Table-ronde - 19 novembre 2013

Le mouvement féministe et la construction du mouvement populaire au Québec


Par Mis en ligne le 24 novembre 2013

Cette table-ronde a été animée par Isabelle Bouchard avec les contri­bu­tions de Francine Descarries (pro­fes­seure de socio­lo­gie à l’UQAM et direc­trice scien­ti­fique du Réseau qué­bé­cois en études fémi­nistes (RéQEF), de Délice Mugabo (co-porte-parole des États géné­raux sur l’action et la réflexion fémi­niste) et d’une ving­taine de par­ti­ci­pant-e-s membres et ami-es des NCS.

Quelques jalons [1]

Dans les années 1970 surgit au Québec un fémi­nisme radi­cal. Il va plus loin que le mou­ve­ment des femmes des années pré­cé­dentes qui était socio-poli­tique, et qui pro­po­sait une approche éga­li­ta­riste, pour l’égalité des droits, contre la dis­cri­mi­na­tion. Le fémi­nisme radi­cal affirme que la ques­tion de l’inégalité n’est pas la cause, mais la consé­quence du pro­blème. Ce pro­blème est sys­té­mique, c’est le patriar­cat.

Le problème, c’est le système (Nancy Fraser)

« La domi­na­tion mas­cu­line est intrin­sèque au capi­ta­lisme clas­sique, et non acci­den­telle, car la struc­ture ins­ti­tu­tion­nelle de cette for­ma­tion sociale est réa­li­sée au moyen de rôles genrés. Il s’ensuit qu’on ne peut com­prendre cor­rec­te­ment les formes de la domi­na­tion mas­cu­line en jeu ici si on les consi­dère comme des formes d’inégalités de statut pré­mo­derne qui per­sis­te­raient. Elles sont au contraire intrin­sè­que­ment modernes, au sens de Habermas, puisqu’elles reposent sur la dis­tinc­tion entre tra­vail rému­néré et l’État d’une part, et les tra­vaux domes­tiques et la tâche d’élever les enfants d’autre part. Il s’ensuit en outre qu’une théo­rie cri­tique des socié­tés capi­ta­listes requiert des caté­go­ries sen­sibles au genre. »[2]

Pour le fémi­nisme radi­cal qui surgit alors, il faut s’attaquer à la racine. Comme dans le para­digme mar­xiste, il faut ren­ver­ser ce sys­tème, déve­lop­per les luttes et abattre le pou­voir. Les rap­ports de sexe sont alors pensés comme des rap­ports sociaux en ten­sion, des rap­ports de pou­voir, d’oppression, de résis­tance. Le pou­voir n’est pas sim­ple­ment une « idéo­lo­gie », des « valeurs », mais une struc­tu­ra­tion du réel, des condi­tions maté­rielles d’un pou­voir de classe. Le patriar­cat, comme le capi­ta­lisme, divise la société en classe.

Les femmes sont l’équivalent d’une classe, elles occupent une posi­tion subor­don­née dans un sys­tème. Plus tard dans les années 1980-1990, l’analyse se raf­fine. Dans les luttes des femmes contre le patriar­cat, des hié­rar­chies deviennent appa­rentes. La « classe des femmes » ne peut plus être consi­dé­rée comme « homo­gène, elle est diver­si­fiée par dif­fé­rents sta­tuts, néan­moins, il reste une homo­lo­gie de posi­tions. De ces débats se déve­loppent de nou­velles gram­maires pour penser les rap­ports de sexe. Le mou­ve­ment des femmes devient pré­sent par­tout au Québec (1500-2000 groupes). Le fémi­nisme mili­tant se déploie à tra­vers la Fédération des femmes du Québec (FFQ) qui orga­nise la Marche du pain et des roses (1995) et la Marche mon­diale des femmes (2000).

