« Trou Story » ou la vérité sur les luttes syndicales dans le secteur minier

Par Mis en ligne le 18 décembre 2011

Tous ceux et celles qui ont vu le film de Richard Desjardins « Trou Story » auront été à même de consta­ter à quel point les entre­prises minières ont, à une cer­taine époque, exploité les tra­vailleurs et les muni­ci­pa­li­tés d’accueil de ces pro­jets miniers. Il nous est pos­sible éga­le­ment de consta­ter à quel point les condi­tions de tra­vail des mineurs et les condi­tions de vie des habi­tants de ces muni­ci­pa­li­tés d’accueil étaient pour le moins exé­crables. Pendant ce temps, les entre­prises s’en met­taient plein les poches avec la com­pli­cité des gou­ver­ne­ments ! Il aura fallu le cou­rage et la déter­mi­na­tion de quelques mineurs pour que s’initie, contre vents et marées, une lutte syn­di­cale qui, à terme, aura permis aux tra­vailleurs d’améliorer leurs condi­tions de tra­vail et d’influer sur les condi­tions de vie des habi­tants de ces muni­ci­pa­li­tés et sur les muni­ci­pa­li­tés elles-mêmes.

Peut-on faire des paral­lèles avec la situa­tion actuelle ?

Bien sûr, nous pou­vons affir­mer que les choses ont gran­de­ment changé et que les luttes du passé per­mettent à tous les tra­vailleurs et tra­vailleuses de béné­fi­cier de bien meilleures condi­tions de tra­vail. Cependant, per­sonne n’a fait de cadeaux aux tra­vailleurs des mines en Ontario, non plus à ceux du Nord-Ouest qué­bé­cois. Le syn­di­cat des Métallos (FTQ), qui a vu à la pré­pa­ra­tion syn­di­cale des tra­vailleurs et qui les a sou­te­nus dans leur lutte, aura été la pierre angu­laire des chan­ge­ments impor­tants sur­ve­nus dans les condi­tions de vie des tra­vailleurs de ce sec­teur et dans celles des habi­tants de ces régions.

Sans la pré­sence syn­di­cale, il est clair que les com­pa­gnies minières ne seraient pas plus enclines que celles qui figurent dans le film à socia­li­ser le fruit de durs labeurs de ces tra­vailleurs, qui, recon­nais­sons-le, tra­vaillent tou­jours dans des condi­tions com­por­tant des risques pour la santé et la sécu­rité, et ce malgré le fait que leurs condi­tions se soient net­te­ment amé­lio­rées. Toutefois, il importe de men­tion­ner que, selon les sta­tis­tiques recueillies en 2010, il y aurait davan­tage de risques dans les mines non syn­di­quées puisque la quasi-tota­lité des acci­dents mor­tels sont sur­ve­nus dans des mines non syn­di­quées. Comme quoi les avan­tages sala­riaux consen­tis par les entre­prises, comme moyen pour frei­ner la syn­di­ca­li­sa­tion, sont bien loin de régler tous les pro­blèmes, les tra­vailleurs non syn­di­qués sont davan­tage expo­sés aux risques.

Certaines entre­prises se sont dites offen­sées par ce film, affir­mant que Richard Desjardins avait omis de men­tion­ner que la situa­tion actuelle était toute autre. Bien sûr, beau­coup d’aspects ont changé, mais reste-t-il des choses à faire ? Certainement. Ceux qui ont été offus­qués par le film n’ont qu’à lire le rap­port du véri­fi­ca­teur géné­ral sur le sec­teur minier : ils pour­ront consta­ter d’où Richard Desjardins a tiré ses sta­tis­tiques et com­pren­dront les craintes et la méfiance d’une partie de la popu­la­tion envers cette industrie.

Il est impor­tant de recon­naître l’apport éco­no­mique du sec­teur minier pour la région et pour le Québec tout entier. Heureusement que cette indus­trie se porte bien actuel­le­ment, sans quoi la région aurait été pra­ti­que­ment déser­tée par une partie de la popu­la­tion, le sec­teur fores­tier étant lui-même en crise depuis trop longtemps.

