Sortir de la logique infernale du néolibéralisme et de l’austérité

Par Mis en ligne le 02 août 2012

La crise qui sévit en Europe et dans d’autres pays avan­cés depuis 2007 est la consé­quence directe des poli­tiques néo­li­bé­rales mises en œuvre à partir des années 1980. Il s’agit d’une crise struc­tu­relle de grande ampleur, com­pa­rable aux grandes crises pas­sées du capi­ta­lisme en 1873 et 1929, qui prennent leurs racines dans les contra­dic­tions internes de ce sys­tème éco­no­mique. Cette crise se carac­té­rise par son carac­tère plu­ri­di­men­sion­nel : finan­cier, social, poli­tique. C’est en pre­mier lieu l’échec de la finance libé­ra­li­sée qui démontre que les mar­chés sont inca­pables de s’autoréguler, et qu’ils ont besoin d’être étroi­te­ment régu­lés. Cette crise a éga­le­ment des racines sociales. En modi­fiant le par­tage des richesses au détri­ment des classes moyennes, au profit des ren­tiers, par une libé­ra­li­sa­tion du marché du tra­vail des­ti­née à mettre en concur­rence les tra­vailleurs à l’échelle de la pla­nète, ces poli­tiques ont conduit à la montée de l’endettement des ménages pau­pé­ri­sés. Il en est résulté une crise de la dette privée qui s’est pro­pa­gée des Etats-Unis vers la plu­part des pays avan­cés à partir de 2007, ce qui a consti­tué la pre­mière phase de la crise. Les gou­ver­ne­ments de ces pays ont dû inter­ve­nir pour socia­li­ser les pertes des banques mises en dif­fi­culté par le sur­en­det­te­ment des ménages. Il en est résulté une hausse bru­tale des dettes publiques, sus­ci­tant les attaques spé­cu­la­tives contre les pays les plus endet­tés comme la Grèce, l’Irlande ou l’Espagne. C’est la phase 2 de la crise.

Les poli­tiques néo­li­bé­rales ont contri­bué à la montée de la dette publique par deux autres canaux. En pre­mier lieu, la baisse de la fis­ca­lité sur les entre­prises et les ménages les plus favo­ri­sés, sup­po­sée favo­rable à la crois­sance, a réduit les recettes publiques. Ce n’est donc pas l’excès des dépenses publiques et sociales qui a été la cause struc­tu­relle de la montée des dettes publiques mais les cadeaux fis­caux consen­tis aux plus nantis. En second lieu, les poli­tiques de libé­ra­li­sa­tion finan­cière ont donné toute liberté aux spé­cu­la­teurs pour atta­quer les pays les plus fra­giles et mettre ceux-ci en dif­fi­culté en exi­geant des taux d’intérêt exor­bi­tants.

C’est en Europe, plus par­ti­cu­liè­re­ment dans la zone euro, que la crise est aujourd’hui la plus pro­fonde. Nous sommes dans la phase 3 de la crise qui menace l’avenir de la construc­tion euro­péenne. La zone euro est coupée en deux : pro­fi­tant de leur avan­tage com­pé­ti­tif, les pays mer­can­ti­listes les plus riches du Nord (Allemagne, Autriche, Pays-Bas) exportent leur chô­mage vers les PIGS du Sud (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) en accu­mu­lant des excé­dents com­mer­ciaux crois­sants sur ces der­niers. Les dés­équi­libres ne cessent de s’accroître au sein de la zone euro. La res­pon­sa­bi­lité des poli­tiques néo­li­bé­rales est là-aussi écra­sante ! Les gou­ver­nants ont donné la prio­rité aux ajus­te­ments par les mar­chés. Résultat : la zone euro souffre d’un manque de soli­da­rité et de l’insuffisance de poli­tiques com­munes pour faire face à la crise. Contrairement aux Etats fédé­raux exis­tants, l’Union euro­péenne n’a pas de fis­ca­lité com­mune, et le budget euro­péen est volon­tai­re­ment limité à 1% du PIB. La mutua­li­sa­tion des dettes publiques est impos­sible ; il n’y a aucune poli­tique d’investissements publics com­mu­nau­taires, alors que la tran­si­tion éco­lo­gique rend ceux-ci néces­saires. La Banque cen­trale euro­péenne (BCE) se refuse à ache­ter direc­te­ment la dette publique des Etats en dif­fi­culté, en vertu du prin­cipe néo­li­bé­ral du « no bail out ».

Sur tous les conti­nents de la pla­nète, la crise des dettes sou­ve­raines est ins­tru­men­ta­li­sée par les élites finan­cières et les gou­ver­ne­ments néo­li­bé­raux pour impo­ser l’austérité. Le projet poli­tique des classes domi­nantes est de faire payer le coût de la crise aux tra­vailleurs en rédui­sant leurs reve­nus et en s’attaquant à leurs conquêtes sociales. Les PIGS euro­péens, les plus tou­chés par la crise, se voient impo­ser – au mépris de leur sou­ve­rai­neté – des plans d’ajustement struc­tu­rels par une troïka com­po­sée de la Commission euro­péenne, la BCE et le FMI. Ces plans ont échoué car ils ont aggravé la situa­tion éco­no­mique et sociale de ces pays.

Seules des réformes radi­cales per­met­tront de sortir de la crise et de la logique infer­nale du néo­li­bé­ra­lisme. Quatre voies de rup­ture doivent être envi­sa­gées :

  • Modifier la répar­ti­tion des richesses par un nou­veau par­tage des reve­nus per­met­tant de reva­lo­ri­ser le tra­vail et de réduire la part des pro­fits
  • Désarmer les mar­chés afin de réduire le pou­voir de la finance, en inter­di­sant les para­dis fis­caux et les ins­tru­ments spé­cu­la­tifs, et en ins­tau­rant un contrôle social sur le sys­tème ban­caire.
  • Restructurer les dettes publiques en annu­lant les dettes illé­gi­times et en met­tant fin aux taux d’intérêt exor­bi­tants impo­sés par les mar­chés.
  • Réformer la fis­ca­lité pour rendre celle-ci plus redis­tri­bu­tive, comme cela avait été fait par les gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes à la suite de la crise de 1929. Dans l’espace euro­péen, il s’agit de refon­der les poli­tiques éco­no­miques – moné­taire, bud­gé­taire et fis­cale – dans le cadre d’un fédé­ra­lisme sous contrôle démo­cra­tique.

Ces trans­for­ma­tions radi­cales ne seront pos­sibles que sous la pres­sion des mou­ve­ments sociaux à tous les niveaux (régio­nal, natio­nal, inter­na­tio­nal). Les expé­riences récentes de luttes vic­to­rieuses en Europe (Islande) et sur le conti­nent amé­ri­cain (Argentine) montrent les voies d’une recon­quête du pou­voir par les citoyens.

Dominique Plihon, membre d’Attac France et des Economistes Atterrés

Dominique PLIHON sera à Montréal les 16-18 août pro­chains dans le cadre de l’université popu­laire orga­ni­sée par les Nouveaux Cahiers du socia­lisme, à l’UQAM. Les infor­ma­tions sur le pro­gramme et les moda­li­tés d’inscription se trouvent aux adresses sui­vantes :

Site inter­net : www​.cahiers​du​so​cia​lisme​.org

Page face­book : http://​www​.face​book​.com/​S​o​r​g​a​n​i​s​e​r​R​e​s​i​s​t​e​r​V​a​i​n​c​r​e​U​n​i​v​e​r​s​i​t​e​D​e​t​e​D​e​s​N​c​s2012

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