Valleyfield, mémoires et résistances

Socialistes à Valleyfield

Les enjeux pour le mouvement populaire

Par Mis en ligne le 29 mars 2020

Depuis long­temps, Valleyfield et la région du Suroît sont tra­ver­sées de luttes popu­laires, y com­pris lors de l’insurrection répu­bli­caine de 1837-1838.

Le moment syndicaliste

À la fin des années 1940, Valleyfield se démarque par les grandes luttes ouvrières, ani­mées entre autres par des mili­tants com­mu­nistes comme Madeleine Parent et Kent Rowley[1]. Leurs grandes capa­ci­tés d’organisation syn­di­cale ont laissé des traces, davan­tage cepen­dant que leurs convic­tions de gauche. La féroce répres­sion contre le Parti com­mu­niste auquel s’identifiaient ces syn­di­ca­listes explique en partie le fait que la gauche orga­ni­sée a plutôt dis­paru du pay­sage après le cycle des grandes luttes syn­di­cales. Une autre raison se retrouve dans la dis­so­lu­tion, ou pour­rait-on dire, l’autodissolution du Parti com­mu­niste, inca­pable de se recréer une iden­tité au moment où ses pra­tiques sta­li­niennes et ses théo­ries rela­ti­ve­ment far­fe­lues[2] ont pro­vo­qué un déclin dont les com­mu­nistes ne se sont jamais rele­vés. Dans les années 1950-1960, la grande majo­rité des com­mu­nistes, dans toutes les régions du Québec, ont sim­ple­ment aban­donné cette tra­di­tion.

Nouvelles générations

Dans les années 1970, de nou­velles géné­ra­tions ont repris la ban­nière du socia­lisme, encore une fois à tra­vers le syn­di­ca­lisme, mais éga­le­ment dans les mou­ve­ments fémi­niste et d’action com­mu­nau­taire. Comme d’autres centres indus­triels, Valleyfield a consti­tué un lieu impor­tant d’activités et de pra­tiques mili­tantes. Le syn­di­ca­lisme de combat, favo­risé par le déve­lop­pe­ment de grandes usines modernes, s’est déve­loppé de manière par­ti­cu­liè­re­ment mili­tante, sans doute en partie à cause de la tra­di­tion léguée par Parent et Rowley. De jeunes mili­tantes et mili­tants sont arri­vés dans l’environnement, cer­tains de la région, d’autres venus d’ailleurs, atti­rés par le poten­tiel que sem­blait repré­sen­ter le syn­di­ca­lisme de combat. Avec quelques autres centres comme Joliette, Saint-Jérôme et Sorel, Valleyfield est devenu un impor­tant site de mili­tan­tisme de gauche axé sur le syn­di­ca­lisme. Quand le Parti com­mu­niste ouvrier (PCO) a été créé en 1979, plu­sieurs de ces mili­tantes et mili­tants s’y sont inves­tis[3]. Ils voyaient le projet du PCO comme un moyen d’aller encore plus loin dans la lutte ouvrière. À l’époque où il fut le plus flo­ris­sant, le PCO comp­tait sur un impres­sion­nant noyau mili­tant dont un groupe très actif de jeunes ouvriers « implan­tés », des mili­tants étu­diants et poli­tiques qui s’engageaient syn­di­ca­le­ment dans les usines et qui pen­saient qu’ils allaient « radi­ca­li­ser » les luttes[4].

Après le PCO

Après quelques années cepen­dant, le hiatus est devenu ingé­rable, car le dis­cours socia­liste du PCO était glo­ba­le­ment décon­necté de la réa­lité qué­bé­coise, notam­ment sur la ques­tion natio­nale. Le PCO se récla­mait d’une tra­di­tion com­mu­niste héri­tée de la révo­lu­tion sovié­tique et pré­co­ni­sait le ren­ver­se­ment violent du pou­voir bour­geois et l’unité de la classe ouvrière cana­dienne, d’où son hos­ti­lité à l’idée de l’indépendance du Québec. Après son essor remar­quable au début des années 1980, le PCO s’est dis­lo­qué. À Valleyfield cepen­dant, le noyau com­mu­niste autour des syn­di­cats des grandes usines est resté au poste. La majo­rité des mili­tants ont rangé au pla­card les orien­ta­tions du PCO, mais ils sont demeu­rés actifs et com­ba­tifs dans les syn­di­cats et dans les mou­ve­ments popu­laires. Ce « recy­clage » s’est fait rela­ti­ve­ment en dou­ceur, puisque, même à l’époque du PCO, les mili­tantes et mili­tants de gauche étaient d’abord et avant tout des syn­di­ca­listes.

