Syndicalisme : institution ou mouvement ?

Syndicalisme en Amérique latine : la difficile recherche de voies alternatives

Le syndicalisme dans les Amériques

Par Mis en ligne le 27 avril 2018

Comme par­tout ailleurs dans le monde, le syn­di­ca­lisme en Amérique latine a connu ces der­nières décen­nies de pro­fondes trans­for­ma­tions. Le déploie­ment néo­li­bé­ral initié dans cer­tains pays dès les années 1970 ainsi que les dic­ta­tures de sécu­rité natio­nale (dans le cône Sud) ou encore les guerres de basse inten­sité (en Amérique cen­trale) qui ont secoué tout le sous-conti­nent jusqu’au milieu des années 1990, ont eu un impact consi­dé­rable sur son deve­nir et ses dyna­miques actuelles. Ne serait-ce que par la répres­sion qui s’est mas­si­ve­ment abat­tue sur ses diri­geants, diri­geantes, mili­tants et mili­tantes les plus en vue. Et le retour à la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive dans les années 1990, loin de lui redon­ner son élan d’antan, l’a confronté à de nou­veaux et dif­fi­ciles défis, notam­ment parce que le contexte dans lequel il opé­rait avait changé du tout au tout. À tel point qu’il semble aujourd’hui en crise, et qu’il fait pâle figure en termes de dyna­misme par rap­port à ces nou­veaux mou­ve­ments sociaux que sont, par exemple, le mou­ve­ment indi­gène, ou encore les mou­ve­ments éco­lo­giste et fémi­niste. Comme si presque par­tout en Amérique latine le mou­ve­ment ouvrier – au-delà d’une pré­sence pour­tant encore bien réelle – avait perdu la place cen­trale qu’il avait pu occu­per dans le passé et qu’il pei­nait aujourd’hui à trou­ver un second souffle.

Il est vrai que quand on parle de syn­di­ca­lisme, il paraît à pre­mière vue bien dif­fi­cile d’évoquer l’Amérique latine comme un tout, tant la situa­tion peut diver­ger d’un pays à l’autre et tant les dyna­miques sociales peuvent prendre des formes par­ti­cu­lières ou encore être, ici ou là, for­te­ment désyn­chro­ni­sées dans le temps. Il n’en demeure pas moins que si on s’arrête plus spé­cia­le­ment à quelques pays clefs comme le Chili, le Brésil, l’Argentine, le Mexique et le Venezuela, on peut faci­le­ment mettre en lumière cer­taines ten­dances de fond qui sont par­ti­cu­liè­re­ment éclai­rantes, et qui pour­ront peut-être nous aider à mieux appré­cier les chan­ge­ments en cours en Amérique latine, mais aussi – par les contrastes qu’ils mettent en évi­dence – les res­sem­blances comme les dif­fé­rences avec la réa­lité qué­bé­coise pro­pre­ment dite.

Il faut néan­moins prendre garde à un cer­tain « euro­péo­cen­trisme » ou « occi­den­ta­lo­cen­trisme » qui cher­che­rait à déchif­frer la réa­lité latino-amé­ri­caine à l’aune de celle de l’Europe ou de l’Amérique du Nord. Et qui le ferait sans se sou­cier de ce que cette réa­lité recèle de par­ti­cu­lier, sans s’arrêter au fait qu’en Amérique latine le syn­di­ca­lisme a rapi­de­ment pris un chemin ori­gi­nal, jouant un rôle autant social – en défen­dant les tra­vailleuses et les tra­vailleurs sur leur lieu de tra­vail – que clai­re­ment poli­tique – en fai­sant direc­te­ment pres­sion sur l’État à tra­vers des partis poli­tiques avec les­quels il avait pri­vi­lé­gié des liens étroits[2]. D’où, en géné­ral, la grande poli­ti­sa­tion du syn­di­ca­lisme latino-amé­ri­cain, en com­pa­rai­son tout au moins avec ce qu’on connaît par exemple au Québec ; poli­ti­sa­tion qui néan­moins apporte son lot de défis par­ti­cu­liers, notam­ment dans un contexte où le cadre ins­ti­tu­tion­nel et poli­tique à tra­vers lequel le syn­di­ca­lisme latino-amé­ri­cain avait acquis une cer­taine force au cours du XXe siècle a changé du tout au tout. Aujourd’hui, ce cadre semble être, sinon en voie de dis­pa­ri­tion rapide, du moins pas­sa­ble­ment grugé et refa­çonné à la baisse par les logiques néo­li­bé­rales, n’offrant plus au mou­ve­ment syn­di­cal la pos­si­bi­lité de faire des gains impor­tants, même s’il peut rester encore un par­te­naire social et ins­ti­tu­tion­nel reconnu.

De quoi faire remon­ter à la sur­face une série de ques­tions de fond. Car c’est là l’enjeu auquel n’a cessé de se heur­ter le mou­ve­ment syn­di­cal latino-amé­ri­cain : s’il veut conti­nuer à être syno­nyme d’avancées sociales et éco­no­miques, com­ment doit-il garder son indé­pen­dance et son auto­no­mie en tant que mou­ve­ment ouvrier orga­nisé repré­sen­tant les inté­rêts des tra­vailleuses et des tra­vailleurs, tout en se don­nant aussi les moyens d’agir sur les grandes orien­ta­tions poli­tiques de la société dans laquelle il se trouve[3] ? Et com­ment le faire sans som­brer dans le clien­té­lisme ou encore la subor­di­na­tion étroite à un gou­ver­ne­ment donné ?

