attaques contre le syn­di­ca­lisme comme le démontrent les conflits au Journal de Montréal ou encore aujourd’hui au Centre de santé et des ser­vices sociaux Jeanne Mance à Montréal.

On a beau affir­mer d’une manière péremp­toire que le gou­ver­ne­ment libé­ral a perdu toute cré­di­bi­lité comme l’a dit la pré­si­dente de la CSN, il faut quand même consta­ter que le capi­ta­lisme est en mesure d’utiliser un arse­nal de moyens idéo­lo­giques, poli­tiques et orga­ni­sa­tion­nels pour cher­cher à muse­ler le mou­ve­ment syn­di­cal. En somme, la seule vic­toire concrète qui est évo­quée à la fois par la pré­si­dente de la CSN et les autres pré­si­dents des cen­trales est l’entente du front commun dans le sec­teur public. Et cette vic­toire n’est pas vali­dée sur le cri­tère de l’amélioration des condi­tions de tra­vail mais plutôt sur la pos­si­bi­lité du mou­ve­ment syn­di­cal d’avoir rega­gné le droit à la négo­cia­tion après 5 ans de décret. Si on tient compte de l’ensemble des dif­fi­cul­tés vécues par le mou­ve­ment syn­di­cal depuis quelques années, cette vic­toire est bien mince.

Des pistes de tra­vail mul­tiples

Devant la diver­sité des attaques contre le syn­di­ca­lisme, le défi est immense de trou­ver les orien­ta­tions et les pra­tiques qui pour­ront conso­li­der le syn­di­ca­lisme d’une manière adé­quate et le mener vers de véri­tables vic­toires. Lorsqu’on regarde les pro­po­si­tions du congrès de la CSN, plu­sieurs pistes sont inté­res­santes. On pense ici aux pistes sur le renou­vel­le­ment du syn­di­ca­lisme et au renou­vel­le­ment du concept du déve­lop­pe­ment durable. On peut cepen­dant déplo­rer une absence d’unité dans le dis­cours.

On voit défi­ler une sorte de « patch­work » de pro­po­si­tions sur les inéga­li­tés sociales, la for­ma­tion et l’éducation, la fran­ci­sa­tion, vieillir dans la dignité, le sur­en­det­te­ment des per­sonnes, les régimes de retraite, l’organisation du tra­vail et le sec­teur manu­fac­tu­rier sans com­prendre tout à fait les liens sur le plan poli­tique et éco­no­mique qui les tiennent ensemble. Cependant, ce manque d’unité est tout à fait normal dans la mesure où ce sont les pra­tiques syn­di­cales elles-mêmes et les luttes qu’elles sau­ront mener qui appor­te­ront cette unité dans le dis­cours d’une orga­ni­sa­tion syn­di­cale comme la CSN.

La relève

Comme nous l’avons signalé, une pro­por­tion impor­tante de l’exécutif de la CSN quitte le bateau cette semaine. Louis Roy devrait nor­ma­le­ment se faire élire par accla­ma­tion en tant que pré­sident. De nou­veaux diri­geants vont sauter sur la scène. L’ancien secré­taire géné­ral du conseil cen­tral du Montréal Métropolitain, Jacques Létourneau devrait occu­per la pre­mière vice pré­si­dence et Jean Lortie, pré­sident de la Fédération du com­merce devrait occu­per le poste de secré­taire géné­ral. Par ailleurs, une élec­tion aura lieu pour le poste laissé vacant par le départ de Roger Valois. Cette élec­tion oppo­sera les deux pré­si­dents des conseils cen­traux de la région de Montréal et celle de l’Estrie, Gaétan Chateauneuf et Jean Lacharité.

D’une manière géné­rale, les mili­tants et les mili­tantes de la CSN vont sûre­ment se deman­der si cette relève saura répondre aux impé­ra­tifs de chan­ge­ment qui sont annon­cés selon le thème même du congrès. Sans com­men­cer à faire une ana­lyse concrète de cha­cune des can­di­da­tures, il est vrai­sem­blable de croire que cette relève pour­rait répondre à une partie des chan­ge­ments annon­cés. Cette relève pos­sède cer­tains attri­buts qui pour­raient annon­cer un avenir posi­tif.

D’une manière géné­rale, on peut penser qu’une cer­taine sym­pa­thie pour­rait se déga­ger à l’égard du déve­lop­pe­ment d’une alter­na­tive poli­tique de gauche au Québec. Et, par ailleurs, on pour­rait voir poindre un sou­tien aux luttes syn­di­cales qui vont se pro­duire. Car cette relève à la direc­tion a aussi contri­bué à sou­te­nir des luttes qui ont été impor­tantes pour la CSN et la classe ouvrière qué­bé­coise. Pensons ici en par­ti­cu­lier aux grèves de l’hôtellerie qui sont des luttes exem­plaires qui passent trop sou­vent à l’oubli.

Mais par-dessus tout, un nou­veau lea­der­ship syn­di­cal doit s’appuyer sur la capa­cité des syn­di­cats à mener des luttes locales et régio­nales. Dans la même foulée, ce lea­der­ship syn­di­cal doit aussi appuyer ces luttes qui vont appa­raitre dans un avenir appro­ché sans l’ombre d’un doute. Le capi­ta­lisme, nous l’avons dit, ne cesse de déve­lop­per son arse­nal sur tous les fronts pour s’attaquer aux orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Il va de soi, dans ce cas, que les ripostes vont se faire entendre. La nou­velle direc­tion de la CSN devra entendre ces luttes et les sup­por­ter. Sinon, elle risque de s’enliser dans une logique de repro­duc­tion de l’appareil syn­di­cal. Ce qu’il faut éviter par tous les moyens pos­sibles !

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