Socialisme et néolibéralisme

Par Mis en ligne le 30 mars 2012

Le débat d’idée qui pré­vaut sur la pri­va­ti­sa­tion du sec­teur public ou sur l’accès à l’éducation pour tous, tient à peu de chose en réa­lité. Il s’agit de deux concep­tions du monde sur les pro­grès de société.

Le néo­li­bé­ra­lisme, avec son pen­seur vedette, prix Nobel d’économie, Hayek, mise sur le tout au privé. Mais d’où vient ce point de vue pro-capi­ta­liste ? Il ori­gine de la créa­tion en 1948, après la guerre où les résis­tants com­mu­nistes et autres avaient acquis un grand pres­tige pour les sacri­fices de leur vie qu’ils y avaient enga­gés, de petits cercles uni­ver­si­taires conser­va­teurs qui voyaient dans la sociale démo­cra­tie et le com­mu­nisme le mal absolu. Ces idées ont fina­le­ment culminé quand Reagan et Thatcher les ont reprises à leur compte, mys­ti­fiant la classe moyenne sur les méthodes lui per­met­tant de tirer le meilleur parti de sa condi­tion pour amé­lio­rer son sort : une adhé­sion aux valeurs pro­fondes du capi­ta­lisme. Ces poli­ti­ciens de droite ont convaincu bien des « pauvres » de voter cette fois pour les riches qui devaient assu­rer une pros­pé­rité sans fin à l’humanité entière.

Étonnant para­doxe où les subal­ternes renoncent à leur propre pou­voir pour le servir sur le pla­teau élec­to­ral à leurs oppresseurs.

Alors, d’un côté le néo­li­bé­ra­lisme … Et de l’autre les idées socia­listes et com­mu­nistes, mises en pra­tiques, que leur vic­toire sur le nazisme et le fas­cisme ont popularisées.

Dès avant la guerre, dans les années trou­blées de 1930 à 1940, le méde­cin mont­réa­lais anglo­phone, le doc­teur Norman Béthune, rend visite à l’URSS. Il y constate que la méde­cine socia­li­sée y est devenu la solu­tion aux pro­blèmes de santé des ouvriers et du peuple sovié­tique. À son retour au pays, en col­la­bo­ra­tion avec le parti com­mu­niste, il fait des confé­rences sur son expé­rience de méde­cin en contact avec le sys­tème de santé publique le plus évolué de l’époque. C’est assez inquié­tant pour les classes domi­nantes pour que la police le suive d’une confé­rence à l’autre. Ces agents de la réac­tion prennent des notes sur ceux qui assistent aux confé­rences de Béthune. Un intel­lec­tuel cana­dien anglais a écrit un livre sur les thèmes qu’aborde Béthune dans ses expo­sés grâce aux archives des jour­naux de l’époque … et de celles de la police !

Ces idées d’une méde­cine acces­sible, et son pen­dant en édu­ca­tion publique, font leur chemin et les sociaux démo­crates y voient une oppor­tu­nité de pro­grès social et les adoptent pour les mettre en pra­tique une fois qu’ils sont au pouvoir.

Si ce compte rendu sur l’origine de la méde­cine publique vous semble sim­pliste, il n’en résume pas moins une partie de l’histoire du XX ième siècle avec ses com­po­santes com­mu­nistes que l’on s’acharne à faire oublier … même par­fois chez les sociaux démo­crate. Cette façon de racon­ter l’histoire de l’évolution des socié­tés tient aux com­mu­nistes. Le rejet des com­mu­nistes dans l’opposition dans plu­sieurs pays ne change rien à l’affaire. Le rôle joué dans la lutte anti­fas­ciste à partir des années trente reste une sin­gu­la­rité des com­mu­nistes et de leur histoire.

Hayek, théo­ri­cien du néo­li­bé­ra­lisme, recon­naît à la révo­lu­tion bol­ché­vique de 1917 un rôle sans pré­cé­dent dans l’histoire même du capi­ta­lisme du XX ième siècle qui a été condi­tionné par l’évolution de la défense du socia­lisme. Il admet que la Charte des Nations Unies elle-même, que l’on essaie main­te­nant d’utiliser à des fins impé­ria­listes, a été le fruit de l’influence de cette révo­lu­tion sans pré­cé­dent de toute l’histoire du XX ième siècle.

Alors, il est plau­sible de penser main­te­nant que sans les idées et les pro­grammes com­mu­nistes, même la sociale démo­cra­tie n’aurait pas connu cette popu­la­rité de la concep­tion d’une société en pro­grès constant … plutôt que d’une société réac­tion­naire où les droits des tra­vailleurs sont dure­ment atta­qués. Le droit au tra­vail, que les néo­li­bé­raux remettent en cause de façon presque mala­dive, ins­pirent toutes les contes­ta­tions de fer­me­ture d’usine ou de cou­pures de postes dans la fonc­tion publique. Le droit à l’éducation gra­tuite est lui-même ins­crit à la Charte de l’ONU.

Le révi­sion­nisme his­to­rique sur ces ques­tions n’a donc rien de banal. Un mini­mum d’objectivité his­to­rique sert les idées même que les com­mu­nistes ont tou­jours posé sur leur société : celle d’une sortie de la misère des couches les plus pauvres de l’échelle sociale vers une prise en charge poli­tique des pro­grès de société par les classes subal­terne. Ce à quoi les com­mu­nistes tra­vaillent au sein de Québec solidaire.

Ainsi les étu­diants et les ouvriers prennent-ils en charge ensemble, avec la mani­fes­ta­tion à Alma des tra­vailleurs de Rio Tinto, le destin du Québec futur en agis­sant de plein pied à contes­ter le Québec d’aujourd’hui. Leur émer­gence comme acteurs poli­tiques de leur propre éman­ci­pa­tion, comme sala­riés ou futurs ins­truits, met en rage tout l’appareil de publi­cité des classes domi­nantes qui ne déco­lèrent pas, tout effrayés qu’elles sont par le peu de portée des idées et pro­grammes du néo­li­bé­ra­lisme. Finalement, l’expérience pra­tique que les tra­vailleurs et étu­diants en font est tout sim­ple­ment contra­dic­toire avec leurs inté­rêts immé­diats et à long terme.

Ainsi de la base au sommet des ins­ti­tu­tions de gauche, dont le parti com­mu­niste, la riposte au néo­li­bé­ra­lisme se déve­loppe et prend une pro­por­tion his­to­rique digne des grands com­bats de la gauche pour libé­rer les forces sociales et poli­tiques qui taraudent la société capi­ta­liste. Et qui la « tra­vaille­ront » de l’intérieur jusqu’à ce que le pou­voir change de main consciem­ment et radicalement.

Guy Roy

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