Un chan­ge­ment du tout au tout

Or jus­te­ment, c’est cet ambi­tieux objec­tif – celui d’un contrôle plus démo­cra­tique à la fois sur les pro­ces­sus pro­duc­tifs et les orien­ta­tions clefs de l’État qui a com­mencé à être mis à mal à partir des années 1970-1980 et qui depuis n’a cessé de décli­ner. Jusqu’alors, le syn­di­ca­lisme latino-amé­ri­cain avait pu connaître – en par­ti­cu­lier à partir des années 1920-1930 et selon des rythmes propres à chaque pays – un lent mais notable essor[4], notam­ment à la suite des poli­tiques d’industrialisation par sub­sti­tu­tions des impor­ta­tions, pro­mues par des États natio­naux aux volon­tés inter­ven­tion­nistes key­né­siennes chaque fois plus mar­quées. Dans le sillage d’une classe ouvrière et sala­riée en pleine crois­sance, le syn­di­ca­lisme s’était ainsi déve­loppé, non seule­ment dans les mines et les tra­di­tion­nels sec­teurs extrac­ti­vistes, mais aussi dans l’industrie manu­fac­tu­rière et l’administration publique. Et il avait peu à peu réussi à éta­blir des stan­dards de tra­vail, à forcer la négo­cia­tion de contrats col­lec­tifs de tra­vail ainsi qu’à déve­lop­per des canaux de par­ti­ci­pa­tion poli­tique s’élargissant peu à peu, et cela, jusqu’au début des années 1970. L’exemple du Chili des années 1920 à 1970 est à cet égard para­dig­ma­tique, lui qui à l’ombre d’un « État de com­pro­mis[5] », a vu croître non seule­ment sa classe ouvrière de façon notable, mais encore un syn­di­ca­lisme puis­sant devenu un acteur poli­tique incon­tour­nable, par­ti­ci­pant à toutes les grandes luttes sociales et poli­tiques. Ce mou­ve­ment d’expansion a permis d’ouvrir aux classes popu­laires des espaces démo­cra­tiques chaque fois plus larges, d’améliorer consi­dé­ra­ble­ment leurs condi­tions d’existence maté­rielles. À preuve, les épi­sodes des fronts popu­laires (1937-1941) ou encore l’existence de la Centrale unique des tra­vailleurs fondée en 1953 et, bien sûr, l’Unité popu­laire de Salvador Allende entre 1970 et 1973.

Tous ces acquis d’ordre syn­di­cal l’amélioration des salaires et des condi­tions de vie des tra­vailleuses et des tra­vailleurs, comme le ren­for­ce­ment des droits col­lec­tifs et de la puis­sance orga­ni­sa­tion­nelle ouvrière, tout cela, avec le contexte éco­no­mique et social qui l’avait peu à peu rendu pos­sible, va bru­ta­le­ment voler en éclats dans les années 1970-1980. Car, en Amérique latine, l’implantation du néo­li­bé­ra­lisme est allée sou­vent de pair avec l’instauration de régimes auto­ri­taires ou dic­ta­to­riaux et une impi­toyable répres­sion. Ce qui, dans bien des pays, en a exa­cerbé dra­ma­ti­que­ment les modes d’implantation comme les effets sur les condi­tions de vie des couches popu­laires : ouver­ture des mar­chés, réduc­tion du rôle de l’État et des dépenses en santé et édu­ca­tion, pri­va­ti­sa­tion de grands pans de l’économie, dérè­gle­men­ta­tion et flexi­bi­li­sa­tion du marché du tra­vail, accrois­se­ment explo­sif de l’économie infor­melle[6]. Partout, mais selon des rythmes dif­fé­rents et en fonc­tion des spé­ci­fi­ci­tés de chaque État nation, ce sont les mêmes poli­tiques qui finissent par s’appliquer, chan­geant ainsi radi­ca­le­ment la donne pour le mou­ve­ment syn­di­cal latino-amé­ri­cain. Car c’est un ensemble de fac­teurs qui a été radi­ca­le­ment modi­fié ou mal­mené : pas seule­ment les gains his­to­riques en termes de salaires, de condi­tions de tra­vail et de droits syn­di­caux, mais aussi et en même temps, le contexte éco­no­mique, poli­tique et ins­ti­tu­tion­nel qui en avait rendu pos­sible l’obtention.

Sommé de se réin­ven­ter

Ainsi, à partir des années 2000, le syn­di­ca­lisme latino-amé­ri­cain ne peut plus comp­ter sur les mêmes atouts pour penser sa crois­sance, jouer le même rôle que dans le passé, et sur­tout retrou­ver un second souffle pour faire face aux défis d’aujourd’hui. Le voilà sommé de s’inventer à nou­veau et sur­tout de repen­ser ses rap­ports, non seule­ment avec le nou­veau marché du tra­vail né de ces trans­for­ma­tions, mais aussi avec les partis poli­tiques et les nou­veaux mou­ve­ments sociaux.

Le voilà en effet qui se trouve néo­li­bé­ra­lisme oblige à ne plus pou­voir comp­ter, comme il le fai­sait aupa­ra­vant, sur des orien­ta­tions de déve­lop­pe­ment de type key­né­sien ainsi que sur la pro­tec­tion d’un État-nation aspi­rant ne serait-ce qu’en termes d’objectif à long terme à une poli­tique éco­no­mique indé­pen­dante, ou tout au moins plus auto­cen­trée ; le déploie­ment néo­li­bé­ral ayant lit­té­ra­le­ment « trans­na­tio­na­lisé » le marché interne natio­nal et redonné la part belle à de puis­sants acteurs éco­no­miques étran­gers avides de pro­fits et de mar­chés nou­veaux.

