Reprendre du pouvoir sur la production

Par Mis en ligne le 14 avril 2012

1. Le constat : sou­mis­sion et inten­si­fi­ca­tion du tra­vail

Le constat que l’on peut faire de la dégra­da­tion du rap­port de force des tra­vailleurs, et en par­ti­cu­lier de leurs condi­tions de tra­vail, est très sombre. Si pen­dant les « Trente glo­rieuses », l’assujettissement dans le tra­vail sala­rié (par la tay­lo­ri­sa­tion et la sou­mis­sion au rythme de la machine, par l’omniprésence des chefs, par l’absence de toute auto­no­mie dans le tra­vail) s’était accom­pa­gné, et avait en quelque sorte été « com­pensé », par des aug­men­ta­tions de salaires, des acquis sociaux en terme de men­sua­li­sa­tion, de pro­tec­tion sociale et de congés payés, ce com­pro­mis est fini.

Il ne s’agit plus de dis­tri­buer des salaires pour que les sala­riés puissent consom­mer et ache­ter les pro­duits fabri­qués. Face à la sur­pro­duc­tion, les mar­chés de consom­ma­tion sont main­te­nant ailleurs, dans les pays émer­gents. Les salaires les plus bas aussi, ainsi que l’absence de contraintes envi­ron­ne­men­tales.

Parallèlement, la ges­tion des entre­prises – de plus en plus rache­tées par des mul­ti­na­tio­nales et des fonds de pen­sion – est main­te­nant domi­née par des logiques finan­cières, et non plus pro­duc­tives. Cela se tra­duit par l’introduction, géné­ra­li­sée depuis vingt à trente ans, des logiques mana­gé­riales néo­li­bé­rales, et par une inten­si­fi­ca­tion sans pré­cé­dent de la pro­duc­ti­vité et des rythmes de tra­vail (entraî­nant stress, sui­cides, mala­dies pro­fes­sion­nelles). Alors que la pro­duc­ti­vité du tra­vail n’a jamais été si élevée en France, cela ne se tra­duit pas par une aug­men­ta­tion du pou­voir de négo­cia­tion ou de déci­sion des sala­riés sur la pro­duc­tion ; au contraire, le chan­tage à la délo­ca­li­sa­tion permet de jugu­ler toutes les reven­di­ca­tions.

Enfin, la montée de la pré­ca­rité et de la sous-trai­tance, l’éclatement des col­lec­tifs de tra­vail qui en a résulté, ont consi­dé­ra­ble­ment affai­bli le pou­voir des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, sans parler du tour­nant ges­tion­naire opéré par la plu­part d’entre elles.

2. Un tsu­nami indus­triel

Ces der­nières années ont vu la France subir un véri­table tsu­nami indus­triel. La des­truc­tion des emplois indus­triels, qui n’est pas nou­velle, conti­nue et s’amplifie avec la crise finan­cière de 2008 et ses consé­quences sur l’économie réelle. Comme Guillaume Duval le sou­ligne dans Alternatives éco­no­miques de jan­vier 2010, 269 000 emplois ont été sup­pri­més dans l’industrie entre début 2008 et fin 2009, soit une baisse de 7,7 % sur des effec­tifs pour­tant déjà for­te­ment com­pri­més au cours des années pré­cé­dentes ; ceci alors même que les sup­pres­sions d’emploi des inté­ri­maires tra­vaillant dans l’industrie ont concerné 121 000 per­sonnes.

Yves Mamou, dans la page du Monde consa­crée au conflit de Total[1], rap­pelle qu’en 2010 l’industrie emploie 500 000 per­sonnes de moins qu’il y a dix ans, et la direc­tion du Trésor[2] estime que deux mil­lions d’emplois indus­triels ont dis­paru en trente ans, tandis que la perte de valeur ajou­tée pour l’industrie est sur cette période de 40 %.

3. Des luttes impor­tantes, mais sans montée en géné­ra­lité

Dans ce tableau sinis­tré, l’année 2009 a été mar­quée par des vagues de licen­cie­ments dans les entre­prises indus­trielles et éga­le­ment ter­tiaires, et jalon­née de luttes achar­nées des sala­riés concer­nés par les plans sociaux : Molex, Freescale, Continental, Caterpillar, New Fabris, Chaffoteaux et Maury, Ford, General Motors, Goodyear… pour ne citer qu’eux, ont défrayé la chro­nique en recou­rant à diverses actions plus ou moins spec­ta­cu­laires : pose de bon­bonnes de gaz devant l’usine, mani­fes­ta­tions, jusqu’à poser nus pour un calen­drier, tout a été tenté pour tou­cher l’opinion publique et inter­pel­ler le gou­ver­ne­ment.

Les succès ont été rares, et dans la plu­part des cas, les plans sociaux ont été appli­qués, jetant dans le chô­mage des sala­riés qui craignent de ne pas retrou­ver d’emploi dans des bas­sins d’emploi sinis­trés.

Nous avons voulu donner la parole aux sala­riés concer­nés par ces plans sociaux, et avons rendu visite aux sala­riés des dif­fé­rentes entre­prises les plus média­ti­sées. Au vu des résul­tats de cette enquête, on ne peut pas parler de fata­lisme ou de pas­si­vité des sala­riés concer­nés. Ces der­niers se sont en effet défen­dus bec et ongles et ont mené des luttes achar­nées, déter­mi­nées, et d’une grande téna­cité.

Les « Contis » ont fait la une de l’actualité en 2009. Leur lutte fut à de nom­breux égards exem­plaire, car les sala­riés ont consti­tué un comité de lutte avec les syn­di­qués de divers syn­di­cats et des non syn­di­qués. Cette unité a été une des clés du succès. Ils ont lutté contre la fer­me­ture de leur entre­prise car elle était ren­table. Ils n’ont pu en pro­po­ser la reprise. C’est un cas de délo­ca­li­sa­tion pure et dure, où les machines sont par­ties en Roumanie. L’État n’est pas inter­venu, et la CGT n’a pas apporté de sou­tien. Aussi les sala­riés se sont-ils battus pour que leur licen­cie­ment coûte le plus cher pos­sible au patron : ils ont obtenu les plus grosses indem­ni­tés parmi les entre­prises vic­times de plans sociaux. Leur déter­mi­na­tion dans l’unité s’est main­te­nue face à la répres­sion et au procès intenté à sept d’entre eux. La leçon qu’ils en tirent : « On n’est jamais mieux servis que par soi-même, et il ne sert de rien de délé­guer la lutte aux syn­di­cats. »

Au centre d’appels du Club Med, le PSE[3] a été pré­paré en amont par le détour­ne­ment des appels sur les agences. En l’absence d’unité syn­di­cale, la lutte a épuisé les sala­riés, et FO a dû se concen­trer sur la négo­cia­tion de primes de départ alors qu’il vou­lait défendre l’emploi. Pour Sébastien Déthorey, l’un des ani­ma­teurs de la lutte : « Dans de tels cas, une loi contre les plans sociaux paraît indis­pen­sable. »

Renault-Trucks dans la ban­lieue lyon­naise est un cas emblé­ma­tique de stra­té­gie d’entreprise glo­bale. Après avoir vécu de sub­ven­tions publiques, le groupe construit une usine en Russie et y trans­fère le savoir-faire de l’entreprise, tandis que des bureaux d’études concur­rents sont créés en Inde et en Turquie. Pour l’entreprise fran­çaise, la sur­ca­pa­cité est orga­ni­sée. Parallèlement, les nou­velles méthodes de mana­ge­ment induisent stress et sui­cides, dénon­cés par la CGT, qui lutte contre les délo­ca­li­sa­tions, en l’absence d’unité syn­di­cale.

