Se souvenir du Che (1)

Par Mis en ligne le 21 juillet 2017

L’année 2017 marque le 50e anni­ver­saire de l’assassinat de Che Guevara, com­mandé par le CIA. À la lumière d’un regain récent des dénon­cia­tions du Che et de la révo­lu­tion cubaine, il importe de dépar­ta­ger les faits des fic­tions. Voici 5 points saillants dont il faut tenir compte.

• Il y a un cercle crois­sant de gens qui tapent sys­té­ma­ti­que­ment sur Cuba, et qui recherchent effec­ti­ve­ment le ren­ver­se­ment de la révo­lu­tion cubaine, y com­pris chez cer­tains qui se pro­clament de gauche. Dans leur exi­gence de la per­fec­tion, ils ont ten­dance à ne voir que les échecs de la révo­lu­tion cubaine et de ses diri­geants. Ils déforment la vérité et fondent leurs argu­ments sur des men­songes tel que la qua­li­fi­ca­tion du Che comme « sta­li­nien zélé », atta­ché aux « pra­tiques auto­ri­taires », ou les Comités de défense de la révo­lu­tion (CDR) comme orga­nismes « d’espionnage et de « contrôle du peuple ». En réa­lité, les CDR étaient et demeurent des ins­ti­tu­tions clés de la démo­cra­tie socia­liste et par­ti­ci­pa­tive, en évo­lu­tion et loin de la per­fec­tion, que les jeunes révo­lu­tion­naires (Fidel avait 33 ans ; Che, 31) cher­chaient à éta­blir en 1959, face à l’agression état­su­nienne per­sis­tante sou­te­nue par les par­ti­sans irré­duc­tibles de l’ancienne dic­ta­ture de Batista. 58 ans plus tard, cette agres­sion passe par le blocus éco­no­mique, la main­mise sur Guantánamo, des actions ter­ro­ristes, des menaces mili­taires, une offen­sive cultu­relle orches­trée et les sub­ven­tions aux « dis­si­dents » (mer­ce­naires), aux agents de la CIA et à cer­taines ONG à Cuba, sans comp­ter les men­songes répé­tés des mass-médias de la dés­in­for­ma­tion, y com­pris celle de cer­tains médias sociaux (2).
• Che a com­pris la cen­tra­lité d’une poli­tique fondée sur l’éthique avec une pré­va­lence des fac­teurs sub­jec­tifs, d’où découle la trans­for­ma­tion de la société cubaine en école géante pour recon­qué­rir la culture et les valeurs éthiques du pays. D’où les cam­pagnes d’alphabétisation et de « tra­vail volon­taire », les pro­grès de l’enseignement, de la méde­cine, de la par­ti­ci­pa­tion popu­laire, des réformes agraires, de la construc­tion d’habitations, qui ont trans­formé les objec­tifs idéa­listes fondés sur la pensée de Martí, Mella, Guiteras et d’autres révo­lu­tion­naires de l’histoire cubaine, et en réa­lité évo­lu­tifs sur le ter­rain qui sem­blait impos­sibles, même dans les rêves les plus fous !
• En refu­sant le recours aux méthodes capi­ta­listes pour com­battre le capi­ta­lisme, Che et Fidel ont mis en œuvre les méthodes dia­lec­tiques du mar­xisme-léni­nisme pour réa­li­ser l’option maxi­male pos­sible : réa­li­ser une révo­lu­tion socia­liste de libé­ra­tion natio­nale, trans­for­ma­trice des ins­ti­tu­tions et des rap­ports sociaux et humains, par une praxis orga­ni­sée et consciente qui – malgré les erreurs qu’ils et leurs héri­tiers ont recon­nus – per­dure aujourd’hui.
• Comme on savait à l’époque et confirmé dans ses écrits (3) pos­té­rieurs à son assas­si­nat com­mandé par la CIA en 1967, le Che a émis plu­sieurs aver­tis­se­ments quant aux périls venant des carences du « socia­lisme exis­tant » et de la reprise méca­nique des manuels et méthodes sovié­tiques. Il a observé qu’au « dog­ma­tisme intran­si­geant de l’ère sta­li­nienne a suc­cédé un prag­ma­tisme incon­sis­tant … un retour au capi­ta­lisme ». Il a perçu les actions et pro­po­si­tions de la révo­lu­tion cubaine comme « contraires à ce qu’on lit dans les manuels [sovié­tiques] » et a contri­bué aux cri­tiques mar­xistes pers­pi­caces des socié­tés capi­ta­listes et socia­listes, et de leurs théories.
• Che, comme Fidel, était pro­fon­dé­ment engagé en faveur de la paix, mais mal­heu­reu­se­ment, il a dû prendre les armes pour que le monde se rap­proche de cet objec­tif éphé­mère. Pour la pos­si­bi­lité d’un monde sans guerre, Che a donné sa vie, comme Fidel y a consa­cré la sienne. On a beau­coup à apprendre de leurs exemples.

(1) Historien, activiste, poète, auteur de plus de 50 ouvrages, membre de la Table de concertation Québec-Cuba.
(2) Arnold August, Cuba–U.S. Relations : Obama and Beyond (Canada : Fernwood Publishing, 2017).
(3) Che Guevara, Critical Notes on Political Economy (2007) et Philosophical Notebooks : Writings on Marxism and Revolutionary Humanism (Ocean Books, 2008).

Traductrice : Marie Stewart

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