Intervention de Jean-Paul Faniel

Un mouvement populaire pour ou avec les citoyens

Université d’été des NCS 2010

Par Mis en ligne le 10 septembre 2010

Je me pré­pa­rais à vous entre­te­nir de l’évolution de l’action com­mu­nau­taire, quand une courte his­toire m’est reve­nue à l’esprit. Elle me vient d’un grand homme et d’un com­plice de mon par­cours mili­tant, Guy Paiement, qui vient mal­heu­reu­se­ment de décé­der. Laissez-moi vous la racon­ter. Elle se situe au Moyen-âge. Au détour d’un chemin, un voya­geur débouche sur un grand chan­tier de construc­tion. Abordant trois ouvriers à l’ouvrage, il leur demande alors ce qu’ils font. Le pre­mier avec un air agacé lui répond : « Vous le voyez bien, je taille de la pierre ! ». Le second, plus ave­nant, lui dit : « Mon bon mon­sieur, je gagne ma vie et celle de ma famille ! ». Le troi­sième, l’œil allumé, lui répond en mon­trant le mur de pierre der­rière lui : « Moi, mon­sieur, je construis une cathé­drale ! » Vous l’avez com­pris, les trois avaient raison, mais un seul avait de la vision.

1. Avoir de la vision, c’est se référer au but poursuivi

Quand j’ai com­mencé à mili­ter dans le mou­ve­ment popu­laire, vers la fin des années 60, le but pour­suivi était de reprendre du pou­voir sur notre vie col­lec­tive et la valeur de fond qui nous gui­dait était la soli­da­rité. On ne tra­vaillait pas pour les gens. On tra­vaillait avec eux. On n’appelait pas ça du tra­vail com­mu­nau­taire, mais de l’action popu­laire. Et, par popu­laire, on n’entendait pas une cer­taine cotte de popu­la­rité. On se réfé­rait plutôt à l’origine du mot, soit au peuple et à ses aspi­ra­tions. Vous remar­que­rez éga­le­ment que je ne parle pas des besoins, mais plutôt des aspi­ra­tions, des rêves des gens. Il s’agit là d’une dif­fé­rence énorme. Le mou­ve­ment popu­laire nais­sant tra­vaillait alors à sou­te­nir et à déve­lop­per l’organisation citoyenne autour de ses rêves col­lec­tifs d’une société meilleure et ce, en y croyant assez fort pour se mettre ensemble à tra­vailler à les construire.

Nous sommes à l’époque ins­pi­rés par une conjonc­ture mon­diale de libé­ra­tion des peuples et de luttes sociales en pleine effer­ves­cence, et par une conjonc­ture natio­nale de déve­lop­pe­ment par l’État de ser­vices sociaux uni­ver­sels qui répondent à des droits recon­nus, comme le droit à la santé et à l’éducation. On crée alors une myriade d’organisations citoyennes que les gens à la base ont la pos­si­bi­lité de contrô­ler : orga­nismes de défense des loca­taires (asso­cia­tions de loca­taires) ou des vic­times des com­pa­gnies de finance (ACEF), épi­ce­ries com­mu­nau­taires (clubs popu­laires de consom­ma­teurs), super­mar­chés coopé­ra­tifs (COOPRIX), cli­niques popu­laires de santé, gar­de­ries popu­laires, cli­niques juri­diques, coopé­ra­tives de loge­ment, asso­cia­tion de loca­taires, orga­ni­sa­tions de défenses des droits sociaux et bien d’autres. Par la mise sur pied de ces orga­nismes, on pallie aux res­pon­sa­bi­li­tés mal accom­plies ou délais­sés par l’État, on sou­tient les citoyens dans la reprise de pou­voir sur chacun de ces aspects de leur vie et, par là même, on tra­vaille à l’organisation col­lec­tive de notre mieux être ensemble. Mais on le fait déjà avec une vision dif­fé­rente du rôle que l’État cana­dien et qué­bé­cois com­mence de plus en plus à se donner. C’est en effet l’époque de ce qu’on a appelé « la Révolution tran­quille » où se construit l’ « État social ».

La pers­pec­tive qui nous guide alors est clai­re­ment poli­tique.

Pour y arri­ver, les groupes com­mu­nau­taires se donnent pour mis­sion le sou­tien à l’organisation citoyenne et le but pour­suivi est l’expérimentation par les gens du pou­voir citoyen. La popu­la­tion cible : les citoyens. Pas les pauvres uni­que­ment ! Le peuple dans son ensemble, les pauvres y com­pris, évi­dem­ment. En com­pa­rai­son, la pers­pec­tive de l’actuel mou­ve­ment com­mu­nau­taire se des­sine ainsi : une partie du mou­ve­ment com­mu­nau­taire ins­tru­men­ta­lisé s’articule autour d’une offre de ser­vices à chaque pauvre pour sou­la­ger sa misère et une autre partie du com­mu­nau­taire, qu’on nomme l’autonome, hérite en partie du mou­ve­ment popu­laire de l’époque, en ce sens qu’il reven­dique des amé­lio­ra­tions pour tous les pauvres, mais peine à déve­lop­per un réel rap­port de force face à l’État, faute de base citoyenne impor­tante.

