Réflexions sur le processus des Forums sociaux

Par Mis en ligne le 06 février 2012

Il ne s’agit pas d’une ana­lyse exhaus­tive mais de quelques réflexions sur le rap­port entre le pro­ces­sus du FSM et l’évolution de la situa­tion mon­diale. Pour cela nous par­ti­rons des évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus des forums sociaux dont nous avons eu connais­sance depuis le Forum social mon­dial de Dakar en février 2011 et de ceux qui sont prévus en 2012, avant le pro­chain Forum social mon­dial de 2013. Il s’agit des 42 évé­ne­ments qui ont été signa­lés par les orga­ni­sa­teurs et qui ont été repris sur le site du Forum social mon­dial.

Le pro­ces­sus des forums sociaux est à un tour­nant. Il conti­nue à se déployer et à s’approfondir ; il connaît des succès et des dif­fi­cul­tés. Il s’agit de prendre en compte les inter­ro­ga­tions et les contra­dic­tions qu’il sus­cite. L’analyse des évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus permet d’y contri­buer. Elle consti­tue en quelque sorte une vision interne du pro­ces­sus. Cette vision doit être com­plé­tée par une ana­lyse de l’impact du pro­ces­sus sur la situa­tion mon­diale. Cette ana­lyse fera l’objet des débats poli­tiques que le Conseil International a décidé d’organiser à partir de sa pro­chaine ses­sion. L’analyse à partir des évé­ne­ments asso­ciés garde tout son inté­rêt ; elle permet de s’appuyer sur des faits qui doivent être véri­fiés, dis­cu­tés avec les orga­ni­sa­teurs et les par­ti­ci­pants, inter­pré­tés par tous ceux qui le vou­dront. Le Conseil International de Dhaka a décidé de créer un groupe de tra­vail, ouvert aux membres du Conseil qui sou­hai­te­raient y par­ti­ci­per, pour suivre et ana­ly­ser l’ensemble des évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus des forums sociaux.

Pour appré­cier l’état du pro­ces­sus par rap­port à la situa­tion mon­diale, après avoir rap­pelé les évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus, pro­po­sons de dis­tin­guer : le rap­port aux mou­ve­ments ; l’état du pro­ces­sus par grandes régions ; la manière de trai­ter de la crise struc­tu­relle et de peser sur elle.

Les évè­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus

Il faut recon­naître un intense foi­son­ne­ment d’événements asso­ciés au pro­ces­sus. Ces évé­ne­ments sont à priori aussi nom­breux que ceux qui ont eu lieu entre le FSM de Belém et le FSM de Dakar. Mais ces évé­ne­ments sont beau­coup plus diver­si­fiés et spé­ci­fiques que ceux qui avaient fait l’objet de l’Année glo­bale d’action 2010. D’autant que par rap­port à 2010, la crise s’est appro­fon­die et que de nou­veaux mou­ve­ments ont renou­velé les formes de mobi­li­sa­tion. Pour les évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus, nous pou­vons dis­tin­guer les pro­po­si­tions des assem­blées de conver­gence du Forum social mon­dial de Dakar ; les forums sociaux régio­naux et natio­naux, thé­ma­tiques et locaux ; les acti­vi­tés asso­ciées au pro­ces­sus ; les acti­vi­tés qui n’en sont pas direc­te­ment issues mais qui ont des liens avec le pro­ces­sus.

Les actions pro­po­sées par les assem­blées de conver­gence

La pre­mière série d’événements asso­ciés au pro­ces­sus est com­po­sée des actions de mobi­li­sa­tion déci­dées par les assem­blées de conver­gence qui ont clô­turé le FSM de Dakar. Près d’une ving­taine d’actions sont iden­ti­fiées sur le site du FSM. Plusieurs ont déjà eu lieu, notam­ment la jour­née de soli­da­rité avec la Palestine, la semaine d’action pour l’éducation des filles et des femmes, la Campagne mon­diale du droit à l’Habitat, la jour­née inter­na­tio­nale des migrants, etc. Plusieurs de ces actions sont des mobi­li­sa­tions qui avaient été déci­dées par les réseaux inter­na­tio­naux qui ont convergé au Forum social mon­dial de Dakar et qui ont orga­nisé les assem­blées de conver­gence. Ces assem­blées de conver­gence ont permis de dis­cu­ter de ces pro­po­si­tions, de les amen­der, de les adop­ter et d’élargir les coa­li­tions pour l’action sur cha­cune des pro­po­si­tions.

