Société civile et champ politique : Globaliser les luttes contre la globalisation capitaliste

Mis en ligne le 29 mai 2010

Paul Martial

2010-04-25, Numéro 143


Le pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion se met en place en rédui­sant tout ce qui, dans l’ordre ancien du monde, pou­vait consti­tuer des acquis dans un Sud en lutte pour le déve­lop­pe­ment. Les résis­tances ne manquent pas, qui ont conduit les popu­la­tions, ici ou là, à se sou­le­ver pour contes­ter les dik­tats impé­ria­listes et les gou­ver­ne­ments qui les mettent en appli­ca­tion. Ceci a généré des luttes poli­tiques et des luttes sociales qui ont abouti à des rup­tures aux­quelles les socié­tés civiles ont beau­coup contri­bué. Mais pour Paul Martial, ces mobi­li­sa­tions ont leur limites, n’ayant pas permis de frei­ner une mon­dia­li­sa­tion triom­phante au détri­ment des masses pauvres. Ce qui le pousse à affir­mer que « les reven­di­ca­tions de la société civile mili­tante ne pour­ront abou­tir dans leur glo­ba­lité que par une repré­sen­ta­tion poli­tique authen­tique des tra­vailleurs du formel, de l’informel et des pay­sans pauvres ».

La glo­ba­li­sa­tion capi­ta­liste tente de rayer de la carte les quelques acquis qui pou­vaient ça et là sub­sis­ter à des décen­nies de sou­mis­sion à l’impérialisme. Il en ainsi :

• Sur les accords éco­no­miques, ceux de Yaoundé en 1963 et ceux de Lomé ini­tiés en 1975. Leur mise en place répon­dait à un double impé­ra­tif, en pre­mier lieu ancrer les pays afri­cains au monde dit libre qui fut un souci majeur pour les diri­geants occi­den­taux après l’indépendance de la Guinée en 1959, conduite par Sékou Touré et celle du Congo de Lumumba. Deuxièmement, fidé­li­ser les sources d’approvisionnement de matières pre­mières pour les pays impé­ria­listes. En contre­par­tie, les pays afri­cains béné­fi­ciaient d’avantages en terme de pré­fé­rence tari­faire non réci­proque et d’un sys­tème de régu­la­tion pour les pro­duits des cultures d’exportation cacao, café, coton etc. (STABEX) et plus tard pour les pro­duits miniers (SYSMIN) comme le cuivre, le cobalt, bauxite etc. Ce sont pré­ci­sé­ment ces termes du contrat qui sont remis en cause par les Accords de Partenariat Economique (APE).

• Sur les entre­prises publiques ; en 1988, 34 pays afri­cains sont invi­tés à pri­va­ti­ser des pans entiers de leur éco­no­mie. La règle était simple, pour avoir accès aux prêts de la Banque Mondiale il fal­lait obli­ga­toi­re­ment se sépa­rer des socié­tés natio­nales ; c’est ainsi que les 3/4 des prêts ont été assu­jet­tis d’une condi­tion­na­lité de pri­va­ti­sa­tion. Pour les télé­coms, la vague a com­mencé en 1995 avec le Cap Vert, la Guinée, le Ghana en 1996, suivi en 1997 de la Côte d’Ivoire, l’Afrique du sud, le Sénégal.

A Sao Tome et Principe ce sont les fermes d’Etat qui ont été pri­va­ti­sées, entraî­nant la perte d’emploi des ouvriers agri­cole, leurs expul­sions des terres, mais aussi de leur domi­cile. Au Sénégal toutes les entre­prises clefs de l’économie ont été pri­va­ti­sées, comme le trans­port aérien, la dis­tri­bu­tion ali­men­taire, celle de l’eau qui en 1995 passe sous le contrôle de Bouygues au Cameroun, comme l’électricité en Côte d’ivoire qui est vendue à une de ses filiales, la Compagnie Ivoirienne d’Electricité, au Gabon c’est Véolia qui rafle la mise, tandis qu’au Togo c’est le groupe Suez.