2. Un rappel historique

En 1970, nous héri­tons de ce qu’on a appelé la Révolution tran­quille des années 60, qui est en fait notre ver­sion accé­lé­rée du New-Deal amé­ri­cain. C’est l’instauration du Keynésianisme qui se tra­duit par une hausse des reve­nus du peuple pour relan­cer la consom­ma­tion, une hausse de l’impôt des entre­prises pour se doter comme société de ser­vices publics uni­ver­sels en réponse aux luttes syn­di­cales d’après la Grande Dépression. On assiste ainsi au déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures de l’État qué­bé­cois, d’une bour­geoi­sie qué­bé­coise et des pro­grammes sociaux pour aug­men­ter la pro­duc­ti­vité de la main d’œuvre. Nos capi­ta­listes moder­nisent leurs outils de déve­lop­pe­ment (réseaux auto­rou­tiers, Hydro-Québec, Caisse de dépôt et de pla­ce­ment, Société géné­rale de finan­ce­ment, Ministère de la santé et de l’éducation et créa­tion d’un filet de sécu­rité sociale L’État se donne alors le rôle d’entrepreneur du déve­lop­pe­ment col­lec­tif et d’organisateur de la vie sociale. C’est dans cette pers­pec­tive qu’il voit dès le début son sou­tien aux orga­ni­sa­tions popu­laires.

Donc, dans les années 1970, les forces pro­gres­sistes s’organisent (les syn­di­cats se ren­forcent par le déve­lop­pe­ment accé­léré de la fonc­tion publique, le mou­ve­ment étu­diant naît brus­que­ment et s’affirme radi­cal dès sa nais­sance, le mou­ve­ment fémi­niste prend lit­té­ra­le­ment son envol et le mou­ve­ment popu­laire s’exprime poli­ti­que­ment. Car, comme je vous l’ai dit, sa pers­pec­tive est clai­re­ment poli­tique : par la créa­tion d’une kyrielle de réseaux citoyens et à tra­vers les ser­vices qu’ils se donnent au niveau de la santé, du loge­ment, de la défense des droits sociaux, les citoyens de ces réseaux expé­ri­mentent col­lec­ti­ve­ment le pou­voir citoyen de chan­ger leur vie com­mune.

Conséquence assez rapide de cette poli­ti­sa­tion, on assiste à l’introduction de la poli­tique de masse. Les Comité d’action poli­tique (CAP) qui encadrent ces réseaux citoyens de proxi­mité se coa­lisent et forment le Front d’action poli­tique (FRAP) qui se lan­cera sur l’arène muni­ci­pale aux élec­tions d’octobre 70. On assiste alors éga­le­ment au déve­lop­pe­ment de la poli­tique armé (FLQ). Par la crise d’octobre 70, la poli­tique armée tue la poli­tique de masse et pour long­temps. La poli­tique d’avant-garde a déjà pris le relais et radi­ca­lise les mou­ve­ments sociaux (grève de 1972), mais l’État réagit rapi­de­ment en empri­son­nant les chefs syn­di­caux, en acca­blant les syn­di­cats d’amendes impor­tantes et en récu­pé­rant les réseaux citoyens les plus popu­laires (les cli­niques de santé et juri­diques qui devien­dront les CLSC et les ser­vices juri­diques que l’on connaît, et, plus tard, les gar­de­ries popu­laires qui devien­dront les CPE.

Le poli­tique d’avant-garde ne com­prend pas les enjeux de la situa­tion, ni les rap­ports de force néces­saires pour faire face à cette réac­tion mus­clée de l’État et s’éloigne peu à peu des syn­di­cats et des réseaux citoyens par une approche dog­ma­tique et sec­taire. En fait, plutôt que de serrer les rangs, on se divise et on s’entredéchire.

Au niveau inter­na­tio­nal, après le choc pétro­lier de 1974, les pays pro­duc­teurs reprennent la sou­ve­rai­neté sur leur pétrole et l’Europe et le Japon rede­viennent des concur­rents pour les capi­ta­listes amé­ri­cains et cana­diens. C’est la crise éco­no­mique ! Et la pau­vreté explose. Ainsi, de 1976 à 2006, le salaire moyen ne bouge pas, mais les prix aug­mentent dras­ti­que­ment. Constat : avant 1975, un salaire suf­fi­sait à faire vivre une famille. Après, il en faut deux. Les femmes retournent sur le marché du tra­vail et cela change la donne radi­ca­le­ment. Certes, les reven­di­ca­tions fémi­nistes y sont pour quelques choses, mais la réa­lité éco­no­mique s’impose dans chaque ménage. Profitant de cette crise, les capi­ta­listes re-brassent les cartes et se redé­ploient en ins­tau­rant la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste et en dimi­nuant le rôle des États. C’est le néo-libé­ra­lisme à grande échelle. Le ter­rain de jeu, c’est clai­re­ment le monde et les règles du jeu se redé­fi­nissent.