Aujourd’hui, le mou­ve­ment des femmes est incroya­ble­ment plus fort et plus riche, en même temps il est frag­menté entre plu­sieurs cou­rants se dis­tri­buant sur un conti­nuum allant du fémi­nisme « soli­daire » au fémi­nisme indi­vi­dua­liste en pas­sant par le fémi­nisme éga­li­ta­riste. Pour le fémi­nisme soli­daire, l’oppression des femmes s’inscrit dans une bataille ample contre le capi­ta­lisme, le patriar­cat et le racisme pour ne nommer que ces trois sys­tèmes d’oppression sur la base du prin­cipe qu’aucun rap­port social n’est domi­nant tout le temps de la même façon. Deux concepts théo­riques issus du fémi­nisme soli­daire, du fémi­nisme radi­cal et du « black femi­nism » font l’objet d’exploration : inter­sec­tion­na­lité et consub­stan­tia­lité. Du point de vue de la thèse de la consub­stan­tia­lité, qui pos­tule l’intersection des rap­ports sociaux, tous les rap­ports se pénètrent, se copro­duisent, sont inter­dé­pen­dants, mais en même temps ont chacun leur espace.

Qu’est-ce que la consubstantialité ? (Danièle Kergoat) 

Dire que les rap­ports sociaux sont consub­stan­tiels revient à affir­mer (et à démon­trer) que les rap­ports sociaux se co-construisent : le genre construit la classe et la race, la race construit la classe et le genre, la classe construit le genre et la race. L’analyse de la dyna­mique de ce pro­ces­sus permet de prendre en compte les pra­tiques sociales réelles dans toute leur com­plexité (elles sont ambi­guës, ambi­va­lentes, contra­dic­toires…), sans cher­cher à les uni­fier arti­fi­ciel­le­ment à partir d’un unique rap­port social (…) Le terme a l’immense mérite de ren­voyer sans équi­voque pos­sible à l’unité et à l’identité de nature des rap­ports sociaux, rap­ports par les­quels se crée et se recrée la société (…) La consub­stan­tia­lité permet de mieux com­prendre cette dia­lec­tique diver­sité / unité et de mieux la faire fonc­tion­ner dans le cadre des mou­ve­ments sociaux. Prendre en compte la diver­sité, la plu­ra­lité des groupes au sein de chaque mou­ve­ment social ne conduit pas à diluer les reven­di­ca­tions dans un vaste chau­dron reven­di­ca­tif (…). Une telle concep­tua­li­sa­tion fait le lien entre la théo­rie et le mou­ve­ment social et amène plutôt à la ques­tion : dans quelle mesure la plu­ra­lité d’un mou­ve­ment a-t-il des effets sur le contenu des reven­di­ca­tions ? Au niveau de l’action, il faut apprendre à iden­ti­fier nos dif­fé­rences, à les recon­naître, puis à les prendre en compte de telle manière qu’elles enri­chissent le mou­ve­ment social.[3]

Si dans leurs accep­tions les plus fré­quem­ment évo­quées, des dis­tinc­tions entre les approches de la consub­stan­tia­lité et de l’intersectionnalité méritent d’être sou­li­gnées, il convient aussi de rele­ver la conver­gence des lec­tures que l’une et l’autre veulent mettre de l’avant dans les inter­pré­ta­tions fémi­nistes de la réa­lité sociale.

Qu’est-ce que l’intersectionnalité ?

Le concept d’intersectionnalité ori­gine de la réflexion de Patricia H. Collins (1990) qui intro­duit le concept de « matrice des oppres­sions » ou encore celui de « sys­tèmes d’oppressions entre­croi­sées » pour dési­gner les effets mul­tiples et imbri­qués du racisme, du sexisme et du « clas­sisme », aux­quels elle greffe d’autres fac­teurs de dis­cri­mi­na­tion tels que l’hétérosexisme, l’âge, etc. Dans un texte publié en 1991, la juriste Kimberlé W. Crenshaw pro­pose le concept d’intersectionnalité (qui devient) un outil d’analyse per­ti­nent, d’une part, pour com­prendre et répondre aux mul­tiples façons dont les rap­ports de sexe entrent en inter­re­la­tion avec d’autres aspects de l’identité sociale et, d’autre part, pour voir com­ment ces inter­sec­tions mettent en place des expé­riences par­ti­cu­lières d’oppression et de pri­vi­lège. (…) L’intersectionnalité désigne non pas un point d’ancrage fixe où les oppres­sions vécues s’accumulent et s’enchaînent mais plutôt une posi­tion sociale en mou­vance où les effets inter­ac­tifs des sys­tèmes dis­cri­mi­nants modèlent la per­son­na­lité d’un indi­vidu unique et com­plexe.[4]

