Propositions libérales pour améliorer l’école québécoise

Sérieux danger pour notre système public d’éducation

Par Mis en ligne le 26 octobre 2011

Montréal, le 21 octobre 2011. – « Les cham­bar­de­ments annon­cés par la ministre de l’Éducation et les pro­po­si­tions pré­sen­tées au Congrès du Parti libé­ral du Québec visant à éva­luer les ensei­gnants, par l’entremise des élèves, pour récom­pen­ser finan­ciè­re­ment les écoles les plus per­for­mantes sont inutiles et même dan­ge­reuses pour la qua­lité de notre sys­tème public d’éducation. Les expé­riences sem­blables ten­tées aux États-Unis sont en train de porter un coup mortel à l’école publique amé­ri­caine et le même sort menace l’école qué­bé­coise si l’on importe ici ces pra­tiques. »

À quelques heures de la tenue du 31Congrès du Parti libé­ral du Québec qui aura lieu à Québec, la Centrale des syn­di­cats du Québec (CSQ), par la voix de son pré­sident, M. Réjean Parent, dénonce ver­te­ment l’intention des mili­tants libé­raux de reprendre à leur compte les sup­po­sées solu­tions miracles pro­po­sées par François Legault en édu­ca­tion.

« Assurer l’éducation et la réus­site des élèves est beau­coup plus com­plexe que de pro­duire un outil quel­conque en usine. Nos écoles ont trop de valeurs pour l’éducation de nos jeunes pour qu’on juge de leur effi­ca­cité sur le seul cri­tère de la per­for­mance, comme si elles n’étaient rien de plus qu’une simple usine de pro­duc­tion. Cette approche est en train de détruire le sys­tème public d’éducation aux États-Unis et les Québécois doivent la reje­ter, peu importe qui en fait la pro­mo­tion », met en garde le pré­sident de la CSQ, M. Réjean Parent.

Un échec fla­grant aux États-Unis

Monsieur Parent invite d’ailleurs celles et ceux qui seraient tentés par une approche basée sur l’évaluation des écoles par la per­for­mance à relire les écrits de Mme Diane Ravitch, qui a été vice-ministre de l’Éducation sous l’administration de George W. Bush, et char­gée de l’application d’un tel pro­gramme.

« Dix ans plus tard, Mme Ravitch constate l’échec de l’approche de ges­tion selon la per­for­mance et elle est deve­nue l’une des cri­tiques les plus sévères de tout ce qui s’appelle concur­rence entre les écoles, mul­ti­pli­ca­tion des éva­lua­tions, fer­me­ture des écoles non per­for­mantes et paye au mérite pour les ensei­gnants. L’expérience amé­ri­caine démontre que si l’on se met à gérer notre sys­tème public d’éducation comme une entre­prise privée, les plus grands per­dants seront nuls autres que nos enfants eux-mêmes, ces élèves dont la réus­site devrait être au cœur de nos écoles, et non une simple ques­tion de per­for­mance », sou­tient M. Réjean Parent.

La tri­che­rie érigée en sys­tème en Géorgie, au nom de la per­for­mance

D’autre part, le pré­sident de la CSQ ajoute que la pro­po­si­tion qui sera sou­mise aux mili­tants libé­raux, à l’effet de récom­pen­ser les écoles les plus per­for­mantes dans l’octroi des bud­gets, peut conduire à de graves éga­re­ments comme l’a démon­tré l’expérience vécue récem­ment en Géorgie.

« Le 5 juillet der­nier, le gou­ver­neur de la Géorgie, Nathan Deal, a dévoilé un rap­port d’enquête de plus de 400 pages démon­trant com­ment 38 direc­teurs d’écoles et 140 ensei­gnantes et ensei­gnants ont triché au cours des dix der­nières années pour amé­lio­rer la per­for­mance de leurs élèves aux exa­mens du minis­tère de l’Éducation. Ce sys­tème géné­ra­lisé de tri­che­rie a été ins­tauré pour répondre à la pres­sion de devoir per­for­mer afin de se qua­li­fier pour avoir droit aux sub­ven­tions sup­plé­men­taires accor­dées aux écoles les plus méri­tantes », rap­porte M. Parent.