De 1990 à 95, ce sont près de 1/3 des entre­prises afri­caines les plus ren­tables qui sont pas­sées au privé. Si on prend en exemple la Cote d’Ivoire de 1994 à 97, la part du public dans le PIB est passée de 9.5% à 2.8%. Quant aux emplois dans le sec­teur public, pour la même période, ils sont des­cen­dus de 22% à 7%. La fédé­ra­tion des syn­di­cats des tra­vailleurs du Soudan estime que la cam­pagne de pri­va­ti­sa­tion de 1992 à 2000 a entrainé la perte de 40.000 emplois dans le pays. Cette pri­va­ti­sa­tion devait, aux dires des spé­cia­listes et des éco­no­mistes libé­raux, pro­mou­voir le déve­lop­pe­ment du conti­nent, mieux répondre à la demande des usa­gers et éviter la gabe­gie dans la ges­tion des entre­prises. Le résul­tat est connu de tous, le déve­lop­pe­ment de l’Afrique ne décolle pas, mais au contraire il s’enlise ; les demandes des popu­la­tions sont loin d’être hono­rées, à tel point que cer­tains pays sont reve­nus sur la pri­va­ti­sa­tion, comme le Mali pour la dis­tri­bu­tion de l’eau. Quant à la gabe­gie, les pri­va­ti­sa­tions ont été l’occasion de vastes cam­pagnes de cor­rup­tion.

• Sur les sub­ven­tions pour les pro­duits de pre­mière néces­sité, ils ont été aussi dans le col­li­ma­teur au nom du paie­ment de la dette sous­crite par les dic­ta­tures pré­cé­dentes dans les années 1970. Ces attaques contre la popu­la­tion ont sus­cité, maintes fois, des ripostes et par­fois ont entraîné l’ensemble de la popu­la­tion avec une dyna­mique poli­tique qui remet­tait en cause les gou­ver­ne­ments afri­cains qui appli­quaient scru­pu­leu­se­ment les dik­tats des poli­tiques impé­ria­listes.

En réponse, les popu­la­tions se sont empa­rées des élec­tions en votant mas­si­ve­ment pour le chan­ge­ment. Souvent les dic­ta­tures en place ont réussi à frau­der et à garder le pou­voir, par­fois non, comme au Sénégal et à Madagascar. Mais alors, il s’est seule­ment pro­duit un chan­ge­ment d’homme, car les poli­tiques de sou­mis­sion au capi­ta­lisme inter­na­tio­nal, la cor­rup­tion sont res­tées pérennes et la situa­tion des popu­la­tions n’a pas changé.

Au Sénégal, après une cam­pagne basée sur le slogan Sopi (chan­ge­ment en wolof), Abdoulaye Wade, en 2000, met fin à prés de qua­rante ans de pou­voir social-démo­crate. Porté par une popu­la­tion dont l’espoir est de mieux vivre, Wade, comme ses pré­dé­ces­seurs, appli­quera doci­le­ment la poli­tique dictée par l’impérialisme au détri­ment de son peuple.

Même scé­na­rio à Madagascar. En 2002 c’est par une mobi­li­sa­tion impor­tante des popu­la­tions, de plu­sieurs mois, que le ver­dict des urnes a été res­pecté. Ainsi, Marc Ravalomanana, dont la cam­pagne élec­to­rale s’est faite, elle aussi, sur le chan­ge­ment a été pro­clamé pré­sident de la République. Plusieurs années après, aucune réforme posi­tive pour les popu­la­tions n’a vu le jour. C’est pour­quoi il a pu être si faci­le­ment ren­versé par Rajoelina en 2009.

Le Kenya, comme nous l’avons vu plus haut, connaî­tra un sort iden­tique, où, fin 2002, Mwai Kibaki, à la tête d’une large coa­li­tion, se fera élire sur la base de l’amélioration des condi­tions de vie des popu­la­tions et de la lutte contre la cor­rup­tion. Dans ces deux domaines, rien ne sera fait. La misère sera telle que les popu­la­tions écou­te­ront les dis­cours eth­ni­cistes de leur diri­geant, pro­vo­quant flam­bée de vio­lence et pogroms.

Ce qui est valable pour les élec­tions, l’est aussi pour les luttes sociales qui, mêmes mas­sives et uni­taires, n’arrivent pas à chan­ger la situa­tion au profit des popu­la­tions qui se sont mobi­li­sées, essen­tiel­le­ment parce que ces luttes ne vont pas jusqu’au bout. Les orga­ni­sa­tions poli­tiques exis­tantes n’étant pas sur une ligne de rup­ture avec l’ordre établi, de ce fait elles hésitent à aller jusqu’au bout en encou­ra­geant les mobi­li­sa­tions popu­laires.

Deux exemples peuvent être uti­li­sés.

Celui du Togo, où les popu­la­tions se sont mas­si­ve­ment mobi­li­sées contre la dic­ta­ture et le coup de force du fils Eyadema, Faure Gnassingbé, qui s’est main­tenu au pou­voir par des élec­tions frau­du­leuses. Certes, il y a eu des pro­tes­ta­tions des orga­ni­sa­tions poli­tiques de l’opposition, mais leurs actions étaient bien en-deçà de la volonté et de la mobi­li­sa­tion des popu­la­tions, qui sont des­cen­dues dans la rue sans aucune direc­tion poli­tique.

