Sommet des peuples de Cochabamba : Quelques commentaires critiques sur la déclaration finale

Mis en ligne le 13 mai 2010

INVERNIZZI Sandra , TANURO Daniel

11 mai 2010

Le Sommet des peuples sur le climat et les droits de la Terre mère, qui s’est réuni à Cochabamba (Bolivie) du 20 au 22 avril, à l’invitation du pré­sident Evo Morales, a été un énorme succès. Trente mille par­ti­ci­pants ont débattu plu­sieurs jours durant des dif­fé­rentes facettes de la crise cli­ma­tique et adopté une série de docu­ments forts inté­res­sants, dans une optique réso­lu­ment anti­ca­pi­ta­liste. La Déclaration finale du Sommet [1], qui syn­thé­tise ces tra­vaux, consti­tue une avan­cée impor­tante sur la voie d’une conver­gence des luttes sociales et envi­ron­ne­men­tales dans une pers­pec­tive anti­pro­duc­ti­viste et inter­na­tio­na­liste. En tant que mili­tants éco­so­cia­listes, nous ne pou­vons que nous en féli­ci­ter. En même temps, il nous semble néces­saire d’ouvrir un débat fra­ter­nel sur quelques lacunes du texte qui méri­te­raient d’être sur­mon­tées à l’avenir, lors d’une pro­chaine ren­contre de ce type.

Dans le sillage des prises de posi­tion d’Evo Morales et d’Hugo Chavez au sommet des Nations Unies, en décembre à Copenhague, la décla­ra­tion finale de la confé­rence pointe clai­re­ment l’origine capi­ta­liste du dérè­gle­ment cli­ma­tique en cours. Le texte dénonce les gou­ver­ne­ments qui dis­cutent des chan­ge­ments cli­ma­tiques comme d’une simple ques­tion de tem­pé­ra­ture, comme si le pro­blème pou­vait être réglé sans remettre en cause le sys­tème socio-éco­no­mique res­pon­sable de celle-ci. Il sou­ligne l’incompatibilité com­plète entre un modèle basé sur la logique de concur­rence, donc de crois­sance illi­mi­tée, d’une part, et la néces­sité impé­rieuse de res­pec­ter les limites des éco­sys­tèmes et de leurs rythmes, d’autre part : « le sys­tème capi­ta­liste nous a imposé une logique de concur­rence, (…) et de crois­sance illi­mi­tée. Ce régime de pro­duc­tion et de consom­ma­tion cherche le profit sans limites, en sépa­rant l’être humain de la nature, en éta­blis­sant une logique de domi­na­tion sur celle-ci, en conver­tis­sant tout en mar­chan­dise : l’eau, la terre, le génome humain, les cultures ances­trales, la bio­di­ver­sité, la jus­tice, l’éthique, les droits des peuples, la mort et la vie elles-mêmes ».

Après avoir stig­ma­tisé la trans­for­ma­tion des res­sources natu­relles et des êtres humains en mar­chan­dises, la décla­ra­tion cloue au pilori la colo­ni­sa­tion impé­ria­liste, puis conclut logi­que­ment qu’il serait « irres­pon­sable de lais­ser aux mains du marché le soin (cui­dado) et la pro­tec­tion de l’espèce humaine et de notre Terre Mère ». Cette prise de posi­tion stra­té­gique est ensuite tra­duite en une série de reven­di­ca­tions concrètes qui lient l’écologique et le social : contre le marché du car­bone, le méca­nisme REDD [2] (+ et ++), les agro­car­bu­rants, les OGM, les droits de pro­priété intel­lec­tuelle sur le vivant, les Traités de Libre Commerce ; pour un fonds mon­dial d’adaptation et un fonds pour les tech­no­lo­gies propres, pour que l’eau soit recon­nue comme droit humain fon­da­men­tal, pour le res­pect des droits des peuples indi­gènes, pour le sou­tien à une agri­cul­ture pay­sanne, …