La suite des choses ou du film appar­tient au gou­ver­ne­ment du Québec et aux entre­prises minières

Une fois que nous avons reconnu l’importance du sec­teur minier pour la région et pour le Québec, il n’en demeure pas moins que c’est au gou­ver­ne­ment du Québec qu’il revient d’agir davan­tage comme le pro­tec­teur du bien col­lec­tif en met­tant en place une loi sur les mines modernes qui réponde aux besoins de la popu­la­tion, per­met­tant une meilleure exploi­ta­tion de nos res­sources minières. Certains irri­tants sou­le­vés dans le film concernent d’une part les conflits d’usage, et d’autre part la pri­mauté des droits des uns sur les autres. De plus, des mesures doivent être prises pour s’assurer que plus jamais nous n’ayons à payer pour prendre soin des sites aban­don­nés par des entre­prises sans scru­pule, qui sont par­ties avec les capi­taux en lais­sant der­rière elles leurs déchets envi­ron­ne­men­taux. Le défi­cit de cré­di­bi­lité dont souffrent les entre­prises en ce moment est dû à leurs pairs qui ont laissé le Québec et les Québécois avec des fac­tures au lieu de redevances.

Le gou­ver­ne­ment doit aussi trou­ver une solu­tion pour s’assurer que tous les Québécois et Québécoises béné­fi­cient davan­tage de l’exploitation des res­sources natu­relles, mais sur­tout pour que ceux et celles qui vivent en région et près des sites soient les pre­miers à béné­fi­cier des retom­bées éco­no­miques de ces exploi­ta­tions et les pre­miers consul­tés sur les pro­jets. L’autre défi consiste à trou­ver un équi­libre entre l’environnement et le déve­lop­pe­ment de l’économie sur une pers­pec­tive à long terme plutôt qu’à court terme, c’est ce que sou­haite une grande partie de la popu­la­tion de la région. Maximiser les retom­bées, c’est aussi maxi­mi­ser la trans­for­ma­tion des pro­duits extraits du sous-sol.

Saluer l’apport du mou­ve­ment syn­di­cal dans l’amélioration des condi­tions de vie aujourd’hui comme hier

Quoi qu’il en soit, en tant que syn­di­ca­liste, je suis fier de l’hommage bien mérité rendu aux tra­vailleurs et aux luttes syn­di­cales. Il serait erroné de croire qu’aujourd’hui, les luttes syn­di­cales sont dépas­sées, et rien ne serait plus faux que de pré­tendre que tout ce que nous pos­sé­dons nous est acquis. Le pro­grès que nous sommes en mesure de consta­ter est aussi fra­gile qu’à l’époque. Il existe encore et tou­jours des poli­ti­ciens de droite et des entre­prises qui refusent de socia­li­ser les pro­fits, et qui font tout ce qu’ils peuvent pour empê­cher les tra­vailleurs de se pré­va­loir de droits pour­tant recon­nus, soit le droit d’association et de la libre négo­cia­tion. Le dis­cours anti­syn­di­cal, tout aussi pré­sent qu’au début du siècle der­nier, nous oblige tous à conti­nuer la lutte, sans quoi nous consta­te­rons rapi­de­ment l’avidité des entre­prises et des gou­ver­ne­ments en place qui se sont trop sou­vent faits com­plices de cette voracité.

Aujourd’hui comme hier, au Québec comme ailleurs, le mou­ve­ment syn­di­cal a joué et conti­nue de jouer un rôle qui va bien au-delà de négo­cier des conven­tions col­lec­tives : c’est sans doute ce qui fait du mou­ve­ment la cible favo­rite de ceux qui, tout comme autre­fois, sou­hai­te­raient s’accaparer pour eux seuls la richesse collective.

Gilles Chapadeau
Conseiller régio­nal FTQ pour l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec

16 novembre 2011

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