Valleyfield, mémoires et résistances

Réflexions engagées sur le municipalisme au Québec

Débat sur le municipalisme

Par Mis en ligne le 20 avril 2020

L’automne mont­réa­lais de 2017 a été marqué, avec l’élection de Projet Montréal (PM) et la créa­tion du col­lec­tif Gauche urbaine de Montréal (GUM), par un regain d’intérêt pour les pers­pec­tives pro­gres­sistes sur le droit à la ville. L’année 2019, pour sa part, consti­tue non seule­ment l’année de mi-mandat de PM, mais com­porte aussi deux anni­ver­saires impor­tants pour la gauche muni­ci­pale qué­bé­coise, soit le cin­quan­te­naire de la fon­da­tion du Front d’action poli­tique (FRAP) et le 45e anni­ver­saire de la fon­da­tion du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), ce der­nier ayant été au pou­voir de la métro­pole entre 1986 et 1994.

C’est pour­quoi nous avons pensé offrir un bilan des expé­riences de gauche au niveau muni­ci­pal, en sol­li­ci­tant les avis de mili­tantes-cher­cheuses et mili­tants-cher­cheurs qui contri­buent à faire de la ville une zone pour l’approfondissement de la démo­cra­tie et du pou­voir citoyen. Nous avons fait appel à six inter­ve­nantes et inter­ve­nants sur la base de leurs impli­ca­tions res­pec­tives. Ainsi Paul Cliche, au FRAP, et Andrea Levy, au RCM, se sont enga­gés dans des partis poli­tiques muni­ci­paux. Jean-Marc Gareau et Francine Paris ont pris part à l’émergence de groupes popu­laires locaux dans les années 1960 et 1970. Finalement, par leur enga­ge­ment intel­lec­tuel et mili­tant, nous vou­lons sou­li­gner la contri­bu­tion de deux femmes à la réflexion sur deux fronts de lutte : Anne-Marie Livingstone sur l’antiracisme et Annie Grégoire-Gauthier sur le fémi­nisme.

Parmi les constats qui en res­sortent, notons l’importance d’intégrer dif­fé­rentes luttes et pro­jets à la pers­pec­tive muni­ci­pa­liste, de déve­lop­per une infra­struc­ture sociale pour répondre aux besoins de la popu­la­tion, tout en assu­rant un ancrage de nos reven­di­ca­tions dans le quo­ti­dien des gens ordi­naires. Bien que les obs­tacles et les défis men­tion­nés ici soient nom­breux, les lec­trices et les lec­teurs pour­ront trou­ver des pistes pour sti­mu­ler leurs réflexions et relan­cer des ini­tia­tives et des mou­ve­ments.

Que sont le muni­ci­pa­lisme et le droit à la ville pour vous ?

Andrea Levy[1] : Le muni­ci­pa­lisme consti­tue d’abord une affir­ma­tion de la ville, par contraste avec d’autres ter­ri­toires socio­po­li­tiques comme le pays ou la pro­vince, comme lieu pri­vi­lé­gié pour bâtir et réa­li­ser la vision d’une société à échelle humaine, orga­ni­sée démo­cra­ti­que­ment et de manière à res­pec­ter les limites éco­lo­giques des acti­vi­tés de notre espèce. Le gou­ver­ne­ment muni­ci­pal devient alors une ins­tance pro­pre­ment poli­tique, et pas sim­ple­ment un four­nis­seur de ser­vices. L’un des grands défis est pré­ci­sé­ment de poli­ti­ser l’échelle muni­ci­pale. Il y a une ten­dance, même parmi les gens de gauche par­fois, à voir la poli­tique muni­ci­pale comme une ques­tion pure­ment admi­nis­tra­tive – dénei­ge­ment, col­lecte des déchets, répa­ra­tion des nids de poule, etc. Dans cette concep­tion, la ville a peu d’impact sur les grandes ques­tions telles que l’inégalité, l’environnement, la démo­cra­tie, etc. Pourtant, la poli­tique muni­ci­pale est pro­pice à l’implication citoyenne, puisqu’elle concerne des enjeux concrets de la vie quo­ti­dienne. À son meilleur, la poli­tique muni­ci­pale enseigne la prise en charge par la com­mu­nauté de ses propres affaires et de son avenir – certes dans les limites et les contraintes sévères qu’imposent actuel­le­ment les autres paliers de gou­ver­ne­ment et la conjonc­ture du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral.