La gauche syndicale et le PQ

Au tour­nant des années 1990, plu­sieurs de ces syn­di­ca­listes et ex-mili­tants du PCO se sont inves­tis dans le Parti qué­bé­cois (PQ). L’association locale péquiste, déjà impo­sante en nombre – dans les belles années, on comp­tait plus de 1000 membres qui pro­ve­naient en majo­rité des classes ouvrière et popu­laire – s’est ren­for­cée par l’arrivée de syn­di­ca­listes comme Marc Laviolette, l’ex-président du puis­sant syn­di­cat d’Expro, alors devenu vice-pré­sident de la Confédération des syn­di­cats natio­naux (CSN). Ces syn­di­ca­listes ont voulu donner au PQ un élan de gauche, pro­syn­di­cal, liant l’émancipation natio­nale à un projet de trans­for­ma­tion de la société. Tout en res­tant asso­ciés au PQ, les mili­tants et mili­tantes de gauche n’ont cessé de mar­quer leur pré­sence à tra­vers diverses ini­tia­tives asso­cia­tives et com­mu­nau­taires.

2012 et après

Marc Laviolette et Pierre Dubuc ont fondé un club poli­tique appelé Syndicalistes et pro­gres­sistes pour un Québec libre (SPQL) à l’intérieur du PQ[5]. En 2010, cepen­dant, le SPQ Libre perd son statut dis­tinct, puis connaît un déclin impor­tant. Mais à Valleyfield, l’attachement au Parti qué­bé­cois demeure fort, par­ti­cu­liè­re­ment dans les milieux popu­laires et ouvriers. Bon an mal an, la cir­cons­crip­tion élit des dépu­tés du PQ au pro­vin­cial et du Bloc qué­bé­cois au fédé­ral.

En 2012, juste après la grève étu­diante et le mou­ve­ment des carrés rouges, le can­di­dat du PQ, Guy Leclair, a été élu avec une bonne majo­rité des voix, et il a même été élu de nou­veau en 2014 lors de l’élection sur­ve­nue après l’éphémère gou­ver­ne­ment mino­ri­taire du PQ, alors que le parti subis­sait une raclée dévas­ta­trice dans presque toutes les régions du Québec. Par la suite, plu­sieurs mili­tantes et mili­tants de Valleyfield se sont inves­tis dans la coa­li­tion Organisations unies pour l’indépendance du Québec (OUI Québec), une sorte de pla­te­forme uni­taire où on retrouve à la même table des péquistes et des per­sonnes d’autres sen­si­bi­li­tés poli­tiques.

Québec solidaire

Dans ce ter­ri­toire bien orga­nisé par des syn­di­ca­listes aguer­ris, avec une popu­la­tion ouvrière moti­vée par le projet d’indépendance, il n’a pas été facile pour Québec soli­daire (QS) de prendre place. Après la lutte de 2012 cepen­dant, un cer­tain nombre de jeunes mili­tantes et mili­tants, dont cer­tains avaient joué un rôle dans la grève étu­diante de 2012, ont décidé de faire le bond. Sans prendre la forme d’une « guerre ouverte », les liens entre soli­daires et péquistes étaient assez tendus, reflé­tant de plus une pola­ri­sa­tion géné­ra­tion­nelle. Des mili­tants du SPQ Libre, dont Marc Laviolette, ont pour­fendu QS comme un projet malé­fique pour affai­blir la cause de l’indépendance. Ce dis­cours hos­tile a cepen­dant été rejeté par les per­sonnes asso­ciées à la coa­li­tion OUI Québec, notam­ment Pierre LaGrenade[6].

