La guerre et l’élection fédérale

Silence assourdissant

Par Mis en ligne le 10 avril 2011

Depuis 2006, le gou­ver­ne­ment cana­dien sous la gou­verne de Stephen Harper a ren­forcé le tour­nant déjà entre­pris sous les Libéraux en 2001-02. À l’époque en effet, Jean Chrétien avait accepté d’investir l’armée cana­dienne en Afghanistan dans l’opération états-unienne de « guerre sans fin ». Par la suite, les troupes de l’OTAN qui « pro­té­geaient » le fan­to­ma­tique gou­ver­ne­ment afghan ont été déployées sur la ligne de front dans le sud pour « éra­di­quer » les Talibans. C’est alors que Harper est arrivé dans le décor et depuis ce temps, des mil­liers de sol­dats cana­diens ont par­ti­cipé à cette guerre. Interviewé sur les ondes de CBC hier, l’architecte de cette guerre, le géné­ral (à la retraite) Rick Hillier, avait l’impudence de se dire « satis­fait » de sa mis­sion et de décla­rer, sans rire, que l’OTAN allait bien­tôt se reti­rer puisque l’armée afghane était main­te­nant bien entraî­née. Hiller qui a été le tar­tuffe de ser­vice lorsqu’il ser­vait sous Harper se trouve à contre­dire à peu près tous les rap­ports d’experts qui concluent que les Talibans pren­draient le pays sans trop de pro­blème si les troupes de l’OTAN étaient reti­rées. À vrai dire, l’armée états-unienne, qui com­mande réel­le­ment les opé­ra­tions (sous le cou­vert de l’OTAN) pré­pare déjà son « plan B », qui est d’abandonner le sud du pays aux Talibans, quitte à négo­cier avec eux une sorte de pacte de non-agres­sion. Le nord serait laissé aux sei­gneurs de la guerre qui en 2002 avaient fait la sale job pour Washington, tuant, mas­sa­crant et vio­lant des mil­liers d’Afghans et d’Afghanes.

Fait à noter sur tout cela, le silence est assour­dis­sant dans la cam­pagne élec­to­rale. Le Bloc, le PLC et le NPD ont choisi de ne pas en parler, sur­tout qu’ils ont piteu­se­ment endossé, à la Chambre de com­munes, la poli­tique de Harper qui pré­voit de reti­rer « le gros » des troupes en 2011. En réa­lité, un tel retrait s’inscrirait très bien dans le plan B en ques­tion. Mais c’est trop deman­der à l’opposition, sur­tout au Bloc et au NPD, de mettre leurs culottes et de dénon­cer cette escroquerie.

Cette his­toire serait déjà pénible s’il n’y avait pas la pitoyable ges­tion de la crise dans le monde arabe. D’emblée, Harper a nié les faits en appuyant les dic­ta­teurs Ben Ali et Moubarak jusqu’à la der­nière minute. Le gou­ver­ne­ment cana­dien est resté muet éga­le­ment sur les mas­sacres en Libye, d’autant plus que des com­pagnes cana­diennes comme SNC-Lavallin étaient pré­sentes avec de juteux contrats. Lorsque les insur­rec­tions ont com­mencé, Harper, comme les Sarkozy, Berlusconi, Cameron, Obama, a feint d’être sou­cieux de la vio­la­tion des droits. En même temps, Harper a bien insisté, et à plu­sieurs reprises, que les chan­ge­ments démo­cra­tiques étaient « accep­tables », en autant qu’ils ne remettent pas en ques­tion les accords éta­blis entre les anciens dic­ta­teurs et l’État israé­lien. Ces accords, pour faire une his­toire courte, consis­taient à ver­rouiller les Palestiniens dans un double étau et à faci­li­ter le tra­vail de l’armée israé­lienne dans ses meur­trières aven­tures en Palestine, au Liban et ailleurs. Pour Harper, per­mettre à l’État israé­lien de tuer des enfants, c’est normal.

Depuis le départ des dic­ta­teurs, l’impérialisme états-unien et ses lar­bins cana­diens et euro­péens s’efforcent de main­te­nir le statu quo. « On peut tout chan­ger, pourvu que rien ne change ». L’armée égyp­tienne s’est remise à matra­quer les mani­fes­tants. Des dizaines de mil­liers de tra­vailleurs et de tra­vailleuses qui ont fait grève sont mena­cés de la mitraille et de la tor­ture. En Jordanie, en Arabie saou­dite, à Bahreïn, on peut tuer et tor­tu­rer sans pro­blème : ce sont des dic­ta­tures « stables » aux yeux d’Ottawa, Washington, Londres.

Et puis arrive l’intervention « huma­ni­taire » en Libye. Les pays occi­den­taux sont sou­dai­ne­ment « émus » de la répres­sion qu’ils ont tolé­rée et même appuyée pen­dant si long­temps. Ils voient bien l’ « occa­sion » qui se pré­sente pour se débar­ras­ser de l’allié déran­geant qu’est devenu Kadhafi. On se retrouve devant une vaste opé­ra­tion mili­taire très mal enga­gée qui ne peut que débou­cher que sur l’occupation d’un pays qu’on veut « libé­rer » (on sait ce que cette « libé­ra­tion » a donné en Irak et en Afghanistan). Le pire, c’est que pour faire cela, les fau­cons comme Harper ont pu mobi­li­ser l’opposition (comme Sarko l’a fait avec le Parti socia­liste), puisque le PLC (c’était pré­vi­sible), mais même le Bloc et le NPD se sont dit d’accord pour « sauver des vies ».

C’est quand même scan­da­leux de consta­ter que non seule­ment Harper peut annon­cer clai­re­ment ses cou­leurs pour faire du Canada un deuxième bou­te­feu des États-Unis (après l’Angleterre), mais que ces partis qui se déclarent « pro­gres­sistes » res­tent silen­cieux et complaisants.

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