Les partis conser­va­teurs reprennent le pou­voir un peu par­tout en Occident. On assiste ainsi au règne des Reagan aux États-Unis, de Thatcher au Royaume-Uni, de Mulroney au Canada, de Kohl en Allemagne, et, volte-face spec­ta­cu­laire, même les sociaux démo­crates fran­çais, espa­gnol et ita­lien empruntent cette voie. Pour dimi­nuer et trans­for­mer le rôle des États, on crée ainsi des ensembles éco­no­miques et poli­tiques de libre échange comme l’ALENA en Amérique du Nord, l’ASEAN en Asie, le Marché commun en Europe, etc, on remet en cause l’État Social et on s’attaque aux acquis des forces popu­laires. Ici, cela se tra­duit par une dimi­nu­tion de l’accessibilité à la sécu­rité du Revenu et à l’assurance chô­mage et par une dimi­nu­tion des ser­vices publics uni­ver­sels et gra­tuits.

Résultat de la désa­gré­ga­tion de l’encadrement du poli­tique d’avant-garde, le com­mu­nau­taire per­dant sa pers­pec­tive poli­tique, se replie sur les ser­vices de proxi­mité aux citoyens, d’autant plus que l’État qué­bé­cois répond à la pau­vreté résul­tant de la crise par une poli­tique de sub­ven­tions du com­mu­nau­taire de ser­vice. Le para­doxe entre l’attaque de l’État contre les acquis popu­laires et le sou­tien éta­tique au déve­lop­pe­ment du com­mu­nau­taire de ser­vice n’est qu’apparent. En fait, on com­mence à rem­pla­cer les ser­vices publics uni­ver­sels par des ser­vices pal­lia­tifs : ceux du mou­ve­ment com­mu­nau­taire qu’on ins­tru­men­ta­lise ainsi pour faire à meilleur marché ce que la fonc­tion publique devrait faire.

Le mou­ve­ment popu­laire (du peuple) devient le mou­ve­ment com­mu­nau­taire (de la com­mu­nauté de proxi­mité). Même cer­tains employés de l’État deviennent éga­le­ment com­mu­nau­taires comme les orga­ni­sa­teurs com­mu­nau­taires des CLSC, la police com­mu­nau­taire, entre­te­nant ainsi la confu­sion des genres et incor­po­rant de plus en plus les ser­vices com­mu­nau­taires aux pers­pec­tives et pro­grammes de l’État.

1995, c’est la grande messe de Bouchard, un ancien ministre de Mulroney, remar­quons-le, devenu chef du PQ qui accen­tue ainsi son glis­se­ment à droite. On assiste alors, autour de l’atteinte du défi­cit zéro, à un grand recul des forces pro­gres­sistes soit,

  • à l’embrigadement des syn­di­cats dans la décons­truc­tion accé­lé­rée des ser­vices publics
  • et dans la cana­li­sa­tion des épargnes popu­laires pour sub­ven­tion­ner le déve­lop­pe­ment capi­ta­liste par les Fonds de soli­da­rité (REER)
  • au recours au privé sub­ven­tionné pour pal­lier aux limites ainsi créées du sec­teur public (écoles pri­vées, soins de santé privés, infra­struc­tures en PPP)
  • à la recon­nais­sance offi­cielle de l’économie sociale. Une bonne partie du mou­ve­ment com­mu­nau­taire emprunte cette voie pour résoudre ses pro­blèmes de finan­ce­ment.

Mais, voilà : non seule­ment la com­mu­nau­ta­ri­sa­tion des ser­vices publics s’accélère, mais elle le fait en en fai­sant payer les citoyens.

En 2000, le mou­ve­ment éco­lo­gique prend son essor. Les capi­ta­listes résistent d’abord, puis orga­nisent leurs approches envi­ron­ne­men­tales : ce sont la bourse du car­bone et les objec­tifs de Kyoto qui per­mettent aux capi­ta­listes de pol­luer plus et aux diri­geants des pays pauvres de rece­voir de l’argent pour leur dif­fi­cul­tés à se déve­lop­per en pol­luant.

Les fon­da­tions pri­vées, comme la Fondation Chagnon, deviennent éga­le­ment des acteurs majeurs du finan­ce­ment du com­mu­nau­taire et imposent leurs visions du déve­lop­pe­ment au gou­ver­ne­ment com­plai­sant. Par contre, le Collectif pour un Québec sans pau­vreté coa­lise les forces pro­gres­sistes et force l’adoption d’une loi de lutte à la pau­vreté. Basée ini­tia­le­ment sur le droit à vivre décem­ment, la loi adop­tée est cepen­dant deve­nue une loi com­pen­sa­toire pal­liant les consé­quences de l’exclusion sociale. Gain cepen­dant impor­tant : la pau­vreté devient ainsi un enjeu de société et non plus une res­pon­sa­bi­lité per­son­nelle.

En 2008, la terre tremble : les crises ali­men­taire, envi­ron­ne­men­tale, finan­cière et éco­no­mique se suc­cèdent en cas­cades. Les états sou­tiennent la reca­pi­ta­li­sa­tion des banques et des grandes entre­prises en faillite. Les grands capi­ta­listes finan­ciers et indus­triels s’en mettent plein les poches. Les peuples payent la note. Mais l’indignation se géné­ra­lise et la conscience popu­laire que nous cou­rons à la catas­trophe avec ce type de direc­tion de société se répand un peu plus.

