Valleyfield, mémoires et résistances

Résistance et mobilisation dans le secteur public

Les enjeux pour le mouvement populaire

Par Mis en ligne le 17 mars 2020

L’origine des poli­tiques néo­li­bé­rales en ter­ri­toire qué­bé­cois ne fait pas consen­sus au sein des sphères de recherche et de mili­tance. Certaines évoquent l’année 1982 lorsque le gou­ver­ne­ment péquiste de René Lévesque impose une coupe sala­riale uni­la­té­rale de 20 % aux sala­rié-e-s du sec­teur public, ainsi qu’un gel des salaires sur trois ans. D’autres men­tionnent les années 1985 et 1986 au cours des­quelles le gou­ver­ne­ment libé­ral de Robert Bourassa met sur pied des groupes de réflexion ins­pi­rés de pos­tu­lats éco­no­mi­cistes. Finalement, aux yeux des autres, « ce sont le défi­cit zéro et les poli­tiques d’austérité […] impo­sées par Lucien Bouchard et le Parti qué­bé­cois en 1996[1] » qui en sont l’origine. Malgré ces désac­cords sur le moment ini­tia­teur, il demeure que tous ces moments ont contri­bué à la mise en place, au Québec, du néo­li­bé­ra­lisme en tant que pro­ces­sus his­to­rique. Pour le syn­di­ca­lisme qué­bé­cois des sec­teurs tant privé que public, l’année 1996 revêt une signi­fi­ca­tion par­ti­cu­lière. En effet, au Sommet socioé­co­no­mique, les grandes orga­ni­sa­tions syn­di­cales vont sous­crire à cer­taines exi­gences patro­nales, notam­ment, à la « crois­sance, à la flexi­bi­lité, à la com­pé­ti­ti­vité et au droit des entre­prises de ratio­na­li­ser en échange d’une vague pro­messe d’une créa­tion future d’emplois[2] ».

Dans ce texte, nous vou­lons mettre en lumière la manière dont le syn­di­ca­lisme du sec­teur public et para­pu­blic à Salaberry-de-Valleyfield s’adapte, s’ajuste et résiste dans ce nou­veau contexte socié­tal. Pour ce faire, nous allons faire repo­ser l’analyse sur le sec­teur de l’éducation et sur celui de la santé et des ser­vices sociaux.

Le syndicalisme public et parapublic campivallensien

Depuis quelques décen­nies, on constate que le syn­di­ca­lisme vit des reculs impor­tants[3]. En effet, le pro­ces­sus d’individualisation et de seg­men­ta­tion de la société a un impact majeur sur la réduc­tion de l’implication citoyenne et syn­di­cale. Et lorsque l’engagement syn­di­cal est mani­feste, notam­ment lors de la négo­cia­tion des conven­tions col­lec­tives, il a le plus sou­vent comme fina­lité le rehaus­se­ment des condi­tions de tra­vail et moins celle de porter des reven­di­ca­tions socio­po­li­tiques[4]. La mobi­li­sa­tion syn­di­cale en géné­ral, et par­ti­cu­liè­re­ment à Valleyfield dans les domaines de l’éducation et de la santé et des ser­vices sociaux, est éga­le­ment tra­ver­sée par cette ten­dance lourde que l’on observe aux échelles pro­vin­ciale, natio­nale et inter­na­tio­nale. Par contre, en y regar­dant de plus près, on remarque une par­ti­cu­la­rité inté­res­sante du mili­tan­tisme sur ce ter­ri­toire. Nous pro­po­sons ici d’amorcer une pre­mière réflexion sur cette par­ti­cu­la­rité[5].

Le syndicalisme enseignant

Le Syndicat de Champlain[6]

On peut consta­ter en pre­mier lieu que la pré­pa­ra­tion aux dif­fé­rentes négo­cia­tions depuis 2003 se réa­lise dans le cadre d’une contex­tua­li­sa­tion socio­po­li­tique qui repose sur une pério­di­sa­tion[7] sem­blable à celle qu’on a uti­li­sée pour carac­té­ri­ser l’évolution des poli­tiques néo­li­bé­rales. En effet, il est clair pour le syn­di­cat que les posi­tions et les demandes patro­nales s’inscrivent dans une ten­dance idéo­lo­gique poli­tico-éco­no­mique qui rend plus ardu le cadre des négo­cia­tions.

