Un autre Québec est possible

Par Mis en ligne le 02 février 2011

Différents groupes progressistes ont décidé d’unir leurs voix et leurs actions afin de démontrer qu’en matière de finances publiques et de développement économique, un autre Québec est possible.

Depuis plu­sieurs années, nous assis­tons au Québec à l’expression d’une pensée domi­nante qui répète inlas­sa­ble­ment des man­tras prô­nant le désen­ga­ge­ment de l’État, la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics, le lais­ser-faire éco­no­mique et le tout au marché. Et ce phé­no­mène a pris de l’ampleur à la faveur de la pire crise finan­cière et éco­no­mique mon­diale des soixante der­nières années.

La pré­pa­ra­tion du der­nier budget qué­bé­cois a d’ailleurs donné lieu à une stra­té­gie bien orches­trée de défor­ma­tions fac­tuelles, de contre-véri­tés et de propos alar­mistes de tout genre.Pour résu­mer, nous serions moins riches qu’ailleurs et plus endet­tés, tout en béné­fi­ciant de ser­vices publics et de pro­grammes sociaux plus éten­dus. En somme, selon ce point de vue, nous vivons au-dessus de nos moyens. Et la situa­tion ne pourra qu’empirer avec le vieillis­se­ment de la popu­la­tion.

Le même diag­nos­tic dépri­mant nous est servi quant à l’état de l’économie : pro­duc­ti­vité à la traîne, inves­tis­se­ments ané­miques, démo­gra­phie stag­nante, etc.

Et nous pour­rions conti­nuer lon­gue­ment la lita­nie de nos insuc­cès allé­gués.

Tout cela sert de toile de fond pour jus­ti­fier un virage vers la pri­va­ti­sa­tion et la tari­fi­ca­tion des ser­vices sur la base du prin­cipe d’utilisateur-payeur, et ce, dans le but de faire repo­ser direc­te­ment sur les épaules des usa­gères et des usa­gers une part crois­sante du finan­ce­ment des ser­vices.

Or, ces orien­ta­tions ne peuvent qu’engendrer plus d’inégalités et de pri­va­tions pour les gens moins for­tu­nés, alors même que des droits sociaux et éco­no­miques fon­da­men­taux sont en cause.

L’Alliance sociale pour des solutions progressistes

C’est pour faire contre­poids à ces séances publiques d’autoflagellation que l’Alliance sociale s’est formée. Pour ce faire, nous enten­dons mettre au jeu des solu­tions de rechange qui feront la démons­tra­tion qu’il est néces­saire d’avoir un État fort si l’on veut une éco­no­mie dyna­mique et une meilleure redis­tri­bu­tion de la richesse.

À partir des pré­oc­cu­pa­tions des groupes for­mant l’Alliance, nous avons dégagé des objec­tifs en vue d’infléchir la tra­jec­toire du pro­chain budget du Québec au prin­temps pro­chain.

Compressions et équilibre budgétaires

Le gou­ver­ne­ment doit mettre fin à son pro­gramme de com­pres­sions bud­gé­taires tous azi­muts, car, sous pré­texte d’un retour hâtif à l’équilibre bud­gé­taire, il sabre les ser­vices à la popu­la­tion déjà très fra­gi­li­sés par des années de coupes et de réformes inap­pro­priées en plus de se priver d’instruments pour faire face aux nou­veaux besoins.

La hausse des droits de sco­la­rité est une fausse solu­tion aux pro­blèmes de finan­ce­ment de l’enseignement supé­rieur qui frap­pe­rait de plein fouet les étu­diants les plus dému­nis et leur famille. Cela ne fait que détour­ner l’attention de la néces­sité et de l’urgence de pro­cé­der à des inves­tis­se­ments publics majeurs en édu­ca­tion. Les mêmes besoins pres­sants se font sentir en ce qui a trait aux ser­vices à la petite enfance, aux per­sonnes âgées, ainsi qu’au regard du finan­ce­ment public adé­quat de la santé et des pro­grammes sociaux et d’une fonc­tion publique per­for­mante.

Pour retrou­ver l’équilibre bud­gé­taire, nous devons envi­sa­ger un échéan­cier plus long, d’autant plus que le poids du défi­cit qué­bé­cois par rap­port à son éco­no­mie est l’un des moins élevés des pays indus­tria­li­sés.

Si l’ampleur de la dette que nous léguons aux géné­ra­tions futures doit être prise en compte, nous devons aussi nous pré­oc­cu­per de l’état dans lequel nous leur lais­se­rons les ser­vices publics et les pro­grammes sociaux. Cela aussi fait partie de l’équité entre les géné­ra­tions.