Le voilà aussi qui ne peut plus s’appuyer autant sur cette « struc­ture occu­pa­tion­nelle » qui avait fait pour­tant sa force dans le passé, struc­ture qui s’était peu à peu cris­tal­li­sée autour d’emplois per­ma­nents, non seule­ment dans les sec­teurs extrac­ti­vistes, mais aussi dans les acti­vi­tés manu­fac­tu­rières, les ser­vices d’utilité publique et l’administration. Ce syn­di­ca­lisme des années 2000 tend aujourd’hui à se déployer plutôt sur le mode de la sous-trai­tance, et dans les domaines des ser­vices ou encore de la finance, avec en plus une forte com­po­sante de main-d’œuvre fémi­nine.

Le voilà enfin qui doit vivre de dif­fi­ciles pro­ces­sus de tran­si­tion poli­tique, en pas­sant de régimes auto­ri­taires ou dic­ta­to­riaux à des régimes, certes de démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, mais qui n’ont plus rien à voir avec ceux qui s’étaient consti­tués dans le sillage de luttes popu­laires des années 1950-1960. C’est que les liens poli­tiques et les méca­nismes ins­ti­tu­tion­nels qui avaient permis au mou­ve­ment syn­di­cal de se faire entendre avec succès au niveau natio­nal se sont pas­sa­ble­ment dis­ten­dus, voire n’existent plus, ou sur un mode très dif­fé­rent.

Résultats : glo­ba­le­ment, on observe en Amérique latine dès la fin des années 1980 une forte réduc­tion des taux de syn­di­ca­li­sa­tion, accom­pa­gnée dans le grand public d’un dis­cours néga­tif à l’égard du mou­ve­ment syn­di­cal (on le juge ana­chro­nique !), expres­sion de sa fra­gi­li­sa­tion dans une majo­rité des pays latino-amé­ri­cains, ou, comme en Amérique cen­trale, de sa mar­gi­na­li­sa­tion presque com­plète en tant qu’acteur social reconnu. Et ce n’est pas sim­ple­ment le syn­di­ca­lisme de tra­di­tion cor­po­ra­tiste qui est le plus atteint (celui qui pou­vait comme au Mexique se recon­naître d’abord dans des poli­tiques natio­nales et popu­laires), mais aussi le syn­di­ca­lisme d’orientation com­mu­niste (ou socia­liste révo­lu­tion­naire), frappé dès la fin des années 1980 et le début des années 1990 par la chute du mur de Berlin, la dis­lo­ca­tion de l’Union sovié­tique et la crise de cré­di­bi­lité du socia­lisme réel ; le tout condui­sant, d’un côté, à une frag­men­ta­tion gran­dis­sante des orga­ni­sa­tions syn­di­cales (de nom­breuses cen­trales avec peu d’affiliés[7]) et, de l’autre, à l’émergence de quelques nou­velles orga­ni­sa­tions syn­di­cales plus com­ba­tives, ayant rompu avec cer­taines orien­ta­tions du passé, mais trou­vant avec peine des voies alter­na­tives.

Ces grands constats qu’on retrouve en toile de fond un peu par­tout en Amérique latine, on peut néan­moins les illus­trer tant avec le Brésil et le Venezuela qu’avec le Mexique et l’Argentine. Avec bien entendu des spé­ci­fi­ci­tés et rythmes dif­fé­rents pour chaque pays, et toute la richesse et ori­gi­na­lité de la réa­lité concrète en deve­nir.

Le Brésil et la CUT de Lula

Il est vrai qu’avec le Brésil d’un côté et le Venezuela de l’autre, on pour­rait avoir l’impression de prime abord que le bilan pas­sa­ble­ment cri­tique qui a été fait jusqu’ici tombe un peu à plat. Et que l’arrivée au pou­voir de gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes dans les années 2000 a aidé, dans ces deux pays, le syn­di­ca­lisme à résoudre les pro­blèmes dont nous avons parlé pré­cé­dem­ment : le fait qu’ils soient liés à l’implantation des logiques éco­no­miques néo­li­bé­rales ou à la ques­tion de l’indépendance de classe et à la non-subor­di­na­tion vis-à-vis de partis poli­tiques.

En fait, les choses sont infi­ni­ment plus com­pli­quées. Car si le Brésil a connu avant tous les autres pays latino-amé­ri­cains, dès l’année 1964, un régime mili­taire, ou mieux dit une dic­ta­ture de sécu­rité natio­nale repre­nant à son compte les mêmes obses­sions néo­li­bé­rales et répres­sives que dans le reste du cône Sud, il n’en a pas moins donné nais­sance à partir des années 1980 à un type de syn­di­ca­lisme radi­ca­le­ment nou­veau, notam­ment avec la for­ma­tion en 1983 de la Centrale unique des tra­vailleurs (CUT)[8]. Cette cen­trale bré­si­lienne incarna une nou­velle manière de faire du syn­di­ca­lisme, dans le sillage de la for­ma­tion du Parti des tra­vailleurs (PT) et de grèves de grande ampleur menées par un ouvrier au cha­risme cer­tain, Lula da Silva. Un syn­di­ca­lisme tout à la fois plu­riel et diver­si­fié, démo­cra­tique et com­ba­tif, avec au départ un posi­tion­ne­ment de classe marqué, la volonté affi­chée d’indépendance par rap­port aux partis et au gou­ver­ne­ment ainsi que l’objectif clai­re­ment reven­di­qué du socia­lisme.