Dans cette optique, la mobi­li­sa­tion popu­laire pour bâtir le pou­voir citoyen, ainsi que pour nour­rir les ana­lyses, prises de posi­tion et poli­tiques des élu-e-s locaux, s’avère fon­da­men­tale. Parfois, cette mobi­li­sa­tion locale s’élargit en un grand mou­ve­ment sur des enjeux par­ti­cu­liers. Pensons notam­ment à l’opposition à la légis­la­tion visant des races de chien par­ti­cu­lières. Ou encore, à l’opposition au projet d’inversion du flux de la ligne 9 d’Enbridge et la cam­pagne vic­to­rieuse contre l’oléoduc Énergie Est de TransCanada. Cette oppo­si­tion, qui se conju­guait éga­le­ment avec celle des Premières Nations, était moti­vée par une pré­oc­cu­pa­tion pour la santé et la sécu­rité des citoyennes et des citoyens, un acci­dent pou­vant empoi­son­ner des sources d’eau potable. De plus, la popu­la­tion a fait le lien entre ce danger et le fait que la pro­duc­tion de pétrole venant des sables bitu­mi­neux contri­bue gran­de­ment au réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Ainsi, un enjeu global pri­mor­dial est devenu le centre du vécu quo­ti­dien local. Cela a contri­bué, dans le sillon des efforts de groupes comme Coule pas chez nous, au déve­lop­pe­ment d’une plus grande conscien­ti­sa­tion éco­lo­gique au Québec.

Jean-Marc Gareau[2] : Le muni­ci­pa­lisme signi­fie pour moi l’engagement citoyen par le déve­lop­pe­ment d’une infra­struc­ture sociale dans les quar­tiers, les villes ou les vil­lages. Avant de pou­voir affron­ter le pou­voir, dans le sillon des tra­vaux de Saul Alinsky[3], il nous faut un ancrage solide dans les com­mu­nau­tés, fondé sur des besoins recon­nus par elles. C’est pré­ci­sé­ment à cette tâche que se sont atte­lés plu­sieurs groupes et ini­tia­tives dans les années 1960 et 1970, telles les Opérations Dignité lut­tant contre les fer­me­tures de vil­lages en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent. On peut éga­le­ment penser aux Travailleurs étu­diants du Québec (TEQ) mis de l’avant par l’Union géné­rale des étu­diants du Québec (UGEQ) pour sou­te­nir diverses ini­tia­tives d’animation sociale dans les quar­tiers ouvriers des villes et des régions : enquêtes sociales, sou­tien à des comi­tés de citoyens ou à des syn­di­cats locaux, acti­vi­tés de for­ma­tion citoyenne.

Cette infra­struc­ture sociale per­met­tait de s’attaquer à des pro­blèmes concrets, qui n’étaient pas pris en charge par le sec­teur privé ou par le gou­ver­ne­ment. Une pre­mière géné­ra­tion d’organisations popu­laires s’est formée par la suite : comp­toirs ali­men­taires, gar­de­ries popu­laires, coopé­ra­tives d’habitation, etc. Ces réa­li­sa­tions popu­laires ame­naient les gens à gagner en confiance dans leurs capa­ci­tés de se prendre en main et de défendre leurs pro­jets et reven­di­ca­tions. Pour moi, la créa­tion et le ren­for­ce­ment d’une telle infra­struc­ture doivent demeu­rer la prio­rité stra­té­gique pour la gauche à tous les niveaux. On peut bien élire des partis pro­gres­sistes, mais ce qui fait la dif­fé­rence fina­le­ment, c’est l’enracinement dans les quar­tiers et la mobi­li­sa­tion qui prend forme à partir de cet enra­ci­ne­ment.

Francine Paris[4] : Deux constats me semblent impor­tants. Premièrement, il faut démys­ti­fier le FRAP, en évi­tant d’y voir une sorte de modèle indé­pas­sable pour les orga­ni­sa­tions poli­tiques à l’échelle muni­ci­pale. Les comi­tés d’action poli­tique (CAP), qui étaient consi­dé­rés comme les struc­tures d’enracinement du FRAP, n’étaient pas si démo­cra­tiques qu’on le pré­tend par­fois. Les CAP consti­tuaient en fait des lieux de ras­sem­ble­ment pour les mili­tants aguer­ris, plutôt que des asso­cia­tions popu­laires à pro­pre­ment parler. Le FRAP lui-même était une orga­ni­sa­tion assez fra­gile, pré­ci­sé­ment parce que son ancrage popu­laire n’était pas aussi fort qu’il aurait dû l’être pour pou­voir affron­ter la crise d’Octobre. À la suite de l’effondrement du FRAP, la gauche s’est frac­tu­rée en dif­fé­rentes ten­dances, une partie se joi­gnant au Parti qué­bé­cois (PQ), tandis qu’une autre a rejeté la démo­cra­tie élec­to­ra­liste en se lan­çant dans le mili­tan­tisme mar­xiste-léni­niste. Un troi­sième groupe a main­tenu son enga­ge­ment dans les groupes popu­laires.

Deuxièmement, il faut noter que la lutte des femmes, dans les années 1960 et 1970, n’était pas assez recon­nue, ce qui a d’ailleurs encou­ragé les groupes de femmes à demeu­rer auto­nomes face aux ini­tia­tives élec­to­rales et poli­tiques. On peut aussi remar­quer que les femmes ont joué un rôle cen­tral dans les groupes popu­laires après l’effondrement du FRAP. Les per­sonnes qui ont rejoint le PQ ne sont pas par­ve­nues à frei­ner le virage à droite du parti, tandis que les groupes mar­xistes-léni­nistes ont implosé dans les années 1980. L’alternative de lutte la plus constante et la plus por­teuse est celle qui a été menée par les groupes de quar­tier qui étaient gérés en bonne partie par des femmes. Ça me semble une belle leçon d’humilité pour la gauche, et notam­ment pour les hommes de gauche !