Le cas de Sanofi-Aventis à Neuville-sur-Saône est celui d’une entre­prise qui de fusion en fusion atteint des records de pro­duc­ti­vité et des pro­fits très élevés, mais qui avec l’arrivée d’un PDG anglo-saxon met en place un mana­ge­ment par le stress, des sup­pres­sions de postes, une dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail, le recours à l’intérim et à la sous-trai­tance. Quant aux effec­tifs, ils vont de coupe sombre en coupe sombre, malgré une ren­ta­bi­lité très élevée. Face à cette poli­tique, la réac­ti­vité des sala­riés unis en inter­syn­di­cale est forte. Ils se battent pour la sau­ve­garde des emplois, plus encore que pour les aug­men­ta­tions de salaires que jus­ti­fie­raient des pro­fits excep­tion­nels. 

Sous-trai­tant de France Télécom, Téléperformance est emblé­ma­tique d’une mon­dia­li­sa­tion qui met tous les sites de tra­vail en concur­rence en tirant les salaires et les condi­tions de tra­vail vers le bas. Il y a une volonté déli­bé­rée de mettre cer­tains sites en dif­fi­culté pour jus­ti­fier les plans sociaux. La créa­tion de groupes de mobi­li­sa­tion syndiqués/​non syn­di­qués a pour objet de pal­lier la mol­lesse des syn­di­cats.

La SBFM à Caudan, c’est l’exemple, assez rare, d’un franc succès de la lutte, menée par un per­son­nel excep­tion­nel­le­ment soudé et mas­si­ve­ment syn­di­qué à une CGT très com­ba­tive, avec une forte tra­di­tion de lutte dans l’entreprise. La lutte – jointe au besoin qu’a Renault de cette fon­de­rie – a conduit à la reprise de l’entreprise par Renault. Les sala­riés se battent pour la péren­nité de l’entreprise et pour des inves­tis­se­ments nou­veaux sur le site. Ils ont fait l’expérience de gérer la pro­duc­tion en auto­ges­tion pen­dant cinq mois en 2009.

À Goodyear Amiens, la lutte conti­nue, notam­ment juri­dique, contre le projet de fer­me­ture d’un site ren­table, mais mis en péril par des inves­tis­se­ments en Pologne, en Chine, l’absence de moder­ni­sa­tion et d’investissements, et le projet de Goodyear de céder la pro­duc­tion de pneus agraires et d’arrêter la pro­duc­tion de pneus de tou­risme. Il n’y a pas d’unité syn­di­cale et l’UNSA a été créée comme inter­lo­cu­teur du patron. La lutte de SUD et de la CGT se concentre sur la sau­ve­garde de l’outil de pro­duc­tion, tout en dénon­çant l’intensification du tra­vail.

Heuliez est mani­fes­te­ment un cas à part parmi les entre­prises en lutte que nous avons ren­con­trées. D’abord parce qu’elle était restée jusqu’à il y a peu une entre­prise fami­liale. Ensuite parce qu’elle est sur un nou­veau pro­duit d’avenir, la voi­ture élec­trique, et que son per­son­nel a montré ses com­pé­tences en matière d’innovation indus­trielle. Mais aussi enfin parce qu’Heuliez a conservé sur son site prin­ci­pal toutes les par­ties de la pro­duc­tion, de la concep­tion, par son bureau d’études inté­gré, à l’emboutissage et à l’assemblage.

Le com­por­te­ment pater­na­liste de son direc­teur pré­cé­dent a pro­duit une culture syn­di­cale de conci­lia­tion et d’arrangement, ce qui ne l’a pas pré­ser­vée de deux plans sociaux…Mais le prin­ci­pal syn­di­cat, la CFDT, en accord avec la CGC, a reven­di­qué le main­tien du site quitte à faire des conces­sions, comme le niveau très bas des indem­ni­tés de départ de ceux qui ont dû quit­ter l’entreprise. Par contre, c’est l’une des rares entre­prises à avoir obtenu la mise en œuvre d’une sécu­ri­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels.

À New Fabris Châtellerault, face à la mise en liqui­da­tion de cette entre­prise sous-trai­tante de PSA et de Renault, et en l’absence d’unité syn­di­cale, la CGT a réussi à obte­nir des indem­ni­tés de départ non négli­geables après une occu­pa­tion. Il en reste une fierté d’avoir lutté, même si l’emploi n’a pu être sauvé, et un comité CGT Privés d’emploi.

À Caterpillar Grenoble, malgré une lutte achar­née (dix semaines), des enva­his­se­ments des deux usines et des usines sous-trai­tantes, une séques­tra­tion, pour pré­ser­ver l’emploi, il y a eu 600 licen­cie­ments, dont 50 licen­cie­ments dis­ci­pli­naires. La CGT n’a pas atteint ses objec­tifs mais a acquis une aura, des primes de 24 000 à 70 000 euros, ceci en l’absence d’unité syn­di­cale.

À Delphi Blois, la CGT dénonce les délo­ca­li­sa­tions de la pro­duc­tion en Turquie et Roumanie, le chô­mage par­tiel, l’absence d’augmentations de salaires, l’intensification du tra­vail (sui­cides), et plus géné­ra­le­ment, une nou­velle race de mana­gers, des finan­ciers et non plus des indus­triels.

L’exemple de Ford à Blanquefort est celui d’une lutte achar­née et sans relâche menée par la CGT – en l’absence d’unité syn­di­cale – en amont de tout projet de fer­me­ture et pour sau­ve­gar­der l’emploi. C’est l’exemple d’un succès, puisque la reprise s’est faite sans licen­cie­ment ni perte de salaire. La lutte a fait lar­ge­ment appel à la soli­da­rité de la popu­la­tion, avec la créa­tion de comi­tés de sou­tien locaux.

L’aventure de Philips à Dreux est celle de la dis­pa­ri­tion pro­gram­mée de la pro­duc­tion de télé­vi­seurs en France, avec les délo­ca­li­sa­tions en Europe de l’Est et en Chine, et fina­le­ment la fer­me­ture du site fran­çais. La CGT – dis­si­dente – a mené une grosse bataille juri­dique pour retar­der l’échéance, a tenté de reprendre le contrôle de la pro­duc­tion, a fait des pro­po­si­tions de recon­ver­sion, en vain.

À Molex à Villemur-sur-Tarn, la fer­me­ture de cette usine très ren­table et de pointe a déclen­ché une lutte de onze mois, dont un mois de grève. C’est un cas fla­grant de « clo­nage » de l’entreprise et de trans­fert de son savoir-faire aux États-Unis et en Chine. Epuisés par la lutte, les sala­riés ont accepté l’accord de licen­cie­ments avec des primes de 26 000 à 65 000 et neuf mois de reclas­se­ment payés à 100 % ; mais le fonds d’investissement, qui a touché 12 mil­lions d’euros pour reprendre l’entreprise, ne reprend que 15 à 20 sala­riés, sans qu’aucun motif éco­no­mique n’ait été fourni au PSE. La CGT a envi­sagé de reprendre l’entreprise, mais les sala­riés n’ont pas suivi.