Démasquant le cynisme des gou­ver­ne­ments qui ne pré­voient rien alors que 100 mil­lions de per­sonnes pour­raient deve­nir des « réfu­giés cli­ma­tiques » dans les pro­chaines décen­nies, le texte réclame la fin des poli­tiques d’immigration res­tric­tives et répres­sives des pays occi­den­taux, et demande que les fonds affec­tés aux bud­gets mili­taires soient inves­tis dans la pro­tec­tion du climat. Il dénonce aussi les méca­nismes flexibles qui, sous cou­vert de trans­ferts tech­no­lo­giques, visent en réa­lité à per­mettre aux grandes entre­prises du Nord de conti­nuer à pol­luer tout en fai­sant des super­pro­fits sur le marché du car­bone. Face à cette nou­velle forme d’exploitation colo­niale, la décla­ra­tion affirme que « la connais­sance est uni­ver­selle et ne peut en aucun cas être un objet de pro­priété privée et d’utilisation pri­va­tive », en consé­quence de quoi elle plaide pour le par­tage des tech­no­lo­gies et leur déve­lop­pe­ment au ser­vice du « vivir bien ».

Enfin, le texte pro­pose la mise en place concrète d’un cadre juri­dique inter­na­tio­nal sou­ve­rain et équi­ta­ble­ment dirigé par les popu­la­tions du monde dont le but serait de mettre fin aux dérives en termes de sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources, irres­pon­sa­bi­lité envi­ron­ne­men­tale et trai­te­ment inhu­main des popu­la­tions migrantes.

Si ces prises de posi­tion anti­ca­pi­ta­listes sont remar­quables, on doit pour­tant déplo­rer cer­taines lacunes. Le point le plus frap­pant est que les oli­gar­chies du pétrole, du gaz et du char­bon ainsi que les grandes mul­ti­na­tio­nales du sec­teur éner­gé­tique ne sont pas mises en accu­sa­tion, ni même citées, alors que leur res­pon­sa­bi­lité dans les chan­ge­ments cli­ma­tiques est écra­sante. Le texte s’étend sur le rôle néfaste de l’agrobusiness dans la dégra­da­tion du climat, mais le mot « pétrole » n’apparaît qu’une fois dans la décla­ra­tion, et encore : uni­que­ment dans le cadre de la demande de non exploi­ta­tion des gise­ments situés en zones fores­tières, au nom de la pro­tec­tion des forêts et des droits des peuples indi­gènes (demande cor­recte et légi­time mais tota­le­ment insuf­fi­sante). Les mots « char­bon » et « gaz natu­rel » ne sont car­ré­ment pas cités. L’expression « éner­gies renou­ve­lables » est absente éga­le­ment. De plus, le docu­ment ne com­porte ni rejet du nucléaire ni conseil de pru­dence face aux risques pos­sibles du sto­ckage géo­lo­gique du CO2… Au total, on ne peut se dépar­tir de l’impression que la Déclaration passe sous silence la lutte contre les lob­bies capi­ta­listes de l’énergie et des sec­teurs connexes (auto­mo­bile, pétro­chi­mie, construc­tion navale et aéro­nau­tique, trans­ports,…), alors qu’il s’agit évi­dem­ment de la ques­tion clé dans le cadre d’une stra­té­gie anti­ca­pi­ta­liste de sta­bi­li­sa­tion du climat.

On notera aussi l’étonnant contraste entre cette absence et la radi­ca­lité de l’objectif de dimi­nu­tion de GES pré­co­nisé par la Déclaration. Celle-ci pro­pose, sans tou­cher à la ques­tion du choix des res­sources éner­gé­tiques, de s’inscrire dans un cane­vas de dimi­nu­tion d’une ampleur net­te­ment plus impor­tante que le plus radi­cal des scé­na­rios du GIEC : 300 ppm de CO2 équi­va­lents, pour ne pas dépas­ser 1°C de hausse de la tem­pé­ra­ture par rap­port à l’ère pré­in­dus­trielle Or pour atteindre ce niveau de sta­bi­li­sa­tion, il faut suivre une série d’étapes incon­tour­nables, qui concernent prin­ci­pa­le­ment le sec­teur de l’énergie et la ques­tion des res­sources :

l’obligation à court terme de sortir des éner­gies fos­siles ;

la néces­sité de pla­ni­fier le rem­pla­ce­ment des fos­siles par les renou­ve­lables ;

la néces­sité de réduire glo­ba­le­ment la pro­duc­tion et le trans­port de matières pour que ce rem­pla­ce­ment soit pos­sible en pra­tique ;