En 2010, tou­jours pour régler le défi­cit ainsi créé, un autre ministre de Mulroney, le pre­mier ministre Charest pro­fite de la crise pour accen­tuer la ten­dance lourde com­men­cée en 1980 et annonce la tari­fi­ca­tion des ser­vices publics qui accé­lère le pas­sage d’une société de droit à une société de pri­vi­lèges basée sur la capa­cité des gens de se payer des ser­vices. On pri­va­tise les ser­vices publics les plus payants et on com­mu­nau­ta­rise les ser­vices publics aux plus pauvres.

3. Résultats, la situation actuelle du communautaire

On assiste actuel­le­ment :

  • à l’instrumentalisation accé­lé­rée du com­mu­nau­taire pour rem­pla­cer les ser­vices publics de l’État : sous pré­texte de rap­pro­cher les ser­vices des gens, les orga­nismes com­mu­nau­taires se mul­ti­plient dans des domaines autre­fois de res­pon­sa­bi­li­tés gou­ver­ne­men­tales : déve­lop­pe­ment éco­no­mique régio­nal, recherche d’emploi, réin­ser­tion à l’emploi, lutte au décro­chage sco­laire, etc.
  • La reprise de pou­voir sur son ali­men­ta­tion autre­fois le leit­mo­tiv des orga­nismes com­mu­nau­taires dans ce domaine devient la sécu­rité ali­men­taire : on réin­vente le don ali­men­taire des paroisses et des com­mu­nau­tés reli­gieuses.
  • On assiste éga­le­ment peu à peu à la main­mise des fon­da­tions pri­vées sur les poli­tiques sociales de l’État et sur le com­mu­nau­taire (Québec en forme, Québec enfant, etc) : c’est là une autre forme de pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics
  • De plus, une nou­velle légis­la­tion contrô­lant le com­mu­nau­taire est éga­le­ment en cours pour enca­drer juri­di­que­ment le com­mu­nau­taire en pri­va­ti­sant un peu plus sa ges­tion et en lui confé­rant une orien­ta­tion décons­trui­sant les acquis de soli­da­rité sociale au profit d’une vision basée sur les res­pon­sa­bi­li­tés de la com­mu­nauté de proxi­mité au détri­ment de la res­pon­sa­bi­lité d’État, comme dans le reste du Canada et des États-Unis.
  • Enfin, je crois que le déve­lop­pe­ment de ce com­mu­nau­taire ins­tru­men­ta­lisé a un avenir pré­vi­sible, car c’est un sec­teur d’emploi en plein essor et un pre­mier débou­ché, certes mal payé mais un débou­ché quand même, pour les jeunes qui sortent de l’université qui y voient un marche pied facile vers la fonc­tion publique. Je ne suis pas sûr, dans le contexte actuel de dimi­nu­tion des ser­vices publics qu’il s’agit d’un bon choix.

Pour com­plé­ter ce tableau, il est néces­saire de prendre acte des forces et fai­blesses de l’autre com­mu­nau­taire, celui qu’on nomme auto­nome.

Au cha­pitre des forces, on observe :

  • Une résis­tance de cer­tains groupes com­mu­nau­taires ayant une base citoyenne, mais éga­le­ment un manque de pers­pec­tive poli­tique pou­vant cana­li­ser l’expérience du pou­voir citoyen au niveau de luttes poli­tiques
  • Une plus grande matu­rité poli­tique de cer­tains réseaux com­mu­nau­taires per­met­tant de s’allier à d’autres sur des conver­gences reven­di­ca­trices : ex : luttes à la pau­vreté, contre la tari­fi­ca­tion et la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics

Au niveau des fai­blesses, on constate :

  • Des dyna­miques de reven­di­ca­tions de ces réseaux pour amé­lio­rer le sort de tous les pauvres, mais sans réel appui popu­laire de masse, car trop basées sur des réseaux de ser­vice aux citoyens et pas assez sur des réseaux d’organisation citoyenne. Pourtant, on voit par les expé­riences du Mont Orford et du Sirois que ce sont les réseaux citoyens qui font recu­ler le gou­ver­ne­ment.
  • Une ana­lyse trop glo­bale des popu­la­tions cibles et des classes sociales domi­nantes et pas assez dif­fé­ren­ciée sur les sec­teurs de ces classes sociales en conflits d’intérêts et qui s’organisent en partis poli­tiques oppo­sés pour défendre leurs inté­rêts spé­ci­fiques. Faute de ces ana­lyses dif­fé­ren­ciées, il nous est dif­fi­cile de déve­lop­per des stra­té­gies nous per­met­tant à l’occasion de jouer les inté­rêts des uns contre les inté­rêts des autres et de les divi­ser pour espé­rer faire des gains.
  • Des tac­tiques d’intervention à court et moyen terme, sans stra­té­gie à plus long terme ser­vant de guide.

