PENSER LA GRANDE TRANSITION

Syndicats et mouvements dans la lutte

Reconstruire nos mouvements

Par Mis en ligne le 24 octobre 2019

Les luttes qui ont mené à la mise sur pied des centres de la petite enfance (CPE) consti­tuent un exemple pro­bant de luttes qui ont conduit à de grandes tran­si­tions, celles de l’accession des femmes au marché du tra­vail et, aussi, celle de la recon­nais­sance de la valeur de leur tra­vail. L’histoire de cette lutte illustre les liens tissés entre les femmes, les com­mu­nau­tés et les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, et ren­seigne sur les pos­si­bi­li­tés de réa­li­ser des chan­ge­ments en pro­fon­deur lorsque les forces pro­gres­sistes font conver­ger leurs efforts. Ce n’est pas un hasard si les ser­vices de garde en géné­ral, et les CPE en par­ti­cu­lier, sont la cible des gou­ver­ne­ments de droite. En dimi­nuant et en pri­va­ti­sant ces ser­vices, l’objectif est de les trans­for­mer en des mar­chan­dises que les « consom­ma­teurs » peuvent ache­ter selon ladite « loi du marché »[2]. C’est la même logique que celle mise en place par les poli­tiques aus­té­ri­taires et les attaques contre les ser­vices publics depuis les années 1990.

Syndicalisme et luttes sociales

Selon Bellemare et Briand, « la ren­contre par les syn­di­cats de mou­ve­ments autour des ques­tions de genre et d’économie sociale a non seule­ment permis d’obtenir des avan­cées consi­dé­rables tant pour les usa­gers que les tra­vailleurs et les parents, mais a aussi contri­bué à la trans­for­ma­tion du syn­di­ca­lisme[3] ». Depuis quelques décen­nies, de nou­veaux mou­ve­ments sociaux ont connu un essor autour d’enjeux spé­ci­fiques et de reven­di­ca­tions allant de pair avec ces enjeux : les luttes « menées par les syn­di­cats doivent désor­mais inté­grer ces ques­tions […] asso­ciées au champ de la vie[4] ». Par ailleurs, la consti­tu­tion de nou­veaux liens de soli­da­rité dans les coa­li­tions entre syn­di­cats et mou­ve­ments sociaux occa­sionne sou­vent une série de chocs cultu­rels que l’on doit prendre en compte pour conso­li­der les alliances.

Le temps long de la mobilisation

Dès la fin des années 1960, la Commission royale d’enquête sur la situa­tion de la femme au Canada recon­nait qu’il faut un réseau de gar­de­ries au pays. Dès lors, les groupes fémi­nistes, les groupes fami­liaux et les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, prin­ci­pa­le­ment par le biais de leurs comi­tés de condi­tion fémi­nine, ali­mentent les débats, les réflexions et les recherches qui conduisent aux pre­mières expé­ri­men­ta­tions. Les com­mu­nau­tés se regroupent pour échan­ger à propos du genre de ser­vices l’on doit reven­di­quer et mettre sur pied. Plusieurs des pre­mières gar­de­ries sont créées selon un modèle de coges­tion, avec l’implication des parents et des tra­vailleuses, et selon un mode fémi­niste de ges­tion et d’organisation du tra­vail. Les syn­di­cats s’adaptent à ces réa­li­tés que repré­sentent l’économie sociale et les modes de ges­tion fémi­niste à hié­rar­chie faible. Tout le monde finit par s’entendre sur la néces­sité de créer un réseau uni­ver­sel de ser­vices de garde gra­tuit et financé par l’État. Dans les années 1970 s’amorce le mou­ve­ment de syn­di­ca­li­sa­tion des gar­de­ries, dans lequel les comi­tés de condi­tion fémi­nine des syn­di­cats se sont mon­trés très actifs. Les tra­vailleuses, conjoin­te­ment avec la Confédération des syn­di­cats natio­naux (CSN) et le mou­ve­ment des femmes, estiment que « la syn­di­ca­li­sa­tion du sec­teur peut consti­tuer un outil sup­plé­men­taire pour conso­li­der le réseau et amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail[5] ».

À l’époque, une des prin­ci­pales reven­di­ca­tions est de mettre en place une table pro­vin­ciale de négo­cia­tion avec l’État qui per­met­trait une seule négo­cia­tion natio­nale. On vise aussi à ce que les sub­ven­tions soient octroyées direc­te­ment aux gar­de­ries, plutôt que de les tra­duire en aide directe aux parents. La mobi­li­sa­tion prend plu­sieurs formes : cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion, publi­ca­tion de mémoires, mani­fes­ta­tions, occu­pa­tions de bureaux de ministres et jour­nées de grève natio­nale, où on assiste à la mobi­li­sa­tion non seule­ment des tra­vailleuses mais aussi des direc­trices, des parents et de leurs enfants. Ces mobi­li­sa­tions per­mettent d’obtenir un finan­ce­ment pour les ser­vices de garde, un pre­mier pas vers une recon­nais­sance col­lec­tive, mais ce finan­ce­ment est insuf­fi­sant pour assu­rer la survie des gar­de­ries.