tout cela en consi­dé­rant le risque d’hypothéquer la satis­fac­tion des besoins légi­times des trois mil­liards d’êtres humains man­quant de l’essentiel ;

pour résoudre ce pro­blème de façon humaine, il est néces­saire et impé­rieux de faire de l’énergie un bien commun, afin que les inves­tis­se­ments puissent être effec­tués en fonc­tion des besoins et indé­pen­dam­ment des coûts, sans casse sociale ;

enfin, cette mise sous statut public de l’énergie doit être cou­plée à une redis­tri­bu­tion des richesses, afin de mobi­li­ser les res­sources indis­pen­sables à la tran­si­tion éner­gé­tique.

De tout cela, la Déclaration ne dit rien. Or, sans ces mesures radi­cales, il sera tout sim­ple­ment impos­sible de sta­bi­li­ser le climat au meilleur niveau pos­sible, pour ne pas parler de satis­faire les droits légi­times du Sud à un déve­lop­pe­ment centré sur les besoins des popu­la­tions.

On peut com­prendre que l’objectif ultra-radi­cal des 300 ppm CO2 équi­valent soit avancé dans le but de limi­ter au maxi­mum l’injustice des chan­ge­ments cli­ma­tiques pour les popu­la­tions qui ne portent aucune res­pon­sa­bi­lité dans le gâchis. Mais on doit mal­heu­reu­se­ment à la vérité de dire que la limite de 1°C de hausse ne peut plus ne pas être fran­chie : la tem­pé­ra­ture a gagné 0,8°C depuis 1850, une hausse sup­plé­men­taire de 0,6°C est déjà « dans le pipe­line » (dif­fé­rée seule­ment par l’inertie ther­mique des océans) et on ajoute chaque année 2 à 3ppm de CO2 dans l’air… En fait, même une hausse de 2°C ne peut sans doute plus être évitée. La concen­tra­tion atmo­sphé­rique en gaz à effet de serre (tous gaz confon­dus) est actuel­le­ment supé­rieure à 460 ppm de CO2 équi­valent. Le plus radi­cal des scé­na­rios de sta­bi­li­sa­tion men­tion­nés dans le 4e rap­port du GIEC mise sur une concen­tra­tion entre 445 et 490 ppm en 2050, cor­res­pon­dant à une hausse de tem­pé­ra­ture de 2 à 2,4°C et à une hausse du niveau des océans de 0,4 à 1,4 m (à l’équilibre). On pour­rait éven­tuel­le­ment reve­nir un jour à 300 ppm, et à une dif­fé­rence de tem­pé­ra­ture de 1°C par rap­port à l’ère pré­in­dus­trielle, comme l’exige la Déclaration, mais cer­tai­ne­ment pas au court de ce siècle : cela deman­dera un effort de très longue haleine.

Ce pro­blème est lié à celui de la répar­ti­tion de l’effort entre les pays déve­lop­pés et le reste du monde. Comme on le sait, la Convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique enjoint de tenir compte du fait que la res­pon­sa­bi­lité pour le réchauf­fe­ment est com­mune mais dif­fé­ren­ciée. Le res­pect de ce prin­cipe est évi­dem­ment cru­cial pour les pays du Sud, mais la contra­dic­tion est la sui­vante : plus l’objectif de sta­bi­li­sa­tion est dras­tique, plus il est néces­saire que les pays en déve­lop­pe­ment par­ti­cipent à l’effort. C’est ainsi que le scé­na­rio le plus radi­cal du GIEC implique que les pays déve­lop­pés réduisent leurs émis­sions de 80 à 95% d’ici 2050 (en pas­sant par 25 à 40% d’ici 2020), ce qui revient en gros à dire qu’ils ont qua­rante ans pour se passer des com­bus­tibles fos­siles et pour réduire de moitié leur consom­ma­tion finale d’énergie. Au nom du prin­cipe de pré­cau­tion, il n’est que logique et juste d’exiger du Nord au moins 40% de réduc­tion en 2020 et 95% en 2050, en excluant les achats de cré­dits de car­bone. Mais deux remarques s’imposent : 1°) dans ce scé­na­rio, l’effort des pays du Sud n’est pas négli­geable puisque leurs émis­sions devraient dévier de 15 à 30% par rap­port au scé­na­rio de réfé­rence ; 2°) pour aller plus loin, les pays du Nord devraient avoir recours à des tech­no­lo­gies dan­ge­reuses et socia­le­ment dou­teuses telles que le char­bon propre, les agro car­bu­rants, le nucléaire… sans avoir même la cer­ti­tude que cela suf­fi­rait.