Paul Cliche[5] : Tel que je le relate dans mon auto­bio­gra­phie, Un mili­tant qui n’a jamais lâché (2018), le muni­ci­pa­lisme a connu un bref épi­sode à Montréal. Il s’est incarné dans le FRAP qui, à la fin des années 1960, s’est consti­tué grâce à la conver­gence orga­nique sur­ve­nue entre les comi­tés de citoyens des quar­tiers popu­laires et les mili­tants syn­di­caux du deuxième front d’action poli­tique. Même si son exis­tence a été courte, ce parti muni­ci­pal a consti­tué la seule véri­table expé­rience de lutte com­mune des mou­ve­ments sociaux dans l’histoire du Québec.

Devant la des­truc­tion de mil­liers de loge­ments par l’administration du maire Jean Drapeau, l’insalubrité de dizaines de mil­liers d’autres et une pau­vreté endé­mique, des groupes de citoyennes et de citoyens ont com­mencé à se prendre en main dans les quar­tiers du Sud-Ouest de Montréal. Au début des années 1960, ils vou­laient régler des pro­blèmes locaux. À partir de 1965, des comi­tés de citoyens voient le jour. Peu à peu, un chan­ge­ment de men­ta­lité s’opère. Les ambi­tions des mili­tantes et des mili­tants se tournent vers des reven­di­ca­tions plus larges. Ils inter­viennent dans des pro­jets muni­ci­paux de réno­va­tion urbaine. Leur action se poli­tise. La guerre à la pau­vreté passe par la recon­nais­sance des droits sociaux et de condi­tions mini­males de vie décente. La conscience com­mu­nau­taire se trans­forme en un mou­ve­ment social visant à contraindre une admi­nis­tra­tion muni­ci­pale hos­tile à accep­ter les demandes citoyennes.

On assiste alors à plu­sieurs affron­te­ments. Les citoyens constatent que leurs luttes éparses sont sou­vent sans len­de­main. Lors d’une réunion his­to­rique dans le quar­tier Saint-Henri en mai 1968, vingt-cinq comi­tés de citoyens du Québec en viennent à la conclu­sion qu’il faut désen­cla­ver les enjeux locaux afin de pou­voir bâtir un rap­port de force. Conclusion : il faut passer à l’action poli­tique. Cette radi­ca­li­sa­tion marque le point de départ de deux années de tra­vail inten­sif d’information et de mobi­li­sa­tion.

D’autre part, en octobre 1968, le pré­sident Marcel Pepin amorce un virage idéo­lo­gique au sein de la Confédération des syn­di­cats natio­naux (CSN), en lan­çant l’idée du « deuxième front ». Il incite les syn­di­cats à débor­der du champ tra­di­tion­nel de la conven­tion col­lec­tive – le pre­mier front – pour ouvrir un deuxième front dans leurs milieux de vie en tant que citoyens, consom­ma­teurs, parents. La CSN met alors sur pied un secré­ta­riat d’action poli­tique non par­ti­san dans le but de créer des comi­tés d’action poli­tique. Une petite équipe char­gée d’implanter les CAP sillonne le Québec sans relâche pen­dant des mois. La réponse est enthou­siaste. En une année, tous les conseils cen­traux de la CSN comptent un CAP régio­nal et une bonne partie des syn­di­cats locaux en mettent un sur pied.

L’objectif est d’inciter les syn­di­qué-e-s à par­ti­ci­per à des luttes poli­tiques à l’échelle qui est la plus à leur portée, les muni­ci­pa­li­tés. C’est ainsi que les mili­tantes et les mili­tants d’action poli­tique des trois cen­trales syn­di­cales (CSN, FTQ, CEQ[6]) ainsi que des comi­tés de citoyens et d’autres groupes popu­laires orga­nisent la tenue de quinze col­loques régio­naux dans les pre­miers mois de 1970. Quelque 2500 mili­tantes et mili­tants y par­ti­cipent et demandent que les cen­trales orga­nisent des CAP au niveau des muni­ci­pa­li­tés et des com­mis­sions sco­laires.

En mars, un col­loque à Montréal réunit 450 mili­tantes et mili­tants, dont une cin­quan­taine venant des comi­tés de citoyens, et mène à la créa­tion du FRAP le 12 mai 1970. Celui-ci décide de se pré­sen­ter aux élec­tions muni­ci­pales de l’automne. Au cours de l’été, il recrute plus de 1000 membres et pré­sente 31 can­di­dates et can­di­dats sur les 55 que compte le conseil muni­ci­pal. Il n’en pré­sente pas à la mairie. Fin sep­tembre, quelques jours avant le déclen­che­ment de la crise d’Octobre, un son­dage du quo­ti­dien Montreal Star révèle que 31 % des élec­trices et élec­teurs mont­réa­lais estiment que le FRAP consti­tue une solu­tion de rechange à l’administration Drapeau. Quelques jours plus tard, l’action du Front de libé­ra­tion du Québec (FLQ) vient brouiller les cartes. Deux can­di­dats vedettes du FRAP sont empri­son­nés. En butte aux accu­sa­tions de ter­ro­risme venant de ses adver­saires, le FRAP recueille tout de même près de 90 000 votes, soit plus de 18 % des suf­frages dans les dis­tricts où il a pré­senté des can­di­dats ; aucun n’est cepen­dant élu. Par la suite, le FRAP, aux prises avec des conflits idéo­lo­giques internes, a dépéri.