Dans les années 1980, d’autres débats sur­gissent. Les gar­de­ries doivent-elles faire leurs luttes à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur du Front commun du sec­teur public ? Pour le Regroupement des gar­de­ries du Québec, la réponse est néga­tive, par crainte de perdre la coges­tion de l’organisation par les parents et les tra­vailleuses. Les cen­trales syn­di­cales, quant à elles, ne sont pas una­nimes, en par­ti­cu­lier sur le sec­teur auquel doivent être rat­ta­chées les tra­vailleuses des gar­de­ries. La Centrale des syn­di­cats du Québec (CSQ) sou­tient qu’elles doivent faire partie du sec­teur de l’éducation, alors qu’à la CSN, elles font partie du vaste sec­teur des affaires sociales. Également, les syn­di­cats CSN ne sou­haitent pas modi­fier le rôle des parents et des tra­vailleuses dans l’organisation du tra­vail, tout en sou­te­nant qu’être membres du Front commun per­met­trait d’augmenter le rap­port de force face à l’État. Comme les résul­tats des négo­cia­tions du Front commun sont peu fruc­tueux, à partir de 1988, les tra­vailleuses des gar­de­ries ne sou­haitent plus en faire partie.

Une lutte par et pour les femmes

Dans les années 1990, les reven­di­ca­tions por­tées par ces grandes coa­li­tions se pour­suivent, cette fois-ci, au tra­vers d’une vaste cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion sur la non-recon­nais­sance du tra­vail en gar­de­rie. Les syn­di­cats font la bataille de la sous-éva­lua­tion sys­té­ma­tique du tra­vail des femmes, don­nant comme exemple qu’une édu­ca­trice en gar­de­rie gagne deux fois moins qu’un gar­dien de zoo chargé de s’occuper des ani­maux !

À cette époque, je tra­vaille au Centre des femmes de Verdun. Cette lutte marque pro­fon­dé­ment nos inter­ven­tions auprès des femmes qui fré­quentent le centre, dont la très grande majo­rité sont tra­vailleuses au foyer. Le thème de la lutte des tra­vailleuses de gar­de­rie nous permet d’aborder divers enjeux fémi­nistes : le tra­vail des femmes dans la sphère privée et dans la sphère publique, les obs­tacles au tra­vail des femmes dans la sphère publique, dont la solu­tion passe, entre autres, par des ser­vices de garde de qua­lité aux­quels elles peuvent confier leurs enfants en toute confiance. Il est éga­le­ment impor­tant de recon­naitre plei­ne­ment le tra­vail des femmes, qui n’est pas que le simple pro­lon­ge­ment de leur rôle natu­rel. Cette paren­thèse illustre com­ment, outre le choc des valeurs évoqué plus haut, les échanges, voire l’interpénétration des soli­da­ri­tés dans un contexte de coa­li­tion, favo­risent la décou­verte des inté­rêts com­muns et la construc­tion de liens qui sont essen­tiels pour la réa­li­sa­tion de chan­ge­ments sociaux en pro­fon­deur.

Avancées et reculs

En 1997, le gou­ver­ne­ment du Parti qué­bé­cois éta­blit un pro­gramme de prise en charge éta­tique des ser­vices de garde – qui prennent le nom de centres de la petite enfance (CPE) – dont la res­pon­sa­bi­lité est confiée au nou­veau minis­tère de l’Enfance et de la Famille. Le gou­ver­ne­ment éta­blit un tarif unique de cinq dol­lars ($) par enfant par jour, ainsi qu’un mora­toire de cinq ans sur la créa­tion de nou­velles gar­de­ries à but com­mer­cial. Il main­tient éga­le­ment la recon­nais­sance de la par­ti­ci­pa­tion des parents à l’organisation et au fonc­tion­ne­ment des ser­vices de garde. En 1999, les tra­vailleuses obtiennent enfin des aug­men­ta­tions sala­riales de 35 % sur quatre ans pour tout le per­son­nel, syn­di­qué ou non, et une aug­men­ta­tion de la rétri­bu­tion des res­pon­sables en ser­vices de garde en milieu fami­lial. Toutes ces années de luttes portent enfin fruit !