Il reste que, quand 20 ans plus tard, en 2003, le même Lula à la tête du Parti des tra­vailleurs arriva à la pré­si­dence du Brésil, le dyna­misme et l’élan radi­cal ou révo­lu­tion­naire ori­gi­nel n’étaient déjà plus là. Plus du tout même, un prag­ma­tisme retors ayant fini par prendre toute la place ! Certes, au départ et dans le sillage de mobi­li­sa­tions sociales et syn­di­cales impor­tantes, le gou­ver­ne­ment de Lula, cette « répu­blique des syn­di­ca­listes[9]», comme on l’appelait alors, a bien réussi à faire aug­men­ter le salaire mini­mum ou encore à cor­ri­ger cer­taines ini­qui­tés (par exemple quant au calcul annuel des taux d’impôt sur le revenu). Il n’en est pas moins vite revenu aux impé­ra­tifs néo­li­bé­raux, ou plus jus­te­ment à une poli­tique « sociale-libé­rale », résul­tat de com­pro­mis de fond avec la droite et une oli­gar­chie puis­sante, notam­ment en impo­sant une réforme des retraites dans le sec­teur public, nul­le­ment favo­rable aux sala­rié-e-s (aug­men­ta­tion de l’âge de la retraite, accrois­se­ment du temps de contri­bu­tion, seuil maxi­mal de rétri­bu­tion, etc.). Ce gou­ver­ne­ment n’a pas été non plus capable de rompre clai­re­ment avec toutes les pesan­teurs du vieux modèle syn­di­cal bré­si­lien de type cor­po­ra­tiste auquel la CUT n’avait que par­tiel­le­ment échappé[10] et qu’il ne réus­sit pas malgré plu­sieurs ten­ta­tives à réfor­mer en pro­fon­deur. Ce qui fait qu’aujourd’hui, avec le retour en force de la droite au Brésil à la suite de la démis­sion forcée de Dilma Roussef et de l’arrivée à la pré­si­dence de Michel Temer[11], on ne peut pas dire que le pas­sage du Parti des tra­vailleurs au gou­ver­ne­ment (pen­dant 13 ans) ait permis à la CUT et au mou­ve­ment syn­di­cal bré­si­lien pris dans son ensemble, de faire des gains durables : ni en termes d’amélioration des condi­tions de tra­vail, ni de mettre en pra­tique ses vel­léi­tés d’indépendance vis-à-vis des partis poli­tiques ou du gou­ver­ne­ment lui-même. À se retrou­ver fina­le­ment en 2017 en dépit des for­mi­dables mobi­li­sa­tions et espoirs qu’il avait sou­le­vés pen­dant quelques années devant les mêmes défis que l’ensemble du mou­ve­ment syn­di­cal latino-amé­ri­cain.

Le Venezuela et les ten­ta­tives de renou­vel­le­ment syn­di­cal d’Hugo Chavez

Dans le sillage de la révo­lu­tion boli­va­rienne, on a assisté, quoique de manière déca­lée dans le temps, aux mêmes espé­rances de chan­ge­ment, mais aussi aux mêmes dés­illu­sions et impasses, avec cepen­dant quelques avan­cées non négli­geables qu’il faut sou­li­gner. Car au moment de l’arrivée d’Hugo Chavez à la pré­si­dence en 1999, la plus forte cen­trale syn­di­cale véné­zué­lienne d’alors, la Confédération des tra­vailleurs du Venezuela (CTV), était for­te­ment inféo­dée sur le mode clien­té­liste au parti poli­tique Alliance démo­cra­tique, parti d’obédience sociale-démo­crate, mais ayant opté pour des poli­tiques néo­li­bé­rales dra­con­niennes à la fin des années 1980. Disposant d’un quasi-mono­pole syn­di­cal, la CTV s’était donc for­te­ment oppo­sée à la can­di­da­ture de Chavez à la pré­si­dence.

C’est pour­quoi le gou­ver­ne­ment Chavez décida de ne pas atta­quer la CTV de front, mais de modi­fier dans un pre­mier temps les règles d’élection des lea­ders syn­di­caux pour tenter de les rendre plus démo­cra­tiques, en pla­çant celles-ci cepen­dant sous le contrôle du Conseil natio­nal élec­to­ral[12]. Mais, après le coup d’État manqué de 2002 dans lequel la CTV s’était acti­ve­ment impli­quée, Chavez ira plus loin en favo­ri­sant le 5 avril 2003 la consti­tu­tion d’une cen­trale rivale indé­pen­dante : l’Union natio­nale des tra­vailleurs (UNT). Ayant pour maîtres mots la pro­mo­tion du contrôle ouvrier ainsi que la lutte à la cor­rup­tion et à l’absence de démo­cra­tie syn­di­cale, celle-ci par­vien­dra bien vite à égaler la CTV en nombre d’adhésions, avec 1,5 mil­lion de membres, tout en se dotant d’un pro­gramme pas­sa­ble­ment radi­cal : natio­na­li­sa­tion des banques, prise de contrôle par les sala­rié-e-s de toutes les entre­prises ayant par­ti­cipé à la désor­ga­ni­sa­tion de l’économie en 2002-2003, réforme de la Loi orga­nique du tra­vail (LOT), réduc­tion du temps de tra­vail, etc.