4. Comment on en est arrivé là ?

Je vous sou­mets quelques réponses :

  • Le manque de mémoire et de trans­mis­sion des acquis ;
  • Le manque de volonté poli­tique des orga­nismes : la vigi­lance quant aux objec­tifs s’est perdue au fil des exi­gences liées aux sub­ven­tions ;
  • On a perdu notre pers­pec­tive propre au profit de celle de nos « sub­ven­tion­neurs » : s’occuper d’alléger le sort des plus pauvres et non sou­te­nir l’organisation citoyenne, pauvres y com­pris ;
  • Le manque de for­ma­tion per­ma­nente du per­son­nel et des CA suc­ces­sifs ;
  • Nos condi­tions de tra­vail et le rou­le­ment de per­son­nels : cela pose la ques­tion des luttes pour de meilleures condi­tions de tra­vail ;
  • Le manque de cohé­sion du mou­ve­ment popu­laire : cela pose la ques­tion de la bal­ka­ni­sa­tion du mou­ve­ment com­mu­nau­taire et de sa pos­sible uni­fi­ca­tion sur des reven­di­ca­tions com­munes mobi­li­sa­trices.

5. Comment créer un réel rapport de force dans le contexte actuel ?

Je vous sou­mets quelques pistes :

Il nous faut, à mon humble avis, nous redon­ner une base citoyenne en ajou­tant à nos réseaux de ser­vice, là où c’est pos­sible, des réseaux popu­laires d’appartenance. Je parle ici, par exemple, de réseaux citoyens d’économie et d’entraide, un des outils impor­tants à mon avis de déve­lop­pe­ment du mou­ve­ment popu­laire. Comprenons-nous sur les termes :

  • Réseaux : il s’agit là de pro­po­ser une alter­na­tive inté­res­sante aux gens isolés les uns des autres par la struc­tu­ra­tion de la société qui pousse à l’individualisme en tout. Il s’agit en fait de reve­nir au pen­chant natu­rel de l’humain gré­gaire à se réseau­ter. Il s’agit enfin de recréer un tissu social pour plu­sieurs per­sonnes pauvres iso­lées avec leurs pro­blèmes ;
  • Citoyens : par ce réseau, nous pro­po­sons aux gens l’expérimentation de la force citoyenne du nombre vs l’indifférence cita­dine, le cita­din étant en effet celui qui habite la cité sans pour autant se pré­oc­cu­per de son envi­ron­ne­ment humain, au contraire du citoyen qui trouve un inté­rêt per­son­nel à s’en occu­per, car il est conscient que le mieux être col­lec­tif est le garant de son mieux être per­son­nel ;
  • D’économie : il s’agit là de la raison objec­tive ame­nant le citoyen à se réseau­ter et à y demeu­rer. Par là, il expé­ri­mente le pou­voir du nombre à amé­lio­rer sa vie et celle de sa famille. Cela permet éga­le­ment de péren­ni­ser le réseau et de per­mettre ainsi un pro­ces­sus de conscien­ti­sa­tion pro­gres­sive du pou­voir col­lec­tif ; ce réseau peut prendre la forme de groupes d’achats de style coopé­ra­tif, de cui­sines col­lec­tives, de réseaux d’échange de ser­vices (SELs), etc ;
  • D’entraide : nous y voyons la raison sub­jec­tive, mais déter­mi­nante, de créer de tels réseaux, car cet aspect permet l’expérimentation du pou­voir de classe et, pour peu que la volonté poli­tique de l’organisme soit pré­sente, sa conscien­ti­sa­tion.

On y arri­ve­rait :

  • en ajou­tant au ser­vice offert une offre avan­ta­geuse objec­tive de se réseau­ter entre par­ti­ci­pants ;
  • en ciblant parmi nos membres ou usa­gers des par­ti­ci­pants ayant des rai­sons objec­tives de se réseau­ter ;
  • en créant ce réseau citoyen paral­lèle avec les volon­taires de notre orga­nisme, où les ren­contres col­lec­tives régu­lières d’achats, de cui­sine ou d’échange de ser­vices seraient éga­le­ment l’occasion d’aborder dif­fé­rents thèmes d’intérêt commun et de se former avec des per­sonnes res­sources expertes du thème abordé ou des éluEs dans une atmo­sphère inté­res­sante (repas com­mu­nau­taires où chacun apporte un plat de sa confec­tion ou acheté)
  • en offrant ainsi aux par­ti­ci­pants des occa­sions de connaître et d’expérimenter leurs droits, leur capa­cité à s’organiser et leurs pou­voirs citoyens
  • Il nous faut éga­le­ment, dans un mou­ve­ment com­mu­nau­taire de ser­vice, dyna­mi­ser la mobi­li­sa­tion popu­laire autour de reven­di­ca­tions d’amélioration du sort des usa­gers, mais aussi des tra­vailleurs inter­ve­nants. Les condi­tions de salaire et de tra­vail y étant pénibles, il s’agit là d’une approche légi­time per­met­tant la remise en ques­tion des inté­rêts de l’État à vou­loir trans­fé­rer au com­mu­nau­taire les ser­vices d’urgence qu’il devrait assu­mer.
  • Il nous faut enfin explo­rer les pos­si­bi­li­tés d’introduire cette expé­ri­men­ta­tion du pou­voir popu­laire dans plu­sieurs réseaux exis­tants (groupe d’achats et cui­sines col­lec­tives dans les syn­di­cats d’abord à l’occasion de grèves, les coopé­ra­tives d’habitation, les HLMs, les auberges du cœur, les mai­sons de jeunes ou de la famille, etc.

