Résumé d'une présentation à venir dans le cadre de l’Université populaire d’été des NCS

Du socialisme à l’écosocialisme

Par Mis en ligne le 07 août 2011

Depuis les qua­rante der­nières années, un consen­sus social quant à l’urgence d’agir pour frei­ner la dété­rio­ra­tion de l’environnement s’est pro­gres­si­ve­ment imposé. La pierre angu­laire de cette action est sans contre­dit la remise en ques­tion pro­fonde des sys­tèmes éco­no­miques fondés sur une logique consu­mé­riste et de crois­sance sans fin, qui assu­jet­tissent les éco­sys­tèmes à leurs exi­gences sans tenir compte de leurs limites. Cette remise en ques­tion ne date pas d’hier et se pour­suit toujours.

Déjà en 1972, dans son rap­port Halte à la crois­sance, le Club de Rome amor­çait une réflexion allant dans ce sens, ini­tiant une prise de conscience quant aux consé­quences délé­tères du déve­lop­pe­ment indus­triel ainsi qu’à une inévi­table pénu­rie des sources éner­gé­tiques. Toujours en 1972, le pre­mier Sommet de la terre se tenait à Stockholm et don­nait nais­sance au Programme des Nations Unies pour l’environnement. En 1987, la notion de déve­lop­pe­ment durable se répan­dait à la suite de la publi­ca­tion du Rapport Brundtland, inti­tulé Notre avenir à tous. Ce rap­port de la Commission mon­diale sur l’environnement et le déve­lop­pe­ment des Nations Unies défi­nit cette notion, entre autres, comme étant « un mode de déve­lop­pe­ment qui répond aux besoins du pré­sent sans com­pro­mettre la capa­cité des géné­ra­tions futures de répondre aux leurs. » En fait, depuis, au plan inter­na­tio­nal, Sommets et Commissions se mul­ti­plient, illus­trant tous la même chose : il y a péril en la demeure, ce péril ne cesse de croître, sa prin­ci­pale cause demeure tou­jours la même et il y a urgence de mettre en place les moyens néces­saires pour ren­ver­ser la vapeur.

Dans ce contexte et compte tenu de son rôle social, on peut repro­cher au mou­ve­ment syn­di­cal de s’être engagé assez tar­di­ve­ment sur les ques­tions envi­ron­ne­men­tales et sou­vent sur la pointe des pieds, en invo­quant que le déve­lop­pe­ment de l’emploi et la pro­tec­tion de l’environnement sont incom­pa­tibles. Pourtant, les syn­di­cats ont un rôle fon­da­men­tal à jouer en cette matière et, heu­reu­se­ment, ils le font de plus en plus. D’abord, au plan strict de la pré­ser­va­tion des emplois, cer­tains sec­teurs de l’économie qué­bé­coise sont eux-mêmes vic­times de la façon dont les res­sources natu­relles ont été et conti­nuent d’être exploi­tées, comme celui de l’industrie fores­tière. Aujourd’hui, dans ce sec­teur, des tra­vailleuses et des tra­vailleurs sont à l’origine d’expériences pro­met­teuses tant en termes de déve­lop­pe­ment éco­no­mique régio­nal que de pro­tec­tion de l’environnement. Dans les milieux de tra­vail, les sala­rié-e-s sont aux pre­mières loges pour iden­ti­fier quels moyens l’entreprise qui les emploie peut mettre de l’avant pour amé­lio­rer son bilan envi­ron­ne­men­tal. Ainsi, c’est grâce à l’action syn­di­cale que cer­taines usines ont rec­ti­fié le tir quant à leurs émis­sions polluantes.

Mais il y a plus. S’il veut jouer conve­na­ble­ment son rôle d’agent de trans­for­ma­tion sociale, et compte tenu des enjeux éco­no­miques et poli­tiques, le mou­ve­ment syn­di­cal n’a d’autre choix que d’embrasser plei­ne­ment la lutte pour la pro­tec­tion de l’environnement au-delà des rela­tions de tra­vail. Cette lutte s’inscrit en droite ligne dans ce qu’à la CSN, nous appe­lons le deuxième front, soit l’élargissement de l’action syn­di­cale à l’ensemble des luttes popu­laires. Que l’on tra­vaille ou non, que l’on soit syn­di­qué ou pas, nous habi­tons tous et toutes une pla­nète qui étouffe. D’ailleurs, des tra­vailleurs et des tra­vailleuses sont enga­gés dans le mou­ve­ment éco­lo­giste depuis belle lurette. Certains font d’ailleurs pres­sion sur leurs syn­di­cats pour qu’ils emboîtent le pas.

S’il est fon­da­men­tal, le rôle du mou­ve­ment syn­di­cal face aux enjeux envi­ron­ne­men­taux n’est pas tou­jours simple, comme en témoigne, par exemple, le récent chan­ge­ment de posi­tion de la CSN dans le dos­sier de l’amiante. Si la cen­trale syn­di­cale a reçu l’appui de groupes envi­ron­ne­men­taux comme Greenpeace, elle a essuyé des cri­tiques pro­ve­nant non seule­ment de chambres de com­merces, mais aussi d’autres orga­ni­sa­tions syn­di­cales. L’engagement du mou­ve­ment syn­di­cal envers la pro­tec­tion de l’environnement exige de poser des gestes dif­fi­ciles puisque cer­tains de ceux-ci ques­tionnent la logique même sur laquelle repose le sys­tème qui struc­ture l’économie du monde occi­den­tal. Mais le rôle social du mou­ve­ment syn­di­cal offre la pos­si­bi­lité de déve­lop­per et de pro­mou­voir sur la place publique, une réflexion col­lec­tive cri­tique et indé­pen­dante, à l’intérieur de ses struc­tures bien sûr, mais aussi en alliances avec les autres com­po­santes de la société civile. Les pré­sents enjeux éco­lo­giques nous imposent un rendez-vous avec l’histoire que nous ne devons pas manquer.

Dominique Daigneault, secré­taire géné­ral du CCMM (CSN)

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