Il reste que ces volon­tés syn­di­cales de chan­ge­ment sur­gies de la base vont non seule­ment être amoin­dries par des divi­sions internes, mais aussi se heur­ter aux réti­cences ou fri­lo­si­tés du gou­ver­ne­ment lui-même, dans la mesure où chaque fois qu’il a été ques­tion de demandes de contrôle ouvrier ou de natio­na­li­sa­tions exi­gées par la base, ce der­nier a semblé se faire tirer l’oreille en n’acquiesçant à ces reven­di­ca­tions qu’au terme de longues et tumul­tueuses luttes[13]. Ce qui fait qu’au sein de l’UNT (rebap­ti­sée entre temps UNETE) se sont mul­ti­pliées les cri­tiques viru­lentes vis-à-vis de poli­tiques gou­ver­ne­men­tales jugées trop timo­rées, et que de nom­breux syn­di­ca­listes d’obédience cha­viste qui s’y trou­vaient pré­fè­re­ront la quit­ter et se lancer en 2011 dans la fon­da­tion d’une cen­trale cha­viste rivale : la Centrale socia­liste boli­va­rienne des tra­vailleurs de la ville, de la terre et de la mer (la CSBT). Celle-ci, béné­fi­ciant de facto de tout l’appui gou­ver­ne­men­tal, va rapi­de­ment s’imposer et cen­trer ses efforts, fouet­tée en cela par les enjeux des élec­tions de 2012, sur une réforme en pro­fon­deur du Code du tra­vail, réforme deman­dée depuis près de 10 ans par la gauche du mou­ve­ment syn­di­cal. Mais si cette loi va des­si­ner d’importantes avan­cées dans le monde du tra­vail véné­zué­lien (sup­pres­sion de la sous-trai­tance, prime à la pro­duc­ti­vité pour les salaires, amé­lio­ra­tions des pres­ta­tions sociales, ren­for­ce­ment des mesures favo­ri­sant l’égalité hommes femmes au tra­vail, etc.), cela n’aura été qu’au prix de mono­po­li­ser le débat et d’imposer depuis le haut une série de réformes à l’élaboration des­quelles auront été exclus de larges sec­teurs du mou­ve­ment syn­di­cal véné­zué­lien, dont l’UNETE. De quoi mettre en lumière à nou­veau com­ment au Venezuela, malgré d’indéniables acquis (aujourd’hui pas­sa­ble­ment grugés par la crise poli­tique actuelle cepen­dant), le mou­ve­ment syn­di­cal n’a résolu aucun des grands pro­blèmes évo­qués plus haut, ni celui de la subor­di­na­tion à des partis poli­tiques gou­ver­ne­men­taux, ni même celui de l’indépendance de classe et de la lutte au néo­li­bé­ra­lisme.

Le SNTE mexi­cain et la com­mune d’Oaxaca

Si le gros du mou­ve­ment syn­di­cal mexi­cain appa­raît depuis les années 2000 en grande dif­fi­culté[14], il faut dire cepen­dant qu’ont surgi au Mexique, et plus par­ti­cu­liè­re­ment au sud du Mexique, quelques expé­riences extrê­me­ment ori­gi­nales et pro­met­teuses, issues de luttes tota­le­ment inédites, nées de la base. Et cela, loin de l’ancien modèle du « syn­di­ca­lisme char­ros[15] », auto­ri­taire, cor­po­ra­tiste et cor­rompu sous l’égide du PRI (Parti révo­lu­tion­naire ins­ti­tu­tion­nel), modèle qui a carac­té­risé bien sou­vent le rap­port que l’État mexi­cain entre­tient avec les grandes cen­trales syn­di­cales. À l’encontre aussi de ces volon­tés gou­ver­ne­men­tales récur­rentes de flexi­bi­li­sa­tion du tra­vail de type néo­li­bé­ral dont le der­nier épi­sode en date fut celui de la réforme du tra­vail pro­mul­guée par l’ex-président Calderon en 2012.

En effet, on a vu depuis les années 2000 se déve­lop­per cer­tains syn­di­cats qui en rup­ture radi­cale avec le syn­di­ca­lisme char­ros – sont en train de donner nais­sance à des pro­ces­sus de recom­po­si­tion syn­di­cale par­ti­cu­liè­re­ment ori­gi­naux[16]. C’est notam­ment le cas dans l’État d’Oaxaca où le 22 mai 2006 débuta un conflit de tra­vail qui, dans un sens, per­dure jusqu’à aujourd’hui. Le syn­di­cat local des ensei­gnants et des ensei­gnantes (la sec­tion 22 du Syndicat natio­nal des tra­vailleurs de l’éducation [SNTE]) est entré en lutte fron­tale avec le gou­ver­neur Ulises Ruiz, membre du PRI de l’État, sur des ques­tions très élé­men­taires de pro­tec­tion du tra­vail pré­caire ensei­gnant et d’augmentations sala­riales liées au coût de la vie. Bien vite cepen­dant la lutte syn­di­cale suivit un tout autre cours et s’élargit à l’État d’Oaxaca tout entier. Forte de la soli­da­rité active de près de 365 orga­ni­sa­tions sociales de la région (dont de nom­breuses orga­ni­sa­tions indi­gènes) et s’étant fixé pour objec­tif immé­diat le départ du gou­ver­neur cor­rompu, la lutte va donner nais­sance à l’Assemblée popu­laire des peuples d’Oaxaca (APPO). Celle-ci, pen­dant plu­sieurs mois, fédé­rera les mécon­ten­te­ments et coor­don­nera sur le mode de l’organisation auto­nome la résis­tance col­lec­tive, la para­ly­sie des ins­ti­tu­tions locales ainsi que la pro­tec­tion des habi­tants (notam­ment au tra­vers de la mise en place d’une police popu­laire, la POMO) vis-à-vis des menées répres­sives du gou­ver­neur. Véritable contre-pou­voir popu­laire en ges­ta­tion, l’APPO mul­ti­pliera bar­ri­cades, sit-in, occu­pa­tions de chaînes de radios et postes de télé­vi­sion, etc., par­ve­nant ainsi à rendre la ville ingou­ver­nable jusqu’à l’arrivée de la police fédé­rale le 29 octobre 2006.

