Honduras

Résistance populaire au gouvernement putschiste

Par Mis en ligne le 11 octobre 2009

Au Honduras, la résis­tance popu­laire au gou­ver­ne­ment put­schiste de Monsieur Roberto Micheletti vient de fêter son 100ème jour dans l’indifférence média­tique géné­rale. Pendant ces trois der­niers mois, ce sont plu­sieurs morts, des dizaines de bles­sés et des cen­taines – cer­tai­ne­ment plus – de per­sonnes arrê­tées – et au-delà tout un peuple – qui, se bat­tant quo­ti­dien­ne­ment pour le res­pect de la consti­tu­tion­na­lité et le retour du pré­sident démo­cra­ti­que­ment élu Manuel Zelaya, n’auront pas eu le droit aux faveurs de nos jour­naux et télé­vi­sions [1]. Pour autant, leur combat n’aura pas été vain. Aujourd’hui, le gou­ver­ne­ment « de fait », affai­blit dans le pays et isolé en Amérique latine, semble mon­trer des pre­miers signes de recul.

Il convient de le rap­pe­ler. Le coup d’Etat du 28 juin au Honduras concerne l’ensemble de la région. Ce pays est le poste avancé de la ten­ta­tive de reprise en main du sous-conti­nent par les forces de droite et les oli­gar­chies locales, avec le sou­tien direct de cer­tains élé­ments du Pentagone et de l’administration des Etats-Unis. Il s’agit de fra­gi­li­ser l’ensemble des pro­ces­sus démo­cra­tiques et sociaux qui ont porté ces der­nières années au pou­voir des gou­ver­ne­ments de rup­ture avec le modèle néo­li­bé­ral et avec la tra­di­tion­nelle domi­na­tion des Etats-Unis et de leurs relais réac­tion­naires en Amérique latine. Ces gou­ver­ne­ments (Bolivie, Equateur, Nicaragua, Venezuela) se retrouvent au sein de l’Alba et déve­loppent aujourd’hui les ins­tru­ments de leur indé­pen­dance poli­tique vis-à-vis des Etats-Unis. Ils pro­meuvent éga­le­ment de nou­veaux espaces de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale entre pays du « Sud » comme viennent de le confir­mer les conclu­sions du deuxième Sommet Afrique/​Amérique du Sud qui s’est tenu, en pré­sence de 27 Chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment, au Venezuela les 28 et 29 sep­tembre [2].

Ce sont ces dyna­miques poli­tiques que tentent de stop­per les oli­gar­chies. Roberto Micheletti ne dit pas autre chose – dans la langue tra­di­tion­nelle des sec­teurs poli­tiques, éco­no­miques et intel­lec­tuels les plus à droite en Amérique latine et aux Etats-Unis – lorsqu’il affirme, dans un entre­tien accordé le 3 octobre à la revue bré­si­lienne Veja [3], que la moti­va­tion réelle qui l’a conduit, avec le sou­tien actif de l’armée hon­du­rienne, a fomenté le coup d’Etat était de « défendre (le) pays d’un com­mu­nisme ver­sion 21ème siècle inventé par un fou d’Amérique du Sud »…

Considérant le pré­sident élu Manuel Zelaya comme une « marion­nette de Chavez », Roberto Micheletti concède néan­moins, pour la pre­mière fois, que son expul­sion « fut une erreur ». Ceci est un élé­ment nou­veau. Il promet même, dans une atti­tude de pur cynisme, que les indi­vi­dus res­pon­sables de cet acte de vio­la­tion de la Constitution seront « punis confor­mé­ment à la loi ».

Ce chan­ge­ment de ton et de posi­tion­ne­ment inter­vient alors que le gou­ver­ne­ment « de fait » est sous la pres­sion constante des mobi­li­sa­tions popu­laires qui se mul­ti­plient dans le pays et des gou­ver­ne­ments latino-amé­ri­cains. Le Brésil, en accueillant Manuel Zelaya dans son ambas­sade à Tegucigalpa depuis son retour au pays le 21 sep­tembre, a désor­mais décidé de s’engager direc­te­ment dans le rap­port de forces avec Roberto Micheletti. Le pré­sident Lula a même obtenu, en marge du troi­sième sommet Union européenne/​Brésil qui se déroule actuel­le­ment, la signa­ture d’une décla­ra­tion com­mune des deux acteurs (mardi 6 octobre) dénon­çant la vio­la­tion de l’ordre consti­tu­tion­nel au Honduras.

Le gou­ver­ne­ment « de fait » sait qu’il est inca­pable d’obtenir une légi­ti­mité poli­tique dans le pays à quelques semaines des pro­chaines élec­tions natio­nales du 29 novembre. Mais ayant tenu jusqu’à quelques semaines de ce cette échéance (à laquelle, malgré ce qu’a voulu faire croire la pro­pa­gande offi­cielle ini­tiale, Manuel Zelaya ne pourra se pré­sen­ter), ce der­nier va tenter de pour­suivre son objec­tif : empê­cher, coûte que coûte, Manuel Zelaya de jouer un rôle poli­tique concret au Honduras avant ces élec­tions.

En ayant annoncé lundi 5 octobre l’annulation du décret du 27 sep­tembre qui orga­ni­sait la sus­pen­sion des liber­tés publiques, de réunion, d’association, de cir­cu­la­tion et d’expression et per­met­tait d’élargir les pou­voirs répres­sifs de la police et de l’armée, Roberto Micheletti semble vou­loir mon­trer les nou­velles dis­po­si­tions de son gou­ver­ne­ment avant l’arrivée, mer­credi 7 octobre, d’une nou­velle mis­sion de l’Organisation des Etats amé­ri­cains (OEA) à Tegucigalpa ( accep­tée par le gou­ver­ne­ment « de fait » ven­dredi 2 octobre après qu’il ait refusé son entrée dans le pays 10 jours aupa­ra­vant).