Les Forums sociaux régio­naux et natio­naux, thé­ma­tiques et locaux

Plusieurs forums sociaux régio­naux et natio­naux ont eu lieu, notam­ment le Forum Mésopotamien, le Forum social magh­ré­bin, le Bas Saint-Laurent social forum en sep­tembre 2011, le Forum social Afrique Australe, le Sommet des peuples à Nioro au Mali, le Forum social en Asie du Sud. D’autres sont pro­gram­més, notam­ment le Forum social Irakien, le Forum social Maghreb – Machrek, le 6ème forum pan ama­zo­nien en Bolivie, etc.

Des Forums thé­ma­tiques sont pro­gram­més, notam­ment le Forum Economie sociale et soli­daire au Québec, le Forum thé­ma­tique de Porto Alegre, le Forum migra­tions à Oujda au Maroc, le Forum de l’éducation pour la trans­for­ma­tion, le Forum mon­dial des médias alter­na­tifs, le Forum mon­dial Science et Démocratie, le Forum pour la paix et la démi­li­ta­ri­sa­tion à Sarajevo, etc.

Il faut aussi noter les forums sociaux locaux dans cer­tains pays : au Brésil le Forum social de Sao Paolo a été lancé en octobre 2011 ; en France la ren­contre des forums sociaux locaux, qui sont envi­ron soixante, est prévue en juillet 2012.

Les évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus

Plusieurs évé­ne­ments asso­ciés au pro­ces­sus marquent la conver­gence entre dif­fé­rentes mobi­li­sa­tions et le pro­ces­sus des forums. Ils sont orga­ni­sés par rap­port au pro­ces­sus lui-même ou alors à l’occasion d’événements inter­na­tio­naux. C’est le cas par exemple le sémi­naire inter­na­tio­nal sur le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste à paris en mai 2011, l’Assemblée inter­na­tio­nale de Gênes en juillet 2011, la ren­contre des dix ans de Forums sociaux euro­péens à Florence en 2012.

Plusieurs évé­ne­ments se situent à l’occasion des négo­cia­tions inter­na­tio­nales sous la forme de som­mets alter­na­tifs ou de contre-som­mets. Nous ne rete­nons que ceux qui sont orga­ni­sés par des mou­ve­ments qui font expli­ci­te­ment réfé­rence au pro­ces­sus des forums sociaux et qui sont orga­ni­sés en tenant compte de la métho­do­lo­gie des forums sociaux. Citons les mani­fes­ta­tions et som­mets citoyens orga­ni­sés, en France, contre le G8 au Havre, en mai 2011, et contre le G20, à Nice, en novembre 2011 ; le Sommet alter­na­tif sur l’urgence cli­ma­tique de Durban en décembre 2011 et, en pré­pa­ra­tion, le Sommet alter­na­tif de l’eau à Marseille en mars 2012 et le Sommet alter­na­tif en pré­pa­ra­tion pour Rio+20 en juin 2012 et qui sera pré­paré par le forum thé­ma­tique de Porto Alegre en jan­vier 2012.

Il faut aussi signa­ler de nom­breux évé­ne­ments qui ne sont pas direc­te­ment liés au pro­ces­sus mais dans les­quels des mou­ve­ments orga­ni­sa­teurs font réfé­rence expli­ci­te­ment au pro­ces­sus et les ont signalé pour les ins­crire sur le site du FSM. Ils témoignent de la dif­fu­sion du pro­ces­sus des forums sociaux. Citons, par exemple, la Conférence inter­na­tio­nale contre la guerre en Irak, l’Assemblée de ICAE à Malmö en juin 2011, le Congrès de OCLAE en août 2011, le Free music inter­na­tio­nal fes­ti­val à Porto Alegre prévu en 2012. Il s’agit pour ces évé­ne­ments et d’autres très nom­breux de pré­ci­ser leur rap­port au pro­ces­sus des forums sociaux.