Bien que dans la logique interne du Syndicat de Champlain, les posi­tions socio­po­li­tiques et celles qui concernent les condi­tions de tra­vail relèvent de l’instance natio­nale, les ins­tances locales consi­dèrent qu’elles peuvent les adap­ter afin de répondre plus concrè­te­ment aux réa­li­tés de leur com­mu­nauté. C’est ainsi que pour l’exécutif local du Syndicat de Champlain sec­tion Salaberry, les reven­di­ca­tions socio­po­li­tiques sont indis­so­ciables des reven­di­ca­tions concer­nant les condi­tions de tra­vail. Deux fac­teurs prin­ci­paux expliquent ce posi­tion­ne­ment : d’une part, les dif­fé­rents per­son­nels – ensei­gnant, pro­fes­sion­nel et per­son­nel de sou­tien – exercent leur emploi dans un contexte sou­vent socioé­co­no­mi­que­ment défa­vo­risé qui entraine son lot de pro­blé­ma­tiques sociales. Le contact direct avec des enfants socia­le­ment dému­nis oblige à une réflexion sur les sources de ces pro­blèmes qui soit plus large que de sim­ple­ment les réduire à une ques­tion d’ordre indi­vi­duel.

D’autre part, la ville de Salaberry-de-Valleyfield pos­sède un riche héri­tage ouvrier qui a façonné des struc­tures syn­di­cales uniques encore actives à ce jour. Ces mêmes struc­tures ont un impact direct sur la manière de mili­ter et sur la nature des reven­di­ca­tions syn­di­cales.

Plus concrè­te­ment, les prin­ci­pales reven­di­ca­tions défen­dues par l’instance locale concer­nant les condi­tions de tra­vail sont les sui­vantes :

créer un climat de tra­vail sain afin d’exercer son emploi dans un envi­ron­ne­ment dans lequel les risques d’être vic­time de com­por­te­ments psy­cho­lo­gi­que­ment et phy­si­que­ment vio­lents sont faibles ;

boni­fier les ser­vices aux élèves, par exemple, mettre sur pied des pro­jets édu­ca­tifs ayant comme objec­tif de diplô­mer un plus grand nombre de jeunes[8]. Parce que les élèves de milieux défa­vo­ri­sés sont plus à risque de décro­chage, le syn­di­cat milite afin de dimi­nuer le ratio ensei­gnant-e/é­lèves ;

fina­le­ment, en corol­laire à ces reven­di­ca­tions, le syn­di­cat local milite éga­le­ment pour une plus grande auto­no­mie pro­fes­sion­nelle, et ce, afin que le corps pro­fes­so­ral soit reconnu et valo­risé dans son champ d’expertise et que des solu­tions concrètes puissent émaner des ensei­gnantes et ensei­gnants sur le ter­rain.

Ces reven­di­ca­tions por­tées par l’instance locale du Syndicat de Champlain relèvent éga­le­ment des pré­oc­cu­pa­tions tou­chant l’ensemble des orga­ni­sa­tions de la société civile cam­pi­val­len­sienne. Sans faire une liste exhaus­tive des coa­li­tions inter­syn­di­cales et des par­te­na­riats avec les orga­nismes com­mu­nau­taires réa­li­sés par l’instance locale, voici des exemples qui illus­trent bien la néces­sité pour le syn­di­cat d’effectuer ce type d’alliance afin de faire évo­luer les choses dans la direc­tion sou­hai­tée.