Renault Flins, alors que la pro­duc­tion n’a jamais été aussi forte, connaît délo­ca­li­sa­tions en série, aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vité et tra­vail en sous-effec­tifs, départs volon­taires mas­sifs. La CGT se bat pour des primes et aug­men­ta­tions de salaires, pour la semaine de cinq jours et des embauches, pour la pro­duc­tion d’un nou­veau véhi­cule.

Quant à Renault Douai, c’est une grosse usine en train d’être « détri­co­tée » pour ne faire plus que l’assemblage, les effec­tifs fondent par des rup­tures conven­tion­nelles, une nou­velle orga­ni­sa­tion du tra­vail entraîne stress, sui­cides, dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail. Une CGT très démar­quée de la ligne fédé­rale se bat pour obte­nir la pro­duc­tion d’un véhi­cule low cost.

Enfin, à Renault Technocentre à Guyancourt, malgré de gros pro­blèmes de stress dû aux muta­tions arbi­traires, à la ges­tion par objec­tifs indi­vi­duels, au manque de per­son­nel, il n’y a pas à pro­pre­ment parler de lutte ni d’unité syn­di­cale. Les réduc­tions d’effectifs ont pris la forme de licen­cie­ment de 1 000 pres­ta­taires, d’un plan de départs volon­taires de 1 000 sala­riés. Le chô­mage par­tiel sévit, et les délo­ca­li­sa­tions de tech­no­centres ont lieu avec trans­fert de savoir-faire, en Europe de l’Est, en Inde, en Chine.

À Freescale Toulouse, après cinq semaines de grève menées par trois syn­di­cats sur six contre un PSE de 821 sup­pres­sions de postes, l’usine a été vendue à un fonds de pen­sion qui la dépèce, n’investit plus, et concentre la pro­duc­tion aux États-Unis. La lutte est menée dans l’unité syn­di­cale par un comité de lutte, et a permis d’obtenir jusqu’ici un enga­ge­ment pour des indem­ni­tés de 40 à 50 000 euros.

Chez Chaffoteaux et Maury, entre­prise très inno­vante qui fabri­quait un pro­duit de pointe, une lutte achar­née de quatre mois, très média­ti­sée (calen­driers) a été cassée par la demande de primes de départ par FO, alors que la CGT se bat­tait pour sauver l’emploi. Là encore, après un rachat d’entreprise fami­liale, les machines sont par­ties en Italie et dans les pays de l’Est, ainsi qu’en Chine, où a été trans­féré le savoir-faire.

Chez PSA Aulnay, face à un vaste plan de départs volon­taires, plan social déguisé, les résis­tances sont affai­blies par le manque d’unité syn­di­cale et les indem­ni­tés de départ offertes.

4. La ques­tion de la reprise

D’un conflit à l’autre, une ques­tion court, sous-jacente, rare­ment posée en tant que telle, mais omni­pré­sente dans l’inconscient col­lec­tif : et si les sala­riés repre­naient l’outil de pro­duc­tion ? Cela d’autant plus quand ils ont eu l’expérience d’une auto­ges­tion de fait de l’entreprise sans patron, comme à la SBFM de Caudan, dans le Morbihan, de février à juin 2009.

Pourquoi un tel projet s’avère-t-il si dif­fi­cile à mettre en œuvre ?

Les rai­sons en sont nom­breuses, mais l’une des pre­mières est l’internationalisation des entre­prises. Les unités de pro­duc­tion appar­tiennent aujourd’hui soit à des groupes inter­na­tio­naux, soit à des sous-trai­tants de ces mul­ti­na­tio­nales.

Les pro­duits fabri­qués sont de plus en plus rare­ment des pro­duits com­plets, mais plus sou­vent des mor­ceaux de pro­duit fini : des pièces, des élé­ments de la pro­duc­tion finale, qui sup­pose de ras­sem­bler des élé­ments venus bien sou­vent de plu­sieurs pays à la fois. Ces entre­prises n’ont plus rien d’une entre­prise fami­liale comme l’était Lip en 1973.

De plus, la concur­rence s’est aigui­sée et plus aucune entre­prise n’est en posi­tion de domi­na­tion ou de quasi-mono­pole sur son marché. Toute reprise de pro­duc­tion par les sala­riés exige donc de leur part de recréer des débou­chés bien sou­vent locaux, alter­na­tifs et soli­daires, comme ce peut être le cas des col­lec­ti­vi­tés locales, de ser­vices publics, de réseaux mili­tants.

Les concur­rents étran­gers offrent enfin des salaires plus bas et de moindres contraintes sociales et envi­ron­ne­men­tales.

Début jan­vier 2010 éclate la nou­velle de la reprise de la pro­duc­tion par les sala­riés de l’usine Philips à Dreux, pro­mise à la fer­me­ture à la fin du mois. 147 sala­riés décident de reprendre et de gérer la pro­duc­tion, et stockent sous leur contrôle les télé­vi­seurs pro­duits. Ils démontrent ainsi que la pro­duc­tion est pos­sible et ren­table, si le pre­mier objec­tif n’est pas de satis­faire les appé­tits – déme­su­rés – des action­naires, et si les sala­riés prennent en charge la marche de l’entreprise sous leur contrôle. Hélas, dix jours après, lorsque la direc­tion envoie des lettres mena­çant de licen­cie­ment pour faute lourde les sala­riés char­gés de livrer le maté­riel à la vente, une AG du per­son­nel décide sous la pres­sion de FO de lever le sto­ckage des télé­vi­seurs, se pri­vant ainsi d’un moyen de pres­sion essen­tiel, alors même que l’entreprise est pro­mise à la fer­me­ture et sera mise en lock-out le 15 février.

Or, il s’agissait là de la pro­duc­tion d’un bien de consom­ma­tion fini et entiè­re­ment pro­duit sur place, qui aurait donc pu être vendu direc­te­ment par les sala­riés auprès des consom­ma­teurs, un peu à l’image de ce qui fut fait à Lip. Imaginons ce qu’aurait été l’expérience avec le sou­tien de la région et des élus locaux (qui vont être confron­tés à un bassin d’emploi sinis­tré), des forces poli­tiques et syn­di­cales de gauche, des mili­tants… Une occa­sion de démon­trer la via­bi­lité de la reprise a été man­quée, dans un contexte de luttes achar­nées des sala­riés d’autres entre­prises qui auraient pu s’inspirer de cet exemple…

Selon une étude réa­li­sée en 2006 par les ins­pec­tions des minis­tères des Finances et des Affaires sociales, les aides aux entre­prises ver­sées par le gou­ver­ne­ment ont repré­senté en 2005 pas moins de 65 mil­liards, soit 4 % du PIB, un peu plus que le budget de l’Éducation natio­nale, et le même ordre de gran­deur que le total des dépenses hos­pi­ta­lières. C’est consi­dé­rable. Or, des entre­prises ayant béné­fi­cié d’aides publiques ne se gênent pas pour licen­cier. Les exemples abondent… Cela devrait poser la ques­tion de la réap­pro­pria­tion col­lec­tive des entre­prises mas­si­ve­ment finan­cées par l’argent des contri­buables…

Si l’on ne pose pas la ques­tion de la pro­priété des entre­prises, on ne peut appor­ter une réponse à la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, aux restruc­tu­ra­tions-délo­ca­li­sa­tions et aux fer­me­tures. Des entre­prises qui ont accu­mulé les aides publiques – par mil­liards par exemple pour Total – ne sont-elles pas de fait des pro­prié­tés col­lec­tives, dont la ges­tion devrait être confiée aux sala­riés ?