ll y a donc une forme d’irréalisme dans la demande de la Déclaration lorsqu’elle exige que les pays du Nord aillent non seule­ment plus loin que le scé­na­rio le plus radi­cal du GIEC, mais soient en plus les seuls à devoir faire un effort. Un chiffre précis est mis en avant : 50% de réduc­tion d’ici 2017 dans les pays capi­ta­listes déve­lop­pés. Si nous com­pre­nons et par­ta­geons l’indignation de la Déclaration face aux gou­ver­ne­ments de ces pays, nous ne pou­vons pas faire silence sur l’exagération de ce scé­na­rio. Pour qu’il soit pra­ti­cable, il fau­drait en effet qu’une révo­lu­tion socia­liste anti-pro­duc­ti­viste triomphe demain simul­ta­né­ment dans tous les pays capi­ta­listes déve­lop­pés (et encore !). Cette éven­tua­lité est mal­heu­reu­se­ment assez peu pro­bable, de sorte que la ques­tion est : quel dis­cours faut-il tenir en direc­tion de la classe ouvrière du Nord pour qu’elle prenne conscience de sa res­pon­sa­bi­lité cru­ciale dans le sau­ve­tage du climat ?

A cette ques­tion, la Déclaration ne répond pas de façon convain­cante. La cause en est qu’elle éta­blit une dicho­to­mie entre le nord exploi­teur et le sud exploité, et passe ainsi à côté de l’urgente uni­fi­ca­tion des luttes des exploi­tés des pays « déve­lop­pés » et « en déve­lop­pe­ment ». Dans le cas du Sud, la manière dont la Déclaration pro­pose de concré­ti­ser le prin­cipe des res­pon­sa­bi­li­tés com­munes mais dif­fé­ren­ciées tend à faire l’impasse sur la cri­tique néces­saire des stra­té­gies de déve­lop­pe­ment pro­duc­ti­viste de cer­taines classes domi­nantes, telles que celles du Brésil, de la Chine ou du… Vénézuéla, par exemple, en tant que grand pro­duc­teur de pétrole. Cette manière « tiers-mon­diste » d’aborder la ques­tion risque de pro­vo­quer une réac­tion de rejet parmi les exploi­tés au Nord, qui craignent pour leur emploi ou ont perdu leur emploi du fait de la crise éco­no­mique. Or, la lutte pour le climat n’avancera pas si les exploi­tés de tous les pays ne luttent pas unis.

Plutôt que de lancer le chiffre peu réa­liste de 50% de réduc­tion en 2017, cette unité pour­rait être favo­ri­sée en fai­sant remar­quer que les pays du Sud s’engagent déjà à faire presque le maxi­mum de ce qui est néces­saire pour sta­bi­li­ser le climat, tandis que les pays du Nord font moins de la moitié de l’effort qui leur est imparti. Selon le GIEC, en effet, les pays en déve­lop­pe­ment devraient prendre des mesures pour que leurs émis­sions en 2020 soient 15 à 30% au-des­sous des pro­jec­tions « busi­ness as usual ». Or, il res­sort des 120 plans climat com­mu­ni­qués au secré­ta­riat de la CCNUCC dans le cadre de l’accord de Copenhague que les enga­ge­ments du Sud équi­valent à une dévia­tion moyenne de 25% (presque le maxi­mum, donc). Par contre, les plans climat com­mu­ni­qués par les pays déve­lop­pés cor­res­pondent à peine à une dimi­nu­tion des émis­sions de 15% par rap­port à 1990, alors que le GIEC avance pour eux une four­chette de 25 à 40%. On n’est donc pas dans une situa­tion où le Sud exige de conti­nuer à ne faire aucun effort, comme la Déclaration pour­rait le faire com­prendre. On est au contraire dans une situa­tion où le Sud fait plus que cor­rec­te­ment sa part de l’effort et où le Nord ne fait rien, alors qu’il est res­pon­sable his­to­ri­que­ment ! Ce constat offre un point d’appui solide pour jus­ti­fier l’exigence d’une réduc­tion dras­tique des émis­sions des pays capi­ta­listes déve­lop­pés. De plus, elle coupe l’herbe sous le pied de tous les déma­gogues qui vou­draient exci­ter les vic­times de la crise au Nord en poin­tant les peuples du Sud comme des boucs émis­saires.