Si les ensei­gnants et les ensei­gnantes de la SNTE n’obtiendront qu’en partie gain de cause[17] alors que le gou­ver­neur ne quit­tera fina­le­ment son poste qu’à la faveur de l’élection sui­vante, la « com­mune d’Oaxaca » va cepen­dant pou­voir deve­nir pen­dant quelques mois, ce nou­veau « bras poli­tique » qui a pu faire entendre à l’échelle d’un pays tout entier les aspi­ra­tions des tra­vailleurs et des tra­vailleuses de l’enseignement en butte aux poli­tiques néo­li­bé­rales. Mais pas seule­ment : elle va être l’incarnation alors que la gauche mexi­caine n’en finit pas d’être sur la défen­sive au plan élec­to­ral de nou­velles pra­tiques sociales et poli­tiques, de nou­veaux dis­cours (liés à la défense du ter­ri­toire et de la Terre-Mère), de nou­velles alliances (avec les peuples autoch­tones) qui, loin des vieux modèles du passé, ont cher­ché à faire face aux défis de la cor­rup­tion et de la « mafieu­si­sa­tion » de la vie poli­tique mexi­caine. Cela s’est fait en inven­tant de nou­veaux liens plus démo­cra­tiques et par­ti­ci­pa­tifs entre luttes syn­di­cales et luttes socio­po­li­tiques. Il n’en demeure pas moins que cette expé­rience excep­tion­nelle aujourd’hui en veilleuse n’a pas pu faire tache d’huile ailleurs, ne serait-ce qu’à une échelle moindre, fai­sant ainsi bien voir en même temps toutes les contraintes qui pèsent sur un renou­vel­le­ment en pro­fon­deur du syn­di­ca­lisme mexi­cain.

Les défis de la CTA argen­tine

En Argentine aussi, dans les deux der­nières décen­nies, le contexte social et poli­tique géné­ral a été plutôt défa­vo­rable au mou­ve­ment syn­di­cal pris dans son ensemble, à l’exception d’une période de répit non négli­geable carac­té­ri­sée par la pré­sence de Nestor et Cristina Kirchner à la pré­si­dence argen­tine (de 2003 à 2015). Mais glo­ba­le­ment, dans le sillage des poli­tiques néo­li­bé­rales radi­cales de Carlos Menem (1989-1998) qui ont conduit l’État argen­tin à la ban­que­route en 2001, et à partir de 2016 sous la hou­lette du nou­veau et très à droite pré­sident Mauricio Macri[18], on peut dire que le mou­ve­ment syn­di­cal argen­tin incarné par la CGT (Confédération géné­rale du tra­vail de la République argen­tine) s’est retrouvé plutôt sur la défen­sive, non seule­ment à cause de la destruction/​restructuration de grands pans de l’économie argen­tine, mais aussi à cause de la recon­fi­gu­ra­tion poli­tique qui l’a accom­pa­gnée et des nou­veaux défis qui se sont dres­sés sur son chemin.

Il faut dire cepen­dant que contrai­re­ment au Chili par exemple le mou­ve­ment syn­di­cal argen­tin n’a pas été aussi défait et mar­gi­na­lisé par les années de dic­ta­ture et les poli­tiques néo­li­bé­rales. Une puis­sante bureau­cra­tie syn­di­cale a pu se main­te­nir en place ; à l’ombre de la tra­di­tion syn­di­cale péro­niste et de ses succès passés[19], elle a su garder son rôle d’interlocuteur pri­vi­lé­gié du monde du tra­vail auprès de tous les gou­ver­ne­ments, civils comme mili­taires. Résultat : le syn­di­ca­lisme argen­tin est un acteur ins­ti­tu­tion­nel tou­jours puis­sant, mais il n’a pas craint de col­la­bo­rer et de cau­tion­ner au pas­sage bien des mesures néo­li­bé­rales, notam­ment celle, si sym­bo­lique, de la pri­va­ti­sa­tion des che­mins de fer dans les années 1990 sous la pre­mière pré­si­dence de Menem.

C’est pour­quoi se sont déve­lop­pés, en oppo­si­tion aux poli­tiques de la CGT, de très actifs mais mino­ri­taires cou­rants syn­di­caux contes­ta­taires[20] qui, entre autres choses, ont fini par donner nais­sance en 1991 à la Centrale des tra­vailleurs d’Argentine (CTA). Il s’agit d’une orga­ni­sa­tion syn­di­cale qui se vou­lait indé­pen­dante des partis poli­tiques, dotée d’un projet de société alter­na­tif, ouverte aux dif­fé­rents mou­ve­ments sociaux et aux tra­vailleurs non syn­di­qués, et qui, même si elle était loin de pou­voir riva­li­ser avec la CGT, comp­tait, en 2008, déjà près d’un mil­lion et demi d’affiliés (dans l’éducation, la santé et l’administration).

Très active, mais force syn­di­cale mino­ri­taire, elle reste cepen­dant le fer-de-lance[21] de la lutte menée contre le train de mesures néo­li­bé­rales imposé depuis 2016 par le pré­sident Macri et, en par­ti­cu­lier, contre son actuel projet de réforme du Code du tra­vail (très proche de la réforme promue par Michel Temer au Brésil). La CTA saura-t-elle néan­moins dépas­ser les divi­sions qui conti­nuent de la hanter, et ral­lier dans la lutte les bases de la puis­sante CGT, en sus­ci­tant une unité d’action parmi tous ceux et celles qui, clai­re­ment campés à gauche ou situés dans le camp de Cristina Kirchner, cherchent à faire front contre ce retour en force du néo­li­bé­ra­lisme en Argentine ? C’est sym­bole de cette recherche dif­fi­cile d’alternatives ce qui est loin d’être clair à l’heure actuelle.