Anne-Marie Livingstone[7] : Une dimen­sion impor­tante du droit à la ville est la pos­si­bi­lité pour les com­mu­nau­tés raci­sées d’y mener leur vie sans subir de dis­cri­mi­na­tion ou de vio­lence de la part des forces de l’ordre. Or, cet objec­tif est encore bien loin d’être atteint. Plusieurs études ont montré que le taux d’interpellation des jeunes Noirs à Montréal est net­te­ment supé­rieur à celui des jeunes Blancs, sans que ce taux d’interpellation plus élevé soit jus­ti­fié par un plus grand nombre d’infractions[8]. Selon un rap­port sur le pro­fi­lage racial dans le quar­tier Saint-Michel[9], le niveau élevé de sur­veillance quo­ti­dienne des jeunes raci­sés, l’utilisation régu­lière des contrôles d’identité et les nom­breuses inter­pel­la­tions et amendes pour petites inci­vi­li­tés ont plu­sieurs effets néga­tifs pour les jeunes ciblés par ces pra­tiques, tant sur leur estime de soi que sur leur sen­ti­ment de sécu­rité et leur santé men­tale. Les cam­pagnes de peur autour des « gangs de rue », ali­men­tées tant par la police que par les médias, ont contri­bué à un amal­game entre les jeunes raci­sés et la cri­mi­na­lité, d’où plu­sieurs consé­quences néfastes.

Annie Grégoire-Gauthier[10] : L’accès à la ville porte la marque d’une his­toire qui a assi­gné les femmes à l’espace privé et domes­tique. Rappelons-nous que l’administration des villes a été contrô­lée d’abord et avant tout par et pour les hommes. Ces marques de l’histoire sont visibles à tra­vers la topo­ny­mie, soit le nom des rues, des parcs et des sta­tions de métro, qui recon­naissent trop peu le rôle majeur que les femmes ont joué dans le déve­lop­pe­ment de Montréal.

La ville est aussi un espace de coha­bi­ta­tion et de dépla­ce­ment. Or, on sait que les femmes, et cer­taines plus que d’autres, se retrouvent encore trop sou­vent dans des situa­tions de vul­né­ra­bi­lité dans l’espace public, à devoir constam­ment négo­cier leur pré­sence, leurs dépla­ce­ments et leur droit à la ville. Cette vul­né­ra­bi­lité est visible lorsqu’on observe l’enjeu du droit au loge­ment. Selon le Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal (CÉAF), le har­cè­le­ment et les vio­lences sexuelles vécus par les femmes loca­taires de la part de leur pro­prié­taire ou de leur concierge consti­tuent de sérieux pro­blèmes[11]. D’autres études démontrent que les femmes déve­loppent des stra­té­gies de dépla­ce­ment dis­tinctes de celles des hommes, et leur per­met­tant d’éviter des zones de la ville consi­dé­rées comme anxio­gènes, ou d’adapter leurs dépla­ce­ments pour faire face à ce sen­ti­ment d’insécurité inévi­table : sortir à plu­sieurs, mettre des écou­teurs sans écou­ter de musique, ne pas sortir à cer­taines heures ou pas du tout, etc. La vigi­lance est constante et épui­sante, mais est-ce vrai­ment aux femmes de s’adapter ?

La ville demeure un espace contrôlé par et pour les hommes. L’invisibilisation des femmes dans la ville se mani­feste quo­ti­dien­ne­ment, encou­ra­gée par des pro­ces­sus de mar­gi­na­li­sa­tion et de contrôle. D’un côté, quand vient le temps de créer ou de réamé­na­ger la ville, les femmes sont mar­gi­na­li­sées par leur faible pré­sence dans les espaces déci­sion­nels et en urba­nisme. De l’autre côté, le corps des femmes est sujet à un contrôle constant avec le har­cè­le­ment qui accom­pagne inévi­ta­ble­ment leurs dépla­ce­ments et agit comme un rappel quo­ti­dien que l’espace public ne leur appar­tient pas. Rappelons enfin que les femmes les plus vul­né­rables sont géné­ra­le­ment les plus invi­sibles, celles dont on ne parle pas et qu’on oublie de consul­ter quand vient le temps d’agir et de trans­for­mer la ville.

Pourquoi et com­ment prendre la ville ? Quelles sont les stra­té­gies les plus pro­met­teuses ? Quels sont les enjeux impor­tants, les expé­riences locales et inter­na­tio­nales ins­pi­rantes ?

