Travail précaire et syndicalisme

Par Mis en ligne le 20 février 2012

Dans la « nou­velle com­bi­na­toire pro­duc­tive » propre à l’après-fordisme et mar­quée par un virage vers une poli­tique éco­no­mique néo­li­bé­rale, on assiste à une pré­ca­ri­sa­tion du tra­vail qui résulte d’une dyna­mique de cen­tri­fu­ga­tion de l’emploi vers les mar­chés péri­phé­riques du tra­vail et qui concoure à la pro­li­fé­ra­tion de formes dif­fé­ren­ciées d’intégration à l’emploi (Durand, 2004). Cette trans­for­ma­tion est struc­tu­relle, les périodes de reprise éco­no­mique ne créant pas suf­fi­sam­ment d’emplois per­ma­nents à temps plein pour empê­cher la pro­gres­sion — sur le long terme — des formes d’emplois aty­piques. La part de l’emploi aty­pique dans l’emploi total est ainsi passée de 16,7 % à 37.2 % entre 1976 et 2008.

Plus encore, le retour au lais­sez-faire et l’abandon par l’État de sa vel­léité d’encadrement du tra­vail par l’encastrement du marché font en sorte que les tra­vailleurs et tra­vailleuses aty­piques souffrent de nom­breux défi­cits : moindre rému­né­ra­tion, accès res­treint aux régimes d’avantages sociaux privés, éli­gi­bi­lité par­tielle aux régimes publics de pro­tec­tion sociale, à la repré­sen­ta­tion syn­di­cale et à la négo­cia­tion. Centrifugation de l’emploi vers les mar­chés péri­phé­riques du tra­vail et pré­ca­ri­sa­tion sont ainsi deux facettes d’une nou­velle réa­lité mar­quée éga­le­ment par une dyna­mique de rehié­rar­chi­sa­tion des rap­ports entre les tra­vailleurs sur la base du sexe et de l’âge et par une logique d’individualisation crois­sante des rela­tions de tra­vail qui tendent à se remar­chan­di­ser.

Face à cette trans­for­ma­tion struc­tu­relle, le renou­vel­le­ment du syn­di­ca­lisme passe prio­ri­tai­re­ment par l’amélioration de l’offre syn­di­cale auprès des tra­vailleurs aty­piques. C’est ainsi que plu­sieurs pen­seurs du syn­di­ca­lisme invitent les orga­ni­sa­tions syn­di­cales à se recen­trer sur l’importance « d’intégrer des caté­go­ries nou­velles et autre­fois négli­gées de tra­vailleurs en s’étendant « vers le bas », c’est-à-dire vers les tra­vailleurs pré­caires sur les mar­chés secon­daires du tra­vail ».

Extrait de l’article paru dans le numéro 7 des NCS

Les commentaires sont fermés.