Vous m’avez com­pris : La clé de la renais­sance du mou­ve­ment popu­laire passe, je crois, par le déve­lop­pe­ment de réseaux citoyens et, par là, par l’expérimentation par les gens eux-mêmes du pou­voir qu’ils ont d’améliorer col­lec­ti­ve­ment leur vie. Notre tra­vail consiste alors à les aider à s’organiser et à prendre conscience de ce pou­voir col­lec­tif, pour ensuite se donner de nou­veaux défis com­muns.

Cependant cer­taines condi­tions plus fon­da­men­tales pour y arri­ver sont néces­saires. Mentionnons :

  • La volonté poli­tique des orga­nismes d’atteindre ce but de déve­lop­pe­ment et d’épanouissement des per­sonnes et de leur milieu et de déve­lop­pe­ment de se créer une base citoyenne ; il faut donc viser à conscien­ti­ser le CA et la direc­tion de l’organisme à ces enjeux déter­mi­nants.
  • Passer du « client » au « citoyen » ; notre regard sur la nature citoyenne de nos usa­gers change pro­fon­dé­ment le rap­port de pou­voir que nous avons avec eux et elles.
  • Croire aux res­sources des per­sonnes et les abor­der sur cette base ; plu­sieurs recherches le démontrent, l’approche par pro­blèmes réduit sou­vent la per­sonne à ceux-ci, alors que l’approche offrant aux gens de tra­vailler ensemble à un projet leur lance un mes­sage valo­ri­sant leur capa­cité à rele­ver des défis. C’est sou­vent un élé­ment déter­mi­nant pour des gens qui, au fil d’échecs suc­ces­sifs, sont convain­cus de leur impuis­sance à amé­lio­rer leur vie.
  • Partager le pou­voir dans nos orga­nismes avec les citoyens que nous des­ser­vons ; en effet, notre for­ma­tion et notre situa­tion dans l’organisme nous confère d’emblée un pou­voir sur les usa­gers de nos ser­vices. Pour que ceux-ci puissent expé­ri­men­ter leur pou­voir col­lec­tif, il nous faut leur per­mettre de s’informer et se former afin qu’ils aient les élé­ments néces­saires pour prendre des déci­sions.
  • Savoir apprendre de la réa­lité popu­laire, avant d’enseigner la conscience poli­tique ; l’humilité en la matière est de mise. Toute notre for­ma­tion aca­dé­mique ne sau­rait en effet rem­pla­cer la connais­sance de la sen­si­bi­lité popu­laire des pro­blèmes qu’ils vivent tous les jours. Sans celle-ci, nous ne sau­rons jamais com­ment trans­for­mer notre conscience per­son­nelle des enjeux en conscience col­lec­tive et en mobi­li­sa­tion de masse.
  • S’assurer de la réten­tion du per­son­nel et ainsi de la péren­nité des pro­ces­sus de reva­lo­ri­sa­tion de nos usa­gers. Nos usa­gers ont sou­vent vécu des pro­ces­sus d’échecs répé­tés qui les ont menés là où ils sont et leur ont confirmé leur impuis­sance à chan­ger leur vie. Pour contrer ces pro­ces­sus, les encou­ra­ge­ments sont sou­vent sans effet. Seule l’expérimentation de réus­sites suc­ces­sives leur permet de reprendre confiance en leur capa­cité à rele­ver de nou­veaux défis. Or, ces pro­ces­sus sont tri­bu­taires d’un rap­port de confiance avec le per­son­nel de l’organisme. Sans une garan­tie finan­cière de durée dans le temps et de réten­tion du per­son­nel, ce tra­vail de fond est com­pro­mis.

6. La réintroduction du politique dans le mouvement populaire :

On le voit, le déve­lop­pe­ment du mou­ve­ment popu­laire comme expres­sion des besoins du peuple est direc­te­ment lié aux poli­tiques gou­ver­ne­men­tales et, plus glo­ba­le­ment, au sys­tème poli­tique néo-libé­ral qui n’a plus comme fina­lité que l’enrichissement de quelques uns au détri­ment des aspi­ra­tions légi­times du plus grand nombre. La réin­tro­duc­tion du poli­tique dans le mou­ve­ment popu­laire n’est donc plus un aspect consi­déré par cer­tains comme facul­ta­tif, mais plutôt un incon­tour­nable pour que le mou­ve­ment com­mu­nau­taire puisse pré­ser­ver sa mis­sion pre­mière.

