Haïti

Un sombre panorama social

Par Mis en ligne le 11 janvier 2011

Le pre­mier anni­ver­saire du ter­rible séisme du 12 jan­vier, qui a causé la mort de 300’000 per­sonnes, dévasté la capi­tale et d’autres villes, trouve Haïti dans une pro­fonde crise sociale et des pro­blèmes poli­tiques récur­rents.

La minute fati­dique, c’était 14 h 53 (heure locale), lorsque le cata­clysme de 7 degrés ayant son épi­centre à 15 kilo­mètres de la capi­tale, Port-au-Prince, a ren­versé le palais pré­si­den­tiel, la cathé­drale, les écoles, les hôpi­taux, les minis­tères et des dizaines de bâti­ments ins­ti­tu­tion­nels.

Des dizaines de mil­liers de rési­dences se sont éga­le­ment effon­drées, pre­nant au piège leurs occu­pants et lais­sant sans abri 1,5 mil­lion de per­sonnes, qui ont eu le temps de s’échapper.

Ces der­nières ont rejoint le grand nombre d’habitants de diverses régions d’Haiti, qui ne béné­fi­cient d’aucun accès aux ser­vices de base comme la santé, le loge­ment, l’éducation, le tra­vail et l’alimentation.

Selon les der­niers chiffres, un an plus tard, plus d’un mil­lion de per­sonnes dépla­cées conti­nuent à vivre dans 1300 camps impro­vi­sés où ils demeurent sans espoir à moyen terme de retrou­ver un toit.

Le pro­blème du loge­ment repré­sente un des prin­ci­paux défis aux­quels font face les auto­ri­tés haï­tiennes. A la fin de l’année der­nière, elles ont annoncé de nou­velles normes pour la construc­tion de petites et moyennes rési­dences, mais elles peinent tou­jours à mettre en place un pro­gramme pour répondre aux besoins d’habitats de la popu­la­tion sinis­trée et un réel plan de recons­truc­tion.

Cinq mil­liards de dol­lars seront néces­saires, selon le gou­ver­ne­ment, pour four­nir un meilleur héber­ge­ment aux vic­times de la tra­gé­die encore agglu­ti­nées sous des tentes de for­tune et expo­sées à toutes sortes de pro­blèmes causés, entre autres, par les mau­vaises condi­tions d’hygiène, l’insécurité et les intem­pé­ries.

Malgré les pro­messes offi­cielles, les cen­taines de mil­liers de sans-abri demeurent incer­tains sur leur sort, tandis que les menaces d’expulsion affectent 17 pour cent des camps, selon les rap­ports d’organismes civils.

Des cen­taines de per­sonnes dépla­cées ont réclamé à plu­sieurs reprises devant les bureaux du pre­mier ministre Jean Max Bellerive des loge­ments décents.

Les pays dona­teurs et les bailleurs de fonds inter­na­tio­naux ont promis d’allouer 240 mil­lions de dol­lars à la construc­tion de plus de 100’000 abris tem­po­raires. Mais seule­ment le quart aurait été construit en un an.

Sur le plan éco­no­mique, des dizaines de mil­liers de per­sonnes se sont retrou­vées sans moyens de sub­sis­tance dans un contexte où 30 % des emplois dis­po­nibles avant le 12 jan­vier ont été perdus, aggra­vant le taux de chô­mage déjà très élevé, soit plus de 70 %.

Les pertes occa­sion­nées par le trem­ble­ment de terre s’élèvent, selon des esti­ma­tions concor­dantes, à envi­ron 7 mil­liards de dol­lars au niveau des sec­teurs pro­duc­tifs, dont 70 % dans le sec­teur privé.

En ce qui concerne les infra­struc­tures, un an après le trem­ble­ment de terre, de nom­breuses rues res­tent encom­brées par des mil­lions de mètres cubes de gra­vats. Au départ on par­lait de 20 mil­lions de mètres cubes de débris, des­quels un faible pour­cen­tage a été enlevé.

Une rue libé­rée aujourd’hui peut être à nou­veau encom­brée demain, puisque les rive­rains qui libèrent petit à petit les espaces de leurs mai­sons effon­drées n’ont d’autre choix que de jeter les débris sur la chaus­sée.

La com­mu­nauté inter­na­tio­nale, qui a volé au secours d’Haiti quelques heures après la tra­gé­die, a convo­qué de nom­breuses réunions au cours des­quelles des mil­liards de dol­lars d’aide ont été approu­vés. Les fonds déblo­qués ne repré­sentent qu’une infime partie de ce qui a été promis.

Tout de suite après la catas­trophe, Haiti n’a pas eu à déplo­rer la pro­pa­ga­tion d’épidémies tou­jours redou­tées après ce genre de catas­trophe. Mais 9 mois plus tard, le cho­léra a com­mencé à frap­per la popu­la­tion.

Entre le 19 octobre, lorsque les pre­miers cas ont été enre­gis­trés, et le début de 2011, plus de 3,400 morts ont été réper­to­riées et plus de 157’000 per­sonnes infec­tées. 400’000 conta­mi­na­tions sont atten­dues en 6 mois.

L’autre pro­blème majeur qui touche le pays est la crise poli­tique, suite aux élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives du 28 novembre 2010, dénon­cées comme frau­du­leuses par toute l’opposition poli­tique et d’importantes franges de la popu­la­tion.

La pro­cla­ma­tion des résul­tats du pre­mier tour a déclen­ché une vague de vio­lentes pro­tes­ta­tions qui ont fait au moins 4 morts. Une Commission tech­nique de l’Organisation des États Américains (OEA) a exa­miné les résul­tats et le rap­port qu’il aura à sou­mettre inces­sam­ment au gou­ver­ne­ment crée le plus grand sus­pense.

Journaliste auprès de Alterpresse

(11 jan­vier 2010)

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