En fin de compte, inter­sec­tion­na­lité comme consub­stan­tia­lité per­mettent de penser des rap­ports sociaux imbri­qués les uns dans les autres, entre les femmes, entre femmes et hommes, entre les humains et le sys­tème capi­ta­liste. Il conduit à des choix poli­tiques, des choix de soli­da­rité, des choix de conver­gences, des choix de situa­tion. Ces concepts appré­hendent le fémi­nisme comme un mou­ve­ment social, par défi­ni­tion plu­ra­liste, qui cher­cher à créer des conver­gences. Cette construc­tion des conver­gences n’est jamais acquise d’avance, elle est un construit. Parfois elle se pro­duit (les droits repro­duc­tifs), par­fois elle tré­buche (prostitution/​travail du sexe). Elle se fait par la recherche d’un consen­sus sur l’agencement des prio­ri­tés.

L’articulation des luttes[5]

Le débat sur le mou­ve­ment des femmes a été relancé à l’occasion des États géné­raux sur l’action et l’analyse fémi­nistes. De sérieux appren­tis­sages se sont pro­duits per­met­tant le dia­logue entre plu­sieurs expé­riences, plu­sieurs abor­dages. D’emblée, l’exercice s’est avéré très dif­fé­rent de la pré­cé­dente tenue des États géné­raux en 1992 et où la ques­tion fon­da­men­tale était de réagir aux attaques de la droite néo­li­bé­rale. Il faut sou­li­gner éga­le­ment que le cli­vage entre les femmes immi­grantes et de cou­leur d’une part et les femmes blanches et « de souche » d’autre part, avait pris une assez grande impor­tance, notam­ment à la suite des inter­ven­tions contes­tées de la « pré­si­dente d’honneur » des États géné­raux de 1992, Lise Payette[6].

Les États géné­raux de 2011-2013 se sont pro­duits dans un autre contexte et une autre démarche. Ils s’inscrivent par exemple dans une série de moments his­to­riques impor­tants qui ont eu lieu dans le mou­ve­ment dans les 20 der­nières années, notam­ment l’établissement d’un pacte de soli­da­rité entre la FFQ et Femmes autoch­tones du Québec (FAQ) en 2005. La ques­tion de la soli­da­rité entre les femmes au-delà de leurs ori­gines a été posée au cœur du débat, en partie à cause de l’organisation crois­sante des femmes immi­grées, des femmes raci­sées et des femmes autoch­tones.

Ce chan­ge­ment a été impulsé éga­le­ment par l’irruption d’une nou­velle géné­ra­tion de fémi­nistes (le Mouvement RebElles, un réseau natio­nal de col­lec­tifs fémi­nistes et de jeunes fémi­nistes). Les États géné­raux de 2011-2013 ont éga­le­ment fait partie d’un autre contexte, celui des Carrés rouges, d’Idle no more, où sont appa­rues, en plus des femmes orga­ni­sées, membres de divers réseaux, les indi­vi­dus, les citoyennes, capables de prendre la parole, capables d’intervenir, y com­pris sur les ter­rains ardus de la nation, de la natio­na­lité, de l’identité. L’histoire natio­nale, ou la ques­tion natio­nale qué­bé­coise, a été redis­cu­tée à la lumière de l’histoire colo­niale, telle que vue par les autoch­tones.