La ques­tion de la réap­pro­pria­tion de la pro­duc­tion est d’actualité, face aux ravages de la mon­dia­li­sa­tion et de la finan­cia­ri­sa­tion de l’économie. Certes, la place prise par les coopé­ra­tives dans le pay­sage pro­duc­tif fran­çais reste très faible. On ne comp­te­rait en France que 1 950 SCOP, employant 41 000 sala­riés, ce qui est déri­soire et repré­sente dix fois moins qu’en Italie ou en Espagne, et bien peu sont des reprises. Néanmoins, les SCOP de l’industrie auraient connu une hausse de leurs effec­tifs de 11 % entre 1997 et 2007, tandis que le sec­teur de l’industrie dans son ensemble per­dait 10% de ses effectifs[4].

P.A.R.I.S Anticorps, société de bio­tech­no­lo­gie reprise par sept asso­ciés après un dépôt de bilan il y a dix ans, est deve­nue ren­table depuis quatre ans, avec un chiffre d’affaires en hausse de 20 à 30 % par an. Les Aciéries de Ploërmel, mises en redres­se­ment judi­ciaire fin 2004, trans­for­mées en SCOP par leurs sala­riés, sont en crois­sance et sur le point d’ouvrir une nou­velle usine, dans un sec­teur, la sidé­rur­gie, pour­tant sinis­tré. On peut citer encore l’entreprise de bâti­ment Bouyer-Leroux, reprise en 1960 et employant 300 sala­riés sur trois sites, qui est leader du Grand Ouest dans les pro­duits en terre cuite. Mais la plu­part des SCOP ne comptent qu’une dizaine ou ving­taine de sala­riés.

Un cas très connu est celui de la coopé­ra­tive de Mondragon au Pays basque, créée au départ en 1956 par un jeune vicaire, et deve­nue la Mondragon Corporation Cooperativa (MCC), qui regroupe 256 entre­prises (dont 38 sites de pro­duc­tion à l’étranger), atteint des effec­tifs de près de 100 000 tra­vailleurs, étend son acti­vité sur l’industrie, la recherche, la dis­tri­bu­tion et la finance, et repré­sente le sep­tième groupe indus­triel en Espagne. Elle pos­sède sa propre sécu­rité sociale, sa propre banque, la Caja Laboral, c’est donc une petite mul­ti­na­tio­nale. Mais au fil du temps et de l’expansion inter­na­tio­nale, cette cor­po­ra­tion a perdu beau­coup des carac­té­ris­tiques d’une coopé­ra­tive : la moitié de ses tra­vailleurs ne sont pas des « socios », c’est-à-dire des coopé­ra­teurs, mais ont des contrats pré­caires. De plus, lorsque le groupe rachète des entre­prises exté­rieures, comme dans le cas de Brandt racheté par Fagor, il licen­cie les sala­riés au nom de la concurrence[5]. L’éventail sala­rial, ini­tia­le­ment de 1 à 3, est passé de 1 à 6. Certes des avan­tages sub­sistent, comme le fait que les sala­riés licen­ciés sont réem­bau­chés dans d’autres entre­prises ; une partie des béné­fices est éga­le­ment versée à un fonds inter-entre­prises du groupe, qui inves­tit dans le déve­lop­pe­ment et aide les entre­prises en dif­fi­culté. Cela pointe ce que pour­rait être un sec­teur d’entreprises auto­gé­rées, comme l’écrit Joël Martine d’ATTAC Marseille[6], qui plus est si un mou­ve­ment plus large de trans­for­ma­tion sociale était engagé.

Des expé­riences étran­gères vont beau­coup plus loin. Ce n’est pas un hasard si le mou­ve­ment des reprises d’entreprises sous forme de coopé­ra­tives prend vrai­ment une réelle ampleur dans les pays enga­gés dans une pro­fonde trans­for­ma­tion sociale comme dans cer­tains pays d’Amérique Latine. Même si le mou­ve­ment existe aussi en Équateur et en Bolivie, ainsi qu’au Brésil, c’est au Venezuela que ce phé­no­mène des coopé­ra­tives a pris récem­ment le plus d’ampleur, attei­gnant 300 000 créa­tions de coopé­ra­tives qui comptent 1 à 1,5 mil­lion de tra­vailleurs, notam­ment dans l’agriculture, la pêche, l’artisanat. Au Brésil, le projet coopé­ra­tif est porté essen­tiel­le­ment par le mou­ve­ment des sans-terre depuis 25 ans, et 1,5 mil­lion de per­sonnes au moins y sont enga­gées. En Argentine, de nom­breuses entre­prises ont été reprises par leurs sala­riés lors de la crise finan­cière de 2004. Elles ont tenu et fait leurs preuves. Une entre­prise emblé­ma­tique comme Zanon, entre­prise de car­re­lage, a établi son cir­cuit (court) de dis­tri­bu­tion en s’appuyant sur les com­mandes publiques des écoles, des hôpi­taux et ser­vices publics, et des citoyens. Des exemples nom­breux sont four­nis par les coopé­ra­tives d’Émilie Romagne (qui compte envi­ron 8 100 coopé­ra­tives de petite taille avec au total 60 000 emplois), du Lazio (Rome) et du Trentin au nord-est de l’Italie ; cette région forte d’une tra­di­tion de mou­ve­ment coopé­ra­tif, et comp­tant beau­coup de petites entre­prises coopé­ra­tives dans l’agriculture, l’industrie, l’artisanat et les ser­vices, montre une résis­tance excep­tion­nelle à la crise et connaît un chô­mage très bas (4 %). Cela devrait sus­ci­ter la réflexion. Un récent ouvrage sur l’autogestion[7]passe en revue les expé­riences de contrôle ouvrier de par le monde et à tra­vers l’histoire, avec l’ambition de rompre le vide sidé­ral de la pensée de la gauche sur cette ques­tion.

Rappelons que Marx écri­vait en sep­tembre 1864, dans son Adresse inau­gu­rale de l’Association Internationale des Travailleurs : « Il y avait en réserve une vic­toire bien plus grande de l’économie poli­tique du tra­vail sur l’économie poli­tique de la pro­priété. Nous vou­lons parler du mou­ve­ment coopé­ra­tif, et, spé­cia­le­ment, des manu­fac­tures coopé­ra­tives éri­gées par les forces spon­ta­nées de quelques mains har­dies. La valeur de ces grandes expé­riences ne sau­rait être sur­faite. Ce n’est pas par des argu­ments, mais par des actions, que les tra­vailleurs ont prouvé que la pro­duc­tion[…] peut être exer­cée sans l’existence de la classe des maîtres employant celle des manœuvres ; que les moyens du tra­vail, pour porter fruit, n’ont pas besoin d’être mono­po­li­sés ni d’être détour­nés en moyens de domi­na­tion et d’exploitation contre le tra­vailleur ; et que le tra­vail sala­rié, tout aussi bien que le tra­vail des esclaves, que le tra­vail des serfs, n’est qu’une forme tran­si­toire et infé­rieure qui est des­ti­née à dis­pa­raître devant le tra­vail asso­cié ».