Toutes les inter­ve­nantes et inter­ve­nants exer­çant leur emploi avec les jeunes vivant dans des milieux socioé­co­no­mi­que­ment défa­vo­ri­sés sont pré­oc­cu­pés par leurs com­por­te­ments à risque et vio­lents qui han­di­capent leur per­sé­vé­rance sco­laire. Souvent, milieu et com­por­te­ment sont étroi­te­ment liés. Afin de s’attaquer de front à cette double pro­blé­ma­tique, le Syndicat de Champlain sec­tion Salaberry a mis sur pied en par­te­na­riat avec la Commission sco­laire et la Maison des jeunes de Valleyfield un projet appelé Maison d’Edgar. Ce projet cible les jeunes à risque de décro­cher et pré­voit un pro­gramme d’aide des­tiné à la fois aux jeunes concer­nés et à leurs parents. Les inter­ven­tions sont réa­li­sées par une per­sonne ensei­gnante ou inter­ve­nante spé­cia­li­sée en fonc­tion des besoins par­ti­cu­liers des jeunes pro­ve­nant des écoles ou des ser­vices sociaux et com­mu­nau­taires. De plus, le pro­gramme Alternative Suspension permet aux jeunes sus­pen­dus de leur école de conti­nuer leurs appren­tis­sages sco­laires en atten­dant une réin­té­gra­tion.

L’espace de mili­tance cam­pi­val­len­sien porte un nom : COTON 46. Au sein de cette inter­syn­di­cale, les pro­ta­go­nistes ne viennent pas exclu­si­ve­ment du milieu syn­di­cal. Ainsi cer­tains orga­nismes com­mu­nau­taires et l’Association géné­rale étu­diante du Collège de Valleyfield y par­ti­cipent éga­le­ment. Structure fondée afin de coa­li­ser les forces ouvrières et les dif­fé­rents acteurs pro­gres­sistes sur le ter­ri­toire, elle trans­met l’information et permet aux mili­tantes et aux mili­tants de se coor­don­ner dans le cadre de cer­taines acti­vi­tés ou pour sou­te­nir des causes et des orga­nismes com­mu­nau­taires. Pour le Syndicat de Champlain sec­tion Salaberry, l’intersyndicale COTON 46 peut aussi faci­li­ter les négo­cia­tions à l’échelle locale lorsque les dif­fé­rents inter­ve­nants du milieu parlent tous d’une seule et même voix. Elle permet éga­le­ment de dis­cu­ter d’enjeux socio­po­li­tiques.

Le Syndicat des enseignantes et des enseignants du Collège de Valleyfield (SEECoV)[9]

Le SEECoV est affecté éga­le­ment par la frag­men­ta­tion de la société, ce qui façonne son type de mili­tan­tisme. Encadré par une conven­tion col­lec­tive qui est sou­vent qua­li­fiée de l’une des plus com­plexes au Canada, la judi­cia­ri­sa­tion des rela­tions de tra­vail occupe une partie impor­tante du temps de l’exécutif syn­di­cal. Ainsi, les ques­tions entou­rant les condi­tions de tra­vail deviennent pré­pon­dé­rantes com­pa­ra­ti­ve­ment aux enjeux socio­po­li­tiques. Par consé­quent, tout ce cadre juri­dique et tech­nique a un impact sur le type de soli­da­rité déployé à l’échelle locale. Autrement dit, le syn­di­ca­lisme d’affaires, uni­que­ment centré sur la défense des inté­rêts éco­no­miques de ses membres, devient pré­do­mi­nant au détri­ment du syn­di­ca­lisme social plus centré, quant à lui, sur les ques­tions socio­po­li­tiques. En effet, on constate que les membres se replient et militent davan­tage pour leurs condi­tions de tra­vail lors des rondes de négo­cia­tion qu’ils ne militent pour pro­mou­voir des enjeux socio­po­li­tiques plus larges. De plus, la peur de la répres­sion par divers moyens, les repré­sailles et les lois spé­ciales notam­ment, décou­rage la majo­rité des membres à porter d’autres formes de reven­di­ca­tions.