L’équité des mesures fiscales

Alors que des études démontrent que nous payons nos médi­ca­ments trop cher, nous esti­mons que la contri­bu­tion en santé d’un mon­tant de 200 $ par adulte, sans égard au revenu, consti­tue une mesure régres­sive injus­ti­fiée et per­ni­cieuse.

Nous pen­sons aussi que le régime d’imposition pour les contri­buables à très hauts reve­nus devrait être révisé. À titre d’exemple, un 4e palier de 28 % à la table d’imposition pour les reve­nus impo­sables supé­rieurs à 127 000 $ pour­rait être intro­duit, comme cela existe au fédé­ral1. La fis­ca­lité des entre­prises devrait aussi être res­ser­rée dans le but de res­treindre l’évitement fiscal et les échap­pa­toires de toutes sortes.

Autres mesures

De même, nous vou­drons nous assu­rer que l’exploitation de nos res­sources natu­relles dans une pers­pec­tive de déve­lop­pe­ment durable entraîne les retom­bées éco­no­miques pour la popu­la­tion et l’État qué­bé­cois.

Il faut aussi faire en sorte que le gou­ver­ne­ment fédé­ral rehausse sub­stan­tiel­le­ment sa contri­bu­tion pour sou­te­nir les pro­vinces tout en res­pec­tant leur juri­dic­tion.

Le développement économique

Nous atten­dons des mesures fortes pour assu­rer la vita­lité du sec­teur manu­fac­tu­rier et favo­ri­ser la créa­tion d’emplois dans une pers­pec­tive de déve­lop­pe­ment durable. Nous atten­dons des mesures qui valo­risent le savoir-faire qué­bé­cois, qui encou­ragent la moder­ni­sa­tion des équi­pe­ments et l’accès aux tech­no­lo­gies. Des mesures qui recon­naissent la vita­lité de nos entre­prises de ser­vice, des mesures qui sti­mulent l’économie sociale.

Pour cela, nous comp­tons sur la mise en place d’un dia­logue social qui pri­vi­lé­gie­rait la véri­table contri­bu­tion des tra­vailleuses et des tra­vailleurs au déve­lop­pe­ment de l’organisation du tra­vail et de l’innovation dans les entre­prises.

Les direc­tions d’entreprises et des ins­ti­tu­tions publiques doivent favo­ri­ser le main­tien des emplois et s’engager réso­lu­ment à inves­tir dans la for­ma­tion. En favo­ri­sant ainsi le déve­lop­pe­ment des com­pé­tences des tra­vailleuses et des tra­vailleurs pour mieux faire face aux muta­tions du marché du tra­vail et aux enjeux envi­ron­ne­men­taux de plus en plus pré­sents, ce sont des emplois de qua­lité que nous assu­rons.

Voilà une façon concrète non seule­ment de créer de la richesse, mais éga­le­ment de mieux la répar­tir.

Nous sommes conscients des dif­fi­cul­tés aux­quelles la société qué­bé­coise est confron­tée. Nous avons aussi conscience des défis qui se posent, en par­ti­cu­lier en matière de conci­lia­tion entre l’économie et l’environnement. Nous dési­rons rele­ver ces défis, comme nous l’avons fait col­lec­ti­ve­ment par le passé avec un succès cer­tain. Mais nous ne lais­se­rons pas sac­ca­ger nos ser­vices publics et nos pro­grammes sociaux, tout comme nous favo­ri­se­rons le ren­for­ce­ment des leviers d’intervention éco­no­mique de l’État.

Nous croyons fer­me­ment que des solu­tions pro­gres­sistes peuvent être appor­tées pour per­mettre à la société de conti­nuer d’avancer.

Des actions partout au Québec

Chacun des membres de l’Alliance sociale mènera, au cours des pro­chains mois, diverses actions de visi­bi­lité afin de sen­si­bi­li­ser la popu­la­tion du Québec à propos de l’alternative au dis­cours domi­nant sur les finances publiques et d’ici le prin­temps, des actions conver­gentes de tous les groupes seront menées sur des bases régio­nales ou natio­nale.

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Québec : 16 % jusqu’à 38 570 $ de revenu impo­sable, 20 % jusqu’à 77 140 et 24 % au-delà.
Fédéral : 15 % jusqu’à 40 970, 22 % jusqu’à 81 941, 26 % jusqu’à 127 021, et 29 % au-delà.

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