La ques­tion des coopé­ra­tives et de la réap­pro­pria­tion des entre­prises par leurs sala­riés est émi­nem­ment poli­tique : il s’agit, au-delà d’une forme de pro­priété col­lec­tive de la pro­duc­tion, d’un projet de trans­for­ma­tion sociale et d’émancipation des tra­vailleurs de l’exploitation capi­ta­liste, comme le sou­ligne Thomas Coutrot dans son der­nier livre, Jalons vers un monde pos­sible[8]. Mais pré­ci­sé­ment, le mou­ve­ment de créa­tion de coopé­ra­tives est étroi­te­ment lié aux pers­pec­tives de trans­for­ma­tion sociale por­tées par les forces sociales, et en France, si la CFDT a un temps défendu l’autogestion, elle a opéré depuis un sérieux recen­trage et la CGT ne com­prend pas ou ne reprend pas dans son projet la tra­di­tion his­to­rique du projet éman­ci­pa­teur des coopé­ra­tives.

Le faible succès des SCOP en France est ainsi lié à l’absence de sou­tien des grandes cen­trales syn­di­cales et des partis poli­tiques ayant pour projet la trans­for­ma­tion sociale, sans sous-esti­mer le fait que les SCOP à elles seules ne consti­tuent pas un projet de ren­ver­se­ment du capi­ta­lisme, et ne deviennent un outil de réap­pro­pria­tion sociale que dans un contexte offen­sif global. Un autre fac­teur de non défense de ce projet socié­tal de la part de la plu­part des partis de gauche et d’extrême gauche réside dans une vision de la trans­for­ma­tion sociale venant d’en haut, de l’État ou des pou­voirs consti­tués. On peut dans ces condi­tions dif­fi­ci­le­ment repro­cher aux sala­riés confron­tés aux plans sociaux leur manque de confiance dans ce type de solu­tion. C’est là un vaste champ qui devrait faire l’objet de for­ma­tions de la part des syn­di­cats, des partis, et de réflexions de la part des régions.

Comme l’écrit Thomas Coutrot, la solu­tion de reprise des entre­prises par leurs sala­riés, ou d’autogestion, ne doit pas être isolée d’une trans­for­ma­tion sociale plus large, sous peine de s’essouffler dans la concur­rence géné­ra­li­sée : « L’autogestion ne peut bien entendu se limi­ter à l’entreprise. Faute de quoi on débouche sur une concur­rence effré­née entre col­lec­tifs de tra­vail, et un cor­po­ra­tisme d’entreprise qui favo­rise une invo­lu­tion de type capi­ta­liste. »[9]

Cette socia­li­sa­tion démo­cra­tique des déci­sions éco­no­miques, selon Thomas Coutrot, s’impose non seule­ment pour pré­ser­ver l’environnement et les res­sources et pour maî­tri­ser la finance, mais pour construire le « tra­vail décent » comme bien commun : « un tra­vail certes cor­rec­te­ment rému­néré, avec des droits sociaux, mais aussi des droits poli­tiques, ceux d’intervenir dans la défi­ni­tion des condi­tions et des fina­li­tés mêmes du tra­vail »[10].

5. Perspectives

Plusieurs pistes peuvent être avan­cées afin de sauver l’industrie fran­çaise et de déve­lop­per le pou­voir des sala­riés sur la pro­duc­tion.

Renforcer le pou­voir des sala­riés

À défaut d’une réap­pro­pria­tion des entre­prises par leurs sala­riés, seule véri­table solu­tion, une mesure urgente consiste à ren­for­cer consi­dé­ra­ble­ment les pou­voirs dont dis­posent les sala­riés au sein de l’entreprise, par le ren­for­ce­ment du pou­voir des repré­sen­tants du per­son­nel, au sein des comi­tés d’entreprise et des comi­tés cen­traux d’entreprise. Compte tenu de l’internationalisation des groupes, les comi­tés euro­péens ou inter­na­tio­naux de groupe devraient voir leurs pou­voirs ren­for­cés, pour aller au-delà d’un simple rôle consul­ta­tif. Les sala­riés et leurs orga­ni­sa­tions devraient avoir un droit de regard sur les salaires, les condi­tions d’embauche et de tra­vail, et sur l’organisation du tra­vail. Ils devraient éga­le­ment avoir leur mot à dire sur l’affectation des gains de l’entreprise entre action­naires, inves­tis­se­ment et salaires, et bien sûr, sur les déci­sions d’implantation à l’étranger et sur les délo­ca­li­sa­tions.

Ces pou­voirs devraient inclure un droit sus­pen­sif des licen­cie­ments, jusqu’à ce que tous les emplois soient sau­ve­gar­dés ou recon­ver­tis avec main­tien du salaire des sala­riés, de leur ancien­neté et de leur contrat. On a vu que les pro­po­si­tions de sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle vont dans ce sens.

Les pou­voirs des sala­riés devraient éga­le­ment concer­ner les sous-trai­tants de l’entreprise, à l’heure où l’externalisation de la pro­duc­tion atteint des pro­por­tions consi­dé­rables dans la fabri­ca­tion d’un pro­duit. C’est pour­quoi les expé­riences de comi­tés d’hygiène et de sécu­rité de bassin, élar­gis aux sala­riés des entre­prises sous-trai­tantes, sont très inté­res­santes. Elles posent aussi la ques­tion de la relance du syn­di­ca­lisme inter­pro­fes­sion­nel ter­ri­to­rial.

Cela sup­pose évi­dem­ment des syn­di­cats de lutte de classe et non des syn­di­cats coges­tion­naires, ou pire, alliés objec­tifs du patro­nat comme c’est mal­heu­reu­se­ment le cas de cer­tains et comme on en a vu de nom­breux exemples dans l’enquête que nous avons menée. Cela pose la ques­tion d’un contrôle effec­tif et démo­cra­tique des sala­riés sur la pro­duc­tion.

On a vu dans les dif­fé­rentes luttes sur les­quelles nous avons enquêté l’importance que jouait le sou­tien de la popu­la­tion et des élus locaux. Une entre­prise qui emploie des cen­taines, voire des mil­liers d’emplois a for­cé­ment une impor­tance consi­dé­rable pour sa région d’implantation, de par son propre poids mais aussi par les emplois induits en cas­cade dans le bassin qui est le sien.

Plusieurs confé­dé­ra­tions syn­di­cales insistent sur le ren­for­ce­ment des outils de régu­la­tion éco­no­mique, de sou­tien à l’activité et à la for­ma­tion, au niveau des bas­sins d’emploi. C’est l’un des enjeux du syn­di­ca­lisme actuel­le­ment, face au mor­cel­le­ment des col­lec­tifs de tra­vail lié à la pré­ca­ri­sa­tion et à l’éclatement en diverses unités sous-trai­tantes, de se ren­for­cer au niveau de bas­sins d’emploi, et de pou­voir s’appuyer sur des ins­tances de concer­ta­tion à ce niveau, comme le sou­lignent les auteurs de l’ouvrage col­lec­tif coor­donné par Sophie Béroud et Paul Bouffartigue[11]. Le bassin d’emploi est aussi le niveau per­ti­nent pour mettre en œuvre une sécu­ri­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels cofi­nan­cée par les entre­prises, avec le concours éven­tuel des régions.

L’intervention des régions

Certains des sala­riés en lutte que nous avons ren­con­trés plaident pour un inves­tis­se­ment plus fort des régions dans le sou­tien aux entre­prises mena­cées de fer­me­ture, soit par de l’injection d’argent public, soit en aidant à cher­cher un repre­neur, soit en faci­li­tant la créa­tion de SCOP pour reprendre tout ou partie de la pro­duc­tion. Dans les cas étu­diés, le sou­tien des régions, pour­tant presque toutes à gauche, est resté excep­tion­nel.

