Toronto est en flammes ! L’est-elle vraiment ?

Et tandis que les flics antiémeutes avaient des boucliers, des vélos et des milliers de dollars en armures pour se protéger des manifestants pacifiques restants, ils ont d’une façon ou d’une autre eu trop peur de nous et ont abandonné les voitures de police…

Pour les gens assis dans le confort de leur demeure regardant les nouvelles à la télévision hier soir, Toronto brûlait. La même voiture de police sur Queen Street Ouest a brûlé encore et encore. Les mêmes images d’un jeune homme qui faisait éclater les fenêtres d’un Starbuck avec une grande violence ont été diffusées encore et encore. Nous pouvions voir toutes les fenêtres brisées le long de Yong Street. Aucun d’entre nous n’avait jamais vu Toronto dans un tel état. C’était pour le moins choquant.

Oleniuk Lucas, Toronto Star

La plupart des 400 manifestants arrêtés la nuit dernière et d’autres qui ont pu éviter l’arrestation n’ont pas été témoins de cette violence. De leur point de vu, ils étaient face à un état policier violent.

Ces militants incontestablement pacifiques résistaient aux forces policières pour leur droit d’accès à Queen Street. Ils croient que les gens ont le droit de manifester dans un endroit où les dirigeants politiques peuvent les entendre. Ils n’avaient rien à faire avec les voitures de police incendiées ou les fenêtres brisées.

L’Hôte de TVO, Steve Paiken, était au Novotel la nuit dernière en compagnie de manifestants pacifiques. Il a écrit sur twitter : ’’Honte à ceux qui ont ordonné l’attaque et l’arrestation de militants pacifiques. Cela est incohérent avec la démocratie à Toronto, avec ou sans G20.’’

J’étais sur Queen Ouest coin Spadina quand le trouble a commencé. David Fernandez a écrit un excellent compte rendu de ce qui s’est produit sur sa page facebook.

’’Revenons en arrière juste avant que l’émeute ne débute. Des milliers d’entre nous marchions dans un doux mouvement de groupe jusqu’à ce que nous arrivions à l’intersection de Spadina et Queen. Des gens du mouvement syndical ont essayé en vain d’encourager les marcheurs à reculer en direction de Queens Park, mais l’ambiance était sans équivoque. Plusieurs milliers de manifestants étaient intéressés à s’approcher du sommet et à laisser savoir aux policiers que nous ne nous laisserions pas intimider.

Mais rien d’officiel n’était prévu. Les manifestants du mouvement syndical ont remonté la rue laissant des milliers de marcheurs dans la confusion par rapport à ce qu’il fallait faire ensuite. Dans cette confusion des centaines de personnes ont changé de vêtements et ont descendu Queen street ensemble en courant pendant que des milliers de policiers antiémeutes se sont tassés et ont laissé la foule détruire les banques et saccager Yonge Street.

Et tandis que les flics antiémeutes avaient des boucliers, des vélos et des milliers de dollars en armures pour se protéger des manifestants pacifiques restants, ils ont d’une façon ou d’une autre eu trop peur de nous et ont abandonné les voitures de police. ’’

Le porte-parole de la police a dit au ’’Metro Morning’’ aujourd’hui qu’ils ont attendu à plus tard lorsque c’était plus sécuritaire de faire des arrestations, mais cela ne peut s’avérer véridique. J’étais présente et comme David je crois que les policiers auraient pu arrêter le Black Bloc dès le début de leur action, mais ils ont abandonné leurs voitures et ils ont laissé le tout brûler sans même appeler le département des incendies, et ce, jusqu’à ce que les médias aient plusieurs photographies. Ils avaient un canon à eau, mais ils n’ont même pas daigner utiliser l’extincteur. Pourquoi ?