Francine Paris : Une pre­mière étape impor­tante pour relan­cer les luttes popu­laires, tant au muni­ci­pal qu’aux autres paliers, c’est de créer des espaces et des pro­jets pour per­mettre à des per­sonnes iso­lées de se ras­sem­bler, de prendre la parole, d’apprendre à défendre leurs inté­rêts et à gagner confiance en leurs moyens. Le pro­blème est qu’il y a très peu de comi­tés ou de groupes qui se pro­posent aujourd’hui d’augmenter les capa­ci­tés d’analyse des com­mu­nau­tés sur les enjeux qui les concernent. Plus géné­ra­le­ment, il y a un recul inquié­tant des appren­tis­sages de la démo­cra­tie dans notre société. Il y a effec­ti­ve­ment peu de volonté d’assurer une par­ti­ci­pa­tion citoyenne élar­gie chez les élites poli­tiques, la plu­part des élu-e-s pré­fé­rant se fier à des « experts » plutôt qu’à la popu­la­tion. Les struc­tures poli­tiques se bureau­cra­tisent à une vitesse qui s’accroit. Pour avan­cer dans la bonne direc­tion, la démo­cra­tie doit s expé­ri­men­ter au sein des ini­tia­tives popu­laires. Il nous faut créer et main­te­nir des comi­tés capables de mener des actions col­lec­tives et de créer des liens de soli­da­rité. C’est par ces actions soli­daires que des gains impor­tants dans le passé ont été acquis. Rien ne nous tombe jamais du ciel !

Jean-Marc Gareau : Pour assu­rer une relance des luttes, il faut se rap­pe­ler que celles-ci sont à l’origine de nos acquis. La plu­part des gens ne savent pas que les centres de la petite enfance (CPE) ont été créés sous la pres­sion des luttes des femmes et des gar­de­ries popu­laires, et que les droits sociaux dont nous béné­fi­cions ont été arra­chés aux élites par des mou­ve­ments sociaux. Il faut nous remettre à l’écoute de l’histoire des mou­ve­ments sociaux et de leur enra­ci­ne­ment dans les quar­tiers pour y recon­naître à la fois les succès et les échecs. Je pense, tout comme Francine Paris, que le FRAP a évolué trop vite vers le ter­rain élec­to­ral, sans s’assurer d’avoir un ancrage popu­laire assez solide pour faire face à la riposte du pou­voir auto­cra­tique. C’est pour ça que le parti s’est effon­dré si rapi­de­ment à la suite de la crise d’Octobre. Si nous ne vou­lons pas que les conseils d’arrondissement et de ville soient des coquilles vides, sans écoute pour les reven­di­ca­tions popu­laires, il faut les inves­tir en force, ce qui sup­pose d’être mieux ancré dans nos milieux de vie.

Anne-Marie Livingstone : Notre rap­port sur le pro­fi­lage racial com­por­tait quatre recom­man­da­tions prin­ci­pales pour éviter que les poli­ciers agissent en fonc­tion de sté­réo­types eth­niques et raciaux :

Rendre acces­sibles les don­nées quan­ti­ta­tives répar­ties par « caté­go­rie raciale » pour les inter­pel­la­tions, les arres­ta­tions et les déten­tions à Montréal.

  • Créer un office de sur­veillance indé­pen­dant de la police dans le quar­tier Saint-Michel.

Éliminer les pra­tiques poli­cières qui ciblent injus­te­ment les jeunes appar­te­nant à des mino­ri­tés raci­sées.

Transférer des res­sources publiques affec­tées aux forces de l’ordre au profit d’interventions com­mu­nau­taires visant la délin­quance juvé­nile et les inéga­li­tés raciales[12].

Il faut des méca­nismes for­mels et ins­ti­tu­tion­nels obli­geant les corps poli­ciers à adop­ter des pra­tiques non dis­cri­mi­na­toires ; il faut éga­le­ment déve­lop­per des res­sources com­mu­nau­taires dédiées à la défense des droits et à l’inclusion des jeunes ciblés par le pro­fi­lage et les dis­cri­mi­na­tions raciales.

Annie Grégoire-Gauthier : Des solu­tions existent et se mul­ti­plient. Selon l’urbaniste et mili­tante Jane Jacobs, une pla­ni­fi­ca­tion urbaine sécu­ri­taire et inclu­sive doit pri­vi­lé­gier les usages mixtes et valo­ri­ser l’expérience citoyenne. Les marches explo­ra­toires orga­ni­sées par des fémi­nistes et des orga­nismes de quar­tier dans les années 1990 ont eu un impact majeur sur le réamé­na­ge­ment de cer­tains sec­teurs de Montréal. Ces marches se sont révé­lées un outil impor­tant et par­ti­ci­pa­tif de diag­nos­tic urbain per­met­tant de mettre en valeur l’expertise de celles qui habitent et connaissent inti­me­ment leur quar­tier et ses pro­blèmes, sans avoir le pri­vi­lège d’accéder aux voies tra­di­tion­nelles pour s’exprimer. Nous devons inté­grer les expé­riences citoyennes, trop sou­vent invi­sibles dans le tra­vail de réamé­na­ge­ment des milieux de vie.