Le Parti libé­ral, de retour au gou­ver­ne­ment en 2003 avec Jean Charest comme pre­mier ministre, veut tout jeter par terre. Mais une forte mobi­li­sa­tion popu­laire et syn­di­cale freine le mas­sacre annoncé. Néanmoins, le gou­ver­ne­ment réus­sit à impo­ser une hausse des frais de garde de 5 $ à 7 $. En 2004, le gou­ver­ne­ment Charest passe à nou­veau à l’offensive et adopte une loi reti­rant aux tra­vailleuses des ser­vices de garde en milieu fami­lial le droit de se syn­di­quer, une attaque fron­tale à la liberté d’association de ces femmes, leur inti­mant de rester iso­lées et silen­cieuses dans leur maison ! La CSN et la CSQ déposent des plaintes devant les tri­bu­naux et le Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail qui rejettent cette poli­tique ignoble. Avec le réta­blis­se­ment du droit de se syn­di­quer, les édu­ca­trices syn­di­quées en milieu fami­lial obtiennent une pre­mière entente col­lec­tive pré­voyant une hausse de 44 % des allo­ca­tions de base, ainsi que d’autres gains, dont des moda­li­tés de for­ma­tion conti­nue, un accès à un régime de retraite et aux assu­rances col­lec­tives et des libé­ra­tions syn­di­cales.

La lutte continue !

Dans le cadre des négo­cia­tions amor­cées en 2015, l’Association patro­nale natio­nale des CPE refuse d’entériner l’entente natio­nale et tente de mettre fin à cer­tains élé­ments fon­da­teurs évo­qués pré­cé­dem­ment. Le rêve des patrons est d’obtenir des reculs sur le rôle déci­sion­nel de l’équipe, le retrait des tra­vailleuses de la vie démo­cra­tique et de l’organisation du tra­vail, des reculs sur les horaires de tra­vail, la liste de rappel et l’application de l’ancienneté, la trans­pa­rence des états finan­ciers et les droits acquis. D’une cer­taine manière, les demandes patro­nales visent une sorte de pri­va­ti­sa­tion « endo­gène » des CPE.

Fidèles à leur tra­di­tion de lutte, par­tout au Québec, les syn­di­quées engagent la bataille. Le 17 mai, les tra­vailleuses du Syndicat des tra­vailleuses des CPE-CSN de Montréal et de Laval adoptent un mandat de grève géné­rale illi­mi­tée à 91 %, afin de pré­ser­ver des gains his­to­riques quant aux prin­cipes de ges­tion par­ti­ci­pa­tive propres à l’économie sociale et fai­sant partie inté­grante de l’âme du réseau. Le 20 juin, après huit jours de grève géné­rale, les tra­vailleuses du syn­di­cat ont obtenu vic­toire. Non seule­ment elles ont réussi à obte­nir la plu­part des élé­ments com­pris dans l’entente de prin­cipe natio­nale, mais elles ont arra­ché quelques gains sup­plé­men­taires. Ces femmes ont fait la grève pour des valeurs et des prin­cipes aux­quels elles tenaient, pour pré­ser­ver ce qui anime les CPE, hono­rant ainsi les luttes de celles qui les ont pré­cé­dées.

Élargir les alliances et les luttes

Les CPE sont atta­qués sur beau­coup d’autres fronts, qui dépassent lar­ge­ment le cadre de la négo­cia­tion de la conven­tion col­lec­tive. Le gou­ver­ne­ment libé­ral de Philippe Couillard s’est aussi atta­qué au modèle pour lequel les femmes du Québec se sont bat­tues, sur plu­sieurs décen­nies, en favo­ri­sant les gar­de­ries com­mer­ciales, sans honte et à visière levée, malgré le fait que le réseau qué­bé­cois des ser­vices de garde à but non lucra­tif ait fait ses preuves et qu’il soit envié par­tout au Canada et à tra­vers le monde. Il est établi, notam­ment par une enquête de l’Institut de la sta­tis­tique du Québec, que les ser­vices dans les CPE sont d’une bien meilleure qua­lité que dans les gar­de­ries com­mer­ciales, prin­ci­pa­le­ment parce qu’on y retrouve un véri­table pro­gramme édu­ca­tif. Sous les gou­ver­ne­ments du Parti libé­ral, tout a été pensé pour miner les CPE : com­pres­sions, nou­velles mesures fis­cales, attri­bu­tion de permis favo­ri­sant d’abord et avant tout la créa­tion de places dans les ser­vices de garde privés, etc. Ainsi, de 2003 à 2014, le taux de crois­sance du nombre de places est de 22 % pour les ser­vices de garde en milieu fami­lial, de 37 % pour les CPE et de 76 % dans les gar­de­ries pri­vées. La lutte pour la pré­ser­va­tion du réseau édu­ca­tif des ser­vices de garde s’est donc ins­crite dans le cadre plus large de la lutte à l’austérité amor­cée en 2014-2015.

