Réseau de la santé : parlons productivité !

Par Mis en ligne le 23 mai 2014

Invoquant l’état alar­mant des finances publiques du Québec, le pré­sident du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a pré­venu que la rému­né­ra­tion des employé(e)s de l’État pour­rait être très pro­chai­ne­ment liée à leur pro­duc­ti­vité. On espère ainsi, explique-t-on, amé­lio­rer la per­for­mance du réseau et faire en sorte de réduire les coûts.

Parlons productivitéLa rému­né­ra­tion liée à la per­for­mance consiste habi­tuel­le­ment à modu­ler les salaires en fonc­tion du degré de contri­bu­tion des indi­vi­dus au succès d’une entre­prise. Si l’on prend comme cri­tère d’évaluation de succès la stricte ques­tion des coûts, force est d’admettre que la contri­bu­tion des employé(e)s du sec­teur public de la santé qué­bé­cois est telle que c’est au Québec que la rému­né­ra­tion devrait être la plus élevée !

En effet, la moyenne des dépenses publiques de santé par habi­tant des gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux au Canada se situe à 4 083 $. Parmi les pro­vinces, c’est au Québec que ces dépenses sont les plus basses à 3 735 $ par habi­tant. Ce que cela signi­fie, c’est qu’on demande actuel­le­ment aux employé(e)s qué­bé­cois de se débrouiller avec moins qu’ailleurs au pays.

Élément plus méconnu, si on exa­mine les dépenses en santé des gou­ver­ne­ments en pro­por­tion des dépenses de pro­grammes (qui sont com­po­sées du total des dépenses du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial moins les frais de la dette), c’est encore au Québec que la pro­por­tion est la moindre. En effet, alors qu’en moyenne, les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux consacrent 37,9 % de leurs dépenses totales de pro­grammes pour la santé, le gou­ver­ne­ment du Québec y consacre seule­ment 30,7 %. Convenons au pas­sage que nous sommes loin du dis­cours alar­miste qui invoque le mur du 50 % du budget consa­cré aux dépenses de santé !

Donc, force est d’admettre que sur le plan des coûts publics, le sys­tème de santé qué­bé­cois est le plus per­for­mant au pays. Alors pour­quoi les tra­vailleuses et tra­vailleurs qui y œuvrent dans le domaine de la santé ne sont-ils pas les mieux payés au pays ?

Réduire les coûts en s’attaquant au privé et en agis­sant en amont

Si l’on veut réel­le­ment réduire les coûts en santé au Québec, il faudra plutôt cher­cher ailleurs, comme du côté des volets privés du réseau. En effet, on pour­rait se deman­der, par exemple, pour­quoi c’est au Québec que l’on consacre la plus grande part des dépenses totales en santé pour les médi­ca­ments, c’est-à-dire 19,5 % com­pa­ra­ti­ve­ment à une moyenne de 16,5 % au Canada ? D’ailleurs, com­ment expli­quer qu’on ait laissé le coût des médi­ca­ments passer de 5 mil­liards $ à 8,7 mil­liards $ depuis 2002 ?

Bien entendu, la per­for­mance du réseau de la santé dépasse la stricte ques­tion des coûts. En effet, un réseau de la santé et des ser­vices sociaux per­for­mant est d’abord un réseau qui pré­vient effi­ca­ce­ment l’apparition de la mala­die, qui réus­sit à main­te­nir sa popu­la­tion en santé tout en garan­tis­sant l’accès aux ser­vices lorsque la mala­die sur­vient.

À ce titre, il y a lieu d’être inquiet lorsqu’on constate que c’est au Québec que les dépenses en santé publique sont les plus basses au pays (3 % des dépenses totales com­pa­ra­ti­ve­ment à une moyenne cana­dienne de 5,2 %) et lorsqu’on constate que c’est au Québec que la part des dépenses consa­crées au finan­ce­ment des hôpi­taux est la plus basse (27,3 % com­pa­ra­ti­ve­ment à une moyenne de 29,5 %).

Quelques pro­po­si­tions pour une meilleure santé

Pour amé­lio­rer la per­for­mance de notre réseau, il faudra d’abord que les auto­ri­tés gou­ver­ne­men­tales prennent acte du fait que les employé(e)s de la santé et des ser­vices sociaux sont actuel­le­ment les plus pro­duc­tifs au pays. Le gou­ver­ne­ment doit donc éviter d’exercer une pres­sion indue sur des per­sonnes qui sont déjà à bout de souffle. De plus, il faudra que le gou­ver­ne­ment réin­ves­tisse dans les ser­vices de pré­ven­tion et dans le ren­for­ce­ment de la pre­mière ligne, de telle sorte que les inter­ve­nants du réseau puissent agir effi­ca­ce­ment sur les déter­mi­nants sociaux de la santé. Enfin, il faudra que le gou­ver­ne­ment mette un terme au déman­tè­le­ment de notre réseau public et au trans­fert de sa mis­sion vers le privé.

C’est seule­ment ainsi que nous pour­rons amé­lio­rer la pro­duc­ti­vité de notre réseau public, c’est-à-dire, main­te­nir plus long­temps la popu­la­tion en santé et donner accès aux ser­vices à toutes les per­sonnes qui en ont besoin.

De notre côté, nous sommes par­ti­cu­liè­re­ment actifs pour trou­ver des solu­tions pour assu­rer l’avenir de nos ser­vices publics de santé et de ser­vices sociaux. C’est pour­quoi nous orga­ni­sons le Premier rendez-vous natio­nal sur l’avenir du sys­tème public de santé et de ser­vices sociaux, où toutes les com­po­santes du réseau seront réunies pour la pre­mière fois pour réflé­chir à l’avenir de notre réseau public.

Pour plus d’information, je vous invite à consul­ter le Bulletin d’information sur les dépenses de santé com­pa­ra­tives tant à l’échelle cana­dienne que sur le plan inter­na­tio­nal (jan­vier 2014).

Presse-toi à gauche, 20 mai 2014

Jeff Begley est pré­sident de la Fédération de la santé et des ser­vices sociaux (FSSS–CSN).

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