Sur le plan de l’urbanisme, plu­sieurs villes adoptent une approche inté­grée du genre per­met­tant de rendre les espaces publics plus inclu­sifs. À Vienne, on mul­ti­plie les pro­jets inno­vants : appels d’offres réser­vés aux pro­jets menés par des femmes, élar­gis­se­ment et sécu­ri­sa­tion des trot­toirs, réamé­na­ge­ment des parcs publics pour en faire des espaces à usages mul­tiples, etc. L’initiative Womenability recense plu­sieurs bonnes pra­tiques d’intégration du genre dans la ville à tra­vers le monde[13]. On peut éga­le­ment penser à la récente loi contre le har­cè­le­ment de rue adop­tée en France l’année der­nière qui permet de sanc­tion­ner par des amendes les com­por­te­ments et les propos sexistes tels que les sif­fle­ments, les com­men­taires dépla­cés sur la tenue ou le phy­sique ou le fait de suivre quelqu’un ayant exprimé son refus. Bien que cette loi ne vise qu’une partie des lieux où les femmes subissent du har­cè­le­ment, cette légis­la­tion affirme le droit à un par­tage équi­table et res­pec­tueux de la ville par toutes et tous.

Les partis poli­tiques muni­ci­paux doivent s’assurer de la par­ti­ci­pa­tion et de la mobi­li­sa­tion d’une relève de femmes issues de milieux diver­si­fiés. Les élues de demain sont sou­vent les mili­tantes et les femmes enga­gées d’aujourd’hui. Se réap­pro­prier la ville, c’est d’abord et avant tout mobi­li­ser les expé­riences et les exper­tises de toutes les femmes, en s’assurant que les femmes à mobi­lité réduite, plus âgées, raci­sées ou trans puissent contri­buer plei­ne­ment à la réflexion et au réamé­na­ge­ment de nos milieux de vie. Qui plus est, leurs contri­bu­tions béné­fi­cie­ront à l’ensemble de la popu­la­tion, puisqu’un espace inclu­sif et sécu­ri­taire l’est pour tout le monde. Plusieurs acteurs locaux et com­mu­nau­taires, tels les groupes de femmes, demeurent fina­le­ment des par­te­naires clés à pri­vi­lé­gier pour leur connais­sance intime des enjeux et des prio­ri­tés sur le ter­rain. Bien qu’il reste beau­coup de tra­vail à faire, ces dif­fé­rentes ini­tia­tives consti­tuent des pas dans la bonne direc­tion.

Andrea Levy : La gauche doit à la fois tra­vailler dans les mou­ve­ments sociaux pour bâtir et main­te­nir une oppo­si­tion extra-par­le­men­taire et tra­vailler dans l’arène par­le­men­taire pour contri­buer à créer les condi­tions pro­pices à une prise du pou­voir. Le muni­ci­pa­lisme doit créer et s’engager dans les partis poli­tiques indé­pen­dants au niveau muni­ci­pal. J’insiste sur l’idée de « partis indé­pen­dants », car le modèle domi­nant de la poli­tique muni­ci­pale, à part cer­taines muni­ci­pa­li­tés comme Montréal et Vancouver, est celui du conseil consti­tué de conseillers indi­vi­duels non par­ti­sans ou encore de conseillers et de partis poli­tiques tri­bu­taires des grands partis fédé­raux ou pro­vin­ciaux. Le RCM a été un exemple de ce genre de parti indé­pen­dant. Représentant une large coa­li­tion de forces locales, le RCM consti­tua long­temps une for­ma­tion véri­ta­ble­ment démo­cra­tique avec des asso­cia­tions locales actives enra­ci­nées dans les quar­tiers. L’une des grandes décep­tions de l’expérience du RCM fut la prise du pou­voir par le parti en 1986. Peu de temps après avoir défait Jean Drapeau et son Parti civique, l’aile gauche du RCM s’est rendu compte des dan­gers de l’absence de méca­nismes pour que le parti puisse contrô­ler le caucus, qui com­men­çait à fonc­tion­ner comme un groupe auto­nome, peu impu­table, et même à l’encontre du pro­gramme bâti col­lec­ti­ve­ment par les membres. À plu­sieurs égards, on recon­naît ici l’histoire de plu­sieurs partis de gauche dans le monde. Dans le cas du RCM, cette situa­tion a mené à la créa­tion de nou­veaux partis muni­ci­paux éphé­mères (Montréal éco­lo­gique, pre­mier parti vert muni­ci­pal au Canada, et la Coalition démo­cra­tique). Il y a là des leçons à rete­nir tant pour Projet Montréal que pour Québec soli­daire : il faut s’assurer de la pré­pon­dé­rance du parti sur les élu-e-s.