L’interdiction ou la limi­ta­tion des licen­cie­ments

La ques­tion de l’interdiction des licen­cie­ments est com­plexe et ne fait pas consen­sus dans la classe poli­tique ni même au niveau des cen­trales syn­di­cales. Si le NPA la met en avant, cette inter­dic­tion n’est reven­di­quée que pour les entre­prises qui font des pro­fits par l’Union syn­di­cale Solidaires. La CGT, qui porte la reven­di­ca­tion d’une « sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle » com­po­sante d’un « nou­veau statut du tra­vail sala­rié », réclame la mise en place d’un « droit sus­pen­sif des licen­cie­ments » et de « conseils ter­ri­to­riaux pour la sécu­rité de l’emploi ». Or, il est dif­fi­cile d’éviter la ques­tion d’un contrôle très strict sur les licen­cie­ments et de leur péna­li­sa­tion finan­cière lorsqu’ils sont pra­ti­qués par des entre­prises dont les groupes sont béné­fi­ciaires.

La sécu­ri­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels

Deux reven­di­ca­tions majeures sont mises en avant par les dif­fé­rents syn­di­cats en France pour faire face aux muta­tions indus­trielles avec leur cor­tège de licen­cie­ments : la sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle, défen­due par la CGT, Solidaires et la CFTC – avec son projet de statut du tra­vailleur –, d’une part, et d’autre part, la sécu­ri­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels, seule défen­due par la CFDT, pour qui il s’agit de sécu­ri­ser les par­cours plutôt que le contrat de tra­vail.

La reven­di­ca­tion d’un statut nou­veau du sala­rié ou d’une véri­table sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle porte sur le main­tien du salaire, du contrat et des droits qui lui sont atta­chés – droit à la for­ma­tion, à la retraite, à la car­rière… – en cas de licen­cie­ment. Pour la CGT, il s’agit de créer un « nou­veau statut du tra­vail sala­rié », assu­rant en cas de licen­cie­ment le main­tien du contrat et du salaire avec tous les droits sociaux qui lui sont atta­chés (à la retraite, à la for­ma­tion, à la car­rière…), jusqu’au retour à l’emploi. Solidaires défend le même projet. Pour ces deux syn­di­cats, le sala­rié devrait conser­ver un revenu égal au SMIC. Pour la CFTC, 80 % du SMIC sont reven­di­qués.

La recon­ver­sion des acti­vi­tés

Face à la crise qui frappe l’industrie en France, des experts, des poli­tiques pré­co­nisent une recon­ver­sion des acti­vi­tés vers les ser­vices, et le déve­lop­pe­ment du contenu tech­no­lo­gique des pro­duits. C’est l’exemple suivi par la Grande Bretagne par exemple. Mais cela pose une ques­tion : un pays peut-il lais­ser partir toute son indus­trie et repo­ser uni­que­ment sur les ser­vices, même si ces der­niers occupent une place crois­sante dans les éco­no­mies des pays les plus déve­lop­pés ? Nous ne le croyons pas. D’autant qu’une bonne partie des ser­vices – les ser­vices aux entre­prises pré­ci­sé­ment – dépendent de la pré­sence d’un sec­teur secon­daire.

La nature des pro­duc­tions d’une éco­no­mie évolue sans cesse sous l’impulsion du pro­grès tech­nique et main­te­nant de plus en plus sous la pres­sion de la raré­fac­tion des res­sources d’énergies fos­siles ; il en résulte que tout sec­teur indus­triel doit faire l’objet d’études pré­vi­sion­nelles et de poli­tiques déli­bé­rées pour assu­rer son adap­ta­tion, sa montée en qua­li­fi­ca­tion et sa recon­ver­sion éco­lo­gique. Si de telles études peuvent être menées soit par les syn­di­cats, soit sous la direc­tion conjointe du gou­ver­ne­ment et des syn­di­cats, ces der­niers devraient tou­te­fois avoir un rôle déter­mi­nant si l’on veut éviter la fuite en avant qui carac­té­rise les stra­té­gies des capi­ta­listes jusqu’ici.

Cela revient à poser la ques­tion : Que pro­duit-on ? Comment ? Pour qui ? Privilégie-t-on les besoins sociaux et les contraintes d’un déve­lop­pe­ment durable ? Ces ques­tions sont du res­sort des citoyens et des sala­riés.

La relo­ca­li­sa­tion pro­duc­tive

Dans une pers­pec­tive de lutte contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, de réduc­tion néces­saire des émis­sions de gaz à effet de serre, et de moindre consom­ma­tion des éner­gies fos­siles, il est incon­tour­nable de s’attaquer aux pro­ces­sus de divi­sion inter­na­tio­nale du tra­vail, pour rap­pro­cher les lieux de pro­duc­tion des lieux de consom­ma­tion. Toutes les expé­riences qui vont dans ce sens doivent être encou­ra­gées, à la fois pour des rai­sons de pré­ser­va­tion de la pla­nète contre les émis­sions de GES, mais aussi pour redon­ner du pou­voir aux sala­riés en les rap­pro­chant des consom­ma­teurs et des citoyens sur des bases de proxi­mité.

Cela sup­pose bien évi­dem­ment de s’opposer aux stra­té­gies de loca­li­sa­tion des entre­prises mul­ti­na­tio­nales qui orchestrent ce ballet de trans­ports croi­sés de pro­duits à l’échelle de toute la pla­nète. Pour cela, il faut réin­té­grer dans le coût des pro­duits le coût envi­ron­ne­men­tal lié à la pro­duc­tion de gaz à effets de serre. Thomas Coutrot, opposé à des taxes à l’importation de type pro­tec­tion­niste, pré­co­nise l’instauration d’une taxe kilo­mé­trique sur les pro­duits en fonc­tion de la dis­tance par­cou­rue.

Une autre poli­tique euro­péenne

C‘est peu dire que la mise en œuvre de l’Europe dans sa concep­tion libé­rale actuelle ne favo­rise pas une poli­tique indus­trielle natio­nale, ou le moindre contrôle des impor­ta­tions, choses quasi-inter­dites par les par­ties de la Constitution consa­crées à la poli­tique éco­no­mique et fis­cale.

Une poli­tique euro­péenne radi­ca­le­ment dif­fé­rente est tota­le­ment incon­tour­nable : il est indis­pen­sable que l’Europe ait une véri­table poli­tique indus­trielle et éco­no­mique, per­met­tant un rat­tra­page par le haut des salaires les plus bas pra­ti­qués dans les pays les moins déve­lop­pés, et une lutte contre le dum­ping social. Il est cer­tain que si l’Europe impo­sait par­tout un salaire mini­mum décent, l’attrait des pays euro­péens à bas salaire serait bien moindre.

S’attaquer au pou­voir des action­naires

Le capi­ta­lisme s’est pro­fon­dé­ment trans­formé ces trente der­nières années. Il repose aujourd’hui lar­ge­ment sur la finance, qui repré­sente sa prin­ci­pale source de profit, même si la valeur ini­tiale est tou­jours extraite de la pro­duc­tion. Les divi­dendes occupent ainsi dans le PIB une part crois­sante, passée de 3,2 % en 1982 à 8,7 % en 2007 en France. Ne par­lons pas de leur explo­sion sur le plan mon­dial… Comme on l’a vu pré­cé­dem­ment, les branches indus­trielles, les unes après les autres, ont été livrées au capi­ta­lisme finan­cia­risé, sou­vent après de rudes batailles défen­sives des sala­riés. Aujourd’hui, on ferme une entre­prise qui fait des béné­fices, ou on lui applique des plans sociaux dra­co­niens alors même qu’elle est ren­table, car sa ren­ta­bi­lité n’est pas jugée assez élevée. Et chacun sait que rien ne vaut un bon plan social pour faire bondir le cours de l’action en bourse.