La Guinée est aussi un bon exemple. Avec une société civile forte, notam­ment basée sur la puis­sance des orga­ni­sa­tions de sala­riés, capables de mener plu­sieurs grèves géné­rales malgré les répres­sions effroyables des forces armées, Lansana Conté a pu se main­te­nir au pou­voir jusqu’à sa mort. C’est un obscur mili­taire, au verbe popu­liste, qui a pris le pou­voir sans coup férir avec une appro­ba­tion quasi-géné­ra­li­sée de la société civile. Nous connais­sons la suite, désas­treuse pour la Guinée et son peuple, lorsque les put­schistes du CNDD ont voulu se main­te­nir au pou­voir en dépit de leur enga­ge­ment. C’est bien le vide poli­tique qui n’a ni permis d’avoir une issue poli­tique à la grève géné­rale de fin 2006-début 2007, qui pour­tant posait la ques­tion du pou­voir, ni permis de mettre en place une tran­si­tion démo­cra­tique à la mort du dic­ta­teur.

L’absence de chan­ge­ment radi­cal, c’est-à-dire un chan­ge­ment qui ait un sens pour les popu­la­tions et qui puisse être per­cep­tible rapi­de­ment au niveau de l’amélioration des condi­tions de vie après les élec­tions ou après les luttes, reste le pro­blème commun prin­ci­pal de ces pays. En effet, soit c’est la défaite, soit ce sont des poli­ti­ciens qui s’emparent du pou­voir, lais­sant le peuple désem­paré.

Ainsi du côté de la société civile, la partie radi­cale, celle qui struc­ture la résis­tance aux attaques du capi­ta­lisme inter­na­tio­nal, consi­dère que sa mis­sion, que son enga­ge­ment doit rester à la fron­tière du poli­tique et du côté poli­tique. Nous l’avons vu, la plu­part des can­di­dats aspirent à rem­pla­cer le pou­voir en place pour pro­fi­ter de la manne que consti­tue la ges­tion de l’Etat, en pra­ti­quant une poli­tique clien­té­liste ou pire une poli­tique eth­ni­ciste délé­tère pour les popu­la­tions.

Conscients de leur impor­tance dans la vie quo­ti­dienne des popu­la­tions, les membres de la société civile sont sol­li­ci­tés pour leur par­ti­ci­pa­tion au gou­ver­ne­ment. Ces coop­ta­tions de per­son­na­li­tés de la société civile, sans débat préa­lable et sans mandat, posent pro­blème. Le risque est grand que la société civile se retrouve en porte-à-faux, par le débau­chage de quelques per­son­na­li­tés, et soit ins­tru­men­ta­lisé par le pou­voir en place. L’idée consiste à ce que l’aile mili­tante et radi­cale de la société civile s’empare de ce débat et relève le défi. A savoir, l’émergence d’une force poli­tique qui soit capable d’être en osmose avec les luttes quo­ti­diennes, qui soit capable de syn­thé­ti­ser les reven­di­ca­tions des popu­la­tions pour avan­cer une stra­té­gie glo­bale qui fonde son action mili­tante.

Travailler à l’émergence d’une force pro­gres­siste radi­cale à partir des luttes de la société civile.

L’absence de début de construc­tion d’un Parti pro­gres­siste, réel­le­ment indé­pen­dant, repré­sen­tant les tra­vailleurs du formel et de l’informel et les pay­sans pauvres, menant une poli­tique de rup­ture avec le capi­ta­lisme, n’est pas une carence spé­ci­fi­que­ment afri­caine. Beaucoup res­tent sur le par­tage entre société civile et parti poli­tique. C’est un par­tage qui ne tient et qui n’existe pas. En effet, la plu­part des actions de la société civile ont des consé­quences poli­tiques dans les actions pal­lia­tives aux carences des Etats, dans le contrôle de l’action du pou­voir et la dénon­cia­tion de la cor­rup­tion, dans la ges­tion des quar­tiers des grandes villes et des acti­vi­tés des dif­fé­rents groupes sociaux. S’arc-bouter sur la ligne de par­tage entre société civile et poli­tique, dans un but de main­te­nir une hypo­thé­tique pureté de la société civile, revient para­doxa­le­ment à la livrer aux poli­ti­ciens et à leurs mani­pu­la­tions.