Les élèves comme les grands per­dants

Le leader syn­di­cal insiste pour dire que lorsque la per­for­mance prend tel­le­ment de place dans notre sys­tème sco­laire qu’elle oriente une partie des bud­gets, on ouvre la porte à une situa­tion sem­blable à celle dévoi­lée en Géorgie.

« Le plus grave n’est pas le fait que ces écoles, où il y a eu tri­che­rie dans les résul­tats des exa­mens, ont acca­paré des sub­ven­tions aux­quelles elles n’auraient pas eu droit, mais bien plutôt le fait qu’un nombre impor­tant des élèves fré­quen­tant ces écoles n’ont pas reçu l’éducation à laquelle ils avaient droit. En effet, à partir du moment où on aug­mente arti­fi­ciel­le­ment les notes de tous les élèves pour bien faire paraître l’école, alors les élèves qui ont des dif­fi­cul­tés par­ti­cu­lières ne reçoivent pas le sou­tien pro­fes­sion­nel qui leur serait nor­ma­le­ment accordé puisqu’ils sont faus­se­ment iden­ti­fiés comme des élèves ne connais­sant pas de pro­blèmes », déplore le pré­sident de la CSQ.

Répéter les erreurs des autres

Monsieur Parent n’en revient pas que les libé­raux ne trouvent rien de mieux à pro­po­ser pour amé­lio­rer notre sys­tème d’éducation que de reprendre à notre compte une approche testée depuis dix ans aux États-Unis et dont les résul­tats sont aujourd’hui dénon­cés par l’ex-vice-ministre de l’Éducation qui avait été char­gée de son appli­ca­tion.

« Mme Ravitch est claire : nos écoles ne s’améliorent pas si l’on met l’accent seule­ment sur la lec­ture et les mathé­ma­tiques en igno­rant les autres matières, et si l’on accorde de la valeur uni­que­ment à ce qui se mesure par des tests. Nous allons répé­ter les erreurs des autres où la prio­rité dans nos écoles sera de pré­pa­rer les élèves aux fameux tests annuels, pour que l’école ait droit à son budget de per­for­mance, en négli­geant l’élève lui-même, ses besoins et son édu­ca­tion glo­bale », pré­vient le pré­sident de la CSQ.

Des idées popu­listes qui ne tiennent pas la route

Monsieur Réjean Parent ter­mine en invi­tant les mili­tants libé­raux à prendre le temps de bien s’informer avant de suc­com­ber aux idées popu­listes d’un François Legault afin d’améliorer leur per­for­mance dans les son­dages.

« La réus­site édu­ca­tive est un sujet beau­coup trop sérieux pour qu’on la laisse entre les mains de poli­ti­ciens déma­gogues, qui s’improvisent du jour au len­de­main appren­tis sor­ciers de l’éducation sans être conscients des risques sérieux que leurs sup­po­sés remèdes feront courir aux pre­miers concer­nés, les élèves. On n’éduque pas des jeunes comme on fabrique des pro­duits dans une usine et on ne dirige pas des écoles comme on gère une entre­prise privée », conclut le pré­sident de la CSQ.

Profil de la CSQ

La CSQ repré­sente plus de 180 000 membres, dont plus de 100 000 font partie du per­son­nel de l’éducation. Elle est l’organisation syn­di­cale la plus impor­tante en édu­ca­tion au Québec. La CSQ est éga­le­ment pré­sente dans les sec­teurs de la santé et des ser­vices sociaux, des ser­vices de garde, du muni­ci­pal, des loi­sirs, de la culture, du com­mu­nau­taire et des com­mu­ni­ca­tions.

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