En guise de conclu­sion pro­vi­soire…

On le voit, quels que soient les exemples choi­sis, quels que soient les gou­ver­ne­ments en cause (de gauche comme de droite), ils montrent com­ment le syn­di­ca­lisme latino-amé­ri­cain se trouve confronté à des défis gigan­tesques, qui appellent à des trans­for­ma­tions en pro­fon­deur tant au niveau des luttes et des pra­tiques syn­di­cales pro­pre­ment dites que des orien­ta­tions poli­tiques pri­vi­lé­giées sur le long terme. On voit aussi que l’exploration de voies alter­na­tives pour­tant si néces­saire reste encore le fait de syn­di­cats très mino­ri­taires, et se vit au tra­vers d’expériences encore très par­cel­laires, se heur­tant, qui plus est, à une frag­men­ta­tion consi­dé­rable des forces syn­di­cales en pré­sence. De quoi bien faire entre­voir que, lorsque l’on parle d’alternatives syn­di­cales pour le XXIe siècle en Amérique latine, il s’agit d’un chan­tier qui reste encore… très lar­ge­ment ouvert !

Pierre Mouterde[1]


Notes

  1. Sociologue et essayiste.
  2. Le socio­logue Alain Touraine note à ce propos que mou­ve­ments sociaux et partis poli­tiques ont ainsi été étroi­te­ment liés les uns aux autres, suite notam­ment à l’importance déci­sive du rôle de l’État dans le déve­lop­pe­ment natio­nal de socié­tés for­te­ment mar­quées par la dépen­dance vis-à-vis des pays du Nord et de leurs centres éco­no­miques et finan­ciers. D’où le déve­lop­pe­ment en Amérique latine, à partir des années 1920 jusqu’au début des années 1970, « d’États de com­pro­mis » ou « d’États natio­naux et popu­laires » sur les­quels le mou­ve­ment syn­di­cal pou­vait, par le biais de partis aux­quels il était étroi­te­ment lié, peser de tout son poids.
  3. La ques­tion du rap­port du syn­di­ca­lisme à des partis poli­tiques ins­ti­tu­tion­nels a été celle du mou­ve­ment syn­di­cal latino-amé­ri­cain dès le pre­mier tiers du XXe siècle. En effet si le syn­di­ca­lisme latino a pris essor, en par­ti­cu­lier dans le cône Sud, à partir du milieu du XIXe siècle grâce à la pré­sence de mili­tantes et mili­tants anar­chistes et socia­listes venus d’Europe, ce n’est qu’à partir du pre­mier tiers du XXe siècle que la pers­pec­tive socia­liste devient vis-à-vis de la pers­pec­tive anar­chiste hégé­mo­nique, condui­sant le gros du mou­ve­ment syn­di­cal à conju­guer plus étroi­te­ment luttes syn­di­cales et luttes poli­tiques ins­ti­tu­tion­nelles.
  4. Par exemple au Chili, on est passé de 86 669 syn­di­qué-e-s en 1936 à 627 664 en 1970, et à près de 900 000 en 1973. De manière plus glo­bale, l’augmentation de la pro­duc­tion à la fin du XXe siècle pour répondre aux besoins des puis­sances étran­gères apporte des res­sources pour le marché inté­rieur, sti­mu­lant l’expansion urbaine et la petite bour­geoi­sie rurale (cas du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Brésil). Elle abou­tit aussi au boom de la classe ouvrière : 6 % de la popu­la­tion au Chili en 1900 contre 1,5 % pour l’ensemble de l’Amérique latine, 12,7 % en Argentine et 8 % en Uruguay. Comme points de com­pa­rai­son, on sait qu’aux États-Unis, le taux de syn­di­ca­li­sa­tion est passé de 30 % dans les années 1960 à 10 % dans les der­nières années. Dans les pays scan­di­naves, il se main­tient une pro­por­tion oscil­lant entre 50 et 80 % de syn­di­qués. Dans les pays d’Amérique latine, on a des taux d’environ 30 %, avec un déclin der­niè­re­ment.
  5. L’État de com­pro­mis cherche à conci­lier les inté­rêts d’une bour­geoi­sie indus­trielle en plein essor et hégé­mo­nique avec ceux des couches moyennes et de cer­tains sec­teurs de la classe ouvrière.
  6. En Amérique latine, selon la Banque mon­diale, l’économie infor­melle repré­sente 56 % de l’économie, ce qui signi­fie que plus de la moitié de la popu­la­tion éco­no­mi­que­ment active se trouve dans le sec­teur infor­mel. Et les niveaux sont encore plus impor­tants pour les femmes.
  7. On doit néces­sai­re­ment faire réfé­rence ici à la nais­sance de la Confédération syn­di­cale inter­na­tio­nale (CSI), le pre­mier novembre 2006 à Vienne, avec 168 mil­lions de tra­vailleuses et tra­vailleurs ; résul­tat de la fusion entre la Confédération inter­na­tio­nale des syn­di­cats libres (CISL) et la Confédération mon­diale du tra­vail (CMT). Même s’il s’agit de regrou­pe­ments ins­ti­tu­tion­nels, et si le syn­di­ca­lisme latino-amé­ri­cain eut une par­ti­ci­pa­tion dis­crète dans cette nais­sance, cette der­nière sus­cita d’amples débats en Amérique latine, notam­ment sur la confor­ma­tion de sa filiale latino-amé­ri­caine la Confédération syn­di­cale des Amériques (CSA), inter­ro­geant en par­ti­cu­lier l’Organisation régio­nale inter­amé­ri­caine des tra­vailleurs (ORIT), affi­liée à la CISL et la Centrale latino-amé­ri­caine des tra­vailleurs (CLAT), affi­liée à la CMT.