L’idée consiste à se baser sur la partie radi­cale de la société civile pour qu’émerge une orga­ni­sa­tion poli­tique qui soit por­teuse des reven­di­ca­tions de cette société civile. Il ne s’agit nul­le­ment que des orga­ni­sa­tions de la société civile, en tant que telles, se méta­mor­phosent en parti poli­tique et perdent leur carac­tère de masse, mais com­prendre que les reven­di­ca­tions de la société civile mili­tante ne pour­ront abou­tir dans leur glo­ba­lité que par une repré­sen­ta­tion poli­tique authen­tique des tra­vailleurs du formel, de l’informel et des pay­sans pauvres.

Réfléchir sur ce projet à la lumière des expé­riences

Au 19e siècle, dans les pays euro­péens, les pre­miers partis ouvriers ont été créés à partir des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, du réseau des bourses du tra­vail, des socié­tés mutua­listes, des orga­ni­sa­tions char­tistes pour la Grande Bretagne et des ami­cales ouvrières, cultu­relles, spor­tives et de loi­sirs. Nous les appel­le­rions aujourd’hui la société civile. A l’époque, la ques­tion de l’investissement de ces orga­ni­sa­tions ouvrières dans le champ poli­tique se posait. Car s’il exis­tait dif­fé­rents partis poli­tiques, ils étaient tous issus des classes domi­nantes. Ainsi à cette période, la tâche était de construire une force poli­tique indé­pen­dante de la classe ouvrière, capable de porter les aspi­ra­tions et les reven­di­ca­tions, de les uni­fier et d’en faire une alter­na­tive poli­tique cré­dible et por­teuse. Si com­pa­rai­son n’est pas raison, il convient cepen­dant de noter que la même pro­blé­ma­tique de fond se pose pour l’Afrique. Mais elle s’est posée aussi pour cer­tains pays d’Amérique Latine, comme au Brésil ou en Bolivie.

A la fin des années 1970, les syn­di­ca­listes de la cein­ture ouvrière ABC (Santo André, São Bernardo do Campo and São Caetano do Sul), la région sud de Sao Paulo, lancent l’idée de la construc­tion d’une orga­ni­sa­tion poli­tique indé­pen­dante des tra­vailleurs. Cette idée ren­con­trera les mêmes pré­oc­cu­pa­tions que celles de diri­geants de mou­ve­ments popu­laires, d’intellectuels, de jeunes et de mili­tants poli­tiques de la gauche radi­cale : « Le PT naît de la volonté d’indépendance poli­tique des tra­vailleurs fati­gués de servir de pions pour les poli­ti­ciens et les partis com­pro­mis dans le main­tien de l’actuel ordre éco­no­mique, social et poli­tique ».

Ne plus être les pions de poli­ti­ciens com­pro­mis, voilà une idée qui résonne sin­gu­liè­re­ment sur le conti­nent afri­cain.

La Bolivie, par beau­coup de côtés, res­semble à la majo­rité des pays afri­cains. Pays pauvre, ravagé par le colo­nia­lisme avec une oli­gar­chie blanche, un poids du sec­teur agri­cole fort et une masse impor­tante de petits pay­sans. L’expérience de la construc­tion du MAS (Mouvement vers le socia­lisme), dont le diri­geant Evo Morales vient de rem­por­ter, pour la deuxième fois, les élec­tions pré­si­den­tielles avec 68% des voix a été jalon­née par plu­sieurs étapes. L’idée d’un parti poli­tique repré­sen­tant les pay­sans pauvres est appa­rue à la fin des années 1990 dans les congrès de la Confédération syn­di­cale unique des tra­vailleurs pay­sans de Bolivie (CSTUCB). Progressivement, cette idée devien­dra majo­ri­taire dans la confé­dé­ra­tion syn­di­cale. En 1995, la partie mili­tante du mou­ve­ment social consti­tue une Assemblée pour la sou­ve­rai­neté des peuples (ASP) et mène cam­pagne pour les élec­tions légis­la­tives, avec un cer­tain succès, puisqu’elle obtient quatre élus dont Evo Morales qui conti­nue sa bataille pour la créa­tion d’une orga­ni­sa­tion poli­tique. En 1998, il créé l’ « Instrument Politique pour la Souveraineté des Peuples » (IPSP) qui fusion­nera avec une petite orga­ni­sa­tion ouvrière, le MAS, dont le nom sera conservé. Au fil du temps, le MAS devien­dra l’organisation des petits pay­sans, des exploi­tés et des indiens et gagnera les élec­tions pré­si­den­tielles en décembre 2005.