Le coup de tonnerre de l’élection d’octobre 2018

L’élection du pre­mier octobre 2018, à Valleyfield et dans le comté de Beauharnois, comme ailleurs au Québec, a radi­ca­le­ment changé la donne. Claude Reid, can­di­dat de la Coalition avenir Québec (CAQ), conseiller du gou­ver­ne­ment fédé­ral conser­va­teur pen­dant les années 1980, l’a emporté haut la main. Reid[7] fait main­te­nant partie, comme adjoint par­le­men­taire du ministre des Transports, des per­son­na­li­tés fades qui entourent le grand chef Legault. Le PQ a perdu la moitié de son élec­to­rat, dont une bonne partie s’est abs­te­nue.

Quant à Québec soli­daire, il a plus que triplé son score, ce qui laisse penser que le parti est en train de sortir de sa mar­gi­na­lité dans la région. Le can­di­dat de QS, Pierre-Paul St-Onge, a mené une cam­pagne dyna­mique met­tant l’emphase sur l’environnement, la santé et l’importance de déve­lop­per le loge­ment social.

Résultats du scru­tin du 1er octobre 2018 dans Beauharnois
Claude Reid (CAQ) 46,7 %
Mireille Théorêt (PQ) 21,8 %
Paul St-Onge (QS) 15,0 %
Félix Rhéaume (PLQ) 12,7 %
Taux de par­ti­ci­pa­tion au scru­tin : 68,2 %

31 951 élec­teurs et élec­trices

DÉBAT

Et maintenant, où va-t-on ?

De cette situa­tion émergent plu­sieurs ques­tions. La pre­mière concerne bien sûr le PQ. Est-ce la fin d’une ère, à l’image de ce qui se passe par­tout ailleurs au Québec ? La percée modeste mais signi­fi­ca­tive de Québec soli­daire annonce-t-elle quelque chose ? Ce sont les ques­tions dont nous avons dis­cuté lors d’une table ronde orga­ni­sée par les NCS à Valleyfield en novembre 2018 et une autre à l’hiver 2019.

Que s’est-il passé le 1er octobre ?

– On ne s’attendait pas à une telle pous­sée de la CAQ. Au plan local, je m’attendais à ce que le PQ obtienne plus de votes. C’est une grave défaite pour tout le monde, sur­tout pour les indé­pen­dan­tistes. Même si j’étais fâché avec le PQ et ses poli­tiques erra­tiques, sur­tout depuis Lucien Bouchard, je ne pense pas qu’il y a une alter­na­tive pour porter le dra­peau de l’émancipation natio­nale. Québec soli­daire n’est pas vrai­ment indé­pen­dan­tiste. Ils sont à leur manière mul­ti­cul­tu­ra­listes comme Trudeau. La ques­tion natio­nale, on ne peut pas mettre cela sous le tapis.

– Je ne pen­sais pas que la machine du PQ allait s’écrouler. Certes, il y a eu le rem­pla­ce­ment du can­di­dat à la der­nière minute. Mais la vague caquiste, je ne l’avais pas vu venir. Un autre fac­teur a été la divi­sion entre les deux partis indé­pen­dan­tistes.

– Les élec­teurs de chez nous ont voté contre le Parti libé­ral (PLQ), ne sachant rien de la CAQ qui, de toute façon, ne disait rien, à part la pro­messe de son can­di­dat à l’effet de construire un nou­veau stade spor­tif !

– Dans mon milieu syn­di­cal, les gens ont voté pour le PQ, pas pour QS. C’était encore un vote pour un projet de pays. Chez QS, on n’a pas senti la fibre natio­na­liste.

Qu’est-ce qui peut résul­ter de cette élec­tion pour QS ?

– Le débat entre le PQ et QS va reprendre. Peut-on se regrou­per ? C’est la grosse ques­tion.

– Le petit noyau de QS est sorti de l’élection avec pas­sa­ble­ment d’énergie, c’est le contraire au PQ.

– Les jeunes ne croient plus dans le PQ. Ils n’aiment pas le ton pater­na­liste qu’ils entendent de Marc Laviolette, l’ancien pré­sident de la CSN et pré­sident de l’association péquiste locale. Le vote pro-QS a triplé, mais ce fut un vote de jeunes, qui sont assez de gauche, par­fois un peu raides.

