Lettre ouverte aux syndicalistes de la FTQ

Syndicalisme ou rendement financier

La FTQ à la croisée des chemins

Par Mis en ligne le 25 juin 2009

Quelques semaines à peine après le scan­dale de son voyage en bateau avec l’homme d’affaires Tony Accurso, per­son­nage qui, rap­pe­lons-le, béné­fi­cie d’importants inves­tis­se­ments du Fonds de Solidarité, le pré­sident de la FTQ Michel Arsenault refait les man­chettes en annon­çant le sou­tien finan­cier du FSTQ à Pierre Karl Péladeau en tant que par­te­naire pour l’achat du Canadien de Montréal.

Même si la FTQ avait annoncé son inten­tion d’être par­te­naire dans l’achat du Canadien peu importe l’acheteur, on com­prend mal qu’elle n’ait pas suivi un mini­mum de prin­cipes syn­di­caux en excluant Péladeau pour son com­por­te­ment anti-syn­di­cal.

On ne parle pas ici de sauver des emplois, non, on parle car­ré­ment d’investir pour aug­men­ter le ren­de­ment du Fonds, qui a été mal­mené ces der­niers temps comme la plu­part des fonds d’investissement. On place notre argent pour assu­rer un bon ren­de­ment à nos action­naires.

Mais de quelle sorte de syn­di­ca­lisme est-on entrain de parler ? Quand on entend Michel Arsenault dire qu’il faut créer de la richesse on a l’impression de relire l’insipide livret d’Alain Dubuc. Mais créer de la richesse pour qui ? Avec le der­nier conflit du Journal de Montréal, les entre­prises de Pierre Karl Péladeau en sont ren­dues à leur 14e lock-out en 14 ans. Il a mis à la rue pen­dant plus d’un an les employées et employés de Vidéotron et du Journal de Québec pré­ci­sé­ment parce qu’il veut négo­cier à la baisse, aug­men­ter la mobi­lité, réduire les salaires et avan­tages. Et il a pris tous les moyens légaux et illé­gaux pour y par­ve­nir. Denis Bolduc, pré­sident du syn­di­cat des jour­na­listes du Journal de Québec (FTQ) est actuel­le­ment en cour pour défendre le juge­ment qui éta­blis­sait en 2008 que Le Journal de Québec avait uti­lisé des scabs durant le conflit et que Québécor conteste. En plus, la direc­tion du jour­nal veut rou­vrir la conven­tion col­lec­tive pour bais­ser le plan­cher d’emplois. On parle ici de plu­sieurs mises à pied immi­nentes.

Le récent règle­ment de la conven­tion col­lec­tive entre le SCFP(FTQ) et Vidéotron ne peut pas être pris en compte sérieu­se­ment comme une preuve de bonne foi de Péladeau, pas plus qu’il ne peut révé­ler l’habileté du pré­sident de la FTQ dans ce dos­sier. D’une part, Péladeau pou­vait dif­fi­ci­le­ment se per­mettre une bataille sur deux fronts et d’autre part les syn­di­qués, malgré leur com­ba­ti­vité, ne dési­raient pro­ba­ble­ment pas se retrou­ver encore en lock-out pour une autre année. Ces élé­ments ont sur­ement milité en faveur d’un règle­ment. La déci­sion de s’allier à un inves­tis­se­ment avec Québécor est injus­ti­fiable et consti­tue un geste indé­cent envers tes tra­vailleurs et tra­vailleuses du Journal de Montréal et son com­por­te­ment est irres­pon­sable comme diri­geant de la plus grosse cen­trale syn­di­cale au Québec. Au moment où il devrait tra­vailler à une cam­pagne de valo­ri­sa­tion du syn­di­ca­lisme de résis­tance à la crise éco­no­mique, comme l’évoque entre autres le pro­to­cole convenu entre la CSN et la FTQ pour le sec­teur public, Michel Arsenault fait le choix de pri­vi­lé­gier les ren­de­ments du Fonds de Solidarité au lieu d’appuyer les syn­di­qués de la CSN en conflit. Comment pour­rons-nous main­te­nant repro­cher aux patrons qui coupent des emplois pour ratio­na­li­ser leur entre­prise ou qui démé­nagent leur pro­duc­tion dans des endroits où les salaires sont plus bas, de ne pas penser de façon humaine et soli­daire ? Il y a fort à parier en tout cas que le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois saura rete­nir la leçon au moment des négo­cia­tions.

Cette déci­sion pose éga­le­ment toute la ques­tion de qui dirige, et selon quels prin­cipes, la FTQ ou le Fonds ? Fait inusité, la semaine der­nière ce n’est pas le pré­sident de la FTQ qui a fait la tour­née de ses mili­tants et mili­tantes, non c’est le PDG du Fonds de Solidarité, Yvon Bolduc qui a défendu la posi­tion d’investissement avec Québécor dans les médias mais éga­le­ment auprès des Responsables Locaux du Fonds qui sont aussi des mili­tants et diri­geants syn­di­caux. Pendant ce temps, Michel Arsenault annu­lait la réunion du Bureau de la FTQ qui devait avoir lieu le 15 juin. La stra­té­gie d’investissement de la FTQ via son Fonds de soli­da­rité vient bel et bien de prendre, avec cette déci­sion, le dessus sur les luttes syn­di­cales. Le danger d’être des syn­di­ca­listes inves­tis­seurs, c’est d’intégrer la logique d’entreprises et c’est ce que la FTQ est en train de faire. Que ce soit fina­le­ment la com­pa­gnie Molson qui achète le Canadien, ne change rien. Le mal est fait et la FTQ a démon­tré publi­que­ment son indif­fé­rence à la soli­da­rité syn­di­cale.

Il y a quelques mois le Conseil régio­nal FTQ Montréal métro­po­li­tain invi­tait le pré­sident du Syndicat des tra­vailleurs de l’information du Journal de Montréal (CSN) Raynald Leblanc à venir expli­quer l’enjeu de leur conflit. De façon enthou­siaste l’assemblée avait alors voté une réso­lu­tion d’appui à ces syn­di­qués qui mènent le même combat que ceux de la FTQ ont mené quelques mois aupa­ra­vant. Heureusement que sur le ter­rain la soli­da­rité s’exprime tou­jours. Le CRFTQMM sera aux côtés des tra­vailleurs et tra­vailleuses du Journal de Montréal et conti­nuera de les sou­te­nir.

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