Certains pro­gres­sistes qui sou­te­naient en géné­ral la démarche du sommet ont émis des réserves par rap­port à une approche de la jus­tice cli­ma­tique basée sur les droits de la terre-mère. A la lec­ture de la Déclaration, force est pour­tant de consta­ter que cette concep­tion de la terre mère comme source de toute vie et de son droit à vivre en équi­libre apporte une approche tout à fait nou­velle et inté­res­sante du « droit à vivre dans un envi­ron­ne­ment sain ». Sans adhé­rer néces­sai­re­ment à la concep­tion spi­ri­tuelle ou mys­tique que les popu­la­tions indi­gènes d’Amérique latine ont de leur rap­port à Pachamama, on ne peut que consta­ter que, au-delà des réfé­rences cultu­relles dif­fé­rentes, les mises au points très claires de la décla­ra­tion face à la poli­tique mon­diale de mar­chan­di­sa­tion et de pillage de la nature per­mettent à des cultures tota­le­ment dif­fé­rentes de se rejoindre sur un objec­tif commun : faire recu­ler la logique de profit et d’exploitation qui hypo­thèque le droit des peuples à vivre dans une situa­tion cli­ma­tique stable. Face à la crise envi­ron­ne­men­tale, il est indé­niable que la vision cos­mo­lo­gique des peuples indi­gènes, basée sur l’idée que la matière et l’énergie cir­culent sans cesse au sein de la nature consi­dé­rée comme un tout, consti­tue un apport pré­cieux, qui doit être appré­cié à sa juste valeur.

Mais, si valable soit-elle, cette vision dyna­mique des inter­re­la­tions entre l’humanité et le reste de la nature ne sau­rait rem­pla­cer des reven­di­ca­tions pré­cises telles que l’expropriation pure et simple des mono­poles, en pre­mier lieu dans le sec­teur éner­gé­tique. Sans cette expro­pria­tion, en effet, le res­pect des rythmes et des cycles bio­sphé­rique res­tera une chi­mère pour la simple raison qu’il ne sera pas pos­sible de mettre en œuvre poli­tique de tran­si­tion éner­gé­tique et pro­duc­tive radi­cale et mon­dia­le­ment équi­table. De ce point de vue, le texte est en fait à la croi­sée des che­mins entre un refus radi­cal, révo­lu­tion­naire, du sys­tème capi­ta­liste, d’une part, et un posi­tion­ne­ment plus ambigu qu’il n’y paraît à pre­mière vue en faveur d’un « chan­ge­ment à appor­ter au sys­tème capi­ta­liste actuel », d’autre part.

Le Sommet des Peuples, répé­tons-le, consti­tue une avan­cée remar­quable en direc­tion d’une stra­té­gie cli­ma­tique digne de ce nom, c’est-à-dire d’une stra­té­gie anti­ca­pi­ta­liste. Tous les exploi­tés et oppri­més du monde sont rede­vables au peuple boli­vien a pris l’initiative de cet évé­ne­ment, à tra­vers son Président élu. Ils sont rede­vables en par­ti­cu­lier aux peuples indi­gènes, qui jouent un rôle de pre­mier plan en mon­trant qu’une autre rela­tion entre l’humanité et la nature est pos­sible et néces­saire. C’est dans le cadre de ce bilan émi­nem­ment posi­tif, que nous sou­hai­tons contri­buer à un débat construc­tif.

Par Sandra Invernizzi et Daniel Tanuro

[1] Voir sur ESSF : L’« Accord des peuples » adopté par la Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre-Mère à Cochabamba [2] Le Programme des Nations unies sur la réduc­tion des émis­sions résul­tant du déboi­se­ment et de la dégra­da­tion fores­tière dans les pays en déve­lop­pe­ment (UN-REDD) vise à réduire ce chiffre en attri­buant aux forêts une valeur finan­cière basée sur leur capa­cité de sto­ckage de car­bone.

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