– Le can­di­dat de QS, Pierre-Paul St-Onge, a bien fait sa cam­pagne, mais le vote de QS a été emporté en grosse partie par la per­for­mance de Manon Massé lors des deux débats des chefs. Les jeunes ont voté Manon. La cam­pagne au niveau local fina­le­ment n’a pas eu un gros impact. D’ailleurs, selon plu­sieurs études, le fac­teur local ne joue que pour 2 à 5 % main­te­nant, avec les grosses machines média­tiques.

-Ici à Valleyfield, l’ancien et le nou­veau se sont mêlés. Le cœur était du côté de QS, de Manon. La tête disait de voter PQ. Finalement, il y a une divi­sion du vote. Cependant, si le PQ a fait nau­frage, ce n’est pas la faute de QS, mais à cause de ses propres fautes, notam­ment les erre­ments de Jean-François Lisée. Par ailleurs, seul QS a parlé d’indépendance.

Concernant le PQ,à quoi peut-on s’attendre pour la pro­chaine période :

faut-il per­sis­ter avec le PQ, coûte que coûte (posi­tion A)

ou le PQ a-t-il fait son temps (posi­tion B) ?

Positon A

– Il est pré­ma­turé de penser que le PQ va mourir. Il a encore une machine, plu­sieurs mil­liers de membres, un finan­ce­ment popu­laire inégalé. Pendant les élec­tions, le pro­gramme du PQ était car­ré­ment pro­gres­siste. Je pense qu’ils vont reprendre. J’espère qu’il y aura au moins une avan­cée du côté de la réforme du mode de scru­tin.

– La cause de l’indépendance doit passer par-dessus. Il n’y aura aucun chan­ge­ment au Québec si le peuple ne se met pas ensemble pour arra­cher l’indépendance. Depuis 50 ans, c’est le PQ qui exprime cette volonté et cela n’est pas à la veille de chan­ger. Par ailleurs, c’est la droite péquiste qui est dans une large mesure res­pon­sable des déboires des der­nières années. Elle fait toutes les mau­vaises batailles en com­men­çant par diluer la ques­tion de la sou­ve­rai­neté en une sorte d’autonomisme pro­vin­cial. Elle n’a pas eu le cou­rage de se lancer à l’assaut et de mobi­li­ser.

– Le projet de Québec soli­daire (QS) est mal fondé. D’abord, il intègre la ques­tion de l’indépendance du bout des lèvres, en la secon­da­ri­sant. QS s’inscrit éga­le­ment dans la vision mul­ti­cul­tu­ra­liste du gou­ver­ne­ment fédé­ral. Sous pré­texte de pro­té­ger les droits des immi­grants, on nie l’existence du peuple qué­bé­cois et, donc, on se trouve à ne pas recon­naître réel­le­ment son droit à l’autodétermination.

– La seule option réa­liste est de se battre à l’intérieur du PQ pour le recen­trer vers l’indépendance et les poli­tiques pro­gres­sistes. Laisser aller le PQ, c’est capi­tu­ler devant les forces réac­tion­naires.

Position B

– Lors de la der­nière cam­pagne, la can­di­date du PQ, Mireille Théorêt, s’est bien battue. Cette femme pro­gres­siste a fina­le­ment perdu, car elle avait la « vague » contre elle. Mais il faut le dire, elle aurait perdu de toutes les façons. Dans la région, le PQ est devenu un parti de têtes grises. Les membres qui ont moins de 65 ans sont très peu nom­breux. L’énergie, la flamme ne sont plus là. Le renou­vel­le­ment des cartes de membres se fait de manière très pénible. Les péquistes en veulent à tout le monde, à Jean-François Lisée notam­ment.

– QS a fait une percée inté­res­sante auprès des jeunes, mais il n’a pas de base parmi le gros de la popu­la­tion, notam­ment les syn­di­qué-e-s, qui ont majo­ri­tai­re­ment voté pour le PQ en octobre. La masse cri­tique n’est pas là, QS étant iden­ti­fié aux élites intel­lec­tuelles de Montréal et, de manière plus locale, aux jeunes et aux éco­lo­gistes.

