Répression et résistance des migrants au Maroc

Classé au 130e rang sur 182 pays du clas­se­ment de déve­lop­pe­ment humain de 2009 selon le PNUD, le Maroc reste un pays de grandes vul­né­ra­bi­li­tés, et ce en dépit des avan­cées réa­li­sées depuis quelques années. En effet, même si le taux de crois­sance annuel est de 6 %, le chô­mage reste très élevé (près de 20 %). On com­prend, dès lors, que l’émigration vers le monde occi­den­tal repré­sente pour de nom­breux maro­cains un objec­tif à atteindre. Avec plus de 10 % de sa popu­la­tion vivant à l’extérieur du pays, le « grand départ » est sou­vent la seule voie pour s’en sortir, non seule­ment pour les migrants eux-mêmes, mais aussi pour leurs familles, qui vivent ainsi des trans­ferts finan­ciers et non-finan­ciers, qui contri­buent non seule­ment à assu­rer les besoins élé­men­taires, mais éga­le­ment à finan­cer de petits pro­jets géné­ra­teurs de reve­nus.

Le Maroc est éga­le­ment un pays de tran­sit. En effet, les migrants afri­cains tentent d’entrer en Europe, et ce, la plu­part du temps, de manière illé­gale. En fonc­tion des accords liant le Maroc et l’Union euro­péenne, les migrants clan­des­tins refou­lés sont recon­duits au Maroc, où ils se replient en atten­dant de tenter leur chance à nou­veau. La plu­part du temps, en situa­tion irré­gu­lière, peu ins­truits, sans tra­vail, ces migrants en tran­sit deviennent des migrants per­ma­nents au Maroc et mènent une vie pré­caire. Non seule­ment, cette situa­tion alour­dit le far­deau de la pau­vreté, mais aussi, ces migrants sont perçus par les Marocains comme un poten­tiel risque d’insécurité et un fac­teur qui pour­rait aug­men­ter la délin­quance ainsi que les tra­fics de stu­pé­fiants. D’autre part, cette situa­tion nour­rit chez les natio­naux le sen­ti­ment que les immi­grants sont des « voleurs de jobs ».

Devant ces déve­lop­pe­ments, un nou­veau mou­ve­ment social est en train d’être construit au Maroc. Pour les orga­ni­sa­tions locales, la lutte contre la répres­sion des migrants afri­cains fait partie pre­nante de la lutte pour la démo­cra­ti­sa­tion, un enjeu qui demeure per­ti­nent au Maroc aujourd’hui. Pour les orga­ni­sa­tions afri­caines, la défense des migrants implique les droits de cen­taines de mil­liers de per­sonnes. Pour les orga­ni­sa­tions euro­péennes enfin, la lutte pour les droits est néces­saire pour s’opposer aux ten­dances répres­sives et sécu­ri­taires qui se ren­forcent un peu par­tout au sein de l’Union euro­péenne. Le pro­ces­sus du Forum social mon­dial, initié en Amérique du Sud, mais de plus en plus inter­na­tio­nal, a permis à ces orga­ni­sa­tions magh­ré­bines, afri­caines et euro­péennes de se concer­ter et d’élaborer des stra­té­gies com­munes. Le Forum social maro­cain, de même que les réseaux qui œuvrent dans les autres pays d’Afrique, est dès lors devenu un lieu d’articulation impor­tant.

(Extrait d’un texte paru dans le numéro 5 des NCS, Migrations : Stratégies, acteurs et résis­tances)

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