L’autre lutte essen­tielle est de faire pres­sion afin d’accroître les pou­voirs de la ville et la libé­rer de sa dépen­dance aux taxes fon­cières et aux frais d’utilisation. C’est encore plus impor­tant dans cette époque mar­quée par le déles­tage de plu­sieurs res­pon­sa­bi­li­tés par les gou­ver­ne­ments fédé­raux et pro­vin­ciaux vers les muni­ci­pa­li­tés, mais sans aug­men­ta­tion cor­res­pon­dante des res­sources finan­cières. Selon Doug Saunders, « les défis gou­ver­ne­men­taux les plus impor­tants, de l’immigration jusqu’à la poli­tique en matière de drogues en pas­sant par le trans­port, la pau­vreté et même les affaires autoch­tones, relèvent tous de la poli­tique natio­nale et pro­vin­ciale, mais ces défis se déroulent très lar­ge­ment sur la scène muni­ci­pale malgré un manque total d’autorité poli­tique muni­ci­pale dans ces domaines[14] ». D’après la Constitution cana­dienne, les villes sont subor­don­nées au bon vou­loir de la pro­vince. Cependant, la pro­vince peut accor­der aux villes une plus grande auto­no­mie et il faut l’exiger. S’approprier la ville ne ser­vira pas à grande chose si la ville demeure sans capa­cité d’agir.

Paul Cliche : Dans son ouvrage À nous la ville !, Jonathan Durand Folco explique que le muni­ci­pa­lisme repose avant tout sur « la par­ti­ci­pa­tion directe des citoyen-e-s aux affaires publiques afin de favo­ri­ser l’appropriation col­lec­tive des ins­ti­tu­tions, l’autogouvernement local et la sou­ve­rai­neté popu­laire[15] ».

La démo­cra­ti­sa­tion et la décen­tra­li­sa­tion sont les deux prin­ci­paux piliers de cette nou­velle stra­té­gie poli­tique. Le budget par­ti­ci­pa­tif, la réforme du mode de scru­tin, la mise sur pied de conseils de quar­tier déci­sion­nels figurent parmi les prin­ci­paux moyens pou­vant contri­buer au renou­vel­le­ment de la démo­cra­tie urbaine. Quant à la décen­tra­li­sa­tion des pou­voirs aux échelles locale et régio­nale, elle doit être accom­pa­gnée de res­sources finan­cières adé­quates.

À Porto Alegre, au Brésil, le budget par­ti­ci­pa­tif a été expé­ri­menté à partir de 1989. Ce méca­nisme de coges­tion des res­sources muni­ci­pales trans­fère des élus aux citoyens le pou­voir d’affecter une partie du budget muni­ci­pal. Depuis, cette inno­va­tion démo­cra­tique s’est dif­fu­sée à tra­vers le monde. Il y a aujourd’hui plus de 2000 pro­grammes en cours. Ce sont la France et l’Espagne qui en comptent le plus.

Le pre­mier budget par­ti­ci­pa­tif mis en place au Québec a été celui de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal entre 2006 et 2008. Puis, il y en a eu d’autres, notam­ment à Matane, Nicolet, Baie-Saint-Paul et Rimouski. Le pro­gramme de Projet Montréal pré­co­nise pour sa part l’instauration d’un budget par­ti­ci­pa­tif au niveau de la ville-centre comme à celui des arron­dis­se­ments. Mais l’administration Plante n’a encore rien fait à ce cha­pitre et il ne semble pas que ce soit dans ses prio­ri­tés. Une expé­rience est tou­te­fois en cours depuis quelques mois dans le quar­tier Mercier de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, où les citoyennes et les citoyens dis­posent d’une somme de 350 000 dol­lars à consa­crer à la réa­li­sa­tion de pro­jets défi­nis par la com­mu­nauté.

Quant à la réforme du mode de scru­tin, une ten­ta­tive a été effec­tuée dès 1978 sous le gou­ver­ne­ment péquiste de René Lévesque, alors que le ministre res­pon­sable du dos­sier, Robert Burns, a pro­posé que le quart des conseillers muni­ci­paux soit élu au scru­tin pro­por­tion­nel dans quatre grandes villes (Montréal, Québec, Laval, Longueuil). Burns s’est tou­te­fois heurté à une fin de non-rece­voir caté­go­rique des membres du cabi­net. Par la suite, l’administration du Rassemblement des citoyens de Montréal et celle du Rassemblement popu­laire à Québec ont adopté l’idée, mais n’ont rien fait pour la maté­ria­li­ser. Puis, en 2005, Projet Montréal a ins­crit cette réforme dans sa pla­te­forme. Le parti l’a gardée pour les élec­tions de 2009, puis l’a biffée. Il n’y est jamais revenu depuis, de sorte qu’on se retrouve devant le néant.

C’est le FRAP qui a pro­posé pour la pre­mière fois la mise sur pied de conseils de quar­tier aux­quels on confie­rait des pou­voirs déci­sion­nels. Le Rassemblement des citoyens de Montréal en a fait un point cru­cial de sa pla­te­forme pour les élec­tions de 1986, mais l’administration Doré a plutôt créé des conseils de quar­tier consul­ta­tifs. Par après, l’idée a été com­plè­te­ment aban­don­née.