– Présentement, le parti est divisé entre deux fac­tions : la pre­mière qui mise sur le Bloc qué­bé­cois en vue des élec­tions fédé­rales qui approchent, la deuxième vou­drait se recen­trer sur le PQ comme tel. La bonne nou­velle est que la domi­nance de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour­rait être plus éphé­mère qu’on ne le pense. Les couches moyennes qui ont voté (par défaut) pour le parti de Legault com­mencent à consta­ter qu’il n’y a pas grand-chose à attendre de ce qui semble une admi­nis­tra­tion pro­vin­ciale erra­tique et inapte. De tout cela émer­gera peut-être une nou­velle recom­po­si­tion des forces pro­gres­sistes au Québec.

La lutte pour l’indépendance est-elle encore au pre­mier plan dans la région ?

– Le PQ est peut-être mori­bond, mais pas l’idée de la sou­ve­rai­neté, même si celle-ci est portée sur­tout par les baby-boo­mers. J’espère que les jeunes, avec ou à côté de QS, vont ravi­ver la flamme.

– L’espoir de QS, c’est de réin­ven­ter l’indépendance en le liant à un projet de société. Si on veut sortir du Canada, c’est en bonne partie pour couper les liens avec cet État pétro­lier. Une conver­gence QS-PQ serait éven­tuel­le­ment pos­sible, sur­tout si le PQ met de côté son arro­gance habi­tuelle.

– Pour plu­sieurs jeunes, l’indépendance n’est pas dans les tripes. Ils n’ont pas senti l’impact du colo­nia­lisme, la situa­tion que l’on connais­sait et où il fal­lait « speak white ». D’autre part, on sait que le Québec est un pays à la fois colo­nisé et colo­ni­sa­teur. La conclu­sion pour plu­sieurs, c’est l’indépendance, peut-être, mais à condi­tion que…

– Les membres du PQ doivent se faire à l’idée que ce parti n’est plus hégé­mo­nique, même sur le projet d’indépendance à l’origine de l’aventure. Cela ouvre la porte à refon­der la coa­li­tion OUI Québec.

– L’indépendance doit être relan­cée sur la base d’un mou­ve­ment popu­laire, un peu comme en Catalogne. Il faut aussi un peu de fierté. On n’a pas tout réussi au Québec, mais on a avancé sur plu­sieurs plans, par exemple sur l’écart entre les riches et les pauvres qui, ici, est le plus faible en Amérique du Nord.

– L’idée de la sou­ve­rai­neté doit être vécue dif­fé­rem­ment, dis­so­ciée du PQ, de ses poli­tiques aus­té­ri­taires, de sa « charte des valeurs ».

Entrevue avec Pierre-Paul St-Onge, can­di­dat de QS dans Beauharnois

à l’élection du 1er octobre 2018

Êtes-vous contents du résul­tat ?

Comment ne pas l’être ! On a triplé notre vote, à quelques votes du PLQ.

Comment expli­quer cette percée ?

Il va sans dire que le mes­sage venant de QS au niveau natio­nal a porté : Manon Massé par­lait « vrai », comme elle l’a dit. Malgré le fait que notre équipe était très petite, nous étions les seuls à être cré­dibles sur la ques­tion de l’environnement.

Y a-t-il eu un trans­fert de votes du PQ vers QS ?

Pas tel­le­ment. Nos élec­trices et nos élec­teurs étaient majo­ri­tai­re­ment jeunes. Pour plu­sieurs, c’était la pre­mière fois qu’ils s’intéressaient à la chose.

Comment expli­quer la débâcle du PQ ?

Mireille Théorêt a bien paru dans les quelques débats publics, avec un dis­cours assez à gauche. Mais le PQ n’attire plus grand monde. Il y avait à peine quelques per­sonnes, majo­ri­tai­re­ment des têtes blanches, pour l’assemblée d’investiture.

Et main­te­nant, que peut-il se passer entre le PQ et QS ?

L’association locale du PQ dans Beauharnois qui était plutôt hos­tile à QS semble aller dans un autre sens. Je ne serais pas contre des ententes spé­ci­fiques, mais la grande conver­gence avec le PQ, je n’y crois pas.

Comment QS peut-il garder le cap ?

