Sommet de Cochabamba : un premier bilan

Mis en ligne le 01 mai 2010

DELPAS Clara

26 avril 2010

La décla­ra­tion de Cochabamba est pré­sen­tée par Evo Moralès devant l’ONU, afin de pou­voir être prise en compte lors des pro­chaines négo­cia­tions du COP16 à Cancùn . Retour sur les négo­cia­tions qui ont permis son éla­bo­ra­tion…

L’initiative d’Evo Moralès, lancée en réponse à l’éviction pure et simple des ONG aux der­niers jours des « négo­cia­tions » du sommet de Copenhague, a été saluée par les mili­tants du climat (sou­vent aussi alter­mon­dia­listes) et les scien­ti­fiques. Plus de 35 000 par­ti­ci­pants de 142 pays issus de mou­ve­ments sociaux, d’ONG et de délé­ga­tions poli­tiques gou­ver­ne­men­tales s’étaient ins­crits pour par­ti­ci­per à cette pre­mière ren­contre des peuples sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et pour la défense des droits de la Terre Mère.

Une ren­contre impos­sible ?

Pourtant, la déser­tion des groupes de tra­vail n’aura échappé à per­sonne. Bien sûr, l’éruption du volcan a empê­ché près de 4000 par­ti­ci­pants d’arriver par avion d’Europe et d’Afrique…et trans­formé ce sommet, ini­tia­le­ment mon­dial, en un sommet presque exclu­si­ve­ment amé­ri­cano-amé­ri­cain. Mais il y avait aussi, rap­porte Tadzio Mueller, mili­tant alle­mand de Climate Justice Action – Climate Justice Now, « le soleil qui inci­tait plutôt les gens à la pro­me­nade et la nour­ri­ture gra­tuite dis­tri­buée par l’économie soli­daire ! » Sans comp­ter les inévi­tables et imman­quables pro­blèmes d’organisation (lieux et horaires fluc­tuants, à la mode boli­vienne) et de tra­duc­teurs. Si le sommet n’était en effet qu’en espa­gnol, plus ou moins tra­duit en anglais, il était aussi marqué dans son inti­tulé par la défense des droits de la Terre-Mère, un « terme qui n’est pas sans faire grin­cer des dents tous ceux qui ont œuvré en Occident dans leurs luttes pour la sépa­ra­tion de l’Eglise et du pou­voir reli­gieux », rap­pelle Christophe Aguiton, d’Attac, du nombre des empê­chés par le volcan de se rendre à Cochabamba. Comment tra­duire cet élé­ment de l’identité cultu­relle sud-amé­ri­caine, quelque peu incom­pré­hen­sible pour nous ?

La décla­ra­tion de Cochabamba

Les 17 groupes de tra­vail trai­taient de thèmes par­ti­cu­liè­re­ment chers au gou­ver­ne­ment boli­vien, comme la rédac­tion des droits de la terre mère, la créa­tion d’un tri­bu­nal de jus­tice cli­ma­tique, l’élaboration d’un réfé­ren­dum global sur le chan­ge­ment cli­ma­tique et la créa­tion d’un fond pour aider les pays affec­tés à réagir face au chan­ge­ment cli­ma­tique et se sont conclus par des réso­lu­tions. A la liste des réso­lu­tions prises s’ajoutent un rejet total des pro­grammes REDD, REDD+ et REDD++ qui selon lui violent les droits indi­gènes sur la ges­tion des forêts, ainsi qu’un un rejet absolu du marché du car­bone et des bio­car­bu­rants… Et un appel uto­piste aux nations les plus indus­tria­li­sées de réduire leurs émis­sions de gaz à effet de serre de 50%, contre celle de 7 à 16% pro­po­sée à Copenhague !

Les rares ONG fran­çaises pré­sentes satis­faites

Toujours pour cause d’avions cloués au sol, la plu­part des ONG fran­çaises ont été empê­chées de par­ti­ci­per. Malgré tout, pour Josie Riffaud, de la Confédération Paysanne, membre de la Via Campesina, Cochabamba est un succès. « Le résul­tat c’est une décla­ra­tion qui sera pré­sen­tée à la pro­chaine réunion onu­sienne. A Copenhague, nous disions « Changer le sys­tème, pas le climat ». A Cochabamba, nous éla­bo­rons des solu­tions et pro­po­sons des mesures concrètes qui seront pré­sen­tées à Cancùn au Mexique au mois de décembre pro­chain. » Franck Pupunat, du Mouvement UTOPIA, a salué une réus­site incon­tes­table, réaf­fir­mant sa fierté d’avoir par­ti­cipé à cet évé­ne­ment his­to­rique. Quant à Pauline Lavaud de France Libertés, elle s’est « féli­ci­tée de la grande place qui a été accor­dée à l’eau dans le texte, eau qui est recon­nue comme un droit de l’homme. »

Rares sont les ONG à avoir pointé les para­doxes de ce sommet : l’omniprésence mili­taire, le culte de la per­son­na­lité qui se déve­loppe autour d’Evo Moralès, le déni de l’opposition boli­vienne (le 18e groupe de tra­vail tout à fait offi­cieux sur les pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux en Bolivie n’a pas eu droit de parole) et l’attitude non éco­lo­gique de la Bolivie et des autres pays d’Amérique Latine qui conti­nuent leur « busi­ness as usual » notam­ment en ce qui concerne l’extraction minière et pétro­lière, qui leur donne une posi­tion ambi­guë pour parler des droits de la Terre Mère. Ces para­doxes ali­mentent la cri­tique, au risque de réduire ce sommet à une grand messe contre le capi­ta­lisme pré­da­teur. Mais, comme le rap­pelle « Urgence Climatique Justice Sociale », col­lec­tif fran­çais fédé­rant ONG et asso­cia­tions enga­gés dans le réseau CJN (Climate Justice Now), le sommet de Cochabamba demeure pour l’instant « la seule ini­tia­tive inter­na­tio­nale qui se donne pour objec­tif de trans­for­mer le rap­port de force pour inflé­chir l’agenda inter­na­tio­nal sur les enjeux cli­ma­tiques et envi­ron­ne­men­taux. » Et la preuve sans nul doute que désor­mais, les négo­cia­tions sur l’avenir de la pla­nète devront inté­grer les mou­ve­ments sociaux et la voix des indi­gènes. De gré ou de force. Si la décla­ra­tion de Cochabamba res­tait lettre morte, Hugo Chavez a déjà promis de déclen­cher la bataille de Cancùn !

Clara Delpas en Bolivie

* Mis en ligne le 26/04/2010 sur le site de Novethic :

http://​www​.nove​thic​.fr/​n​o​v​e​t​h​i​c/pla…

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