Aussi, pour y arri­ver, il nous faut :

  • Réintroduire la for­ma­tion popu­laire et poli­tique des membres des réseaux com­mu­nau­taires, notam­ment la for­ma­tion de nos CA et de notre per­son­nel. Sans une telle pers­pec­tive plus glo­bale, leurs réfé­rences pour se faire une idée de leur tra­vail en seront une toute indi­vi­duelle ou dic­tées par l’argumentaire de la pensée domi­nante. Ce tra­vail constant de for­ma­tion n’est donc pas un luxe, mais une néces­sité déter­mi­nant notre avenir commun.
  • Le faire autour du déve­lop­pe­ment de poli­tiques natio­nales sec­to­rielles (ali­men­ta­tion, loge­ment, famille, sco­laire, femmes, immi­gra­tion, etc). Nous sommes sou­vent en réac­tion aux poli­tiques gou­ver­ne­men­tales. Bien qu’il fasse résis­ter aux attaques inces­santes contre les acquis popu­laires, de telles batailles sans pers­pec­tives plus larges nous laissent sou­vent dans un sen­ti­ment d’essoufflement et d’activisme épui­sants. Pour donner de la pers­pec­tive et de la rigueur à nos reven­di­ca­tions, situons-les dans des poli­tiques natio­nales en la matière, que nous aurons pris soin d’élaborer avec les grands réseaux com­mu­nau­taires concer­nés. De luttes stric­te­ment défen­sives, nous pas­se­rons alors à une démarche construc­tive et cohé­rente basée sur une autre logique poli­tique et visant le déve­lop­pe­ment d’une société plus juste.
  • Cibler, dans ces poli­tiques natio­nales, des reven­di­ca­tions poli­tiques concer­nant dif­fé­rents paliers de gou­ver­nance et dif­fé­rents acteurs sociaux, afin de diver­si­fier nos fronts de lutte et per­mettre des vic­toires ponc­tuelles. Cette stra­té­gie consiste à iden­ti­fier tous les acteurs sociaux concer­nés par notre poli­tique natio­nale dans le domaine de nos inter­ven­tions, à cerner leurs res­pon­sa­bi­li­tés res­pec­tives dans le plan global que nous pro­po­sons et à les inter­pel­ler pour qu’ils les assument dès main­te­nant. Cela ne fait en aucune sorte l’économie de la res­pon­sa­bi­lité gou­ver­ne­men­tale en la matière comme chef d’orchestre de la poli­tique en ques­tion, mais diver­si­fie nos cibles et nous permet des gains ponc­tuels concour­rant à faire pres­sion sur le gou­ver­ne­ment pour qu’il adopte le plan global que nous lui sou­met­tons.
  • Tabler pour ce faire sur des alliances tac­tiques élar­gies, éta­blies sur des points de conver­gence. Ces alliances visent à construire des rap­ports de force effi­caces pour faire avan­cer nos reven­di­ca­tions. Elles peuvent cepen­dant se révé­ler des pièges nous détour­nant de notre but si nous ne les situons clai­re­ment dans la pers­pec­tive qui est la nôtre. Les inté­rêts à long terme de cer­tains de nos alliés peuvent en effet diver­ger d’avec les nôtres. À nous d’avoir la vigi­lance néces­saire et le rap­port de force pour s’en démar­quer, même en res­tant alliés ponc­tuel­le­ment.
  • Enfin, se convaincre de la néces­sité de vic­toires d’étapes et de fêter nos vic­toires, même petites. La route vers une société meilleure est longue et, par­fois, pas évi­dente. Si nous ne sou­li­gnons pas les gains que nous fai­sons en les fêtant à l’occasion, nos membres risquent de ne jamais prendre conscience de notre force à chan­ger les choses et à amé­lio­rer leur vie et le décou­ra­ge­ment nous guet­tera tôt ou tard. Ceux qui gra­vissent le Mont Éverest le savent : il faut pré­voir des étapes et se réjouir de les avoir atteintes pour arri­ver un jour au sommet.

7. Conclusion : Stratégies de développement politique du mouvement populaire

Je ter­mi­ne­rai en vous pro­po­sant quelques pistes de réflexion pour relan­cer la dis­cus­sion autour du déve­lop­pe­ment poli­tique du mou­ve­ment popu­laire :

