Tintin au Mali

Par Mis en ligne le 24 janvier 2013

tintin-en-afriqueL’armée fran­çaise appuyée par diverses puis­sances impé­ria­listes se déploie au Mali en uti­li­sant des sup­plé­tifs afri­cains et ce qui reste de l’armée malienne. Cette pro­gres­sion reste cepen­dant ambigüe et lente étant donné le fait que la France ne veut pas expo­ser ses troupes. Dans le cadre actuel, les armées impé­ria­listes cherchent à mini­mi­ser leurs pertes et à uti­li­ser leur supé­rio­rité tech­no­lo­gique au lieu de s’avancer dans des com­bats face-à-face. Inévitablement, ces guerres high tech sont très coû­teuses en pertes civiles que les impé­ria­listes appellent les « dom­mages col­la­té­raux ».

Parallèlement à la dimen­sion mili­taire, la France mène une féroce offen­sive média­tique et idéo­lo­gique, peu ori­gi­nale il est vrai. La guerre est évi­dem­ment une grande opé­ra­tion huma­ni­taire pour sauver les Maliens et éra­di­quer les méchants ter­ro­ristes. En France, la plu­part des partis poli­tiques de « gauche » (à l’exception du Front de gauche et du NPA) et de droite sont una­nimes. Les médias com­plai­sants avec leurs jour­na­listes étroi­te­ment contrô­lés par le dis­po­si­tif mili­taire fran­çais en rajoutent. Le mes­sage est relayé par Bruxelles, Londres, Washington, Ottawa et ailleurs. Cette « com­mu­nauté inter­na­tio­nale » bien pen­sante agit encore une fois en dehors des cadres et conven­tions de l’ONU, ce qui est peu sur­pre­nant, consi­dé­rant la mar­gi­na­li­sa­tion de cette orga­ni­sa­tion depuis le déclen­che­ment de la « guerre sans fin » au tour­nant des années 1990. Les obser­va­teurs et ana­lystes sont tou­te­fois assez scep­tiques. Du point de vue opé­ra­tion­nel, les quelques mil­liers de sol­dats fran­çais ne pour­ront faire autre­ment que de pous­ser les adver­saires dans le désert. Les contin­gents afri­cains et encore moins les lam­beaux de l’armée malienne ne pour­ront tenir le ter­ri­toire.

Entre-temps, une grave crise frappe la popu­la­tion malienne, au nord comme au sud, mena­çant des mil­lions de gens de la famine.

Les rebelles

Les diverses fac­tions ne repré­sentent pas une force cohé­rente et orga­ni­sée. Le Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) est le mieux orga­nisé, mais il repose sur des com­bat­tants étran­gers à la popu­la­tion locale. Ils com­mettent des atro­ci­tés et n’ont pas d’ancrage. Mujao par ailleurs est plus riche et conserve de bons appuis en Libye de la part des fac­tions isla­mistes radi­cales qui contrôlent plu­sieurs villes et ter­ri­toires. L’autre mou­ve­ment isla­miste, « Ançar Dine » (Défenseur de l’Islam) en a davan­tage, mais il a moins de capa­ci­tés opé­ra­tion­nelles. Parallèlement, on trouve le Mouvement natio­nal de libé­ra­tion de l’Azawad (MNLA) com­posé essen­tiel­le­ment de toua­regs dont une grande partie des corps d’élite de l’armée malienne qui ont fait défec­tion l’an der­nier et qui pour le moment se contentent de ran­çon­ner la popu­la­tion locale.

Aucun de ces mou­ve­ments ne dis­pose de bases solides et leur seule tac­tique est de se dis­per­ser dans le désert, ce qui laisse sup­po­ser que l’armée fran­çaise pourra « libé­rer » pro­chai­ne­ment les villes de Gao, Kidal et Tombouctou… En fin de compte, ces rebelles ne sont que la consé­quence d’un énorme chaos social, éco­no­mique et poli­tique qui fait du Mali un « État en faillite ».

Qui sème le vent …

Depuis l’indépendance, la France s’est impo­sée au Mali qu’elle a trans­for­mée pour les besoins de « Françafrique », cet espère d’empire com­posé de busi­ness­men, de voyous, de mer­ce­naires et de colons. Comme les pays voi­sins dans le Sahel, le Mali a été ruiné par des poli­tiques de pré­da­tion per­sis­tantes qui ont mené plu­sieurs fois le pays à la ruine et à famine. Durant la période récente cepen­dant, l’impérialisme fran­çais a été mis à mal.

Un mou­ve­ment popu­laire a pris forme dans les années 1990 et n’a cessé depuis de contes­ter les pseudo ges­tion­naires maliens proches de Paris. L’an passé, l’armée a com­mencé à se révol­ter et à pen­cher du côté du peuple. Des jeunes maliens sont partis com­battre un peu par­tout y com­pris en Libye dans le cadre de la dis­lo­ca­tion pro­gram­mée de ce pays. Toutes les condi­tions étaient donc en place pour pré­ci­pi­ter l’implosion actuelle, avec en plus un autre fac­teur impor­tant.

Le Mali, comme bien d’autres pays afri­cains, est pré­sen­te­ment le site d’une guerre non-décla­rée entre les diverses puis­sances. Les États-Unis (et son larbin le Canada) cherchent à dépla­cer les Français. Tant les Américains que les Français sont anxieux devant la montée en influence de la Chine. Les enjeux sont impor­tants, liés aux immenses dépôts éner­gé­tiques et miniers qui se trouvent au Mali, liés éga­le­ment à une dyna­mique régio­nale qui risque de s’embraser.

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