Par contre, bien que le syn­di­ca­lisme social soit une ten­dance mino­ri­taire au sein du SEECoV, on observe que les ques­tions socio­po­li­tiques ne sont pas pour autant relé­guées aux oubliettes. Deux fac­teurs impor­tants peuvent expli­quer, en partie du moins, qu’il sub­siste des sen­si­bi­li­tés aux ques­tions qua­li­fiées par la lit­té­ra­ture syn­di­cale de « hors tra­vail ». Premièrement, la struc­ture inter­syn­di­cale, COTON 46, faci­lite les alliances et coa­li­tions sur des sujets plus larges que sim­ple­ment les condi­tions de tra­vail. Deuxièmement, l’effectif syn­di­cal est com­posé de plu­sieurs membres qui militent au sein d’autres orga­ni­sa­tions de la société civile (mou­ve­ments fémi­niste et com­mu­nau­taire notam­ment). Très poli­ti­sés, ces mêmes mili­tants et mili­tantes deviennent de véri­tables cour­roies de trans­mis­sion entre les dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions, ce qui oblige ces der­nières à se posi­tion­ner sur des enjeux socié­taux qui sortent du cadre tra­di­tion­nel des rela­tions de tra­vail.

Bien que le SEECoV, par sa rela­tive pré­sence aux ins­tances inter­syn­di­cales et par la grande pro­por­tion de son effec­tif pro­ve­nant de l’extérieur, ne soit pas une com­po­sante impor­tante de cet espace de mili­tance à Valleyfield, on constate qu’il en fait néan­moins partie. Deux exemples sou­tiennent ce propos. Le pre­mier remonte à la grève étu­diante de 2012. L’ensemble du corps pro­fes­so­ral était sen­sible à la façon dont le gou­ver­ne­ment Charest trai­tait les étu­diantes et les étu­diants notam­ment en les infan­ti­li­sant. La majo­rité des pro­fes­seur-e-s appuyait le modèle de démo­cra­tie étu­diante et le consi­dé­rait comme légi­time en contre­poids au dis­cours gou­ver­ne­men­tal. De plus, l’intensité de l’injustice et le contexte socié­tal de lutte à l’austérité dans lequel la grève s’inscrivait rejoi­gnaient la fibre mili­tante de plu­sieurs pro­fes­seur-e-s. Le deuxième exemple concerne l’implication du syn­di­cat ensei­gnant au sein de COTON 46. Malgré que le syn­di­cat n’y soit pas un des plus actifs, cer­taines et cer­tains membres de l’exécutif ont créé au fil des années des liens étroits avec d’autres membres d’organismes de la société civile, tant à l’échelle inter­syn­di­cale ou com­mu­nau­taire qu’avec le mou­ve­ment étu­diant du fait de leur proxi­mité avec l’Association géné­rale étu­diante du Collège de Valleyfield.

Le syndicalisme dans le réseau de la santé et des services sociaux

Dans le sec­teur public et para­pu­blic du réseau de la santé et des ser­vices sociaux, on constate rapi­de­ment que le mili­tan­tisme syn­di­cal à l’échelle locale est déter­miné par les grands enjeux natio­naux liés aux dif­fé­rentes réformes et aux lois spé­ciales. Nous rap­pel­le­rons ici les chan­ge­ments subis par ce réseau et la réac­tion syn­di­cale locale qui s’articule jus­te­ment sur les réac­tions natio­nales.

Dans le sec­teur public de la santé et des ser­vices sociaux, les défis du mou­ve­ment syn­di­cal sont énormes à l’échelle tant natio­nale que locale. Les réformes admi­nis­tra­tives plus récentes s’inscrivent dans une évo­lu­tion légis­la­tive tra­ver­sée par la logique néo­li­bé­rale. Les réformes Couillard et Barrette dont il est ques­tion ici consti­tuent les suites de la réforme Rochon et du rap­port Clair qui orien­te­ront la direc­tion à suivre désor­mais dans ce réseau. Rappelons briè­ve­ment que la réforme Rochon (sous le gou­ver­ne­ment du Parti qué­bé­cois entre 1993 et 2003) réduit consi­dé­ra­ble­ment les sommes allouées à ce sec­teur et intro­duit une réor­ga­ni­sa­tion en met­tant notam­ment de l’avant le virage ambu­la­toire. Conséquence de cette réduc­tion et de cette réor­ga­ni­sa­tion, cer­tains éta­blis­se­ments « sont fermés alors que d’autres doivent chan­ger de mis­sion ou fusion­ner[10] ». Dans le cadre d’un mandat visant à pro­po­ser des pistes de solu­tions aux pro­blèmes vécus au sein de ce sec­teur, le rap­port Clair s’inspire de l’idéologie mana­gé­riale. S’appuyant sur ce rap­port, le gou­ver­ne­ment « modi­fie [en 2001] la Loi sur la santé et les ser­vices sociaux avec l’objectif d’augmenter l’importance de la red­di­tion de comptes et de la ges­tion par résul­tats[11] ».

