Silence assourdissant

Depuis 2006, le gouvernement canadien sous la gouverne de Stephen Harper a renforcé le tournant déjà entrepris sous les Libéraux en 2001-02.  À l’époque en effet, Jean Chrétien avait accepté d’investir l’armée canadienne en Afghanistan dans l’opération états-unienne de « guerre sans fin ». Par la suite, les troupes de l’OTAN qui « protégeaient » le fantomatique gouvernement afghan ont été déployées sur la ligne de front dans le sud pour « éradiquer » les Talibans. C’est alors que Harper est arrivé dans le décor et depuis ce temps, des milliers de soldats canadiens ont participé à cette guerre. Interviewé sur les ondes de CBC hier, l’architecte de cette guerre, le général (à la retraite) Rick Hillier, avait l’impudence de se dire « satisfait » de sa mission et de déclarer, sans rire, que l’OTAN allait bientôt se retirer puisque l’armée afghane était maintenant bien entraînée. Hiller qui a été le tartuffe de service lorsqu’il servait sous Harper se trouve à contredire à peu près tous les rapports d’experts qui concluent que les Talibans prendraient le pays sans trop de problème si les troupes de l’OTAN étaient retirées. À vrai dire, l’armée états-unienne, qui commande réellement les opérations (sous le couvert de l’OTAN) prépare déjà son « plan B », qui est d’abandonner le sud du pays aux Talibans, quitte à négocier avec eux une sorte de pacte de non-agression. Le nord serait laissé aux seigneurs de la guerre qui en 2002 avaient fait la sale job pour Washington, tuant, massacrant et violant des milliers d’Afghans et d’Afghanes.

Fait à noter sur tout cela, le silence est assourdissant dans la campagne électorale. Le Bloc, le PLC et le NPD ont choisi de ne pas en parler, surtout qu’ils ont piteusement endossé, à la Chambre de communes, la politique de Harper qui prévoit de retirer « le gros » des troupes en 2011. En réalité, un tel retrait s’inscrirait très bien dans le plan B en question. Mais c’est trop demander à l’opposition, surtout au Bloc et au NPD, de mettre leurs culottes et de dénoncer cette escroquerie.

Cette histoire serait déjà pénible s’il n’y avait pas la pitoyable gestion de la crise dans le monde arabe. D’emblée, Harper a nié les faits en appuyant les dictateurs Ben Ali et Moubarak jusqu’à la dernière minute. Le gouvernement canadien est resté muet également sur les massacres en Libye, d’autant plus que des compagnes canadiennes comme SNC-Lavallin étaient présentes avec de juteux contrats. Lorsque les insurrections ont commencé, Harper, comme les Sarkozy, Berlusconi, Cameron, Obama, a feint d’être soucieux de la violation des droits. En même temps, Harper a bien insisté, et à plusieurs reprises, que les changements démocratiques étaient «  acceptables », en autant qu’ils ne remettent pas en question les accords établis entre les anciens dictateurs et l’État israélien. Ces accords, pour faire une histoire courte, consistaient à verrouiller les Palestiniens dans un double étau et à faciliter le travail de l’armée israélienne dans ses meurtrières aventures en Palestine, au Liban et ailleurs. Pour Harper, permettre à l’État israélien de tuer des enfants, c’est normal.

Depuis le départ des dictateurs, l’impérialisme états-unien et ses larbins canadiens et européens s’efforcent de maintenir le statu quo. « On peut tout changer, pourvu que rien ne change ». L’armée égyptienne s’est remise à matraquer les manifestants. Des dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses qui ont fait grève sont menacés de la mitraille et de la torture. En Jordanie, en Arabie saoudite, à Bahreïn, on peut tuer et torturer sans problème : ce sont des dictatures « stables » aux yeux d’Ottawa, Washington, Londres.

Et puis arrive l’intervention « humanitaire » en Libye. Les pays occidentaux sont soudainement « émus » de la répression qu’ils ont tolérée et même appuyée pendant si longtemps. Ils voient bien l’  « occasion » qui se présente pour se débarrasser de l’allié dérangeant qu’est devenu Kadhafi. On se retrouve devant une vaste opération militaire très mal engagée qui ne peut que déboucher que sur l’occupation d’un pays qu’on veut « libérer » (on sait ce que cette « libération » a donné en Irak et en Afghanistan). Le pire, c’est que pour faire cela, les faucons comme Harper ont pu mobiliser l’opposition (comme Sarko l’a fait avec le Parti socialiste), puisque le PLC (c’était prévisible), mais même le Bloc et le NPD se sont dit d’accord pour « sauver des vies ».

C’est quand même scandaleux de constater que non seulement Harper peut annoncer clairement ses couleurs pour faire du Canada un deuxième boutefeu des États-Unis (après l’Angleterre), mais que ces partis qui se déclarent « progressistes » restent silencieux et complaisants.