  • Prenant pour pos­tu­lat que l’existence même des orga­nismes popu­laires est basée sur la conscien­ti­sa­tion et la mobi­li­sa­tion de leurs membres, que pensez-vous de mon hypo­thèse vou­lant que le déve­lop­pe­ment de réseaux citoyens d’économie et d’entraide soit un fac­teur impor­tant d’expérimentation du pou­voir popu­laire et donc un moyen effi­cace de conscien­ti­sa­tion de la force popu­laire et de mobi­li­sa­tion de cette force vers d’autres luttes plus glo­bales ?
  • Dans ces réseaux d’appartenance, il nous fau­drait alors mul­ti­plier les occa­sions de conscien­ti­ser ce pou­voir et d’en poli­ti­ser les limites actuelles pour sus­ci­ter la mobi­li­sa­tion des gens à vou­loir les dépas­ser. Cela pour­rait se faire à l’occasion de diverses acti­vi­tés régu­lières : achats de nour­ri­tures en commun, repas com­mu­nau­taires, confé­rences, col­loques, acti­vi­tés de finan­ce­ment, pro­jec­tion de films, autant de situa­tions qui nous per­met­traient d’aborder divers thèmes d’intérêt commun à ajou­ter à nos acti­vi­tés cou­rantes.
  • En ce qui concerne nos liens avec les employéEs de la fonc­tion publique, il est impor­tant de faire prendre conscience à nos membres et usa­gers de l’importance pour eux de pré­ser­ver leurs droits recon­nus (droits à la santé, à l’éducation, à la sécu­rité, etc..) à tra­vers le main­tien de ser­vices publics gra­tuits et uni­ver­sels. En ce sens, que pensez-vous de la néces­sité de nous mobi­li­ser autour de :
    • reven­di­ca­tions déter­mi­nantes comme la défense poli­tique de ser­vices publics, uni­ver­sels, acces­sibles et gra­tuits ?
    • la lutte pour l’amélioration des condi­tions de tra­vail des tra­vailleurs du com­mu­nau­taire et, par consé­quent, de la syn­di­ca­li­sa­tion de cer­tains sec­teurs com­mu­nau­taires de ser­vices plus étroi­te­ment liés à la mis­sion de l’État ?
    • de l’affirmation de nos buts, objec­tifs et stra­té­gies dis­tincts par rap­port aux autres acteurs sociaux et par­te­naires éven­tuels ?
    • de la recherche d’alliances tac­tiques basées sur l’identification des points de conver­gence ?
    • de tabler sur l’importante de ces alliances pour élar­gir notre influence poli­tique sur les indi­vi­dus et les orga­nismes de ces réseaux ?

Considérant que les partis poli­tiques ont mani­fes­te­ment à déci­der d’une posi­tion publique sur nos reven­di­ca­tions, pensez-vous qu’il en va de même pour déter­mi­ner les liens que nous devons déve­lop­per eux ? Pensez-vous qu’il nous faut cher­cher à influen­cer des membres de chacun des partis poli­tiques concer­nés et si oui, com­ment ? En pareil cas, faut-il viser d’abord des membres du gou­ver­ne­ment ou est-ce utile de cibler des par­le­men­taires, même ceux du parti au pou­voir ?

En fait, si nous déci­dons d’aller en ce sens, est-il néces­saire de savoir recon­naître nos amis d’un jour de ceux de tou­jours pour s’assurer de cer­taines vic­toires poli­tiques ?

Enfin, en ce qui concerne la néces­sité d’un tra­vail de réflexion et d’analyse poli­tique des tra­vailleurs du mou­ve­ment popu­laire, contrai­re­ment à ceux qui pensent que rien ne va chan­ger, il est impor­tant de consta­ter que les chan­ge­ments s’opèrent en ce moment sous nos yeux et que la crise per­ma­nente actuelle néces­site des chan­ge­ments struc­tu­rels que le néo-libé­ra­lisme impose. En ce sens, êtes-vous d’accord avec l’urgence de :

  • deve­nir une alter­na­tive publique de chan­ge­ment, et ce, à plu­sieurs niveaux : à tra­vers l’outil que consti­tue Québec soli­daire, mais éga­le­ment nos regrou­pe­ments natio­naux et régio­naux, nos orga­nismes locaux ?
  • com­prendre la réa­lité com­plexe des oppres­seurs et des oppri­més pour offrir des alter­na­tives réelles et cré­dibles aux citoyens ? Le capi­ta­lisme est basé sur la concur­rence et les capi­ta­listes ne se privent pas de s’entretuer au-delà de leurs conver­gences. Il faut reflé­ter dans nos ana­lyses ces sec­teurs d’intérêt conver­gents et diver­gents dans les classes domi­nantes (mais aussi dans les forces du peuple) pour mieux ajus­ter nos stra­té­gies en fonc­tion de cette réa­lité.
  • pour ce faire, créer dans notre mou­ve­ment un comité d’analyse de ces réa­li­tés com­plexes, une néces­sité pour entre­prendre ce tra­vail et aider à déve­lop­per cette alter­na­tive poli­tique de chan­ge­ment struc­tu­rant ?

Une réponse à “Un mouvement populaire pour ou avec les citoyens”

  1. Bertrand Malenfant dit :

    Presque un exploit de rédi­ger un article aussi long et se pré­ten­dant exhaus­tif sans men­tion­ner une fois le mot « socia­lisme » – en par­ti­cu­lier dans les Cahiers du socia­lisme. Aucune men­tion n’est faite non plus de l’objectif des mou­ve­ments radi­caux de la fin des années ’70, soit le socia­lisme, ni de leur échec à lier cet objec­tif aux luttes popu­laires dont ces mou­ve­ments sont issus. Tout comme dans le mou­ve­ment popu­laire actuel on prône le ren­ver­se­ment du capi­ta­lisme (à mots cou­verts) mais sans oser nommer la seule alter­na­tive qui soit, le socia­lisme. On appelle à la socia­li­sa­tion des moyens finan­ciers, de pro­duc­tion et de dif­fu­sion, mais sans la nommer. Le rôle de votre revue se limie-t-il à appuyer Québec soli­daire – par peur des mots ??