Un bilan d’échec du sommet de Durban sur le climat

Toujours plus de « capitalisme vert » !

Par , Mis en ligne le 21 décembre 2011

On va sauver les mar­chés et non le climat. C’est ainsi que nous pour­rions résu­mer les constats sur la 17e Conférence des Parties (COP17) de la Convention-cadre des Nations unies sur le chan­ge­ment cli­ma­tique (UNFCCC) qui s’est dérou­lée à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 10 décembre. Il y a un contraste sai­sis­sant entre la réponse rapide que les gou­ver­ne­ments et les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales ont donné lors de l’éclatement de la crise éco­no­mique et finan­cière de 2007-08 en ren­flouant des banques pri­vées avec de l’argent public et l’immobilisme dont ils font preuve face au chan­ge­ment cli­ma­tique. Cela ne devrait pour­tant pas nous sur­prendre, car dans un cas comme dans l’autre ce sont les mêmes mar­chés et leurs gou­ver­ne­ments com­plices qui sortent gagnants.

Au sommet de Durban, il y avait deux thèmes cen­traux : d’une part, l’avenir du Protocole de Kyoto qui prend fin en 2012 ainsi que la capa­cité de mettre en place des méca­nismes pour réduire les émis­sions de gaz à effet de serre, et, d’autre part, le lan­ce­ment du Fonds vert pour le climat approuvé lors du pré­cé­dent sommet de Cancun (Mexique) avec l’objectif théo­rique de sou­te­nir les pays les plus pauvres face aux consé­quences du chan­ge­ment cli­ma­tique, cela au moyen de pro­jets dits d’atténuation et d’adaptation.

Après Durban nous pou­vons affir­mer qu’une deuxième phase du Protocole de Kyoto est restée vide de contenu : on a reporté toute action réelle jusqu’en 2020 et on a refusé tout ins­tru­ment contrai­gnant de réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre. C’est ainsi que l’ont voulu les repré­sen­tants des pays les plus pol­luants, à la tête des­quels se trouvent les Etats-Unis, qui plai­daient en faveur d’un accord de réduc­tions volon­taires et qui se sont oppo­sés à tout méca­nisme contrai­gnant. Le Protocole de Kyoto était déjà insuf­fi­sant et son appli­ca­tion stricte n’aurait conduit qu’à un ralen­tis­se­ment infime du réchauf­fe­ment global. Mais main­te­nant, nous sommes enga­gés sur une voie qui ne peut que péjo­rer la situation.

En ce qui concerne le Fonds vert pour le climat, dans un pre­mier temps, les pays riches se sont enga­gés à contri­buer à hau­teur de 30 mil­liards de dol­lars en 2012 et 100 mil­liards par année jusqu’en 2020. De toute manière, ces sommes sont consi­dé­rées comme insuf­fi­santes. Mais la pro­ve­nance de ces fonds publics n’a pas été déter­mi­née. Dès lors, les portes sont grandes ouvertes aux inves­tis­se­ments privés et à une ges­tion par la Banque mon­diale. Comme l’ont déjà fait remar­quer les orga­ni­sa­tions sociales, il s’agit là d’une stra­té­gie pour « trans­for­mer le Fonds vert pour le climat en un Fonds patro­nal vorace ». Une fois de plus on pré­tend faire des pro­fits avec le climat et avec la pol­lu­tion envi­ron­ne­men­tale [les banques d’investissement ont déjà mis au point toute une série d’instruments finan­ciers pour inter­ve­nir sur ce qui est nommé le marché du car­bone, des émis­sions, etc.].

Un autre exemple de cette mar­chan­di­sa­tion du climat a été l’aval donné par l’ONU au cap­tage-sto­ckage du CO2 en tant que méca­nisme pour un déve­lop­pe­ment dit propre, alors que cette pro­cé­dure ne vise pas à réduire les émis­sions et contri­buera à appro­fon­dir la crise envi­ron­ne­men­tale, sur­tout dans des pays du Sud qui sont les can­di­dats à deve­nir des futurs cime­tières de CO2.