Fortement ébranlé par des lois répres­sives qui com­prennent de fortes péna­li­tés, le droit de grève a été sérieu­se­ment mis à mal. On pense ici aux amendes, à la perte d’ancienneté, à l’abolition de la per­cep­tion à la source des coti­sa­tions syn­di­cales. Bien que les syn­di­cats de ce sec­teur aient péni­ble­ment résisté aux réformes admi­nis­tra­tives suc­ces­sives des ministres Couillard et Barrette, ils ont été dans l’impossibilité de faire recu­ler les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments. En effet, l’abolition des CLSC et des CHSLD[12] pour les regrou­per dans les méga­struc­tures des Centres inté­grés de santé et ser­vices sociaux (CISSS) a com­plè­te­ment désor­ga­nisé les enti­tés syn­di­cales.

Une consé­quence directe a été un ren­for­ce­ment du cor­po­ra­tisme pro­fes­sion­nel. À titre d’exemple, aupa­ra­vant la tota­lité des tra­vailleuses et des tra­vailleurs d’un CLSC étaient sou­vent réunis dans un même syn­di­cat, ce qui per­met­tait de dis­cu­ter des pro­blèmes de l’organisation du tra­vail et de réagir à une admi­nis­tra­tion locale qui pou­vait prendre des déci­sions arbi­traires. Dans le contexte de ces réformes, le gou­ver­ne­ment a décrété que les syn­di­cats ne peuvent exis­ter que dans des caté­go­ries pro­fes­sion­nelles bien défi­nies. Désormais, du point de vue du gou­ver­ne­ment, les syn­di­cats n’existent plus en réfé­rence au lieu de tra­vail, mais uni­que­ment dans le cadre de la méga­struc­ture du CISSS. Afin de pal­lier cette restruc­tu­ra­tion, une des stra­té­gies syn­di­cales locales de mobi­li­sa­tion est d’organiser des assem­blées géné­rales par vidéo­con­fé­rence regrou­pant sur un immense ter­ri­toire les tra­vailleuses et les tra­vailleurs répar­tis dans quatre locaux de CLSC, une dizaine de locaux de CHSLD et trois centres hos­pi­ta­liers.

Dans le cas spé­ci­fique du CISSS de la Montérégie-Ouest, la FIQ, l’APTS et le SCFP – la CSN[13] ayant été éli­mi­née lors de la der­nière période de marau­dage – se sont unis pour réa­li­ser une tour­née de chacun des dif­fé­rents éta­blis­se­ments sur l’heure du dîner avec un camion de bouffe de rue. Les objec­tifs étaient que leurs membres se ren­contrent au-delà de leurs allé­geances au niveau local et s’informent des pro­blèmes aux­quels ils font face. Selon leurs dires, ce sera un long et patient tra­vail de réor­ga­ni­sa­tion pour les mois, sinon les années à venir. Le prin­ci­pal défi auquel ces syn­di­cats font face est de remo­bi­li­ser leurs membres autour d’enjeux concrets et d’adapter leurs stra­té­gies d’action en fonc­tion de la nou­velle orga­ni­sa­tion du tra­vail.