Pour Manuel Zelaya, ce mou­ve­ment du gou­ver­ne­ment de « fait » pour­rait être un « piège » dans lequel il demande à l’OEA de ne pas tomber. Constatant que malgré l’annulation du décret du 27 sep­tembre, les deux prin­ci­paux médias d’opposition au gou­ver­ne­ment Micheletti – Radio Globo et Canal 36 – sont tou­jours inter­dits et que l’ambassade du Brésil dans laquelle il réside reste encer­clée par les forces armées, le pré­sident légi­time du Honduras voit dans la nou­velle atti­tude du gou­ver­ne­ment « de fait » une manœuvre tac­tique visant à redo­rer quelque peu son image au niveau inter­na­tio­nal. Pour lui, Roberto Micheletti veut gagner du temps à tra­vers le lan­ce­ment de nou­velles négo­cia­tions sans fin et orga­ni­ser un « piège de plus pour pro­lon­ger l’agonie du peuple hon­du­rien » [4]

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Pour de réelles négo­cia­tions, Manuel Zelaya a donc fixé ses condi­tions. Il faudra repar­tir des pro­po­si­tions conte­nues dans l’Accord de San José éla­boré en juillet dans le cadre d’une pre­mière média­tion de l’OEA qui avait avorté du fait de l’intransigeance du gou­ver­ne­ment put­schiste. Cet accord, que Manuel Zelaya consi­dère par ailleurs lar­ge­ment dépassé par le contexte actuel, pré­voyait néan­moins l’essentiel : son retour effec­tif et « immé­diat » à la pré­si­dence.

On com­prend l’importance de ce point dans les condi­tions actuelles où le gou­ver­ne­ment « de fait » sou­haite gagner du temps. Face à la presse inter­na­tio­nale, Roberto Micheletti se dit prêt « à prendre cette déci­sion (le retour de Zelaya à la pré­si­dence), si cela peut allé­ger le pro­blème que nous vivons » [5].

Une sortie de crise est elle aujourd’hui plus envi­sa­geable ? Les put­schistes n’ont pas encore désarmé. Ils ten­te­ront de jouer la montre contre Manuel Zelaya et, dans le même temps, s’attèleront, dans la pers­pec­tive des pro­chaines élec­tions, à pré­pa­rer la can­di­da­ture, avec d’énormes moyens ins­ti­tu­tion­nels, finan­ciers et média­tiques, d’un homme ou d’une femme fidèle à la défense de leurs inté­rêts et à ceux des sec­teurs éco­no­miques, poli­tiques, média­tiques qui les sou­tiennent.

Une nou­velle fois, seules l’intensité des mobi­li­sa­tions popu­laires et la soli­da­rité poli­tique des gou­ver­ne­ments latino-amé­ri­cains en faveur du pré­sident Zelaya pèse­ront sur la séquence poli­tique qui s’ouvre.

Gageons que les hon­du­riens devront, une nou­velle fois, conti­nuer leur combat dans le silence média­tique.

Notas

[1] Sur la ques­tion du trai­te­ment média­tique des pro­ces­sus de trans­for­ma­tion sociale et poli­tique d’Amérique latine, lire l’article d’Eric Toussaint « Venezuela, Honduras, Pérou, Equateur : « petits » oublis et « grands » men­songes des médias » (http://​www​.cadtm​.org/​V​e​n​e​z​u​e​l​a​-​H​o​n​d​u​r​a​s​-​P​e​r​o​u​-​E​q​u​ateur).

[2] Lire « Le deuxième Sommet Afrique-Amérique du Sud débouche sur des pro­po­si­tions his­to­riques » sur le site de Mémoire des luttes (http://​www​.medelu​.org/​s​p​i​p.php ?article275) et de Larevolucionvive​.org (http://​www​.lare​vo​lu​cion​vive​.org​.ve/​s​p​i​p.php ?article302&lang=fr) [3] http://​veja​.abril​.com​.br/​b​l​o​g​/​r​e​i​n​a​l​d​o​/​g​e​r​a​l​/​v​e​j​a​-​3​-​e​x​c​l​u​s​i​v​o​-​m​i​c​h​e​l​e​t​t​i​-​a​p​o​n​t​a​-​o​s​-​v​i​n​c​u​l​o​s​-​e​n​t​r​e​-​o​-​g​o​v​e​r​n​o​-​z​e​l​a​y​a​-​e​-​o​-​t​r​a​f​i​c​o​-​d​e​-​d​rogas [4] Conférence de presse du 6 octobre (http://​www​.tele​surtv​.net/​n​o​t​i​c​i​a​s​/​s​e​c​c​i​o​n​e​s​/​n​o​t​a​/​5​9​0​5​9​-​N​N​/​z​e​l​a​y​a​-​d​e​n​u​n​c​i​o​-​a​c​t​i​t​u​d​-​c​o​m​p​l​a​c​i​e​n​t​e​-​d​e​-​l​a​-​o​e​a​-​c​o​n​-​e​l​-​r​e​g​i​m​e​n​-​d​e​-​f​acto/) [5] http://​www​.elpais​.com/​a​r​t​i​c​u​l​o​/​i​n​t​e​r​n​a​c​i​o​n​a​l​/​M​i​c​h​e​l​e​t​t​i​/​d​e​r​o​g​a​/​e​s​t​a​d​o​/​s​i​t​i​o​/​H​o​n​d​u​r​a​s​/​e​l​p​e​p​i​i​n​t​/​2​0​0​9​1​0​0​6​e​l​p​e​p​i​i​n​t​_​9/Tes

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