Succès de la première assemblée d’Offensive syndicale (OS)

Par , Mis en ligne le 14 août 2014

Le 5 mars der­nier s’est tenu la pre­mière assem­blée publique d’Offensive syn­di­cale, un ras­sem­ble­ment de mili­tant-e-s syn­di­caux. L’objectif de cette pre­mière assem­blée était de tâter le pouls des mili­tant-e-s et d’y mesu­rer leur appé­tit pour un retour à une pra­tique syn­di­cale plus com­ba­tive. Le col­lec­tif n’a pas été déçu !

C’est plus de 80 per­sonnes, syn­di­ca­listes de toutes allé­geances, jeunes et moins jeunes, qui se sont mas­sées dans le Centre Saint-Pierre à Montréal pour entendre Charles Ste-Marie, vice-pré­sident à l’éducation et mobi­li­sa­tion et infor­ma­tion pour le Syndicat des employé-e-s du Centre hos­pi­ta­lier de l’Université de Montréal (SECHUM-CSN) et Ghislaine Raymond, mili­tante de la Centrale des syn­di­cats du Québec (ancien­ne­ment la CEQ) et auteure de l’ouvrage Le « par­te­na­riat social », Sommet socio-éco­no­mique de 1996, syn­di­cats et groupes popu­laires. Le tout a été pré­sidé par l’ancienne porte-parole de l’ASSÉ, aujourd’hui mili­tante syn­di­cale pour UNIFOR, Jeanne Reynolds.

Les consé­quences du « par­te­na­riat social »

Lors de son inter­ven­tion, Ghislaine Raymond a remis en cause la stra­té­gie du « par­te­na­riat social » prônée par les cen­trales syn­di­cales à partir des années 90. Cette approche consiste à favo­ri­ser une poli­tique de concer­ta­tion et de dia­logue avec les dif­fé­rents acteurs poli­tiques et éco­no­miques, plutôt que de miser sur l’instauration d’un rap­port de forces avec le gou­ver­ne­ment et les employeurs pour faire avan­cer les reven­di­ca­tions des tra­vailleur-euses.

Elle a raconté com­ment cette approche s’est révé­lée désas­treuse lors du Sommet socio-éco­no­mique de 1996, à l’époque des poli­tiques du « défi­cit zéro » de Lucien Bouchard. Les direc­tions des cen­trales ont pré­féré miser sur le dia­logue plutôt que sur la mobi­li­sa­tion. Le patro­nat et le gou­ver­ne­ment n’ont donc eu aucun mal à impo­ser leur agenda néo­li­bé­ral. Ses poli­tiques ont eu des consé­quences ter­ribles sur les condi­tions de tra­vail, notam­ment la cou­pure de 50 000 postes, et ont été l’une des causes directes de la décré­pi­tude des ser­vices publics aujourd’hui. L’autre grande consé­quence de cette poli­tique de conci­lia­tion a été la « désap­pro­pria­tion » du syn­di­cat par la direc­tion des cen­trales. À quoi bon mili­ter, si les direc­tions font ce qu’elles veulent ? Il faut donc que les mili­tant-e-s de la base se réap­pro­prient leurs orga­ni­sa­tions.

« Pour un retour au tra­vail de ter­rain »

Charles Ste-Marie milite depuis 12 ans pour le SECHUM, le plus gros syn­di­cat local au Québec avec ses 4500 membres. Le CHUM « incor­po­ra­ted » réunit sous un même toit toutes les dérives de la ges­tion néo­li­bé­rale du sys­tème public et des par­te­na­riats publics privés (PPP); mal-finan­ce­ment, cor­rup­tion, col­lu­sion, dépas­se­ments de coût et sur­charge de tra­vail. Tout cela se résume, selon le mili­tant, à une « socia­li­sa­tion des pertes et à une pri­va­ti­sa­tion des pro­fits ». La situa­tion au CHUM démontre bien la liai­son étroite entre les luttes locales et les grands enjeux sociaux, et prouve l’urgente néces­sité de redon­ner vie concrè­te­ment au « deuxième front [1] ».

Le mili­tant a éga­le­ment parlé du déca­lage entre les membres et le syn­di­cat. Selon lui, cela s’explique par une accu­mu­la­tion de tâches admi­nis­tra­tives qui amène les repré­sen­tants syn­di­caux à négli­ger le tra­vail de ter­rain. Mais il n’y pas de solu­tion miracle, la prio­rité doit rester la mobi­li­sa­tion de la base, c’est la seule porte de sortie si le mou­ve­ment syn­di­cal veut sur­vivre.

Construire Offensive syn­di­cale

Après les pré­sen­ta­tions s’en est suivi une longue période de dis­cus­sions avec les gens de l’assistance. Malgré les diver­gences, l’ensemble des inter­ven­tions témoi­gnait d’une volonté ferme de se battre pour de meilleures condi­tions de tra­vail et un syn­di­ca­lisme plus com­ba­tif. Le pre­mier test d’Offensive syn­di­cale est donc réussi, mais il reste beau­coup de tra­vail à faire. Il faut main­te­nant éla­bo­rer des pers­pec­tives concrètes d’action dans l’immédiat et éla­bo­rer des stra­té­gies d’interventions dans le mou­ve­ment syn­di­cal. C’est à cela que doivent servir les pro­chaines assem­blées publiques.

Les assem­blées d’Offensive syn­di­cale sont le seul lieu au Québec où les miliant-e-s des dif­fé­rentes cen­trales peuvent échan­ger et éla­bo­rer col­lec­ti­ve­ment des pers­pec­tives com­munes. Dans cette optique, le col­lec­tif a décidé de mener une pre­mière assem­blée publique durant le mois d’avril à Québec et une autre à Montréal le 14 mai pro­chain. Offensive syn­di­cale sera éga­le­ment pré­sent lors de la mani­fes­ta­tion du 3 avril contre l’austérité. Pour ne pas que cette ini­tia­tive reste sans len­de­main, il faut construire Offensive syn­di­cale. N’hésitez pas à prendre contact avec nous pour nous aider dans cette tâche, parce que, comme le décla­rait Ghislaine Raymond, « s’il y a une volonté de résis­ter, il y a une pos­si­bi­lité de chan­ge­ment ».

Travailleurs-euses… orga­ni­sons notre offen­sive !

2014-03-16

Notes

[1] Au congrès de la CSN de 1968, Marcel Pépin, le pré­sident de l’époque, sou­tient dans son rap­port que les syn­di­cats ne doivent pas se borner uni­que­ment à l’action syn­di­cale (le pre­mier front), mais éga­le­ment s’impliquer dans les grands enjeux de société (le deuxième front); « C’est la popu­la­tion labo­rieuse elle-même qui doit s’imposer dans l’histoire et bâtir la société qu’elle veut », décla­rait-il à l’époque.

Les commentaires sont fermés.