La situa­tion des mou­ve­ments

Les mou­ve­ments sociaux et citoyens se sont ren­for­cés depuis 2008. Ils sont tou­jours confron­tés à la ques­tion des débou­chés poli­tiques qui dépend des situa­tions dans les dif­fé­rents pays et dans les grandes régions. Dans ce qui suit, nous nous conten­te­rons d’examiner l’évolution des rap­ports des mou­ve­ments avec le pro­ces­sus des forums sociaux. De ce point de vue, on peut dis­tin­guer les mou­ve­ments qui sont tou­jours au cœur du pro­ces­sus, les mou­ve­ments de la pre­mière heure qui prennent des dis­tances avec le pro­ces­sus et les nou­veaux mou­ve­ments qui ne sont pas (encore !) for­te­ment liés au pro­ces­sus.

Le noyau du pro­ces­sus des forums sociaux est consti­tué d’un ensemble de mou­ve­ments qui s’est consti­tué au cours des dix der­nières années et qui conti­nue à porter le pro­ces­sus. Il s’agit des mou­ve­ments qui ont été des orga­ni­sa­teurs de forums sociaux mon­diaux (Porto Alegre, Mumbai, Bamako, Caracas, Karachi, Nairobi, Belém, Dakar) et qui jouent un rôle actif dans le Conseil International. Il s’agit aussi de ceux qui ont orga­nisé des Forums sociaux régio­naux liés sou­vent à des ses­sions impor­tantes du Conseil International (Abuja, Montréal, Parme, Rabat, Mexico, Copenhague, Paris, et tout récem­ment Dhaka).

Les dis­cus­sions sont nom­breuses entre ces mou­ve­ments sur l’orientation du pro­ces­sus, notam­ment sur la place des mou­ve­ments sociaux, le rôle des ONG, les rela­tions avec les partis, l’appréciation du rôle de cer­tains gou­ver­ne­ments, le rap­port avec les nou­veaux mou­ve­ments, etc.

Certains des mou­ve­ments qui ont joué un rôle impor­tant au début sont moins pré­sents et actifs. Certains étaient très ancrés dans les pre­mières régions du pro­ces­sus, en Amérique latine et en Europe du Sud ; ils sont moins à l’aise avec l’élargissement lin­guis­tique et cultu­rel. D’autres sont atten­tifs aux débats dans cer­tains réseaux mon­diaux par rap­port à la situa­tion mon­diale (par exemple, la Confédération Syndicale Mondiale et La Via Campesina) qui sont par­ta­gées, sous des formes dif­fé­rentes, sur leur posi­tion­ne­ment inter­na­tio­nal ; ce qui se tra­duit par l’implication dif­fé­rente de cer­tains syn­di­cats et cer­tains mou­ve­ments pay­sans. D’autres encore s’interrogent sur l’épuisement du cycle des forums sociaux mon­diaux par rap­port aux nou­veaux mou­ve­ments.

La ques­tion du rap­port avec les nou­veaux cycles de luttes et de mou­ve­ments est essen­tielle. Distinguons cinq mou­ve­ments qui néces­sitent une atten­tion par­ti­cu­lière :

  • Tout d’abord, les mou­ve­ments en Tunisie et en Egypte ; les prin­temps arabes l’ensemble du cycle des luttes dans la Région Maghreb et Machrek. Le Forum social mon­dial 2013 sera un moment très impor­tant de conver­gence.
  • Ensuite les mou­ve­ments des indi­gnés, par­ti­cu­liè­re­ment en Espagne, au Portugal et en Grèce. Il y a de nom­breuses conver­gences, notam­ment sur les mots d’ordre et sur la culture poli­tique. La recherche de conver­gence va de pair avec une réflexion sur l’évolution de ces mou­ve­ments et sur ce qu’ils apportent dans la mise en avant de l’impératif démo­cra­tique.
  • De même, les mou­ve­ments des Occupy, prin­ci­pa­le­ment Occupy Wall-street et les 53 villes amé­ri­caines, mais aussi Occupy Montréal, Occupy London, Occupy Tokyo nous inter­rogent sur les capa­ci­tés de mobi­li­sa­tion par rap­port au capi­ta­lisme finan­cier. De ce point de vue les leçons de l’United States Social Forum et la prio­rité à une approche par les grass-roots est une forme majeure de conver­gence.
  • Enfin, il faut noter le mou­ve­ment très impor­tant des jeu­nesses sco­la­ri­sées et des Universités en Grande-Bretagne, au Chili, en Croatie, au Sénégal, au Togo qui ne fait que com­men­cer, à la mesure des dégâts pour la jeu­nesse de l’accentuation des poli­tiques néo­li­bé­rales.