Quant à la décen­tra­li­sa­tion des pou­voirs aux niveaux local et régio­nal, l’idée a été lancée dès 1977 par le pre­mier ministre Lévesque, qui pré­co­ni­sait de rap­pro­cher le pou­voir déci­sion­nel et les citoyennes et citoyens. Ce grand projet de décen­tra­li­sa­tion de l’État ne s’est jamais concré­tisé, malgré la créa­tion d’une foule d’instances comme les muni­ci­pa­li­tés régio­nales de comté (MRC), les confé­rences régio­nales des élus (CRÉ) et les centres locaux de déve­lop­pe­ment (CLD), dont plu­sieurs ont été sup­pri­més par le gou­ver­ne­ment libé­ral ces der­nières années. Finalement, jamais les régions n’ont eu aussi peu d’autonomie qu’en 2019. Il reste donc beau­coup de tra­vail à faire. La mise sur pied, à la suite de l’élection muni­ci­pale de 2017, de groupes popu­laires comme Gauche urbaine de Montréal et À nous les quar­tiers, laisse tou­te­fois pré­sa­ger un réveil pro­chain. C’est un dos­sier à suivre…

Donald Cuccioletta et Emanuel Guay, res­pec­ti­ve­ment cher­cheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand et doc­to­rant en socio­lo­gie à l’Université́ du Québec à Montréal.


  1. Coordonnatrice à la rédac­tion de Canadian Dimension, membre du conseil exé­cu­tif du Rassemblement des citoyens de Montréal de 1982 à 1986 et membre fon­da­trice de Montréal éco­lo­gique.
  2. Animateur social dans Hochelaga-Maisonneuve, quar­tier de Montréal, de 1967 à 1971.
  3. Saul Alinsky, Être radi­cal. Manuel prag­ma­tique pour radi­caux réa­listes, Bruxelles, Aden, 2012.
  4. Militante dans le comité des citoyens et citoyennes, le comp­toir ali­men­taire et la gar­de­rie popu­laire de Hochelaga-Maisonneuve de 1968 à 1979.
  5. Militant poli­tique, pré­sident du FRAP en 1970, puis conseiller du Rassemblement des citoyens de Montréal à l’Hôtel de ville de 1974 à 1978.
  6. FTQ : Fédération des tra­vailleurs et tra­vailleuses du Québec ; CEQ : Centrale de l’enseignement du Québec, deve­nue Centrale des syn­di­cats du Québec (CSQ) en 2000.
  7. Chercheuse post­doc­to­rale au Centre Weatherhead en affaires inter­na­tio­nales et char­gée de cours en socio­lo­gie à l’Université Harvard.
  8. Léonel Bernard et Christopher McAll, « La mau­vaise conseillère », Revue du CREMIS, vol. 3, n° 1, 2010. Voir aussi Mathieu Charest, Mécontentement popu­laire et pra­tiques d’interpellations du SPVM depuis 2005 : doit-on garder le cap après la tem­pête, rap­port de recherche, 2009.
  9. Mtl Sans Profilage, Le pro­fi­lage racial dans les pra­tiques poli­cières. Points de vue et expé­riences de jeunes raci­sés à Montréal, rap­port de recherche, décembre 2018.
  10. Militante fémi­niste et res­pon­sable du comité femmes de Projet Montréal.
  11. Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal, Le har­cè­le­ment et les vio­lences sexuelles vécus par les femmes loca­taires dans leur loge­ment doivent cesser ! 12 mars 2018, <www​.ceaf​-mon​treal​.qc​.ca/​p​u​b​l​i​c​/​2​0​1​8​/​0​3​/​h​a​r​c​e​l​e​m​e​n​t​-​e​t​-​v​i​o​l​e​n​c​e​s​-​s​e​x​u​e​l​l​e​s​-​v​e​c​u​s​-​p​a​r​-​f​e​m​m​e​s​-​l​o​c​a​t​a​i​r​e​s​-​d​o​i​v​e​n​t​-​c​e​s​s​e​r​.html>.
  12. Mtl Sans Profilage, op. cit., p. 90-92.
  13. Womenability, The Womenability Report, <www​.wome​na​bi​lity​.org/>.
  14. Doug Saunders, « Big cities, small powers :why our muni­ci­pal crisis goes beyond Doug Ford and Toronto », The Globe and Mail, 14 sep­tembre 2018, <www​.the​glo​beand​mail​.com/​o​p​i​n​i​o​n​/​a​r​t​i​c​l​e​-​w​h​a​t​-​i​s​-​a​-​c​a​n​a​d​i​a​n​-​c​i​t​y​-​a​n​y​w​a​y​-​w​h​y​-​o​u​r​-​m​u​n​i​c​i​p​a​l​-​c​r​i​s​i​s​-​g​o​e​s​-​b​e​yond/>.
  15. Jonathan Durand Folco, À nous la ville ! Traité de muni­ci­pa­lisme, Montréal, Écosociété, 2017, p. 158-159.

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