La lutte à l’austérité est un autre exemple de la néces­sité d’unir les forces des mou­ve­ments sociaux pour la construc­tion d’un monde meilleur. Les diverses coa­li­tions regrou­pant les orga­ni­sa­tions pro­gres­sistes, telles que la Coalition Main rouge et le col­lec­tif Refusons l’austérité, se sont enten­dues sur un cadre flexible d’élargissement des soli­da­ri­tés. Au Conseil cen­tral du Montréal métro­po­li­tain-CSN, en plus de mul­ti­plier les actions sur le ter­rain et d’être actifs au sein des diverses coa­li­tions, nous avons pro­fité de la tenue de nos assem­blées géné­rales men­suelles pour faci­li­ter la com­pré­hen­sion des luttes des uns et des autres. Et ceci, tant au niveau des syn­di­cats locaux qui œuvrent dans toutes les sphères des ser­vices publics, qu’au niveau des orga­nismes com­mu­nau­taires et des coa­li­tions citoyennes, comme J’appuie mon école publique, notam­ment en les invi­tant à faire des pré­sen­ta­tions. Ensemble, au fil de nos actions, nous démon­trons que les rai­sons invo­quées par le gou­ver­ne­ment pour jus­ti­fier ses poli­tiques aus­té­ri­taires ne tiennent pas. De l’argent pour les ser­vices publics et les pro­grammes sociaux, il y en a ! Encore faut-il avoir la volonté poli­tique d’aller le cher­cher là où il est, dans les poches des plus riches, dans les para­dis fis­caux, en met­tant fin aux par­te­na­riats public-privé (PPP), etc.[6]

Au prin­temps 2015, la mobi­li­sa­tion s’est pour­sui­vie, notam­ment le pre­mier mai, Journée inter­na­tio­nale des tra­vailleurs et des tra­vailleuses. Nos actions ciblaient le gou­ver­ne­ment et ses ministres bien sûr, mais aussi les milieux d’affaires que nous avons para­ly­sés en occu­pant le Centre de com­merce mon­dial de Montréal, Québecor et plu­sieurs banques. Des groupes com­mu­nau­taires et des syn­di­cats de pro­fes­seur-e-s de cégep ont fait grève cette jour­née-là, même illé­ga­le­ment, pour dénon­cer l’austérité.

Conjuguer détermination et persévérance

Ces mobi­li­sa­tions constantes connaissent quelques succès, mais force est de consta­ter qu’il y a pré­sen­te­ment un cer­tain essouf­fle­ment tant dans les orga­ni­sa­tions syn­di­cales que dans les mou­ve­ments étu­diant et com­mu­nau­taire. Il est dif­fi­cile de main­te­nir un tel rythme de mobi­li­sa­tion tout en étant confron­tés quo­ti­dien­ne­ment aux consé­quences de l’austérité comme les sur­charges de tra­vail et la désta­bi­li­sa­tion des milieux de tra­vail liée aux réor­ga­ni­sa­tions auto­ri­taires. S’il y a une chose que ma vie mili­tante m’a apprise, c’est que nos luttes ne sont et ne seront jamais ter­mi­nées. Il faut aussi, par­fois, savoir se replier pour éven­tuel­le­ment mieux rebon­dir. L’autre chose que j’ai aussi apprise, c’est la néces­sité d’être soli­daires, envers et contre tout. Comme le disait Marcel Pepin, un ancien pré­sident de la CSN, « il ne suffit pas d’avoir raison, encore faut-il avoir la force d’avoir raison ». Et être soli­daires, c’est la seule façon de construire le rap­port de force néces­saire pour vaincre !

Dominique Daigneault[1]
Présidente du Conseil cen­tral du Montréal métro­po­li­tain-CSN


  1. Le texte est une syn­thèse de l’intervention de l’auteure dans le cadre de la Grande Transition le 18 mai 2018.
  2. ASSÉ, Évolution des ser­vices publics au Québec : enjux et pers­pec­tives, 2014.
  3. Guy Bellemare et Louise Briand, « La syn­di­ca­li­sa­tion des ser­vices de garde au Québec : à pra­tiques inno­va­trices, des concepts nou­veaux », Revue de l’IRES, vol. 4, n° 75, 2012, p. 117.
  4. Ibid.
  5. Ibid., p. 121.
  6. Coalition oppo­sée à la tari­fi­ca­tion et à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics (Coalition Main rouge), 10 mil­liards $ de solu­tions. Nous avons les moyens de faire autre­ment, 2015.

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