Tous ces nou­veaux mou­ve­ments pro­longent et renou­vellent le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. C’est un défi auquel il faudra pro­ba­ble­ment répondre par une muta­tion du mou­ve­ment qu’il faut être prêt à accep­ter.

Le Conseil International de Dhaka a mis l’accent sur la néces­sité d’inviter tous les mou­ve­ments qui ont construit le pro­ces­sus et les nou­veaux mou­ve­ments à par­ti­ci­per au débat poli­tique sur son évo­lu­tion.

L’état du pro­ces­sus dans les grandes régions

Le pro­ces­sus s’est élargi et s’est diver­si­fié sui­vant les grandes régions. Il n’a pas gagné pour autant en visi­bi­lité à l’échelle mon­diale. Il s’est en quelque sorte, pour les médias inter­na­tio­naux, bana­lisé ; il est devenu une réfé­rence habi­tuelle mais a perdu l’effet de sur­prise qu’il avait il y a dix ans.

  • En Amérique Latine, le pro­ces­sus est tou­jours très pré­sent au Brésil, en Amérique andine, au Mexique. Deux ques­tions res­tent très dis­cu­tées. L’une est celle du rap­port des mou­ve­ments aux gou­ver­ne­ments qui se défi­nissent comme proches des alter­mon­dia­listes (Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Venezuela) ou qui défendent des posi­tions pro­gres­sistes. L‘autre est celle de l’appréciation d’une large partie de la gauche latino-amé­ri­caine par rap­port aux prin­temps arabes. D’une part, ces insur­rec­tions sont lues à tra­vers les mani­pu­la­tions des Etats-Unis et de l’Otan. D’autre part, elles sont rela­ti­vi­sées dans leur radi­ca­lité du fait de l’absence de partis révo­lu­tion­naires.
  • En Amérique du Nord, le mou­ve­ment se conso­lide. Le pro­ces­sus des forums est en phase avec les mou­ve­ments « occupy ». La ques­tion qui est posée est celle de la montée en puis­sance du mou­ve­ment néo­con­ser­va­teur à tra­vers notam­ment les tea-party. Elle ren­contre une autre ques­tion, celle du déclin de l’hégémonie des Etats-Unis qui ne signi­fie aucu­ne­ment celle de l’impérialisme états-unien qui pour­rait en être exa­cerbé. Au Canada, le gou­ver­ne­ment déve­loppe une poli­tique néo­li­bé­rale agres­sive. Le pro­ces­sus des forums reste très vivace au Québec et une pos­si­bi­lité de Forum social cana­dien est envi­sa­gée.
  • C’est dans la région Maghreb – Machrek que le pro­ces­sus des forums a pris une grande ampleur. Il a pris beau­coup de force en Palestine depuis le Forum mon­dial de l’éducation en Palestine et les jour­nées de soli­da­rité avec la Palestine. Il est très pré­sent au Kurdistan avec le Forum social Mésopotamien, et en Irak avec la pré­pa­ra­tion du Forum social Irakien. Il est pré­sent de manière moins mar­quée en Turquie. Il est très pré­sent au Maghreb. Le Forum social mon­dial 2013, en Tunisie ou en Egypte, sera l’occasion de ren­for­cer encore le pro­ces­sus et d’avancer sur la conver­gence avec les prin­temps arabes. En 2012, une série d’événements asso­ciés et de forums sous-régio­naux et thé­ma­tiques devrait pré­pa­rer une forte mobi­li­sa­tion.
  • En Afrique, après le forum social mon­dial de Dakar, il y a eu plu­sieurs évé­ne­ments, notam­ment le forum en Afrique aus­trale, le Sommet des peuples à Niori au Mali. Il faut aussi sou­li­gner les fortes liai­sons entre les mou­ve­ments en Afrique du Nord et en Afrique sub-saha­rienne, ren­for­cées par le tra­vail commun entre le Forum social afri­cain et le Forum social Maghreb – Machrek.