La force du mou­ve­ment actuel, c’est sa capa­cité d’amener beau­coup de femmes dans la réflexion. Les États géné­raux en fait ont été lancés en 2011 et ont fait à plu­sieurs étapes de consul­ta­tions et de recherches, impli­quant des groupes mais aussi des indi­vi­dus. L’approche inter­sec­tion­nelle a permis de prendre en compte les diverses oppres­sions, à les décor­ti­quer, à gérer les ten­sions qui en découlent. Un « cahier de la par­ti­ci­pante a rendu acces­sible la sub­stance de ces réflexions autour de plu­sieurs grands thèmes :

  • La lutte pour le bien-être des femmes : santé glo­bale, condi­tions de tra­vail, envi­ron­ne­ment.
  • La néces­sité d’un virage vert : penser l’économie autre­ment, penser la décrois­sance.
  • Renforcement des soli­da­ri­tés, au Québec et à l’international. Sortir de l’impérialisme et du colo­nia­lisme.
  • La lutte contre le contrôle poli­tique, éco­no­mique, social, et reli­gieux.

Toute ana­lyse fémi­niste ne peut igno­rer les inéga­li­tés entre les femmes elles-mêmes, dues aux dis­cri­mi­na­tions croi­sées, et notam­ment celles qui sont liées à l’oppression patriar­cale, au néo-colo­nia­lisme et au racisme. Le croi­se­ment des dis­cri­mi­na­tions entraîne pour les femmes issues de com­mu­nau­tés raci­sées des situa­tions de vul­né­ra­bi­lité et d’exclusion encore plus impor­tantes. Par ailleurs, l’augmentation des fon­da­men­ta­lismes reli­gieux ici et ailleurs néces­site une action de la part des fémi­nistes.[7]

Aujourd’hui, le mou­ve­ment est plus fort. Il dis­pose de davan­tage de relais. Il réflé­chit plus en pro­fon­deur. La qua­lité des inter­ven­tions lors des États-géné­raux, la quan­tité et la diver­sité des inter­ve­nantes, le ton glo­ba­le­ment anti­ca­pi­ta­liste, la grande place faite aux femmes autoch­tones, la capa­cité d’écouter e de dia­lo­guer de manière convi­viale et inclu­sive, ont frappé l’imagination de la plu­part des mili­tantes qui étaient pré­sentes. Pour autant, les obs­tacles demeurent immenses.

  • La mar­chan­di­sa­tion des ser­vices publics conduit à la coop­ta­tion et l’instrumentation de plu­sieurs ini­tia­tives com­mu­nau­taires qui se trouvent à gérer la misère et l’exclusion, ce qui est dif­fi­cile de faire tout en menant la bataille contre le sys­tème.
  • Les pou­voirs domi­nants inten­si­fient la cri­mi­na­li­sa­tion de la dis­si­dence et de l’action poli­tique. Ils pro­cèdent au pro­fi­lage et au ciblage des popu­la­tions mar­gi­na­li­sées, immi­grantes, raci­sées, autoch­tones.

Également, le mou­ve­ment doit com­battre dans ses propres rangs :

  • Repenser la façon de se soli­da­ri­ser, com­prendre les liens, ne pas se mobi­li­ser sur une chose à la fois.
  • Confronter l’individualisme qui inhibe le tissu social et qui se consti­tue en un mou­ve­ment orga­nisé, de droite, anti­fé­mi­niste.
  • Réconcilier l’institutionnalité et la radi­ca­lité, se donner de moyens sans perdre son âme.
  • Résister à ceux et celles qui veulent divi­ser le mou­ve­ment et donner des droits à des femmes sur le dos d’autres femmes (PDFQ).

