Sortir de la logique infernale du néolibéralisme et de l’austérité

Par Mis en ligne le 25 juillet 2013

« Sur tous les continents de la planète, la crise des dettes souveraines est instrumentalisée par les élites financières et les gouvernements néolibéraux pour imposer l’austérité. Le projet politique des classes dominantes est de faire payer le coût de la crise aux travailleurs en réduisant leurs revenus et en s’attaquant à leurs conquêtes sociales. »

Dominique Plihon

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La crise qui sévit en Europe et dans d’autres pays avan­cés depuis 2007 est la consé­quence directe des poli­tiques néo­li­bé­rales mises en oeuvre à partir des années 1980. Il s’agit d’une crise struc­tu­relle de grande ampleur, com­pa­rable aux grandes crises pas­sées du capi­ta­lisme en 1873 et 1929, qui prennent leurs racines dans les contra­dic­tions internes de ce sys­tème éco­no­mique. Cette crise se carac­té­rise par son carac­tère plu­ri­di­men­sion­nel : finan­cier, social, poli­tique. C’est en pre­mier lieu l’échec de la finance libé­ra­li­sée qui démontre que les mar­chés sont inca­pables de s’autoréguler, et qu’ils ont besoin d’être étroi­te­ment régu­lés. Cette crise a éga­le­ment des racines sociales. En modi­fiant le par­tage des richesses au détri­ment des classes moyennes, au profit des ren­tiers, par une libé­ra­li­sa­tion du marché du tra­vail des­ti­née à mettre en concur­rence les tra­vailleurs à l’échelle de la pla­nète, ces poli­tiques ont conduit à la montée de l’endettement des ménages pau­pé­ri­sés. Il en est résulté une crise de la dette privée qui s’est pro­pa­gée des Etats-Unis vers la plu­part des pays avan­cés à partir de 2007, ce qui a consti­tué la pre­mière phase de la crise. Les gou­ver­ne­ments de ces pays ont dû inter­ve­nir pour socia­li­ser les pertes des banques mises en dif­fi­culté par le sur­en­det­te­ment des ménages. Il en est résulté une hausse bru­tale des dettes publiques, sus­ci­tant les attaques spé­cu­la­tives contre les pays les plus endet­tés comme la Grèce, l’Irlande ou l’Espagne. C’est la phase 2 de la crise.

Les poli­tiques néo­li­bé­rales ont contri­bué à la montée de la dette publique par deux autres canaux. En pre­mier lieu, la baisse de la fis­ca­lité sur les entre­prises et les ménages les plus favo­ri­sés, sup­po­sée favo­rable à la crois­sance, a réduit les recettes publiques. Ce n’est donc pas l’excès des dépenses publiques et sociales qui a été la cause struc­tu­relle de la montée des dettes publiques mais les cadeaux fis­caux consen­tis aux plus nantis. En second lieu, les poli­tiques de libé­ra­li­sa­tion finan­cière ont donné toute liberté aux spé­cu­la­teurs pour atta­quer les pays les plus fra­giles et mettre ceux-ci en dif­fi­culté en exi­geant des taux d’intérêt exor­bi­tants.

C’est en Europe, plus par­ti­cu­liè­re­ment dans la zone euro, que la crise est aujourd’hui la plus pro­fonde. Nous sommes dans la phase 3 de la crise qui menace l’avenir de la construc­tion euro­péenne. La zone euro est coupée en deux : pro­fi­tant de leur avan­tage com­pé­ti­tif, les pays mer­can­ti­listes les plus riches du Nord (Allemagne, Autriche, Pays-Bas) exportent leur chô­mage vers les PIGS du Sud (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) en accu­mu­lant des excé­dents com­mer­ciaux crois­sants sur ces der­niers. Les dés­équi­libres ne cessent de s’accroître au sein de la zone euro. La res­pon­sa­bi­lité des poli­tiques néo­li­bé­rales est là-aussi écra­sante ! Les gou­ver­nants ont donné la prio­rité aux ajus­te­ments par les mar­chés. Résultat : la zone euro souffre d’un manque de soli­da­rité et de l’insuffisance de poli­tiques com­munes pour faire face à la crise. Contrairement aux Etats fédé­raux exis­tants, l’Union euro­péenne n’a pas de fis­ca­lité com­mune, et le budget euro­péen est volon­tai­re­ment limité à 1% du PIB. La mutua­li­sa­tion des dettes publiques est impos­sible ; il n’y a aucune poli­tique d’investissements publics com­mu­nau­taires, alors que la tran­si­tion éco­lo­gique rend ceux-ci néces­saires. La Banque cen­trale euro­péenne (BCE) se refuse à ache­ter direc­te­ment la dette publique des Etats en dif­fi­culté, en vertu du prin­cipe néo­li­bé­ral du « no bail out ».

Sur tous les conti­nents de la pla­nète, la crise des dettes sou­ve­raines est ins­tru­men­ta­li­sée par les élites finan­cières et les gou­ver­ne­ments néo­li­bé­raux pour impo­ser l’austérité. Le projet poli­tique des classes domi­nantes est de faire payer le coût de la crise aux tra­vailleurs en rédui­sant leurs reve­nus et en s’attaquant à leurs conquêtes sociales. Les PIGS euro­péens, les plus tou­chés par la crise, se voient impo­ser – au mépris de leur sou­ve­rai­neté – des plans d’ajustement struc­tu­rels par une troïka com­po­sée de la Commission euro­péenne, la BCE et le FMI. Ces plans ont échoué car ils ont aggravé la situa­tion éco­no­mique et sociale de ces pays.

Seules des réformes radi­cales per­met­tront de sortir de la crise et de la logique infer­nale du néo­li­bé­ra­lisme. Quatre voies de rup­ture doivent être envi­sa­gées :

  • Modifier la répar­ti­tion des richesses par un nou­veau par­tage des reve­nus per­met­tant de reva­lo­ri­ser le tra­vail et de réduire la part des pro­fits
  • Désarmer les mar­chés afin de réduire le pou­voir de la finance, en inter­di­sant les para­dis fis­caux et les ins­tru­ments spé­cu­la­tifs, et en ins­tau­rant un contrôle social sur le sys­tème ban­caire
  • Restructurer les dettes publiques en annu­lant les dettes illé­gi­times et en met­tant fin aux taux d’intérêt exor­bi­tants impo­sés par les mar­chés
  • Réformer la fis­ca­lité pour rendre celle-ci plus redis­tri­bu­tive, comme cela avait été fait par les gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes à la suite de la crise de 1929. Dans l’espace euro­péen, il s’agit de refon­der les poli­tiques éco­no­miques – moné­taire, bud­gé­taire et fis­cale – dans le cadre d’un fédé­ra­lisme sous contrôle démo­cra­tique.

Ces trans­for­ma­tions radi­cales ne seront pos­sibles que sous la pres­sion des mou­ve­ments sociaux à tous les niveaux (régio­nal, natio­nal, inter­na­tio­nal). Les expé­riences récentes de luttes vic­to­rieuses en Europe (Islande) et sur le conti­nent amé­ri­cain (Argentine) montrent les voies d’une recon­quête du pou­voir par les citoyens.

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