  • En Europe, la situa­tion est mar­quée par la coha­bi­ta­tion de très fortes résis­tances et de grands moments de luttes au cours des deux der­nières années (en Italie, en France, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Grande Bretagne, …) avec une offen­sive d’une grande vio­lence du capi­ta­lisme finan­cier qui impose des poli­tiques néo­li­bé­rales au risque d’une réces­sion mar­quée en Europe. Les pri­vi­lèges sont sau­ve­gar­dés et la crise de l’Euro se trans­forme, après le sau­ve­tage répété des banques, par une crise de la dette publique. Le désen­chan­te­ment euro­péen com­bine une crise finan­cière et éco­no­mique avec une remise en cause géo­po­li­tique majeure. Les mou­ve­ments qui sou­tiennent le pro­ces­sus des forums sont par­ta­gés par rap­port à la manière de faire face à la régres­sion sociale et à la montée de la droite extrême. Les mou­ve­ments des indi­gnés qui partent de l’Espagne démontrent une capa­cité de résis­tance renou­ve­lée et de pro­fondes inter­ro­ga­tions sur les formes d’émancipation.
  • En Asie du Sud, le Forum social d’Asie du Sud a montré que le pro­ces­sus garde une forte influence au Pakistan et au Bangladesh, et de manière impor­tante au Sri Lanka et au Népal. L’Inde a joué un rôle capi­tal dans la muta­tion du pro­ces­sus avec le Forum de Mumbai. Ces der­nières années, les mou­ve­ments ont gardé une forte pré­sence mais ont perdu en visi­bi­lité du fait de l’évolution poli­tique indienne.
  • En Asie du Sud Est, nous avons peu d’informations sur la situa­tion des mou­ve­ments liés au pro­ces­sus, malgré l’existence de mou­ve­ments actifs en Malaisie, aux Philippines, en Indonésie, en Thaïlande.
  • Au Japon, il existe plu­sieurs mou­ve­ments qui se réfèrent au pro­ces­sus des forums sociaux. Ils ont été très pré­sents dans les mobi­li­sa­tions qui ont suivi le tsu­nami et Fukuyima.
  • En Chine, il y a des résis­tances sociales très impor­tantes, même s’ils ne prennent pas la forme des mou­ve­ments sociaux qui existent dans d’autres pays.

Le rôle du pro­ces­sus des FSM par rap­port à la crise et à la situa­tion mon­diale

C’est la ques­tion prin­ci­pale, celle de la raison d’être du pro­ces­sus des forums sociaux.

Pour la crise finan­cière, le pro­ces­sus des forums a marqué un succès idéo­lo­gique. Ce sont les ana­lyses et les pro­po­si­tions défen­dues dès les années 2001 dans les pre­miers forums de Porto Alegre qui se sont impo­sées comme les seules réfé­rences cré­dibles (ana­lyse struc­tu­relle de la crise, taxe sur les tran­sac­tions finan­cières, contrôle de la finance, sup­pres­sion des para­dis fis­caux, fis­ca­lité redis­tri­bu­tive, etc.)

Ce succès a été confirmé par l’échec des ren­contres du G8 et du G20. Mais ce succès ne s’est pas tra­duit par des vic­toires poli­tiques et un inflé­chis­se­ment des poli­tiques sociales. Il a sus­cité de nou­veaux mou­ve­ments avec notam­ment Occupy Wall street dont on ne mesure pas encore l’impact sur les poli­tiques pos­sibles.

