Recherche de la feuq sur la conciliation travail-études :

une mission de plus en plus impossible

Par Mis en ligne le 15 février 2012

Alors que le gou­ver­ne­ment de Jean Charest pré­voit alour­dir l’endettement de la relève avec sa hausse de 1625 $ des frais de sco­la­rité, la Fédération étu­diante uni­ver­si­taire du Québec (FEUQ) dévoile une recherche et une note d’information qui tirent la son­nette d’alarme sur l’impact néga­tif du tra­vail exces­sif en cours d’études, sur­tout dans un contexte où l’Aide finan­cière aux études (AFE) est com­plè­te­ment décon­nec­tée de la réa­lité.

« Encore une fois, le gou­ver­ne­ment libé­ral de Jean Charest n’a véri­ta­ble­ment pas fait ses devoirs. Il impro­vise des poli­tiques sans penser à leurs consé­quences. Il y a un constat clair dans la recherche : les étu­diants ne peuvent tra­vailler plus sans que leurs notes sco­laires en souffrent. Avec la hausse des frais de sco­la­rité injus­ti­fiée et injus­ti­fiable des libé­raux, les jeunes dési­rant obte­nir une for­ma­tion uni­ver­si­taire seront obli­gés de s’endetter encore plus, d’allonger leurs études ou même de les aban­don­ner », constate Martine Desjardins, pré­si­dente de la FEUQ.

Plus d’étudiants tra­vaillent et tra­vaillent plus Premier constat : le taux d’emploi en cours d’études des étu­diants à temps plein de 20 à 24 ans (tout niveau d’études confondu) est passé de 25 % en 1978-1979 à près de 55 % depuis le début des années 2000. Pourtant le taux d’emploi d’été est, quant à lui, demeuré stable à tra­vers les années. Une forme d’emploi n’a donc pas rem­placé l’autre : l’emploi en cours d’études s’est ajouté à l’emploi d’été. De plus, les étu­diants de pre­mier cycle tra­vaillent en moyenne 18,7 h par semaine et 42,4 % plus de 20 h.

« En plus de leur charge d’études à temps plein comp­ta­bi­li­sant 45 heures d’études, les étu­diants doivent insé­rer tant bien que mal leurs heures de tra­vail. Ces don­nées sont déjà alar­mantes. Imaginez avec une nou­velle hausse. La hausse à elle seule repré­sente 4,7 semaines de tra­vail sup­plé­men­taires au salaire mini­mum ! Comment les étu­diants paye­ront leur fac­ture alors qu’ils tra­vaillent déjà bien au-delà de leur capa­cité dans bien des cas ? », s’insurge la pré­si­dente de la FEUQ.

Allongement des études Ce nombre d’heures de tra­vail élevé a des consé­quences. On observe que les étu­diants qui tra­vaillent durant le tri­mestre allongent plus fré­quem­ment leurs études et s’inscrivent à moins de cré­dits de cours que ceux qui ne tra­vaillent pas. Cela va de soi ; plus un étu­diant tra­vaille, plus il tend à allon­ger ses études. En 2009, 43,6 % des étu­diants de pre­mier cycle à temps plein consi­dé­raient que leur emploi avait un impact néga­tif sur leur ren­de­ment sco­laire et 32,4 % décla­raient que ce même emploi était la cause d’un allon­ge­ment des études. Cette der­nière pro­por­tion passe à 37,1 % au 2ecycle et à 62 % au 3e cycle (pour l’année 2006). Rajoutons qu’il s’agit d’emplois peu sti­mu­lants et bien sou­vent très éloi­gnés du domaine d’étude au pre­mier cycle, pré­sen­tant un impact néga­tif sur la réus­site sco­laire.

Une aide finan­cière aux études dépas­sée Autre constat de la recherche, le mon­tant qu’il est permis d’accumuler en tra­vaillant sans se voir péna­li­ser dans les mon­tants reçus de l’AFE est de 4 440 $, soit 11 semaines de tra­vail à temps plein au salaire mini­mum. Cette exemp­tion n’a pas été ajus­tée depuis au moins 2004, moment où elle repré­sen­tait plutôt près de 15 semaines de tra­vail. Au-delà de ce seuil, l’étudiant qui tra­vaille se fait couper une partie de son aide finan­cière, déjà déca­lée face aux besoins réels.

« Les frais de sco­la­rité ont aug­menté de 30 % au cours des 5 der­nières années et le mon­tant mini­mal de reve­nus de tra­vail n’a pas été ajusté depuis 2004. Comment voulez-vous que les étu­diants réus­sissent à bou­cler leur fin de mois ? On voit encore là une preuve de l’incohérence et du manque de juge­ment des libé­raux », dénonce Mme Desjardins.

Des tra­vailleurs plus à risque Dernier grand constat, lorsque le marché du tra­vail plonge, les étu­diants sont trop sou­vent les pre­miers à écoper. En effet, les creux dans le taux d’emploi, comme en 1982, de 1990 à 1992 ou en 2009, s’accompagnent aussi de creux impor­tants dans le taux d’emploi d’été, des varia­tions de 4 à 15 fois plus impor­tantes que celles du taux d’emploi global. Le taux de chô­mage d’été est aussi sys­té­ma­ti­que­ment plus élevé que celui de la popu­la­tion en géné­ral : une aug­men­ta­tion du taux de chô­mage d’un point est asso­ciée à une aug­men­ta­tion de l’ordre de 1,7 à 6 fois plus élevée dans le taux de chô­mage étu­diant. Il faut aussi rap­pe­ler que contrai­re­ment aux tra­vailleurs, les étu­diants n’ont pas de réelles pro­tec­tions en cas de perte d’emploi.

« Non seule­ment les étu­diants sont-ils obli­gés de se fier de plus en plus à leur tra­vail pour pou­voir aller à l’université, mais, triste ironie, cet emploi est pré­caire et la réus­site du projet d’études peut rapi­de­ment se voir com­pro­mise. Quand on sait que les étu­diants affluent de plus en plus vers les banques ali­men­taires et que leur sou­tien finan­cier est inef­fi­cace, qu’ils ont un endet­te­ment moyen de plus de 14 000 $ dans le deux tiers des cas, on doit prendre des mesures concrètes pour cor­ri­ger la situa­tion, pas jouer à l’autruche comme le fait le gou­ver­ne­ment en aug­men­tant les frais tout en s’imaginant qu’un miracle per­met­tra aux étu­diants d’arriver à la fin du mois », exige la pré­si­dente de la FEUQ.

Troisième recherche décou­lant de sa vaste enquête effec­tuée auprès de 12 600 étu­diants de pre­mier cycle en 2010, la FEUQ achève son étude, la plus exhaus­tive jamais pro­duite, sur les condi­tions de vie des étu­diants.

« Depuis deux ans, nous avons voulu bros­ser un por­trait socioé­co­no­mique des étu­diants le plus fidèle. Force est de consta­ter que la situa­tion finan­cière des étu­diants est loin d’être rose. Dans les cir­cons­tances la déci­sion du gou­ver­ne­ment Charest d’augmenter les frais de sco­la­rité est non seule­ment incom­pré­hen­sible, mais elle attaque direc­te­ment les étu­diants les plus vul­né­rables. Nous ne le lais­se­rons pas faire », conclut Mme Desjardins.

La recherche et la note d’information sont dis­po­nibles auwww​.1625​ca​ne​pas​se​pas​.ca/argu… et sur le site de la FEUQ au www​.feuq​.qc​.ca.

Les commentaires sont fermés.