Pour limi­ter le pou­voir des action­naires, Thomas Coutrot pré­co­nise plu­sieurs mesures :

  • inter­dic­tion des licen­cie­ments dans les entre­prises qui font des pro­fits ;
  • élé­va­tion du coût des licen­cie­ments pour les patrons, par la mise en place d’une sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle à leur charge ;
  • mise en place d’un pôle finan­cier public hégé­mo­nique, capable de prêter aux entre­prises pour leurs besoins de déve­lop­pe­ment, mais sans spé­cu­ler sur les fonds qui s’en dégagent.

Nous y ajou­te­rons le déve­lop­pe­ment d’une finance alter­na­tive, soli­daire et coopé­ra­tive, sous le contrôle des sala­riés et des citoyens, œuvrant pour le déve­lop­pe­ment local.

6. Les expé­riences et ten­ta­tives de contrôle ouvrier

Tout au long des luttes de ces der­nières années, des sala­riés ont bâti des pro­po­si­tions et des pro­jets alter­na­tifs de recon­ver­sion ou ont envi­sagé, par­fois tenté, la reprise de contrôle sur la pro­duc­tion.

Pour ne citer que ces exemples, les sala­riés de Molex ont envi­sagé un temps, avec la CGT, la reprise de leur pro­duc­tion, très inno­vante, sous contrôle ouvrier, avant de se faire dépos­sé­der de leur unité de pro­duc­tion par des inves­tis­seurs amé­ri­cains, qui ont cloné le savoir-faire des ouvriers pour le trans­plan­ter aux États-Unis. En Bretagne, les sala­riés de Chaffoteaux et Maury, usine qui a fermé, auraient pu vendre direc­te­ment des chauffe-eau solaires très inno­vants là encore. Ceux de Goodyear à Amiens ont un temps songé à reprendre le contrôle de la pro­duc­tion et à vendre direc­te­ment les pneus aux consom­ma­teurs. Ce qui les en a empê­chés fut la dif­fi­culté de contour­ner la pro­priété de la marque asso­ciée à un label de sécu­rité. Or, les sala­riés de Continental à Mexico, il est vrai après trois ans de grève, ont repris leur entre­prise malgré ce han­di­cap, et créé une coopé­ra­tive, qui a pu réem­bau­cher 200 ouvriers sup­plé­men­taires. Ils ont obtenu du gou­ver­ne­ment la for­ma­tion de 40 d’entre eux pour faire tour­ner l’usine.

Évidemment, la ten­ta­tive de reprise de la pro­duc­tion sous contrôle ouvrier qui a été la plus loin en France récem­ment est celle de Philips à Dreux, où en jan­vier 2010 une CGT dis­si­dente a amené des ouvriers à blo­quer l’expédition des télé­vi­seurs, à en aug­men­ter la pro­duc­tion, ceci pen­dant une dizaine de jours, malgré l’opposition de FO. L’expérience prit fin avec l’envoi de menaces de licen­cie­ment pour faute lourde par la direc­tion. Or, l’entreprise a fermé deux mois après, au terme d’un plan plu­ri­an­nuel de réduc­tion de la pro­duc­tion et des effec­tifs, passés de plu­sieurs mil­liers à quelques cen­taines.

À la raf­fi­ne­rie Total de Dunkerque, avec SUD, les sala­riés, mena­cés de fer­me­ture, ont mis au point un projet de recon­ver­sion éco­lo­gique dans la trans­for­ma­tion de l’amiante en boules inertes, pou­vant servir de maté­riaux de construc­tion non dan­ge­reux. Ils ont lancé en jan­vier un appel au gou­ver­ne­ment, co-signé par des éco­lo­gistes, et resté sans réponse, pour un main­tien de l’usine pen­dant cinq ans et la mise à l’étude, pen­dant ce temps, de pro­jets de recon­ver­sion éco­lo­gique. Hélas, après une pre­mière vic­toire juri­dique, ils ont vu un tri­bu­nal vali­der la fer­me­ture de la raf­fi­ne­rie…

SUD dans l’usine BASF d’Elbeuf, lorsque cette entité de pro­duc­tion était mena­cée de fer­me­ture il y a quelques années, avait mis au point, avec Médecins sans Frontières, un projet de recon­ver­sion dans des médi­ca­ments de haute néces­sité pour le Tiers-Monde. Ce projet, mis de côté pro­vi­soi­re­ment avec la levée de la menace, pour­rait être réac­tua­lisé.

Chez Bosch à Vénissieux, dans l’usine mena­cée de fer­me­ture il y a un an, le comité d’entreprise a mis en place une com­mis­sion de recherche de solu­tion indus­trielle en confiant une étude au cabi­net d’experts Syndex, et obtenu de la direc­tion alle­mande du groupe de dis­cu­ter d’une pro­duc­tion alter­na­tive. Au terme de ce pro­ces­sus – qui implique là la bonne volonté des diri­geants – l’usine de 500 sala­riés va se recon­ver­tir dans la pro­duc­tion de pan­neaux solaires, deve­nant le second lieu de pro­duc­tion de ce type pour le groupe allemand[12].

Il est néces­saire et urgent que les cen­trales syn­di­cales reprennent à leur compte ces pro­jets de recon­ver­sion et de reprise par les sala­riés, et leur donnent de la consis­tance, en bâtis­sant une véri­table stra­té­gie alter­na­tive com­mune. Les prin­ci­paux partis de gauche de la gauche n’ont pas encore suf­fi­sam­ment relayé ces ini­tia­tives dans un projet poli­tique alter­na­tif. Quant aux États géné­raux de l’industrie orga­ni­sés par le gou­ver­ne­ment sar­ko­zyste en 2009, ils ont été mar­qués par l’indigence des posi­tions éta­tiques, mais aussi par l’insuffisance des pro­po­si­tions des orga­ni­sa­tions syn­di­cales repré­sen­tées, hors l’accent mis sur la sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle.

ATTAC avait prévu d’organiser à l’automne 2010 et pour la pre­mière fois un col­loque natio­nal entre syn­di­cats (CGT, CFDT, FSU, Solidaires) et asso­cia­tions éco­lo­gistes sur les deux sujets de la recon­ver­sion-tran­si­tion et de la relo­ca­li­sa­tion-glo­ba­li­sa­tion. Hélas, ce projet a été reporté suite à la demande de cer­taines orga­ni­sa­tions syn­di­cales… ce qui montre la dif­fi­culté de faire tra­vailler ensemble les dif­fé­rents seg­ments du mou­ve­ment social sur ces ques­tions sen­sibles en l’état actuel de la réflexion. Or, le temps presse…

En Allemagne (où existe une véri­table poli­tique indus­trielle), le parti Die Linke et la Fondation Rosa Luxemburg, avec le concours d’IG Metall et d’ATTAC, ont tenu les 29-30 octobre 2010 à Stuttgart une confé­rence euro­péenne sur la crise et la recon­ver­sion de l’industrie auto­mo­bile. Le constat a été fait que même si la pro­duc­tion de voi­tures explo­sait dans les BRIC, le modèle de pro­duc­tion auto­mo­bile actuel était condamné, ne serait-ce qu’en raison du pic pétro­lier mais aussi pour des rai­sons éco­lo­giques. Les prin­cipes direc­teurs de poli­tiques alter­na­tives ont été évo­qués : il s’agit de com­bi­ner la dura­bi­lité de l’emploi, par une sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle per­met­tant la for­ma­tion à la recon­ver­sion, et la mise en œuvre de scé­na­rios de déve­lop­pe­ment durable. Pour en arri­ver là, il sera indis­pen­sable de mettre en place des alliances entre les tra­vailleurs et leurs syn­di­cats, les orga­ni­sa­tions éco­lo­giques et les partis poli­tiques, et des experts scien­ti­fiques, pour tra­vailler ensemble à la recon­ver­sion (IG Metall y a déjà beau­coup réflé­chi).

