Toronto est en flammes ! L’est-elle vraiment ?

Par Mis en ligne le 01 juillet 2010

Et tandis que les flics anti­émeutes avaient des bou­cliers, des vélos et des mil­liers de dol­lars en armures pour se pro­té­ger des mani­fes­tants paci­fiques res­tants, ils ont d’une façon ou d’une autre eu trop peur de nous et ont aban­donné les voi­tures de police…

Pour les gens assis dans le confort de leur demeure regar­dant les nou­velles à la télé­vi­sion hier soir, Toronto brû­lait. La même voi­ture de police sur Queen Street Ouest a brûlé encore et encore. Les mêmes images d’un jeune homme qui fai­sait écla­ter les fenêtres d’un Starbuck avec une grande vio­lence ont été dif­fu­sées encore et encore. Nous pou­vions voir toutes les fenêtres bri­sées le long de Yong Street. Aucun d’entre nous n’avait jamais vu Toronto dans un tel état. C’était pour le moins cho­quant.

Oleniuk Lucas, Toronto Star

La plu­part des 400 mani­fes­tants arrê­tés la nuit der­nière et d’autres qui ont pu éviter l’arrestation n’ont pas été témoins de cette vio­lence. De leur point de vu, ils étaient face à un état poli­cier violent.

Ces mili­tants incon­tes­ta­ble­ment paci­fiques résis­taient aux forces poli­cières pour leur droit d’accès à Queen Street. Ils croient que les gens ont le droit de mani­fes­ter dans un endroit où les diri­geants poli­tiques peuvent les entendre. Ils n’avaient rien à faire avec les voi­tures de police incen­diées ou les fenêtres bri­sées.

L’Hôte de TVO, Steve Paiken, était au Novotel la nuit der­nière en com­pa­gnie de mani­fes­tants paci­fiques. Il a écrit sur twit­ter : ’’Honte à ceux qui ont ordonné l’attaque et l’arrestation de mili­tants paci­fiques. Cela est inco­hé­rent avec la démo­cra­tie à Toronto, avec ou sans G20.’’

J’étais sur Queen Ouest coin Spadina quand le trouble a com­mencé. David Fernandez a écrit un excellent compte rendu de ce qui s’est pro­duit sur sa page face­book.

’’Revenons en arrière juste avant que l’émeute ne débute. Des mil­liers d’entre nous mar­chions dans un doux mou­ve­ment de groupe jusqu’à ce que nous arri­vions à l’intersection de Spadina et Queen. Des gens du mou­ve­ment syn­di­cal ont essayé en vain d’encourager les mar­cheurs à recu­ler en direc­tion de Queens Park, mais l’ambiance était sans équi­voque. Plusieurs mil­liers de mani­fes­tants étaient inté­res­sés à s’approcher du sommet et à lais­ser savoir aux poli­ciers que nous ne nous lais­se­rions pas inti­mi­der.

Mais rien d’officiel n’était prévu. Les mani­fes­tants du mou­ve­ment syn­di­cal ont remonté la rue lais­sant des mil­liers de mar­cheurs dans la confu­sion par rap­port à ce qu’il fal­lait faire ensuite. Dans cette confu­sion des cen­taines de per­sonnes ont changé de vête­ments et ont des­cendu Queen street ensemble en cou­rant pen­dant que des mil­liers de poli­ciers anti­émeutes se sont tassés et ont laissé la foule détruire les banques et sac­ca­ger Yonge Street.

Et tandis que les flics anti­émeutes avaient des bou­cliers, des vélos et des mil­liers de dol­lars en armures pour se pro­té­ger des mani­fes­tants paci­fiques res­tants, ils ont d’une façon ou d’une autre eu trop peur de nous et ont aban­donné les voi­tures de police. ’’

Le porte-parole de la police a dit au ’’Metro Morning’’ aujourd’hui qu’ils ont attendu à plus tard lorsque c’était plus sécu­ri­taire de faire des arres­ta­tions, mais cela ne peut s’avérer véri­dique. J’étais pré­sente et comme David je crois que les poli­ciers auraient pu arrê­ter le Black Bloc dès le début de leur action, mais ils ont aban­donné leurs voi­tures et ils ont laissé le tout brûler sans même appe­ler le dépar­te­ment des incen­dies, et ce, jusqu’à ce que les médias aient plu­sieurs pho­to­gra­phies. Ils avaient un canon à eau, mais ils n’ont même pas dai­gner uti­li­ser l’extincteur. Pourquoi ?