Créer des espaces de soli­da­rité La démarche des États géné­raux a permis de consta­ter que le mou­ve­ment manque d’outils concrets lui per­met­tant d’appliquer quo­ti­dien­ne­ment et de manière sou­te­nue l’analyse inter­sec­tion­nelle dans ses réflexions, ses stra­té­gies et ses pra­tiques au quo­ti­dien. Il serait néces­saire de déve­lop­per ces outils afin de favo­ri­ser leur large appro­pria­tion par les dif­fé­rentes com­po­santes du mou­ve­ment et de repen­ser de manière créa­tive les struc­tures de repré­sen­ta­tion et nos modes de fonc­tion­ne­ment pour faire en sorte que toutes les femmes aient une voix. Accepter le débat dans nos espaces fémi­nistes, construire un dia­logue per­ma­nent, accor­der une place à la nuance, com­prendre les résis­tances, lais­ser une place au doute soli­daire, accep­ter de faire notre propre auto­cri­tique, sont des moyens qui nous per­met­traient de sortir de la pola­ri­sa­tion de nos idées et de créer des espaces de soli­da­rité au sein du mou­ve­ment, sans pour autant être en accord sur tout.[8]

Quelques points saillants des recommandations issues des États généraux Système économique, travail des femmes et place de l’écologie

  • Se donner les moyens de rompre avec le sys­tème capi­ta­liste et néo­li­bé­ral actuel en déve­lop­pant une vision tour­née vers une éco­no­mie des soins et des besoins pour assu­rer la vie sur terre et le bien-être des com­mu­nau­tés au Nord comme au Sud. Faire de l’écologie un véri­table enjeu fémi­niste en accor­dant la prio­rité à la pré­ser­va­tion des res­sources natu­relles et au bien-être des per­sonnes, des peuples et de la bio­di­ver­sité.

Autodétermination et solidarité avec les femmes autochtones

  • Respecter et pro­mou­voir le droit à l’autodétermination des femmes et des peuples autoch­tones. Déconstruire la rela­tion asy­mé­trique ins­tau­rée par le colo­nia­lisme entre peuples autoch­tones et non-autoch­tones (de type « pres­ta­taire-béné­fi­ciaire ») en construi­sant des rela­tions de soli­da­rité, d’égales à égales, de nation à nation entre femmes qué­bé­coises et femmes autoch­tones. Rompre avec le rap­port inéga­li­taire et les pré­ju­gés qui découlent du sys­tème colo­nial en adop­tant une démarche de « déco­lo­ni­sa­tion de nos esprits » (apprendre à être sur leur ter­rain, à tra­vailler avec elles à partir de leurs façons de fonc­tion­ner, à se lais­ser bous­cu­ler dans nos idées et façons de voir le monde et les rap­ports de pou­voir, etc.).

Démocratie, rôle de l’État et espaces politiques et médiatiques

  • Développer une vision fémi­niste pro­gres­siste de la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, directe et popu­laire afin de pro­mou­voir une démo­cra­tie qui repose sur la défi­ni­tion col­lec­tive des valeurs, des enjeux, des orien­ta­tions et des poli­tiques et qui accorde une place impor­tante aux débats et à la diver­sité des points de vue et inves­tir les espaces de cette démo­cra­tie. Développer un modèle socio-juri­dique qui décri­mi­na­lise les femmes (les per­sonnes) dans la pros­ti­tu­tion ; leur pro­cure des alter­na­tives éco­no­miques et du sou­tien social (incluant par et pour) pour pré­ve­nir l’entrée dans la pros­ti­tu­tion ainsi que pour celles qui sou­haitent en sortir ou en sont déjà sor­ties, mais vivent avec les consé­quences dans leur vie ; qui res­pon­sa­bi­lise et cri­mi­na­lise les clients pros­ti­tueurs et les proxé­nètes dans une pers­pec­tive de défense des droits des femmes à ne pas être pros­ti­tuées