  8. La Central Única dos Trabalhadores (CUT), en 2001, était consi­dé­rée comme la cen­trale syn­di­cale la plus impor­tante du Brésil, avec 2834 syn­di­cats affi­liés, ce qui équi­vaut à près de 65 % de tous les syn­di­qué-e-s affi­liés du Brésil. À la CUT, il faut ajou­ter la Confederaçao General dos Trabalhadores (CGT), avec 600 enti­tés syn­di­cales, et Força Sindical (FS), avec 839 syn­di­cats et 20 % des syn­di­qués affi­liés. Il faut noter cepen­dant que 62 % des syn­di­cats exis­tant au Brésil ne sont affi­liés à aucune cen­trale.
  9. Il y avait dans le pre­mier gou­ver­ne­ment de Lula Da Silva 12 syn­di­ca­listes ou ex-syn­di­ca­listes.
  10. Sa struc­ture offi­cielle a été défi­nie à tra­vers la Consolidation des lois du tra­vail (CLT) de 1943. Cette der­nière s’inspire du modèle cor­po­ra­tiste de Benito Mussolini et for­ma­lise une inter­ven­tion directe de l’État dans les syn­di­cats. Bien qu’elle ait subi des modi­fi­ca­tions depuis, des traits fon­da­men­taux res­tent les mêmes : syn­di­cat unique, contri­bu­tion com­pul­sive dénom­mée « impôt syn­di­cal », struc­ture confé­dé­rale.
  11. La réforme du tra­vail de Michel Temer vise fon­da­men­ta­le­ment à flexi­bi­li­ser le tra­vail et à amoin­drir les droits des tra­vailleuses et des tra­vailleurs. Elle permet ainsi, entre autres choses, de pré­ca­ri­ser le tra­vail, d’obliger les femmes enceintes ou allai­tant à tra­vailler dans des endroits insa­lubres, d’établir une rému­né­ra­tion selon la pro­duc­ti­vité, d’instaurer une jour­née de tra­vail pou­vant aller jusqu’à 12 heures, etc.
  12. En agis­sant ainsi, Chavez, sachant que le CNE était loin d’être un pou­voir poli­tique indé­pen­dant, ins­tal­lait les syn­di­cats dans un nou­veau type de subor­di­na­tion poli­tique qui ne fera que prendre de l’ampleur par la suite.
  13. Citons le conflit, en 2004, à l’usine de fabrique de papier et de carton Venepal, mais sur­tout le conflit, en 2008, à la Sidor, entre­prise sidé­rur­gique au sein de laquelle les ouvriers se mirent en grève de façon extrê­me­ment démo­cra­tique pour en exiger la natio­na­li­sa­tion.
  14. Le mou­ve­ment syn­di­cal mexi­cain reste très fra­gile. En 2005, seule­ment 10,17 % de la popu­la­tion éco­no­mi­que­ment active est orga­ni­sée syn­di­ca­le­ment. Depuis 25 ans, les syn­di­cats mexi­cains ont perdu près de la moitié de leurs effec­tifs. Dans le sec­teur indus­triel, le pour­cen­tage de tra­vailleurs syn­di­qués est passé de 22 % en 1992 à 11, 6 % en 2002. Selon plu­sieurs enquêtes, près de 70 % des citoyennes et citoyens mexi­cains n’ont pas confiance dans le mou­ve­ment syn­di­cal.
  15. C’est-à-dire de syn­di­cats jaunes : des syn­di­cats et leurs diri­geants qui s’entendent plus ou moins secrè­te­ment avec les gou­ver­ne­ments et en tirent béné­fices et pri­vi­lèges – au détri­ment des tra­vailleuses et tra­vailleurs qu’ils pré­tendent pour­tant repré­sen­ter.
  16. On pour­rait faire réfé­rence aussi au Syndicat mexi­cain des élec­tri­ciens, ou encore à la sec­tion 18 de la SNTE, dans l’État de Michoacan qui, elle aussi, tra­vaille en étroite col­la­bo­ra­tion avec des orga­ni­sa­tions indi­gènes proches des orien­ta­tions des zapa­tistes.
  17. Ce qui fait que la lutte dure encore.
  18. Harcèlement ou empri­son­ne­ment arbi­traire de mili­tants en vue (comme Milagro Sala, dans la pro­vince de Jujuy), perte de plus de 100 000 emplois dans la fonc­tion publique, hausse des tarifs d’électricité, de l’eau et sur­tout du gaz (jusqu’à 700 % dans cer­tains cas), etc.
  19. C’est Perón qui, en 1943, alors qu’il est ministre du Travail, a donné sa force his­to­rique au mou­ve­ment syn­di­cal argen­tin, en per­met­tant son uni­fi­ca­tion et auto­ri­sant le mono­pole syn­di­cal. C’est lui aussi qui un peu plus tard comme pré­sident incar­nera par­ti­cu­liè­re­ment bien cette voie si propre à cer­tains pays de l’Amérique latine : celle du natio­nal-popu­lisme.
  20. Un des évé­ne­ments fon­da­teurs de ce cou­rant syn­di­cal alter­na­tif fut celui du sou­lè­ve­ment ouvrier et popu­laire de Cordoba en 1969 (dit le « Cordobazo ») qui mit en échec le gou­ver­ne­ment mili­taire de l’époque et dont le porte-parole était un diri­geant syn­di­cal excep­tion­nel, Agustin Tosco.
  21. Voir à ce propos le succès de la grève géné­rale du 7 avril 2017, dont elle a fait l’active pro­mo­tion.


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