Pour la crise éco­lo­gique, les mobi­li­sa­tions ont été fortes avec les mani­fes­ta­tions et le sommet alter­na­tif à Durban à l’occasion de la Conférence cli­ma­tique. Pour l’instant, les négo­cia­tions ont été un échec et marquent une régres­sion par rap­port aux mesures néces­saires. Les pro­chaines mobi­li­sa­tions sont celles du Sommet alter­na­tif de l’eau à Marseille en mars 2012 et le Sommet des peuples de Rio+20 en juin 2012.

Pour la crise géo­po­li­tique, le sommet alter­na­tif du G20 en novembre 2012 a ali­menté dans les mou­ve­ments la dis­cus­sion sur le bas­cu­le­ment du monde. Elle porte sur l’appréciation de la crise de l’hégémonie des Etats-Unis et de l’évolution de l’impérialisme occi­den­tale. Une des dis­cus­sions a porté sur la montée de ce que l’on appelle les pays émer­gents, le Brésil, la Chine et l’Inde et sur le rôle qu’ils pou­vaient jouer sur la scène inter­na­tio­nale. La ques­tion posée est celle du rôle que pour­raient jouer les mou­ve­ments sociaux des pays émer­gents. L’autre ques­tion est celle de l’ouverture d’une nou­velle phase de la déco­lo­ni­sa­tion.

Pour la crise démo­cra­tique, le pro­ces­sus des forums sociaux a mis en avant depuis le début l’impératif démo­cra­tique. Les inter­ro­ga­tions sur la démo­cra­tie sont vrai­ment aigues. Elles ont été renou­ve­lées par le mou­ve­ment des indi­gnés. Une des ques­tions porte sur les élec­tions. Alors que cer­tains en attendent tou­jours un dénoue­ment avec le pas­sage des mou­ve­ments aux partis, d’autres, sans les négli­ger pour autant d’un point de vue tac­tique, consi­dèrent que les élec­tions ne consti­tuent pas la ques­tion et encore moins la solu­tion aux pro­blèmes réels des couches popu­laires. Elle porte aussi sur le rôle des partis dans la prise du pou­voir et la trans­for­ma­tion sociale.

Le rap­port aux orga­ni­sa­tions poli­tiques et aux gou­ver­ne­ments est une ques­tion récur­rente dans le pro­ces­sus des forums. Le rap­port au poli­tique tra­verse les mou­ve­ments. Il se décline dif­fé­rem­ment sui­vant les échelles. A l’échelle mon­diale, com­ment passer des succès dans les idées par l’épuisement du néo­li­bé­ra­lisme révélé par la crise à des vic­toires poli­tiques ? D’autant que les mar­chés finan­ciers, ins­tru­men­ta­li­sant les Etats ont durci le contrôle des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales.

Au niveau des grandes régions, les avan­cées sont plus cultu­relles que poli­tiques ; c’est à ce niveau que les mou­ve­ments peuvent jouer un rôle d’aiguillon. C’est au niveau natio­nal que se dénouent les situa­tions poli­tiques, que se défi­nissent les rap­ports avec les gou­ver­ne­ments et les partis poli­tiques. C’est dans chaque pays que les mou­ve­ments se par­tagent en fonc­tion des situa­tions.

Le pro­ces­sus des forums sociaux a mul­ti­plié les pro­po­si­tions et construit un espace de débat et d’élaboration des alter­na­tives. Une partie de ces pro­po­si­tions concerne les mesures immé­diates à prendre par rap­port à la crise finan­cière et à l’hégémonie néo­li­bé­rale. D’autres pro­po­si­tions concernent des mesures immé­diates qui per­met­traient des amé­lio­ra­tions pour les couches popu­laires et qui pour­raient être por­tées par des frac­tions moder­nistes de l’ « esta­bli­she­ment » conscientes des impasses et des dan­gers du néo­li­bé­ra­lisme. Dans le pro­ces­sus des forums sociaux, l’élaboration la plus impor­tante porte sur les pro­po­si­tions qui ouvrent sur le dépas­se­ment du capi­ta­lisme. Cette éla­bo­ra­tion a beau­coup pro­gressé depuis 2008, depuis le Forum social mon­dial de Belém ; elle consti­tue un renou­vel­le­ment du pro­ces­sus des forums sociaux.

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