Mais ce même type d’expérience existe aussi en Afrique, notam­ment lors de la créa­tion du Rassemblement Démocratique Africain, dans les années 1940. En effet, c’est sur la société civile, notam­ment des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, que Houphouët-Boigny s’est appuyé en uti­li­sant les cadres syn­di­caux du SAA (Syndicat Agricole Africain). Tout comme Sékou Touré s’est appuyé sur le syn­di­ca­lisme ouvrier en Guinée. Il ne s’agit pas, ici, d’analyser ni la poli­tique ni la tra­jec­toire du RDA, pas plus que celle de Sékou Touré, mais de sou­li­gner que la créa­tion d’un parti afri­cain, capable d’avancer des reven­di­ca­tions de rup­ture avec le colo­nia­lisme, s’est faite à partir des orga­ni­sa­tions de masse.

Dans une moindre mesure, la construc­tion du parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI) au Mali est la ren­contre entre les mili­tants asso­cia­tifs, notam­ment autour du réseau des radios Kayira, et des mili­tants de la gauche radi­cale issue des années 60/70.

Conclusion

La construc­tion d’un Parti qui repré­sente les inté­rêts des tra­vailleurs des pays pauvres, qui défend le droit des femmes et refuse les poli­tiques eth­ni­cistes, est un élé­ment déci­sif dans les batailles menées contre les agres­sions du capi­ta­lisme inter­na­tio­nal. L’idée que cette construc­tion devrait impli­quer les mili­tants des asso­cia­tions, des comi­tés, des ONG qui mènent les luttes pour défendre les popu­la­tions pour­rait cho­quer. Pour notre part, nous ne voyons pas d’antagonisme que ce Parti de lutte soit pré­ci­sé­ment issu de ces luttes et de ceux qui les mènent.

Se saisir de cette ques­tion, avec ses propres rythmes, son propre agenda, ses propres reven­di­ca­tions et exi­gences, permet de fran­chir une étape qua­li­ta­tive, néces­saire à la bataille, autour de l’idée qu’« un autre monde est pos­sible ». C’est se donner la pos­si­bi­lité de peser réel­le­ment sur la société, ses débats et ses orien­ta­tions. La construc­tion d’un Parti pro­gres­siste, de rup­ture avec l’ordre néo­co­lo­nial, à partir de la société civile mili­tante, per­met­tra de chan­ger dura­ble­ment et fon­da­men­ta­le­ment la donne.

Dans quelques pays afri­cains existent des orga­ni­sa­tions de la gauche radi­cale, elles peuvent être un for­mi­dable point d’appui pour faire émer­ger ce type de Parti des orga­ni­sa­tions de la société civile. Personne ne sait le temps et la forme que cela pren­dra. Mais l’essentiel est de faire un tra­vail en ce sens, de favo­ri­ser cette éclo­sion en pre­nant soin que ce tra­vail ne soit pas perçu comme une mani­pu­la­tion ou comme une volonté de sou­mettre les orga­ni­sa­tions de la société civile. Au contraire, il s’agit de pré­pa­rer et construire des orga­ni­sa­tions capables, lors des crises et des luttes, de pro­po­ser un débou­ché poli­tique cré­dible autour d’un pro­gramme d’urgence sociale.

A partir des exemples donnés, on aura noté que beau­coup de ces partis ont, au fil du temps, aban­donné leur mis­sion pre­mière de défense intran­si­geante de leur classe. Mais n’ayons pas une vue ana­chro­nique. Ces partis ont joué, à l’époque de leur créa­tion, un rôle impor­tant et ont ainsi contri­bué à l’obtention de droits nou­veaux. Ce que nous enseigne ce tour d’horizon confirme que rien n’est acquis. Les choses évo­luent dans un sens ou dans un autre. C’est pour cela qu’il ne sau­rait y avoir de féti­chisme sur un Parti. Un Parti n’est qu’un ins­tru­ment pour construire une autre Société et, s’il faut avoir un féti­chisme, que ce soit celui de l’objectif d’une huma­nité débar­ras­sée de l’exploitation et de l’oppression.

Notes

(1) Mouvement de Constitution du PT (Pró-PT) le 10 février 1980

* Paul Martial est rédac­teur d’ « Afriques en lutte » bul­le­tin du Groupe de tra­vail Afrique du Nouveau Parti Anticapitaliste - La pre­mière partie de cette contri­bu­tion est parue dans Pambazuka n° 142 (http://​pam​ba​zuka​.org/​f​r​/​c​a​t​e​g​o​r​y​/​c​o​m​m​e​n​t​/​63852)

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