Cette confé­rence a ouvert plu­sieurs pistes alter­na­tives. Parmi celles-ci :

  • la relo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion ;
  • la mise en œuvre d’unités de pro­duc­tion éner­gé­tique décen­tra­li­sées repo­sant sur des éner­gies alter­na­tives ;
  • la réduc­tion du temps de tra­vail, une poli­tique de créa­tion d’emplois, de recherche et d’innovation au niveau natio­nal, et la créa­tion d’un Fonds indus­triel ;
  • des poli­tiques de coopé­ra­tion trans­na­tio­nale pour lutter contre la concur­rence déloyale des pays sans contrainte envi­ron­ne­men­tale et à bas salaires ;
  • le droit de chacun à la mobi­lité, mais selon des sché­mas de mobi­lité alter­na­tifs (trans­ports gra­tuits, loca­tion de la dis­tance par­cou­rue par des auto­mo­biles en libre-usage…) ;
  • la par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs aux déci­sions d’investissement, de délo­ca­li­sa­tion et relo­ca­li­sa­tion ;
  • le finan­ce­ment public de leur recon­ver­sion et de leur for­ma­tion sans perte de salaire.

La conclu­sion de cette confé­rence por­tait sur la ques­tion des acteurs de la recon­ver­sion et du pou­voir des sala­riés. Si les sala­riés sont au pre­mier rang s’agissant de la prise en compte de leur deve­nir, la ques­tion de la recon­ver­sion concerne éga­le­ment les usa­gers, les citoyens dans leur ensemble. Tom Adler, de la mino­rité plus radi­cale d’IG Metall, pro­po­sait l’exemple des tra­vailleurs d’Aerospace en Grande-Bretagne, qui, il y a plu­sieurs années, avaient mis au point un projet de recon­ver­sion d’une usine d’armement (non adopté).

Il est urgent en France que les sala­riés et leurs syn­di­cats, les partis qui luttent pour la trans­for­ma­tion sociale, les asso­cia­tions éco­lo­gistes se mettent au tra­vail pour bâtir ensemble des sché­mas alter­na­tifs de recon­ver­sion, incluant un ren­for­ce­ment sans pré­cé­dent du pou­voir des tra­vailleurs.

Nous pro­po­sons pour notre compte trois pistes :

  • la créa­tion d’un Fonds natio­nal de recon­ver­sion éco­lo­gique de l’économie, assu­rant la recon­ver­sion des hommes et des territoires[13] , per­met­tant si néces­saire de réqui­si­tion­ner et placer sous contrôle ouvrier les unités de pro­duc­tion que des entre­prises ferment, délo­ca­lisent ou dégraissent ;
  • l’instauration d’une véri­table sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle, assu­rant aux sala­riés l’accès à une for­ma­tion qua­li­fiante, rému­né­rée et libre­ment choi­sie, jusqu’au retour à un emploi décent ;
  • l’instauration de sanc­tions finan­cières contre les entre­prises béné­fi­ciaires qui ferment, délo­ca­lisent ou licen­cient.

Il importe de déve­lop­per et de faire fruc­ti­fier ce qui a émergé pen­dant le der­nier mou­ve­ment des retraites en France, sou­vent de façon non expli­cite, un ima­gi­naire et un désir de reprise de pou­voir et de contrôle sur la pro­duc­tion.

Le mou­ve­ment a déve­loppé plus encore que les pré­cé­dents (2003, CPE en 2006…) des formes de lutte pas­sant par le blo­cage de la pro­duc­tion et de la ville, celui des flux d’échange et des cir­cuits de dis­tri­bu­tion, blo­cage seul à la hau­teur de la glo­ba­lité de l’entreprise de des­truc­tion totale de nos droits et acquis.

Ce qu’il faut maintenant[14], c’est enra­ci­ner au plus pro­fond de la conscience col­lec­tive les germes semés par ce mou­ve­ment, expli­ci­ter, porter au jour, ren­for­cer cette prise de conscience par les sala­riés de leur capa­cité de blo­cage de l’économie, et l’accompagner de la reven­di­ca­tion de pou­voir, pou­voir sur la pro­duc­tion, pou­voir sur sa vie.

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/25/46/12/Evelyne-Perrin–Haute-Tension–2010.pdf

Évelyne Perrin est membre d’AC !, de la Fase et d’ATTAC.
5 décembre 2010

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[1] Yves MAMOU, « Une dés­in­dus­tria­li­sa­tion dif­fi­cile à enrayer », Le Monde, 23 février 2010.
[2] Direction du Trésor, La dés­in­dus­tria­li­sa­tion en France, site Internet du Ministère des Finances, 2010.
[3] Plan de Sauvegarde de l’Emploi (Note de la rédac­tion)
[4] Selon un dos­sier du Monde du 2 février 2010.
[5] Cf. le film très éclai­rant Les Fagor et les Brandt, de Anne Argouse et Hugues Peyret (Antoine Martin Production, 2007, 53 minutes).
[6] Joël MARTINE, « Mondragon, des coopé­ra­tives ouvrières dans la mon­dia­li­sa­tion : adap­ta­tion ou contre-offen­sive ? » avril 2008.
[7] Lucien COLLONGES (coord.), Autogestion hier, aujourd’hui, demain, Paris, Syllepse, 2010, 695 p.
[8] Thomas COUTROT, Jalons vers un monde pos­sible, Le bord de l’eau, 2010. Voir notam­ment les cha­pitres 6 « Démocratiser l’économie : la socia­li­sa­tion du marché » et 8 « Pour une relo­ca­li­sa­tion coopé­ra­tive ».
[9] Thomas COUTROT, « Une stra­té­gie de tran­si­tion à l’économie soli­daire », 2009. Voir aussi l’excellent ouvrage du même auteur, Jalons vers un monde pos­sible, op. cit.
[10] Thomas COUTROT, Jalons vers un monde pos­sible, op. cit., p. 96.
[11] Sophie BÉROUD et Paul BOUFFARTIGUE, Quand le tra­vail se pré­ca­rise, quelles résis­tances col­lec­tives ?, Paris, La Dispute, 2009.
[12] Cf. article de Luc Peillon dans Libération du 9 décembre 2010.
[13] Selon El Mouhoud Mouhoub, l’argent de la recon­ver­sion doit aller non pas aux entre­prises, mais aux hommes, qu’il s’agit de former sans perte de salaire, et aux ter­ri­toires, qu’il s’agit de recon­ver­tir et de déve­lop­per de façon sou­te­nable pour la pla­nète.
[14] Ainsi un groupe de tra­vail ouvert et inter-orga s’est-il consti­tué sur « Reconversion – reprise de pou­voir – sécu­rité sociale pro­fes­sion­nelle » à l’initiative de la FASE et des Alternatifs, auquel vous pouvez appor­ter votre contri­bu­tion :
date :

13/04/2012 – 17:43

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