Un commentaire au média hier soir de la part du porte-parole des forces policières nous en dit sur une partie de l’histoire. ’’Nous n’avons jamais essayé de restreindre le droit légitime des gens à la protestation. Tout ce que vous avez à faire c’est d’allumer votre téléviseur pour voir ce qui se produit maintenant. Les voitures de police se font incendier, les immeubles se font vandaliser, des gens se font tabasser et la soi-disante intimidante présence policière ne fait que restaurer l’ordre. Voilà la vérité sur le terrain.’’

La police joue dans la sphère politique, justifiant les dépenses et répondant aux critiques qui ont émergé toute la semaine sur le pouvoir excessif et arbitraire des forces policières. Une force policière politisée est inacceptable dans une société démocratique. Il y a de sérieuses questions qui doivent être répondues et il n’y a pas eu jusqu’à présent de réponses satisfaisantes.

La population était sous le choc la nuit dernière devant une ville complètement hors de contrôle, mais la police de Toronto — sans toutes les dépenses colossales, les policiers supplémentaires d’à travers le pays et les jouets sophistiqués — ont maintenu la paix dans des émeutes qui impliquaient beaucoup plus de personnes et dans des centaines de manifestations beaucoup plus larges et souvent en colère. Je suis en désaccord avec le fait d’incendier des voitures de police et de briser des voitures et j’ai débattu de ces tactiques depuis des décennies avec des personnes qui pensaient qu’ils accomplissaient quelque chose. Mais la plus grande question ici est : pourquoi la police a-t-elle laissé cela se produire ? Et ne faites pas d’erreur ici, la police a laissé cela se produire. Pourquoi la police a-t-elle laissé la ville devenir hors de contrôle ? Et ils l’ont laissé devenir hors de contrôle. La police savait exactement ce qui se produirait et comment.

Christopher Watt était présent quand la première voiture de police à été incendiée.

’’Les officiers se sont regroupés et ont formé une ligne. Un second piquet d’officiers s’est aligné dernière eux faisant face à la foule où je me trouvais. Ils ont commencé à avancer, mais n’ont pas nettoyé la rue. Ils ont filé abandonnant deux voitures de police incluant celle avec le pare-brise endommagé.

Dans des moments comme celui-ci, quelqu’un doit prendre une décision. À ce moment c’était un homme avec des ‘’dreadlocks’’ sans chandail et avec de la peinture rouge sur le torse. Il a avancé vers la voiture de police et a saisi l’émetteur de la radio de police.

À l’instar de l’homme aux ‘’dreadlocks’’, quelqu’un d’autre a pris ce qui ressemblait à un dossier en cuir de l’intérieur de la voiture et a jeté son contenu sur le coffre. Un jeune avec des lunettes de soleil, le visage couvert par un foulard, a inspecté la paperasse. Peu de temps après, les voitures seront en feu. (Le capuchon pour le gaz semble avoir été retiré de l’une des voitures avant même que la foule se soit déplacée)  »

C’était une tempête tout à fait parfaite. Une présence policière massive motivée par de ’’dangereux anarchistes’’ après une semaine de manifestations pacifiques. Pas plus d’une centaine, probablement moins, de jeunes hommes qui croient que de violentes confrontations avec la police créeront une radicalisation et mettront à jour la violence de l’État. Une nouvelle génération de jeunes gens deviennent activistes en croyant vivre dans une société démocratique et sont choqués par le degré de la violence policière déployée pour les arrêter.

Mais ce sont les forces policières qui ont laissé une poignée de gens utilisant les tactiques du Black Bloc se déchaîner pour ensuite utiliser les voitures de police en feu et les images de violence comme une campagne médiatique pour convaincre les gens de Toronto que le coût excessif de la présence policière était nécessaire. Ils savaient ce qui allait se produire et comment ça allait se produire. C’est la police qui est responsable pour ce qui s’est produit hier soir. Ils étaient responsables de garder la paix et ils ont omis de le faire.

Traduction de l’anglais:Pascale Rioux-Oliver
Source : rabble.ca – 29 juin 2010