Inégalités entre les femmes, justice pour toutes et intersection des oppressions

  • S’engager à prendre le temps de com­prendre, d’apprendre et d’échanger sur les sys­tèmes d’oppression et les dif­fé­rentes réa­li­tés des femmes et s’engager à com­battre tous les sys­tèmes d’oppression à l’œuvre dans la vie des femmes puisque ceux-ci ali­mentent le patriar­cat et défi­nissent la façon dont il affecte cha­cune d’entre nous ;
  • Revoir les espaces de concer­ta­tion et d’organisation du mou­ve­ment afin d’assurer une repré­sen­ta­tion plus impor­tantes des femmes pou­vant témoi­gner et ana­ly­ser la réa­lité des femmes sous l’angle de l’intersection des oppres­sions. Reconnaître que ces inéga­li­tés liées aux divers sys­tèmes d’oppression sont éga­le­ment pro­duites et repro­duites au sein du mou­ve­ment fémi­niste et qu’elles doivent être décons­truites en se dotant d’outils pour iden­ti­fier ces rap­ports sociaux inégaux entre femmes, réduire les obs­tacles inhé­rents à ces dyna­miques et per­mettre à toutes une pleine par­ti­ci­pa­tion à tout pro­ces­sus dans le mou­ve­ment et dans la société.

Féminisme, nationalisme et colonialisme

  • Contrer l’instrumentalisation du fémi­nisme à des fins racistes et natio­na­listes, notam­ment au sein même du mou­ve­ment fémi­niste. Contrer le déve­lop­pe­ment de ter­reaux fer­tiles pour les fon­da­men­ta­lismes reli­gieux et toute autre forme de fon­da­men­ta­lisme. Lutter contre toute forme de contrôle poli­tique, social, reli­gieux, idéo­lo­gique du corps des femmes et défendre le droit à l’autodétermination des femmes, entre autres, par la voie d’actions soli­daires en faveur des femmes autoch­tones, immi­grantes et raci­sées. Développer des visions alter­na­tives pour appor­ter de nou­velles pers­pec­tives au débat actuel sur les enjeux de l’identité natio­nale et du natio­na­lisme. Prendre connais­sance de l’analyse fémi­niste anti­co­lo­niale et post­co­lo­niale afin de mieux réflé­chir à la situa­tion actuelle du Québec, de déployer une approche fémi­niste « déco­lo­ni­sée » ou anti­co­lo­niale et de déve­lop­per un nou­veau lan­gage plus adapté aux réflexions et pré­oc­cu­pa­tions fémi­nistes dans ces débats. Développer un dis­cours cri­tique sur le natio­na­lisme eth­nique ou iden­ti­taire. Porter un regard cri­tique et dénon­cer les dis­cours qui tendent à indi­quer que les immigrantEs ou les per­sonnes raci­sées seraient por­teuses de valeurs rétro­grades notam­ment au plan de l’égalité entre les femmes et les hommes, lais­sant sous-entendre que le Québec serait exempt d’inégalités dans les rap­ports sociaux de sexe.

[1] Cette partie du rap­port est prin­ci­pa­le­ment basée sur la pré­sen­ta­tion de Francine Descarries.

[2] Nancy Fraser, Le fémi­nisme en mou­ve­ments. Des années 1960 à l’ère néo­li­bé­rale, La Découverte, « Politique & société », 2012, p. 56
[3] Articuler les luttes contre les dif­fé­rents rap­ports sociaux inéga­li­taires”Entretien avec Danièle Kergoat, août 2011
[4] Christine Corbeil et Isabelle Marchand, L’intervention fémi­niste inter­sec­tion­nelle, 2007Voir éga­le­ment, Élizabeth Harper, L’intersectionnalité, Centre de recherche sur la vio­lence fami­liale et la vio­lence faite aux femmes, Collection Études et Analyses, Numéro 44, mai 2012
[5] Cette partie de la dis­cus­sion a sur­tout été ali­men­tée par Délice Mugabo.
[6] Elle venait de pro­duire un docu­men­taire, « Disparaître », dans lequel elle sug­gé­rait que la nation qué­bé­coise était mena­cée par l’immigration.
[7] Cahier des par­ti­ci­pantes, Section 7, Féminisme, natio­na­lisme et colo­nia­lisme
[8] Extrait de la sec­tion 6 du cahier des par­ti­ci­pantes, Inégalités entre les femmes, jus­tice pour toutes et inter­sec­tions des oppres­sions

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