Les résul­tats du Sommet entraînent par consé­quent un accrois­se­ment du capi­ta­lisme vert. Comme le dénon­çait le mili­tant et intel­lec­tuel sud-afri­cain Patrick Bond : « La ten­dance à la mar­chan­di­sa­tion de la nature est deve­nue le point de vue phi­lo­so­phique domi­nant dans la gou­ver­nance mon­diale envi­ron­ne­men­tale. » A Durban, on a répété le scé­na­rio des som­mets pré­cé­dents, comme ceux de Cancun en 2010 et de Copenhague en 2009, où les inté­rêts des grandes trans­na­tio­nales, des ins­ti­tu­tions finan­cières inter­na­tio­nales et des élites du monde finan­cier, aussi bien du Nord que du Sud, ont la prio­rité sur les néces­si­tés col­lec­tives des peuples et sur l’avenir de la planète.

A Durban, notre avenir était en jeu, mais aussi notre pré­sent. Les ravages du chan­ge­ment cli­ma­tique font déjà sentir leurs effets, dont la libé­ra­tion de mil­lions de tonnes de méthane de l’Arctique, un gaz 20 fois plus puis­sant que le CO2 du point de vue du réchauf­fe­ment atmo­sphé­rique, et la fonte des gla­ciers ainsi que des calottes gla­ciaires qui élève le niveau de la mer. Ces effets aug­mentent déjà l’ampleur des migra­tions for­cées. Si en 1995 il y avait envi­ron 25 mil­lions de migrants cli­ma­tiques, ce chiffre a doublé aujourd’hui, avec 50 mil­lions. En 2050, ce nombre pour­rait se situer entre 200 mil­lions et 1 mil­liard de per­sonnes déplacées.

Tous les indi­ca­teurs montrent que nous allons vers un réchauf­fe­ment global incon­trôlé supé­rieur à 2°, et qui pour­rait atteindre envi­ron 4° à la fin du siècle, ce qui déclen­chera très pro­ba­ble­ment, selon les scien­ti­fiques, des impacts ingé­rables, comme une montée très impor­tante du niveau de la mer. Nous ne pou­vons pas attendre l’année 2020 pour com­men­cer à prendre des mesures concrètes.

Mais face au manque de volonté poli­tique pour jugu­ler le chan­ge­ment cli­ma­tique, les résis­tances ne tarissent pour­tant pas. Parallèlement au mou­ve­ment Occupy Wall Street et à la vague d’indignation qui par­court l’Europe et le monde, nombre d’activistes et de mou­ve­ments sociaux se sont ren­con­trés quo­ti­dien­ne­ment dans un forum à quelques mètres du centre où se tenait la confé­rence offi­cielle. Ils ont placé leur ini­tia­tive sous le titre « Occupy COP17 ». Ce point de ren­contre a ras­sem­blé nombre de par­ti­ci­pants allant des pay­sannes qui luttent pour leurs droits jusqu’aux repré­sen­tants de petits Etats insu­laires comme les Seychelles, Grenade ou la République de Nauru (Océanie-Micronésie) qui sont mena­cés par une montée immi­nente du niveau de la mer, en pas­sant par des militant·e·s contre la dette exté­rieure qui réclament la recon­nais­sance ainsi que la res­ti­tu­tion par le Nord d’une dette éco­lo­gique au Sud.

Le mou­ve­ment pour la Justice cli­ma­tique montre la néces­sité de pri­vi­lé­gier nos vies et la pla­nète par rap­port à la mar­chan­di­sa­tion de la nature et des biens com­muns. Le capi­ta­lisme et ses élites se montrent inca­pables de four­nir une réponse d’ensemble à la crise socio-cli­ma­tique à laquelle nous a conduit la logique pro­duc­ti­viste et pré­da­trice du sys­tème. Si nous ne vou­lons pas l’exacerbation de cette crise cli­ma­tique, avec toutes ses consé­quences, il faut chan­ger ce sys­tème à la racine. Le mili­tant éco­lo­giste reconnu Nnimmo Bassey l’a dit très clai­re­ment : « Le sommet a ampli­fié l’apartheid cli­ma­tique, où le 1% le plus riche du monde a décidé qu’il était accep­table de sacri­fier le 99% restant. »

Josep Maria Antentas et Esther Vivas


* Article publié par Público le 13/12/2011 et repro­duit dans sa ver­sion ori­gi­nale en espa­gnol sur le site de Viento Sur :
http://​www​.vien​to​sur​.info/​a​r​t​i​culos…

* Traduction A l’Encontre.

* Josep Maria Antentas, pro­fes­seur de socio­lo­gie de l’Université Autonome de Barcelona, et Esther Vivas est membre du Centre d’Etudes sur les Mouvements sociaux de l’Université Pompeu Fabra.

+ +info : http://​esther​vi​vas​.word​press​.com

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