Un com­men­taire au média hier soir de la part du porte-parole des forces poli­cières nous en dit sur une partie de l’histoire. ’’Nous n’avons jamais essayé de res­treindre le droit légi­time des gens à la pro­tes­ta­tion. Tout ce que vous avez à faire c’est d’allumer votre télé­vi­seur pour voir ce qui se pro­duit main­te­nant. Les voi­tures de police se font incen­dier, les immeubles se font van­da­li­ser, des gens se font tabas­ser et la soi-disante inti­mi­dante pré­sence poli­cière ne fait que res­tau­rer l’ordre. Voilà la vérité sur le ter­rain.’’

La police joue dans la sphère poli­tique, jus­ti­fiant les dépenses et répon­dant aux cri­tiques qui ont émergé toute la semaine sur le pou­voir exces­sif et arbi­traire des forces poli­cières. Une force poli­cière poli­ti­sée est inac­cep­table dans une société démo­cra­tique. Il y a de sérieuses ques­tions qui doivent être répon­dues et il n’y a pas eu jusqu’à pré­sent de réponses satis­fai­santes.

La popu­la­tion était sous le choc la nuit der­nière devant une ville com­plè­te­ment hors de contrôle, mais la police de Toronto — sans toutes les dépenses colos­sales, les poli­ciers sup­plé­men­taires d’à tra­vers le pays et les jouets sophis­ti­qués — ont main­tenu la paix dans des émeutes qui impli­quaient beau­coup plus de per­sonnes et dans des cen­taines de mani­fes­ta­tions beau­coup plus larges et sou­vent en colère. Je suis en désac­cord avec le fait d’incendier des voi­tures de police et de briser des voi­tures et j’ai débattu de ces tac­tiques depuis des décen­nies avec des per­sonnes qui pen­saient qu’ils accom­plis­saient quelque chose. Mais la plus grande ques­tion ici est : pour­quoi la police a-t-elle laissé cela se pro­duire ? Et ne faites pas d’erreur ici, la police a laissé cela se pro­duire. Pourquoi la police a-t-elle laissé la ville deve­nir hors de contrôle ? Et ils l’ont laissé deve­nir hors de contrôle. La police savait exac­te­ment ce qui se pro­dui­rait et com­ment.

Christopher Watt était pré­sent quand la pre­mière voi­ture de police à été incen­diée.

’’Les offi­ciers se sont regrou­pés et ont formé une ligne. Un second piquet d’officiers s’est aligné der­nière eux fai­sant face à la foule où je me trou­vais. Ils ont com­mencé à avan­cer, mais n’ont pas net­toyé la rue. Ils ont filé aban­don­nant deux voi­tures de police incluant celle avec le pare-brise endom­magé.

Dans des moments comme celui-ci, quelqu’un doit prendre une déci­sion. À ce moment c’était un homme avec des ‘’dread­locks’’ sans chan­dail et avec de la pein­ture rouge sur le torse. Il a avancé vers la voi­ture de police et a saisi l’émetteur de la radio de police.

À l’instar de l’homme aux ‘’dread­locks’’, quelqu’un d’autre a pris ce qui res­sem­blait à un dos­sier en cuir de l’intérieur de la voi­ture et a jeté son contenu sur le coffre. Un jeune avec des lunettes de soleil, le visage cou­vert par un fou­lard, a ins­pecté la pape­rasse. Peu de temps après, les voi­tures seront en feu. (Le capu­chon pour le gaz semble avoir été retiré de l’une des voi­tures avant même que la foule se soit dépla­cée) »

C’était une tem­pête tout à fait par­faite. Une pré­sence poli­cière mas­sive moti­vée par de ’’dan­ge­reux anar­chistes’’ après une semaine de mani­fes­ta­tions paci­fiques. Pas plus d’une cen­taine, pro­ba­ble­ment moins, de jeunes hommes qui croient que de vio­lentes confron­ta­tions avec la police crée­ront une radi­ca­li­sa­tion et met­tront à jour la vio­lence de l’État. Une nou­velle géné­ra­tion de jeunes gens deviennent acti­vistes en croyant vivre dans une société démo­cra­tique et sont cho­qués par le degré de la vio­lence poli­cière déployée pour les arrê­ter.

Mais ce sont les forces poli­cières qui ont laissé une poi­gnée de gens uti­li­sant les tac­tiques du Black Bloc se déchaî­ner pour ensuite uti­li­ser les voi­tures de police en feu et les images de vio­lence comme une cam­pagne média­tique pour convaincre les gens de Toronto que le coût exces­sif de la pré­sence poli­cière était néces­saire. Ils savaient ce qui allait se pro­duire et com­ment ça allait se pro­duire. C’est la police qui est res­pon­sable pour ce qui s’est pro­duit hier soir. Ils étaient res­pon­sables de garder la paix et ils ont omis de le faire.

Traduction de l’anglais:Pascale Rioux-Oliver
Source : rabble​.ca – 29 juin 2010

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