Il n’y aura pas de rac­courci. Nous avons des prin­cipes solides, il faut rester dans cette direc­tion. Notre projet inclut l’indépendance qui est un chemin pour obte­nir plus de jus­tice sociale. Il faudra éviter ce que j’appellerais la ten­ta­tion cen­triste, sou­vent pré­sen­tée comme la recette magique pour pro­gres­ser et plaire à tout le monde. Il y a quelques années, quand on par­lait d’environnement, du salaire mini­mum à 15 dol­lars de l’heure, on se fai­sait trai­ter de fous, ce qui n’est plus le cas. Il faut avoir le cou­rage de per­sis­ter avec des idées struc­tu­rantes, auda­cieuses, réa­listes en même temps.

Pierre Beaudet est pro­fes­seur asso­cié à l’Université du Québec en Outaouais


  1. Madeleine Parent nia tou­jours son appar­te­nance au Parti com­mu­niste (PC), ce qui était une atti­tude assez fré­quente durant cette période où les syn­di­ca­listes de gauche étaient pour­chas­sés. Kent Rowley pour sa part était plus expli­cite sur ses liens avec le PC. Toutefois, il en prit ses dis­tances au tour­nant des années 1950 en cri­ti­quant les com­mu­nistes de trop demeu­rer à la traîne des syn­di­cats amé­ri­cains. Il pré­co­ni­sait alors une lutte pour « cana­dia­ni­ser » des orga­ni­sa­tions syn­di­cales trop sou­vent inféo­dées aux grands syn­di­cats amé­ri­cains. Voir à ce sujet Rick Salutin, Kent Rowley. Une vie pour le mou­ve­ment ouvrier, Montréal, Albert Saint-Martin, 1982.
  2. Le Parti com­mu­niste sui­vait à la ligne les orien­ta­tions émises par l’Union sovié­tique. Une des impasses sur les­quelles il s’est isolé a été son inca­pa­cité à recon­naître l’importante de la lutte pour l’autodétermination au Québec. À la fin des années 1940, alors que le PC avait une grande influence sur le mou­ve­ment syn­di­cal, plus de moitié des membres qué­bé­cois du parti ont démis­sionné à la suite de l’appel du bouillant syn­di­ca­liste Henri Gagnon, qui esti­mait que la lutte pour le socia­lisme ne pou­vait se faire en dehors de celle pour l’autodétermination.
  3. Le PCO a été le résul­tat de la fusion de divers groupes de gauche dont le plus impor­tant était la Ligue com­mu­niste (mar­xiste-léni­niste) du Canada. Lors du réfé­ren­dum pour la sou­ve­rai­neté de 1980, le PCO a fait cam­pagne pour refu­ser la pro­po­si­tion du camp du Oui. Il s’est dis­sous en 1983.
  4. Voir, dans ce numéro, Guillaume Tremblay-Boily, « Le “soviet” de Valleyfield. Succès et échecs du tra­vail com­mu­niste en usine ».
  5. Le SPQ Libre, en tant qu’organisme dis­tinct, avait droit aux débats. Il s’est fait connaître pour son oppo­si­tion irré­duc­tible à la can­di­da­ture et plus tard à la (courte) pré­si­dence de Pierre-Karl Péladeau, consi­déré comme une per­son­na­lité anti­syn­di­cale. Par ailleurs, Marc Laviolette et Pierre Dubuc se sont fait connaître pour leurs attaques vio­lentes contre Québec soli­daire qu’ils ont accusé de vou­loir divi­ser les indé­pen­dan­tistes et ainsi d’empêcher la marche vers la sou­ve­rai­neté.
  6. Voir dans ce numéro « L’indépendance, tou­jours à l’ordre du jour. Entrevue avec Pierre LaGrenade ».
  7. Reid est assez repré­sen­ta­tif des élu-e-s de la CAQ, lié au monde des affaires et avec un his­to­rique au Parti conser­va­teur. Il était au moment de son élec­tion direc­teur des com­mu­ni­ca­tions de la Caisse Desjardins de Salaberry-de-Valleyfield. Il a été aupa­ra­vant direc­teur des com­mu­ni­ca­tions pour la Fédération des chambres de com­merce du Québec, conseiller en com­mu­ni­ca­tion pour la Commission des valeurs mobi­lières du Québec, adjoint au direc­teur des rela­tions publiques du Québec pour l’Association des ban­quiers cana­diens et adjoint par­le­men­taire de Jean-Guy Hudon, élu du Parti conser­va­teur dans Beauharnois-Salaberry en 1990.

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