Conclusion

Tout comme le syn­di­ca­lisme dans le sec­teur privé, celui dans le sec­teur public et para­pu­blic fait face à de nou­veaux défis induits par la mise en place de poli­tiques néo­li­bé­rales et mana­gé­riales. Or, on constate que la réponse à ces nou­veaux défis est variable en fonc­tion des sec­teurs d’activité. En effet, le sec­teur de l’éducation prio­rise davan­tage une logique d’action à l’échelle locale, tandis que le sec­teur de la santé et ser­vices sociaux opte pour une logique plutôt natio­nale. Ce déploie­ment stra­té­gique dif­fé­rent est le résul­tat, selon nous, de modi­fi­ca­tions et de réor­ga­ni­sa­tions struc­tu­relles qui obligent les syn­di­cats à envi­sa­ger des solu­tions dif­fé­rentes. Par contre, on observe une constante : le syn­di­ca­lisme du sec­teur public et para­pu­blic est contraint à revoir ses stra­té­gies de mobi­li­sa­tion afin de main­te­nir ou de retrou­ver un contre-pou­voir effi­cace et cré­dible.

Jonathan Scott et Pierre LaGrenade, res­pec­ti­ve­ment pro­fes­seur de socio­lo­gie au Collège de Valleyfield, doc­to­rant à l’UQAM et ani­ma­teur de la coa­li­tion inter­syn­di­cale COTON 46 à Salaberry-de-Valleyfield


  1. IRIS, Détournement d’État. Bilan de quinze ans de gou­ver­ne­ment libé­ral, Montréal, Lux, 2018.
  2. Ghislaine Raymond, Le « par­te­na­riat social », Ville Mont-Royal, M Éditeur, 2013, p. 85.
  3. Philippe Crevier, Hubert Forcier et Samuel Trépanier (dir), Renouveler le syn­di­ca­lisme, Montréal, Écosociété, 2015 ; David Camfield, La crise du syn­di­ca­lisme au Canada et au Québec, Ville Mont-Royal, M Éditeur, 2014.
  4. Jean-Marie Pernot, Syndicats : len­de­mains de crise ?, Paris, Gallimard, 2005.
  5. Pour ce faire, nous avons réa­lisé quelques entre­vues avec des pré­si­dentes et des pré­si­dents en poste ou ayant été en poste au sein du Syndicat de Champlain et du Syndicat des ensei­gnantes et des ensei­gnants du Collège de Valleyfield (SEECoV).
  6. Le Syndicat de Champlain est affi­lié à la Centrale des syn­di­cats du Québec (CSQ) et regroupe la tota­lité des ensei­gnantes et des ensei­gnants du pri­maire et du secon­daire de la région.
  7. Il y a eu quatre négo­cia­tions depuis 2003 : la pre­mière en 2000-2003 dans un contexte de défi­cit zéro ; la deuxième en 2005 dans un contexte de réin­gé­nie­rie de l’État ; la troi­sième en 2010 se sol­dant par un décret adopté sous le bâillon ; la qua­trième en 2015 sous des poli­tiques d’austérité.
  8. Il faut men­tion­ner que le ter­ri­toire des­servi par la Commission sco­laire La Vallée-des-Tisserands est l’endroit où l’on observe un des plus hauts taux de décro­chage sco­laire au Québec.
  9. Ce syn­di­cat regroupe le per­son­nel ensei­gnant du cégep de Valleyfield et est affi­lié à la Fédération natio­nale des ensei­gnantes et ensei­gnants du Québec (FNEEQ) affi­liée à la Confédération des syn­di­cats natio­naux (CSN).
  10. François Bolduc,. Impacts de la réforme du réseau qué­bé­cois de la santé et des ser­vices sociaux (2003) sur la repré­sen­ta­tion qu’ont les ges­tion­naires de leur tra­vail, thèse de doc­to­rat, Montréal, Université de Montréal, 2013, p. 31.
  11. Ibid.
  12. CLSC : centre local de ser­vice com­mu­nau­taire ; CHSLD : centre d’hébergement de soins de longue durée.
  13. FIQ : Fédération inter­pro­fes­sion­nelle de la santé du Québec ; APTS : Alliance du per­son­nel pro­fes­sion­nel et tech­nique de la santé et des ser­vices sociaux ; SCFP : Syndicat cana­dien de la fonc­tion publique ; CSN : Confédération des syn­di­cats natio­naux.

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